Critiques de jeux,  Jeux de plateau

King of Monster Island. Un jeu monstre

King Of Monster Island est un jeu dans l’univers de King Of Tokyo, coopératif et se déroulant cette fois sur une île pleine de dangers !


King Of Monster Island

King Of Monster Island est un jeu de plateau coopératif qui reprend, à peu près, les mécaniques et l’univers de King of Tokyo. À sa sortie il y a plus de dix ans en 2011, King of Tokyo fit grand bruit et est devenu un véritable best-seller.

Je suis un très grand fan de la première heure de King of Tokyo. J’ai enchaîné les parties lors de sa sortie. J’ai surkiffé la version Dark de 2020.

Quand j’ai appris qu’un tout nouveau jeu se déroulant dans le même univers, du même auteur, à succès, Richard Garfield (Magic, Bunny Kingdom), de la même équipe, reprenait les mêmes mécaniques, je n’ai pu retenir ma joie. Et après y avoir joué, je dois avouer que j’ai été plutôt déçu.

Le roi de l’île

Dans King of Tokyo, on incarne des Kaiju qui tentent de dévaster Tokyo et qui prennent un malin plaisir à se balancer des tatanes dans les gencives pour devenir le… roi de Tokyo.

Un Kaiju est une créature monstrueuse et gigantesque japonaise, comme Godzilla. Kaiju, parce qu’en japonais, « Kai » signifie étrange et « ju » veut dire animal. Un Kaiju est donc un grand animal étrange, un monstre géant. Ils sont apparus dans les films japonais des années 50, dans le contexte d’un Japon post-Hiroshima, post-catastrophe nucléaire.

Si King of Tokyo mettait les joueurs et joueuses en compétition, ce tout nouveau titre, King of Monster Island, propose de revenir dans l’univers King of Tokyo, mais en mode coopératif. On joue, ensemble, contre un boss, un gros méchant, un méga-kaiju qui se trémousse sur une île volcanique. On gagne, ensemble, ou on perd, ensemble.

King Of Monster Island, comment on joue ?

King Of Monster Island est donc du « pur » King of Tokyo. On y retrouve le même univers, les mêmes somptueuses illustrations et le même matériel. Et les mêmes mécaniques, à peu près.

Pour aller à l’essentiel, King Of Monster Island est à nouveau un jeu de dés. À son tour, on en lance six. On peut les résoudre, les relancer deux autres fois ou en bloquer certains, i.e. les laisser sur le plateau tel quel pour que d’autres en profitent plus tard. Les dés indiquent :

  • Des attaques contre le boss et ses sbires / minions
  • Des étoiles, qui signifient de la gloire, et qui permettent d’engager des alliés aux différents pouvoirs qui s’activent selon sa gloire
  • De l’énergie, qui permet d’acheter des cartes spéciales
  • Des clés anglaises, qui permettent de placer des éléments spéciaux qui vont dorénavant rester sur le plateau pour obtenir un nouveau dé
  • Des cœurs, pour récupérer des points de vie

Les points de vie constituent l’une des ressources-clés. Si une personne perd tous ses points, la partie est alors perdue pour tout le monde ! Il faudra donc bien faire attention à conserver sa vitalité.

Comptez 2-3 tours pour bien comprendre toutes les actions possibles liées aux résultats des dés. King Of Monster Island augmente le niveau de difficulté de King of Tokyo, et de beaucoup ! Avec plusieurs nouvelles mécaniques, dont les alliés, qui permettent d’avoir accès à de nouvelles capacités à débloquer.

Matos de ouf

Le matériel de King Of Monster Island est époustouflant ! Et ça commence avec le format de la boîte, large, plutôt lourde, bourrée à craquer de jetons, de pièces diverses et variées, et d’un volcan. Oui, un volcan ! Celui de l’île, impressionnant, en partie en plastique dur. Qui sert de décoration, d’abord, et de piste de dés, en quelque sorte. C’est en effet au-dessus de ce volcan qu’on lance les dés du boss.

Les illustrations de Paul Mayafon sont également magnifiques : les kaiju, bien sûr, les alliés disponibles, les cartes, etc.

Le grand méchant

Et le boss, dans tout ça ? Les boss. Car il y en a plusieurs, selon la difficulté choisie pour la partie. Noob ou Mêmepaspeur. Pour espérer remporter la partie, il n’y a qu’une seule solution : rétamer le grand méchant, i.e., lui faire tomber ses points de vie à zéro. C’est tout.

Mais ça ne va pas être aussi simple que cela !

À chaque tour, le boss « spawne » des sbires, i.e. il fait apparaître des créatures qui vont peupler le plateau et attaquer. Et pour infliger des dégâts au boss, suffisamment pour le dégommer, il faudra d’abord « faire le ménage » et se débarrasser de ces sbires. Qui lui servent de bouclier humain monstrueux.

