Créer = copier ?

Sur Gus&Co, nous vous parlons beaucoup de créativité, et pour cause, c’est un sujet qui nous tient particulièrement à cœur parce que nous sommes constamment plongés dans ce processus par nos multiples évènements.

Quand la déferlante du jeu de société 7 Wonders d’Antoine Bauza est sorti en 2010, après la toute première partie, j’ai aussitôt pensé à un remix pompé de l’excellent jeu de cartes japonais méconnu Fairy Tale, avec du draft à la Magic et des ressources-constructions à la Colons de Catane. J’ai donc immédiatement réalisé les sources d’inspiration de l’auteur. Et j’ai été déçu, de constater qu’un nouveau jeu puisse autant copier ses prédécesseurs. J’ai depuis largement changé d’avis, car j’ai apprécié la manière avec laquelle l’auteur a utilisé ces sources pour en dégager un jeu fluide, riche, complexe.

Mais après tout, n’est-ce pas le cas de nombreux, voire TOUS les jeux qui sortent à rythme soutenu depuis des années? Agricola vs Caylus ? Thunderstone vs Dominion ? Olympos vs Thebes ? La liste est extrêmement longue. Avec la maousse messe du jeu annuelle qui s’ouvre à Essen dans quelques jours (pour en lire plus, Essen, mais WTF?, c’est ici), on peut être assuré que cette liste va s’allonger avec les 700 « nouveautés » annoncées et qui reprendront, pour la plupart, des mécaniques habituelles (la liste des mécaniques de jeu ici) et des jeux précédents.

Peut-on encore innover aujourd’hui ? Et si l’innovation n’était pas tout simplement de « grimper sur les épaules des géants »? Géants qui auraient eux aussi grimpé sur d’autres épaules avant?

Copier, transformer, associer.

  • Copier des créations déjà existantes.
  • Transformer, ajouter ses propres idées, ses envies, ses développements.
  • Associer des jeux, des mécaniques, des idées différentes.

Le tout, remixé, donnera finalement une toute nouvelle œuvre, différente, innovante.

Picasso disait : »les bons artistes copient, les grands artistes volent ». Einstein : « le secret de la créativité, c’est de savoir comment cacher ses sources. »

Voici une conférence TED extrêmement intéressante, qui parle de ce phénomène, et qui explique que même Steve Jobs n’a rien inventé mais a copié / s’est inspiré d’autres technologies pré-existantes, pour les faire ensuite siennes.

Copier, transformer, associer. Bref, remixer.

Qu’en pensez-vous ? Est-il facile d’innover sans s’inspirer des autres ?

Nous parlions déjà de ce phénomène dans un précédent article, « d’où viennent les idées ».

18 Comments

  1. Ha voilà un sujet passionnant, et je suis ravis car ton analyse est la même que moi. La création pure n’existe pas, nous sommes obligé de nous inspirer de ce qu’on a déjà vu, du vécu, de ce qu’on a entendu. Que ce soit pour un Jeu, un livre, un film, un tableau, une musique, tout n’est qu’un subtile mélange de ce qu’on connait. Un bon « créateur »/ »artiste » est celui qui mélange au mieux ce qu’il connait. Mais c’est pour cette raison que je ne supporte pas le système de brevet, nous puisons tous chez les autres. Et celui qui pense qu’il a pu inventé quelques choses sans s’inspiré d’autre est un gros mégalo. Et si quelqu’un a une idée… quelqu’un d’autre dans le monde peut avoir la même idée… Parfois c’est inconscient, mais on ne fait que copier …

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  2. Finalement, on vit tous avec nos influences. Impossible de se séparer de nos goûts, de nos tics d’auteurs. Je pense donc qu’un bon auteur (même au delà du jeu) c’est quelqu’un qui sait « digérer » ses influences pour en sortir sa sauce propre. Cela n’empêche pas l’innovation bien sûr, mais il est impossible de faire sans l’existant à mon sens. Tout n’a pas été inventé bien sûr, mais le processus d’invention ne peut pas se déclencher sans faire appel à des choses intimes et donc à ses influences. Après, il faut différencier ceux qui digèrent de ceux qui bricolent habilement, mais ça c’est une autre histoire 😉

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  3. Je pense que comme beaucoup de monde, vous confondez le mot innovation et le mot invention.
    Vous devriez faire un tour dans le dictionnaire pour en saisir la différence.

    Quand à la citation de Picasso, c’est assez amusant de voir qu’un seul artiste connu a sortie une ineptie pareille dans l’histoire, et que c’est toujours lui qui est repris pour justifier l’injustifiable (la copie pure et simple).

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    1. Merci pour votre commentaire.

      Donc si je comprends bien votre intervention, vous pensez que l’invention peut « apparaître » sans inspiration ? Out of the blue? Que tous les conférencier TED se plantent alors ? Intéressant.

      Avez-vous un exemple précis, puisque vous semblez être expert en la matière ? Ça m’intéresse.

