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Jeux de rôle

Comment le jeu de rôle a conquis les médias

⚔️ De hobby marginalisé à phénomène mainstream : comment le jeu de rôle a retourné l’opinion en sa faveur pour devenir médiatisé.


Le jeu de rôle, un loisir qui n’a plus rien de marginal

Vous vous rappelez l’époque où jouer aux jeux de rôle était considéré comme une activité de « geek » solitaire ? Ou pire, de… sataniste ? Ces temps sont révolus ! Aujourd’hui, donjons, dragons et lancers de dés ont clairement gagné leurs galons de cool. On joue, on en parle, les médias s’y intéressent. La preuve avec toute une ribambelle récente de médias qui en ont consacré des articles, voir plus bas. Bref, le jeu de rôle est en pleine lumière et connaît un état de grâce bien mérité !

Mais qu’est-ce qui explique ce revirement spectaculaire ? Pourquoi ce loisir hier marginal suscite-t-il désormais un tel engouement ? Plongeons dans les coulisses de cette transformation étonnante !

Les raisons d’un revirement spectaculaire

Tout d’abord, le jeu de rôle sur table a bénéficié ces dernières années d’une visibilité accrue grâce au petit écran. Des séries à succès comme Stranger Things ou The Big Bang Theory ont mis en scène des parties endiablées, contribuant à dépoussiérer son image. Résultat, le grand public a découvert ses aspects ludiques et sociaux.

Surprise ! On peut s’amuser et tisser des liens autour d’une table jonchée de figurines et de feuilles de personnage. Et surtout, on se rend compte que cette activité est saine et présente de nombreux bénéfices : on passe du temps en société à vivre des aventures avec d’autres personnes, on imagine, on invente, on résout des problèmes.

👉 À lire également : Le jeu de rôle, remède contre l’anxiété.

Le petit écran, increvable potion de charisme

Autre facteur ayant joué un rôle majeur : l’essor fulgurant du streaming. De plus en plus de vedettes de Twitch et YouTube partagent leurs parties en direct. Et ça cartonne ! Certains streams réunissent des centaines de milliers de spectateurs. Du jour au lendemain, maîtres du donjon et joueurs et joueuses sont propulsés sous les feux des projecteurs.

Mais le jeu de rôle ne séduit pas seulement derrière un écran. De grandes conventions comme la Gen Con aux États-Unis battent chaque année des records d’affluence, la preuve cette année ! Cosplays, dédicaces avec des auteurs de renom, événements caritatifs… Tout y est prétexte à célébrer cette passion commune.

Nouveaux univers, nouvelles pratiques

Bref, entre écrans et rassemblements publics, le jeu de rôle est devenu incontournable. Mais au fait, à quoi joue-t-on en 2023 ? Quelles sont les grandes tendances ludiques ? Eh bien, contrairement aux idées reçues, donjons et dragons ne sont plus les seuls maîtres du genre. Des univers inspirés de la mythologie nordique, de l’empire romain, des univers queer ont fait une entrée tonitruante sur le devant de la scène. Côté mécaniques, exit les parties à « l’ancienne » interminables et complexes très simulationnistes. Place à l’action, à la narration et à l’improvisation ! Même un réalisateur et scénariste de films connu a créé son propre scénario.

Des règles allégées permettent désormais de lancer une partie en quelques minutes. Et les éditeurs rivalisent d’inventivité pour proposer des expériences immersives toujours plus dingues. Réalité augmentée, applis compagnons… Tous les coups sont permis pour transformer vos salons en véritables terra incognita !

Bien entendu, cet engouement médiatique a également suscité quelques réactions « oldschool ». Certains vétérans pestent contre la simplification excessive des règles ou le manque… d’authenticité de certaines productions « grand public ». Pourtant, l’essentiel est préservé : la dimension sociale et la capacité à raconter des histoires uniques et mémorables, fruit de l’imagination des participants.

Donjons & Chenapans

Le fait que le jeu de rôle séduise de plus en plus les enfants est la preuve de sa popularité grandissante. Autrefois cantonné aux sous-sols sombres et mystérieux, il a aujourd’hui pignon sur rue !

De nombreux éditeurs l’ont bien compris et proposent désormais des gammes destinées spécifiquement aux plus jeunes. Règles simplifiées, scénarios abordables, ces « JDR kids » permettent une initiation en douceur à l’univers du roleplay.

Citons l’éditeur français La Loutre Rôliste, avec Incroyables Détectives de Monstres par exemple, qui s’est taillé une place dans ce créneau. Nous avons également créé Donjons & Chenapans, un jeu de rôle gratuit à télécharger dans univers médiéval-fantastique, dans lequel les 4-10 ans incarnent de valeureux chevaliers partant à la rescousse de princesses. À moins que cela ne soit le contraire.

