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Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Portals : Beauté creuse et mécanismes recyclés

🧙‍♂️ Duel de magiciens ou simple jeu abstrait ? Portals, la dernière création d’Uwe Rosenberg qui promet beaucoup mais livre peu.


Portals

Portals

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.


En bref :

  • Un jeu de tuiles hexagonales au thème fantastique mal intégré aux mécanismes
  • Absence d’interaction entre joueurs et manque total d’innovation ludique
  • Note de 2/5 : beau matériel, mais expérience décevante et formule éculée

Avez-vous déjà ressenti cette déception quand un jeu à l’univers alléchant se révèle n’être qu’une coquille vide aux mécanismes déjà vus et revus ?

Le thème d’un jeu peut participer à son attractivité. Il nous parle ou pas, nous attire ou nous repousse, mais il doit aussi, pour être vraiment efficace, être intégré au mécanisme du jeu. Le thème le plus élaboré qu’il soit, même avec 600 pages de background, ne servira à rien s’il est plaqué sur le jeu, et que les joueurs et joueuses n’ont pas le sentiment d’être en train de vivre ce que le thème promet. C’est malheureusement très courant dans les jeux récents, même si ce n’est pas le cas de toutes les productions. Mais quand on crée des jeux à la chaîne, en plus de prendre le risque de reproduire des mécanismes existants sans apporter de réel changement, on a aussi tendance à ne pas forcément se préoccuper de l’intégration du thème…

C’est l’impression que donne Portals, nouveau jeu d’Uwe Rosenberg.

Le jeu

Dans un univers fantastique, deux adeptes se combattent en duel, afin d’ouvrir des portails vers d’autres mondes, et être le premier ou la première à en avoir 20, et gagner ainsi le titre de gardien ou gardienne des portails.

Portals se joue avec 50 tuiles hexagonales. Le verso des tuiles est noir, et le recto est séparé en deux ou trois zones. Le centre de la tuile est la première zone, et il contient une icône (goutte bleue, flamme rouge, feuille verte, lune violette, triangle jaune). Le reste de la tuile contient un ou deux champs (soit sur toute la tuile, soit un champ par moitié de la tuile) parmi les cinq types : eau, feu, forêt, ombre (violet), dragon (jaune). L’icône est toujours d’une couleur différente des champs qui l’entourent.

Chaque joueur ou joueuse reçoit un plateau personnel, avec cinq enchantements (un de chaque couleur), 20 gemmes de sa couleur, et une tuile de départ. Les tuiles restantes sont placées en 9 piles de 5 et une pile de 3. Les piles de 5 sont placées sur les cases du plateau central (une grille de 3 × 3 cases) et la pile de trois est mise de côté. On tire alors au sort le premier ou la première joueuse, et l’autre reçoit une tuile spéciale en compensation, tuile qu’il ou elle place à côté de sa tuile de départ.

À son tour, un joueur ou une joueuse va déplacer, sur le pourtour du plateau central, un pion qui désignera alors la rangée ou colonne dans laquelle le joueur ou la joueuse va pouvoir choisir une tuile. Si une ou plusieurs tuiles de la colonne ou rangée sont faces cachées, elles sont retournées avant que le joueur ou la joueuse ne fasse son choix.

Le joueur ou la joueuse doit alors placer sa tuile sur son plateau personnel. Elle doit toucher au moins une autre tuile par un côté, sans autre condition. Il est ainsi possible de poser une tuile verte à côté d’une tuile bleue.

Les joueurs et joueuses doivent chercher à créer des portails. Un portail est ouvert lorsqu’une tuile est connectée, directement ou indirectement, à quatre tuiles de la couleur de son icône centrale. Les zones qui se touchent peuvent former des aires de plusieurs tuiles, qui sont considérées comme connectées. Si un portail est ouvert, le joueur ou la joueuse place une gemme sur l’icône correspondante. Une zone peut être utilisée par un ou plusieurs portails, lors du même tour, ou de plusieurs tours.

Le joueur ou la joueuse peut aussi essayer de lancer des sorts, c’est-à-dire placer des gemmes sur son plateau personnel, soit en créant une aire d’au moins six zones de la même couleur, soit en formant une aire fermée d’au moins trois zones de la même couleur. Dans ce cas, il ou elle peut placer une gemme sur l’icône correspondante de son plateau. Il ne peut y avoir qu’une seule gemme par icône.

Si une case du plateau est vide, et qu’il reste des tuiles de côté, une tuile est placée sur la case vide, et le tour passe à l’adversaire.

Fin de partie

La partie prend fin quand un joueur ou une joueuse place sa dernière gemme, ou si la colonne ou rangée sur laquelle pointe le pion est vide.

Le joueur ou la joueuse ayant placé le plus de gemmes gagne la partie. S’il y a égalité, c’est celui ou celle qui a le moins de gemmes sur son plateau personnel qui est déclaré gagnant(e).

Le matériel

L’esthétique de Portals est… discutable. Si elle est à peu près raccord avec le thème, c’est-à-dire fantaisie orientalisante, elle est également très cliché. Et comme le thème, malgré ses détails et son background, est plaqué sur un jeu très abstrait, la soupe ne prend pas bien. C’est dommage, parce qu’on sent une volonté de créer un univers cohérent, mais presque trop.

