The Last Gamedesigner. Ou quand l’IA pourrait créer un jeu
🤖 The Last Screenwriter défie Hollywood ! Comment l’IA pourrait aussi bouleverser la création de jeux de société. 🎲
L’IA révolutionne la création : du cinéma aux jeux de société
L’intelligence artificielle (IA) continue de transformer nos vies à un rythme effréné, et les industries créatives ne font pas exception. L’arrivée récente du film « The Last Screenwriter », entièrement écrit par ChatGPT, a déclenché un débat passionné sur le rôle de l’IA dans le cinéma. Mais au-delà du grand écran, cette révolution technologique s’étend également au monde des jeux de société.
Comme ce « film » (vous apprécierez les guillemets) The Last Screenwriter, le ou la dernière scénariste, pourrait-on un jour voir un jeu de société créé par ChatGPT ? Illustré, oui, c’est déjà le cas (et ça gueule de tous les côtés). Mais… créé. Est-ce que quelqu’un pourrait utiliser l’IA pour créer des règles de jeu ? Explorons ensemble comment l’IA redéfinit les règles de la création, du scénario à la table de jeu.
L’IA fait son entrée à Hollywood : « The Last Screenwriter »
« The Last Screenwriter » raconte l’histoire de Jack, un scénariste primé confronté à une crise créative lors de sa collaboration avec un programme d’IA expérimental. Cette intrigue, presque prophétique, reflète les inquiétudes actuelles des professionnels du cinéma face à l’automatisation de leur métier.
Le réalisateur suisse Peter Luisi a relevé un défi audacieux : laisser ChatGPT écrire l’intégralité du scénario en seulement quatre jours, à partir d’une simple phrase de 17 mots. Malgré quelques incohérences initiales, Luisi a décidé de tourner le film tel quel, avec un budget « modeste » de 900 000 euros / 850 000 CHF.
La première mondiale prévue à Londres a cependant dû être annulée suite à une vague de protestations. Les critiques ont fusé, accusant le film de « saper complètement le processus créatif » et qualifiant l’IA de simple outil de plagiat sophistiqué.
Le débat s’enflamme : créativité artificielle ou plagiat évolué ?
Cette controverse s’inscrit dans un débat plus large sur l’utilisation de l’IA dans l’industrie créative. Les détracteurs affirment que l’IA ne fait que compiler et remodeler du contenu existant, tandis que ses défenseurs soulignent que toute création humaine s’inspire également d’œuvres antérieures.
Le film lui-même aborde cette question de front. Dans une scène clé, Jack accuse son partenaire numérique de n’être qu’un « remixeur ». La réponse de l’IA est éloquente : « C’est peut-être vrai, mais même la créativité humaine ne naît pas dans le vide. Vous aussi, vous vous inspirez des films que vous avez vus, des livres que vous avez lus, des expériences que vous avez vécues. »
Les réactions dans l’industrie sont mitigées. Certains, comme le scénariste Charlie Brooker, créateur de « Black Mirror », ont expérimenté l’utilisation de ChatGPT pour l’écriture de scénarios, avec des résultats mitigés. D’autres, notamment dans le doublage et le sous-titrage, craignent une « décimation imminente » de leur secteur.
Implications éthiques et juridiques
L’utilisation croissante de l’IA dans la création artistique soulève de nombreuses questions éthiques et juridiques. Comment gérer les droits d’auteur lorsqu’une IA s’inspire d’œuvres existantes ? Comment préserver la diversité des voix créatives face à une potentielle uniformisation du contenu généré par l’IA ?
Ces questions appellent à une réflexion approfondie et à la mise en place de cadres réglementaires adaptés. Les associations professionnelles, comme la Writers Guild of America (WGA), ont un rôle crucial à jouer dans l’élaboration de lignes directrices pour l’utilisation éthique de l’IA dans la création artistique.
L’IA s’invite à la table de jeu
Si le cinéma est en pleine effervescence face à l’IA, le monde des jeux de société n’est pas en reste. L’intelligence artificielle pourrait révolutionner la création, le développement et même l’expérience de jeu.
Dans la phase de création, l’IA pourrait générer automatiquement des règles, créer des univers riches et des scénarios captivants, ou encore aider à l’équilibrage des mécaniques de jeu. Par exemple, un auteur ou une autrice pourrait demander à une IA de créer un jeu de stratégie basé sur des concepts spécifiques, comme la gestion de ressources ou les combats tactiques. Car après tout, les jeux de société s’inspirent toujours d’autres jeux ! La créativité pure n’existe pas. Prenez n’importe quel jeu de Bruno Cathala, vous y repérerez tel ou tel jeu, telle ou telle inspiration. Créer, c’est remixer.