Bien entendu, rien n’empêche non plus de se lancer dans des titres adulte comme Donjons & Dragons en adaptant le contenu et la complexité des règles. D’ailleurs, le nombre de joueurs et joueuses mineur·e·s ne cesse d’augmenter dans les conventions spécialisées.

Tout ceci témoigne d’une ouverture et d’une démocratisation bienvenue du loisir. Jadis réservé à une « élite », le JDR est en passe de devenir grand public ! Une tendance qui contribue à casser les préjugés et ouvre la voie à de nouvelles façons de jouer. Car si le jeu de rôle passionne les enfants, c’est bien la preuve qu’il n’a plus rien du repoussoir trifouilleur de dés d’autrefois !

À lire également : Se lancer comme MJ de jeu de rôle avec des enfants.

JDR en ligne : quand le virtuel dope la créativité

De nos jours, le jeu de rôle ne rime plus seulement avec réunions entre amies et amis autour d’une table. Grâce à Internet et aux nouveaux outils numériques, les possibilités pour vivre des aventures rôlistique se sont considérablement étoffées.

En permettant aux joueurs et aux joueuses du monde entier de se retrouver dans des univers partagés, les plates-formes de jeu en ligne ont fait voler en éclats les frontières géographiques. Plus besoin d’habiter la même région pour lancer les dés avec ses camarades rôlistes !

Par ailleurs, ce format dématérialisé a fait émerger de nouvelles pratiques hybrides comme le GN virtuel. Preuve s’il en fallait que la culture du jeu de rôle est plus vivace et créative que jamais en s’aventurant sur la Toile !

Bien sûr, l’essor du jeu de rôle, et du jeu rôle virtuel n’a pas échappé aux acteurs économiques du secteur. De nombreuses sociétés proposent désormais aux joueurs et MJ en ligne diverses prestations payantes pour sublimer leurs parties.

On trouve par exemple des abonnements premium pour accéder à des fonctionnalités avancées sur les plates-formes de JdR en virtuel (VTT, en anglais). Figurines animées, textures de sol ultra-réalistes, bibliothèques musicales dignes d’un blockbuster hollywoodien… Tout est fait pour immerger les utilisateurs dans des univers toujours plus sophistiqués.

Autre business florissant : la vente de scénarios ou de campagnes « clé en main » destinés spécifiquement au jeu en ligne. Sur le site DriveThruRPG par exemple, des centaines d’auteurs-vendeurs proposent leurs créations à télécharger moyennant quelques euros ou dollars.

L’intérêt pour les MJ ? Gain de temps dans la préparation des parties et matériel clef en main à importer directement dans le logiciel de VTT. Les scénarios les plus plébiscités ? Ceux s’appuyant habilement sur les fonctionnalités numériques pour créer des expériences uniques. Rien de tel qu’un peu de mapping 3D ou de bruitage surround pour faire frissonner vos joueurs !

On assiste également depuis quelques années à l’apparition de MJ professionnels proposant leurs services en ligne.Vous n’avez pas le temps ou l’envie de concocter votre propre campagne ? Pas de souci, ces animateurs et animatrices chevronnées s’occupent de tout depuis l’écran de votre ordinateur, pour des parties clés en main avec effets spéciaux garantis !

Bref, le JDR virtuel est en train de se structurer en un véritable écosystème économique, avec son lot d’opportunités mais aussi de dérives potentielles. Reste à espérer que l’esprit désintéressé et bon enfant qui a fait le sel de cette pratique depuis ses origines saura résister à ces sirènes mercantiles…

Jeu de rôle et veille médiatique

Donc oui, depuis une dizaine d’années, le jeu de rôle est sous le feu des projecteurs. Voici, en vrac, quelques liens et articles récents de grands médias qui s’intéressent au jeu de rôle.

Journal : La Tribune de Genève

Et pas plus tard qu’hier, samedi 16 décembre, la Tribune de Genève consacrait un grand article sur le sujet. De hobby honteux à activité mainstream, le jeu de rôle trouve son public :

Radio : France Inter

Hasard des calendriers des coïncidences, juste un jour avant, soit vendredi 15 décembre, c’est France Inter sa fameuse et excellente émission vivifiante Zoom Zoom Zen (et présentée par le journaliste et chroniqueur Matthieu Noël, un… Genevois, comment ça, nous sommes chauvins ?) qui en a parlé pendant toute une heure. Extrêmement intéressant ! À écouter ici :

Journal Le Monde

Cet été, le journal Le Monde a consacré 6 articles sur le jeu de rôle.

En voici deux :


Conclusion

Alors, qu’en pensez-vous : c’est plutôt une bonne chose que les médias braquent leurs projecteurs sur le jeu de rôle ?