Vous voyez le problème.

Comme dans Pandemic, on passe sa partie à « nettoyer » le plateau, et chaque tour, les obstacles réapparaissent. Dans King Of Monster Island, comme dans beaucoup d’autres jeux coopératifs, on a peu l’impression de jouer au mythe de Sisyphe. Rappelez-vous vos cours de mythologie de CM2 : Pour avoir osé défier les dieux, Sisyphe fut condamné, dans le Tartare, à faire rouler éternellement jusqu’en haut d’une colline un rocher qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet.

Autrement dit, on fait et refait toujours la même chose. On avance d’un pas pour reculer de deux, et vice versa. Après quelques tours, cet aspect répétitif en devient rédhibitoire. On enlève un jeton créature pour en voir apparaître deux nouveaux. Etc.

Encombrement

Un autre souci de King Of Monster Island, c’est qu’après deux ou trois tours de jeu, le plateau devient vite encombré. Et on n’y voit plus rien ! Les figurines des kaiju, massives, sont placées sur des standees. Et rajoutez à cela la grosse pièce du volcan qui trône au beau milieu de l’île, du plateau. Tout ce fatras finit par tout cacher : les dés du boss qui demeurent sur le plateau, et surtout, les nombreux jetons, plats.

On perd en visibilité, en tactique, en stratégique. C’est un détail, mais qui a son importance pour savoir où aller, quoi faire pour éviter de perdre.

Un jeu Vaisselle

À son tour, on commence par activer le boss : dés, jetons, actions, etc. C’est long. Puis, on passe alors à son kaiju. Ses dés, que l’on peut garder ou relancer. Et selon les lancers, on peut prendre de nombreuses décisions. Ces deux phases sont hachées, saccadées.

Mais surtout, pendant ce temps, les autres à la table peuvent s’ennuyer sec. Dans un jeu coopératif, tout le monde est impliqué. Pas dans King Of Monster Island ! On lance des dés, pour soi, pour le boss, qui se déplace, qui attaque. Puis on prend des décisions, souvent immédiates, personnelles. Quel dé garder, quel dé relancer. À 4-5, King Of Monster Island en devient imbuvable.

Et pendant ce temps, les autres ne font pas grand-chose. Pour un jeu coopératif, je dois avouer qu’on n’y coopère pas beaucoup.

Salade de choix

Un autre aspect de King Of Monster Island qui m’a beaucoup déplu, c’est que le jeu regorge d’actions, de choix, de pictos, de possibilités diverses : des alliés, des compétences, des cartes, des jetons que l’on peut placer sur le plateau, etc.

Et c’est peut-être là que réside le cœur du problème. King Of Monster Island se veut un King of Tokyo plus complexe, plus exigeant, plus touffu.

Trop touffu. Surtout pour un jeu avec un tel hasard : on passe sa partie à lancer des dés et à tirer des jetons créatures d’un sac. Et rajoutez à cela une quantité de pictos qu’il faudra maîtriser.

King Of Monster Island, verdict

En règle général, dans tous jeux de société, l’équilibre entre choix tactiques, stratégiques, et hasard, et fun, est fragile. Ici, cet équilibre, ce rapport joue en la défaveur de King Of Monster Island. S’il faut bien une once de hasard dans un jeu pour lui offrir une certaine rejouabilité, du défi, ici, tout est fluctuant, chaotique.

Cet aspect fluctuant, n’était pas du tout un souci dans King of Tokyo. Car on s’y amusait. Et c’est ce qui m’a cruellement manqué dans King Of Monster Island. Je ne m’y suis pas amusé. Trop saccadé, trop de choix, trop de phases, trop de répétition. Pas assez de plaisir.

Une boîte bien garnie, un matériel de ouf, de superbes illustrations, un univers épique, un jeu coopératif, un auteur de renom. King Of Monster Island avait tout pour plaire. Et pourtant.

Bruyant, brouillon, encombré, haché, lent, on attend qu’une seule chose, que la partie finisse, d’une manière ou d’une autre.

Un jeu qui plombe plus qu’il ne passionne. Grands fans de la première heure de King of Tokyo, cette version coopérative ne nous a vraiment, vraiment pas convaincus.

Bof bof

Note : 2 sur 5.

  • Création : Richard Garfield
  • Illustrations : Paul Mafayon
  • Édition : Iello
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 5 (tourne mieux à 2-3)
  • Âge conseillé : Dès 10 ans (pas moins. Il y a beaucoup d’éléments à gérer)
  • Durée : 45-60 minutes
  • Thème : Kaiju
  • Mécaniques principales : Coopératif, dés. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.

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