Or, avec l’émergence de l’IA publique depuis novembre 2022, et sa capacité à pouvoir puiser dans une base de données massive, est-ce que les auteurs et autrices pourraient s’en servir pour créer un nouveau jeu ? Si je demande à ChatGPT ou consœurs de créer un jeu pour 3 à 6 joueurs et joueuses d’une durée de 20 minutes et dès 8 ans s’inspirant des règles de l’awalé, de Trio et de Sky Team, ça donnerait quoi ?
Par pure curiosité, j’ai lancé la requête dans ChatGPT (4o), et ça m’a donné ça. En 7 secondes :
Jeu de société (créé par IA) : « Pirates des Archipels »
Contexte
Dans « Pirates des Archipels », chaque joueur incarne un capitaine pirate qui doit collecter des trésors dispersés sur différentes îles de l’archipel. Le but est d’accumuler le plus de trésors possible en 20 minutes, en utilisant des mécanismes inspirés de l’awalé, de Trio et de Sky Team.
Contenu de la boîte
- 1 plateau représentant un archipel avec 12 îles.
- 72 pions trésor (12 de chaque couleur : rouge, bleu, vert, jaune, violet, et noir).
- 6 bateaux en bois (1 de chaque couleur).
- 1 dé spécial avec des faces : 1, 2, 3, 4, 5, et un symbole « ouragan ».
- 12 cartes Action spéciales (2 de chaque type : Vents favorables, Tempête, Double butin, Échange de trésors, Piraterie, et Coup de canon).
Mise en place
- Chaque joueur choisit un bateau et reçoit 12 pions trésor de la même couleur.
- Les joueurs placent leurs bateaux sur une île de départ au choix.
- Les pions trésor restants sont répartis aléatoirement sur les îles (6 trésors par île).
- Mélangez et distribuez une carte Action spéciale à chaque joueur.
Règles du jeu
- Déroulement des tours : À chaque tour, les joueurs lancent le dé pour déterminer combien d’îles leur bateau peut avancer (de 1 à 5). Si le dé affiche le symbole « ouragan », le joueur doit reculer d’une île.
- Collecte de trésors : Lorsqu’un bateau arrive sur une île, le joueur peut prendre jusqu’à deux trésors de l’île. Les trésors collectés sont ajoutés à la réserve personnelle du joueur.
- Récolte et semailles (inspiration d’awalé) : Si un joueur collecte des trésors d’une île, il doit ensuite redistribuer ces trésors sur les îles suivantes dans le sens horaire, un par île.
- Cartes Action : Les cartes Action peuvent être jouées à n’importe quel moment du tour pour influencer le jeu. Chaque carte a un effet unique :
- Vents favorables : Avancez de 2 îles supplémentaires.
- Tempête : Tous les joueurs sur une île de votre choix doivent reculer d’une île.
- Double butin : Prenez quatre trésors au lieu de deux lors de votre collecte.
- Échange de trésors : Échangez deux de vos trésors avec un autre joueur.
- Piraterie : Volez un trésor à un autre joueur lorsque vous arrivez sur la même île.
- Coup de canon : Déplacez un joueur de votre choix sur une île adjacente.
- Fin de partie : Le jeu se termine après 20 minutes ou lorsque tous les trésors ont été collectés. Le joueur avec le plus de trésors gagne la partie.
Stratégie
- Planifiez vos mouvements pour optimiser la collecte de trésors.
- Utilisez judicieusement vos cartes Action pour déstabiliser vos adversaires.
- Pensez à redistribuer les trésors de manière stratégique pour limiter les opportunités des autres joueurs.
Variantes
- Version rapide : Limitez le jeu à 10 minutes pour une partie plus courte.
- Mode collaboratif : Les joueurs peuvent former des alliances pour échanger des trésors et des cartes Action.
« Pirates des Archipels » combine la stratégie de l’awalé, la dynamique de collecte de Trio, et les interactions tactiques de Sky Team pour créer une expérience ludique et engageante pour les jeunes et les adultes.
C’est ouf, non ?
Alors oui, il faudrait encore :
- Réaliser le proto « en dur »
- Le tester, beaucoup et beaucoup
Mais est-ce que le jeu est bien ?