En quelques années à peine, notre discipline/loisir de prédilection est passée de l’ombre à la lumière. Résultat, les articles et émissions se succèdent sur le sujet ! Comment expliquer un tel revirement de situation ? Les séries TV, l’irrésistible ascension du streaming ou encore les réseaux sociaux y sont sans doute pour beaucoup.

Au-delà des effets de mode, c’est un formidable changement sociétal qui s’opère sous nos yeux. Un loisir hier marginalisé gagne ses galons de « culture mainstream ». Et ça, on ne peut que s’en réjouir !

Reste à espérer que les sirènes de l’industrie ne viendront pas pervertir cet élan. Car si les médias s’intéressent aujourd’hui au jeu de rôle, c’est avant tout pour son esprit communautaire unique en son genre.

Alors, convaincu·e par la réinvention du jeu de rôles? Prêt·e à sauter le pas et à brandir votre première paire de dés à 10 ou 20 faces? De mon côté, je n’hésiterai pas à partager d’autres reportages pour vous présenter les nouveautés et les tendances incontournables du moment. Car oui, comme vous l’aurez compris, je suis moi-même mordue de cet univers foisonnant !

Sur ces belles perspectives, je vous laisse retourner à vos fabuleuses quêtes ! Moi c’est ce que j’ai prévu de faire ce dimanche.


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Article écrit par Andariel, chroniqueuse et rôliste (JDR, GN) queer qui se consacre au jeux de rôle, aux jeux narratifs et aux sujets LGBTQ+. Elle s’implique pour valoriser la présence des personnes marginalisées dans l’industrie du jeu.


Pensez-vous que cette médiatisation croissante du jeu de rôle soit une bonne chose pour la communauté des rôlistes ? Certains aspects vous inquiètent-ils, comme la montée de l'industrie et du business autour de ce loisir ?

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5 Comments

  • Valstar

    J’avais aussi l’impression, comme avec les musiques « underground », qu’une nouvelle génération de journaliste est arrivée, et dans laquelle il y avait aussi des joueurs, et que c’est eux qui ont beaucoup aidé à la popularisation auprès du « grand public »

    • Chab

      J’aime ce mot de « underground ».
      C’est l’impression que j’avais au début des années 80 en pratiquant ce hobby. Des heures passées dans des garages, des sous-sols ou autres. A imaginer d’autres vies alors que la plupart des jeunes de mon âge passaient leur temps au café ou en boîte, suivant l’heure de la journée.
      Ce n’était pas mieux avant mais plutôt différent.
      Aujourd’hui l’offre est franchement plus large. Les systèmes et les univers se sont étoffés. L’imaginaire est toujours présent mais peut-être pas autant qu’avant. Là je parle pour moi !
      Nos vies nous ont rattrapé et notre rapport au temps s’en trouve différent. Avec des familles, et donc moins de temps pour nous seuls, on adapte nos pratique mais on continue tout de même ces fresques et nos frasques dans divers univers. On est également la première génération à transmettre cette histoire, que cela soit à nos enfants ou aux plus jeunes de manière générale. On a un certaine responsabilité sur cette transmission qu’on le veuille ou non.
      Pour reprendre le thème de la musique, mais cela marche aussi avec les langues ou les arts, il est bon de voir les choses bouger et évoluer. Cela signifie qu’elles sont vivantes et c’est une bonne chose pour tous.

  • Guichard Philippe

    Une belle revanche, dans les années 90 on avait du fermer notre club de jeux au collège car nous avions fait une partie de Jdr, des parents avaient eux peur que leurs enfants deviennent satanique… Maintenant c’est toujours un plaisir de faire découvrir ce monde…

  • Bis

    Niveau réf&rence dans le petit écran, il y a eu un épisode dans « Community » sur D&D ABSOLUMENT magistral, je n’ai plus le numéro de l’épisode mais vraiment regardez le c’est génial 😉

    Sinon je me sens concerné par cette « nouvelle » vague de rôliste (petit rôliste), je n’ai jamais eu le groupe pour car certains n’accrochaient pas mais c’est surtout les vidéos du joueur du grenier avec « Aventures » qui nous a convaincu que non… le jdr ça peut être super fun (on ne juerait que par le jeu d’soc avant).

    Bon je fais parti de ceux qui trouvent que 5E c’est pas toujours évident à sortir préférant les chroniques oubliées un peu plus accessibles. NIveau jeu d’initiation y’a aussi évidemment donjons et chatons que je vais offrir à madame qui m’a l’air fort bien et j’ai pas mal bourlingué avec « les apprentis sorciers », monde hyper cool et règles simples (d10) que je conseille fortement pour initier des gens 😉

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