Le matériel est de bonne qualité, à part ça, avec des gemmes en plastique qui font un peu tache, mais surtout une boîte immense pour son contenu. Une fois les tuiles dépunchées, il reste beaucoup beaucoup de place dans la boîte…

Le livret de règle est en deux langues, lisible et clair. Rien à redire de ce côté, à part sa taille, en accord avec la boîte.

Uwe Rosenberg, auteur mirabilis

Uwe Rosenberg est un monument du jeu de société moderne. Cet auteur allemand né en 1970 a bâti sa réputation sur des jeux devenus cultes comme Bohnanza (1997) et Agricola (2007), ce dernier ayant révolutionné le genre du placement d’ouvriers.

Sa signature est reconnaissable entre mille : jeux de gestion de ressources profonds, mécaniques soigneusement équilibrées et thèmes souvent liés à l’agriculture (Caverna, Le Havre, Hallertau, Kanal). Rosenberg excelle particulièrement dans la création de systèmes stratégiques complexes où chaque décision compte.

Ces dernières années, il semble explorer de nouveaux territoires, s’aventurant parfois hors de sa zone de confort. Portals, avec son thème fantastique et ses mécanismes de placement de tuiles, représente l’une de ces explorations – malheureusement moins réussie que ses œuvres phares.

Le nom de Rosenberg sur une boîte crée des attentes considérables, parfois difficiles à satisfaire. Même les meilleurs auteurs connaissent des hauts et des bas, et Portals semble être l’un de ces moments où la magie n’a pas totalement opéré.

Portals, verdict

Amateurs de nouveauté et de changement, passez votre chemin… Portals n’est pas un jeu au mécanisme original, c’est une énième déclinaison des jeux avec une série de choix et placement de tuiles. Je ne vois pas de nouveautés du tout dans le jeu, ni même un essai d’originalité. C’est une resucée d’un mécanisme qui fonctionne, avec un thème plaqué au hasard dessus, sans doute avec l’espoir que le nom du concepteur et l’esthétique suffiront à faire vendre le jeu. Et le pire c’est sans doute que ça fonctionne…

Portals est un jeu de duels, mais dans lequel il n’y a pas d’interaction. Chaque joueur et joueuse joue dans son coin, la seule interaction étant au niveau du plateau central et le choix des tuiles. Il est sans doute possible de gêner son adversaire, en prenant certaines tuiles, mais il n’y a pas de blocage ou d’attaque. Il est possible de développer une stratégie à quelques tours, mais pas au-delà de trois ou quatre, puisque le plateau change quand même assez rapidement.

La forme hexagonale des tuiles permet de rattraper des erreurs, et laisse une certaine liberté aux joueurs et joueuses. Il faut savoir anticiper et se laisser des ouvertures, tout en gardant en mémoire les jokers offerts par les sorts des plateaux personnels, qui peuvent faire la différence en fin de partie. Une bonne vision des possibilités de pavage sera un très net avantage, et une partie entre joueurs et joueuses de niveau très différents risque de ne pas être intéressante, pour aucun des deux.

Globalement, on peut dire que Portals n’est pas le meilleur jeu de Rosenberg, et même qu’il est clairement évitable.

On a aimé :

  • La qualité du matériel (même si les gemmes en plastique font un peu toc, comme des bijoux de fête foraine)
  • La clarté des règles, aussi limpides que l’eau d’une flaque – dommage que le jeu ne soit pas aussi rafraîchissant
  • Les tuiles hexagonales qui permettent de rectifier ses erreurs (si seulement Uwe Rosenberg pouvait faire de même avec ce jeu)

On a moins aimé :

  • Le thème plaqué comme une pizza sur une tartine – ça ne colle pas
  • L’absence d’interaction qui transforme ce duel en deux parties solitaires jouées côte à côte
  • L’immense boîte vide qui fait plus office de coffre au trésor sans trésor que d’écrin à jeu

C’est plutôt pour vous si…

  • Vous collectionnez absolument tous les jeux d’Uwe Rosenberg, même ceux qu’il a griffonnés sur une serviette de restaurant
  • Vous adorez les jeux abstraits et les emballages qui font croire à autre chose
  • Vous cherchez un jeu où personne ne viendra perturber votre stratégie, pas même votre adversaire

Ce n’est plutôt pas pour vous si…

  • Vous espérez vivre une véritable aventure magique entre deux mondes
  • Vous recherchez de l’originalité dans vos acquisitions ludiques
  • Vous pensez qu’un duel devrait impliquer au moins un minimum d’interaction (révolutionnaire, n’est-ce pas ?)

Portals promet des passages vers d’autres mondes, mais ne réussit qu’à ouvrir une porte vers la déception – preuve qu’un grand nom sur la boîte ne garantit pas la magie à l’intérieur. Un jeu pas original, avec un thème plaqué. Non.

Bof bof.

Note : 2 sur 5.

  • Label Dé Vert : Non ! Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Uwe Rosenberg
  • Illustrations : Vincent Modler
  • Édition : Squink
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1-2
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (bonne estimation)
  • Durée : 20 à 30 minutes
  • Thème : Magie
  • Mécaniques principales : Placement de tuiles. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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