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    2. justifier l’injustifiable ? Oulà ! Il n’y à pas non plus sacrilège. ça n’est que du jeu mon cher Duffman. Il est fini le temps ou l’on trucidait en place publique. Avec vos raccourcis, on peut dire que Ticket to Ride n’est rien de plus qu’un Monopoly amélioré : ) Bien entendu que n’importe quel “artiste“ copie son ou ses ainés. Le nier serait stupide. Simplement, comme tout le monde, avant de prendre son envol un oiseau observe. S’il se lance sans regarder les autres, il s’écrase comme une merde. Vous n’êtes pas d’accord avec ça, ça n’est pas pour cela que c’est faux.

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  4. Beau sujet. Sur les premières lectures et les premières réponses, cela me rassure un peu ne sachant toujours pas sur mes quelques prototypes comment devenir pleinement original, je vais donc digérer tranquillement mes influences avec ma co-équipière comme l’indique habilement le talentueux mr Demaegd.

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  5. Sujet “oh combien“ important pour tout concepteur (je préfère ce terme à créateur perso). Tout concepteur se pose à un moment donné la question (s’il est honnête) : Je crée, oui mais à partir de mon vécu ludique. Donc, je ne crée pas vraiment mais je modifie, je modèle, je transforme des expériences de jeu et j’aboutis à un mixe qui me convient. Un peu de ci, un peu de là et voilà une recette relevée comme je l’aime. La conception d’un jeu vient généralement d’une frustration . On n’a pas tout à fait le jeu que l’on voudrait et du coup, on “s’inspire“ tout en dosant à sa sauce. Quelque part, on n’est pas très loin des grands cuisiniers (tout proportion gardée) qui “revisitent“ des plats ultra standard en les agrémentant à leur façon.

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  6. Expérience amusante. Récemment, je travaillais sur un petit prototype de jeu. J’étais content, ça prenais forme. La mécanique semblait fonctionner, et je commencer à avoir quelques idées de thèmes qui auraient pu renforcer ce jeu. Et puis comme il faut laisser aux idées le temps de se reposer, je laissais ça de côté.

    Malheureusement pour moi, cette bonne idée, je la trouvais sur les étals pas très longtemps après. J’étais en train de créer un jeu qui existait déjà, et que je ne connaissais pas du tout … J’ai donc rangé mon idée dans un coin. Inutile désormais de faire aboutir ce qui désormais ne serait qu’une pale copie.

    Pour autant, ma démarche était à la base purement créatrice. Mais ayant vu ce qui s’en rapprochait trop, je n’aurai pu être que trop inspiré par cette nouvelle donnée.

    Le problème de la création, c’est qu’il faut suffisamment connaitre pour ne pas copier. En même temps, il faut suffisamment rester libre pour ne pas chercher à reproduire quelque chose qui marche, mais apporter quelque chose de nouveau. Et trop connaître un sujet, c’est souvent aussi se donner un cadre dont on n’ose pas forcément sortir.

    Après, sur les jeux, on a déjà fait pas mal de choses. On trouve peu de nouvelles idées véritablement éloignées de ce qui se fait. J’avais bien aimé jouer avec des glaçons dans Ice 3 qui permet de regarder ses adversaires mourir. Cette idée m’a bien plut. Plutôt que d’avoir des points de victoire, on voit les glaçons fondre.

    Mais difficile de s’éloigner du matériel comme il existe aujourd’hui. Quant aux mécaniques, c’est pareil, pas simple d’inventer de nouvelles choses. C’est un peu comme en musique. Les notes sont toutes là … difficile d’en apporter de nouvelles … Pour autant, on peut toujours créer avec …

    Enfin l’innovation, c’est aussi parfois présenter des choses évidentes qu’on avait sous le nez, mais dont on n’avait pas conscience. Une fois fait, c’est tellement évident. Et c’était à la portée de tous … Bref, l’innovation n’est pas universelle … et à chaque artiste sa vision de la chose …

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    1. « Mais difficile de s’éloigner du matériel comme il existe aujourd’hui. Quant aux mécaniques, c’est pareil, pas simple d’inventer de nouvelles choses. C’est un peu comme en musique. Les notes sont toutes là … difficile d’en apporter de nouvelles … Pour autant, on peut toujours créer avec … »

      La nouveauté n’est pas forcement en rapport avec l’utilisation de nouvelles techniques. Pour le cas concret de la musique, voici une petite vidéo qui montre tous les travers des systèmes moderne de copyright (en complément des vidéos postées en premier commentaire) :

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  7. Merci pour ces vidéos. J’ai l’impression que celle de Ted pourrait être tellement plus longue sans qu’il ne se répète que c’est un peu flippant 🙂

    Geoffroy

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  8. Personnellement j’invite à se replonger dans la lecture des classiques des sciences humaines et vous avez vos réponses : l’archéologie et la généalogie des savoirs chez Foucault, l’habitus chez Bourdieu, et le concept de stocks de disposition dans la socialisation chez Lahire. La vie d’un être social fonctionne sur le principe même de puiser dans ses expériences passées pour les adapter et trouver des réponses aux situations présentes.

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