Il y a quelques semaines, nous avions interrogé les éditeurs de jeux de société sur leur utilisation de l’IA. Sujet sensible, AUCUN n’a voulu répondre à nos questions. Il n’y a que Jamey Stegmaier et sa maison d’édition Stonemaier Games (Scythe, Wingspan) qui sont sortis du bois en prenant une décision claire, forte.
Aujourd’hui, en juin 2024, il serait intéressant de demander aux auteurs et autrices de jeux s’ils et elles utilisent l’IA, et comment. Et pareil pour les éditeurs de jeux de société. Est-ce qu’avec l’avènement de l’IA publique ces derniers reçoivent plus de propositions de jeux ? Verra-t-on un jour une catégorie « meilleurs jeux créés par IA » à l’As d’Or ?
Mais surtout, est-ce que nous, joueurs, joueuses, sommes prêts à jouer avec des jeux créés, développés par des IA ?
L’avenir des jeux hybrides
Pourtant, l’avenir de certains jeux de société semble se dessiner autour de formats hybrides, mêlant éléments physiques et numériques. Des jeux comme « Destinies » utilisent déjà une application pour gérer les scénarios et les interactions, tout en conservant des composants tangibles comme les cartes et les figurines.
On peut même imaginer l’émergence de jeux entièrement conçus par l’IA, voir ci-dessus notre test, à l’instar de « The Last Screenwriter » dans le domaine cinématographique. L’IA pourrait devenir un co-auteur virtuel pour les auteurs ou autrices, générant des mécaniques, des thèmes et des scénarios innovants.
Vers une collaboration homme/femme-machine
Plutôt que de craindre le remplacement des créatifs humains, l’industrie pourrait envisager l’IA comme un outil permettant de repousser les limites de la créativité. Une collaboration fructueuse entre l’homme et la machine pourrait donner naissance à des œuvres inédites, alliant la puissance de calcul et d’analyse de l’IA à la sensibilité et l’imagination humaines.
Pour y parvenir, il est crucial d’offrir aux professionnels des formations adaptées sur l’utilisation éthique et créative de l’IA. La transparence dans l’utilisation de ces technologies et la protection des droits d’auteur seront également des enjeux majeurs pour l’avenir.
Conclusion : embrasser le changement
L’arrivée de l’IA dans les industries créatives, du cinéma aux jeux de société, est indéniablement source de bouleversements. Mais elle ouvre aussi la voie à des possibilités. Plus ou moins réussies. Plus ou moins intéressantes. Plus ou moins éthiques.
Avec cette révolution technologique tout en préservant l’essence de la créativité humaine, nous pourrions assister à l’émergence d’une nouvelle ère artistique, où l’intelligence artificielle et l’imagination humaine se combinent pour repousser les frontières de la création. Ou pas, et c’est la fronde !
Rejoignez notre communauté :
Rejoignez notre chaîne WhatsApp
Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité
Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).
Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :
☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee
Que pensez-vous des jeux de société qui pourraient être conçus par l'intelligence artificielle ? Seriez-vous prêt à en acheter un, et quelles sont vos attentes ou inquiétudes concernant de tels jeux ? Partagez votre opinion et vos réflexions sur cette nouvelle frontière de la création ludique. On attend vos réactions.
3 Comments
Newton
Ce qui m’embête c’est surtout : sommes-nous actuellement capables de détecter un jeu qui aurait déjà fait appel à l’IA ? Les non-réponses des éditeurs en sont une non ?
Des dessins générés par IA ont été sélectionnés dans la short list des meilleures contributions pour des artwork Pokémon. Et ça met un sacré bazar…
Jean-Roger
Ce qui serait super chouette avec l’IA, c’est qu’elle soit capable de simuler un
joueur humain pour les jeux existants ; cela pourrait avantageusement remplacer les divers « automa » du marché, souvent livrés avec le jeu lui-même depuis le développement du solo, MAIS qui jouent très rarement comme un humain… En général, ce sont des bricolages parfois très complexes à gérer et qui sont souvent très éloignés des règles « normales » de jeu.
Là, j’adhèrerais totalement et ça ne causerait aucun tort à personne…
Exemples : les Lacerda, les jeux de Stonemaier Games, etc.
Tarata
Dans le secteur » créatif « :on s’alarme, on s’offusque. Pourtant cela fait longtemps que dans d’autres domaines robots et ordinateurs font le travail des humains.
La vraie question ce n’est pas si l IA va ou peut remplacer l’humain.
La vraie question c’est comment va être redistribuées la valeur de ces actes?
Comment le travail « artificiel » va financer les retraites, l’assurance chômage, les impôts servant aux collectivités?
Que va faire l’humanité de ce temps libéré?