Critiques de jeux,  Jeux de plateau

The Thing, plongée polaire et parano sur plateau

The Thing, l’adaptation du film culte en jeu de plateau. Intense et terrifiant !


The Thing

40 ans. Cela fait déjà 40 ans cette année que le cultissime film « The Thing » est sorti. Vous l’avez vu ? En juin 1982 sortait de l’atelier du charpentier un nouveau chef d’œuvre : « The Thing ». À cet époque fort, fort lointaine, John était au sommet de son art. Ce film de « genre » obtiendra son statut de film culte dans les années qui suivirent.

Il nous raconte la tentative désespérée de survie des membres d’une station scientifique américaine sur les terres gelées de l’Antarctique, après l’apparition d’une forme de vie extra-terrestre agressive libérée de sous les glaces. Un pitch classique pouvant donner un film de série Z, un habituel nanar… mais c’est bien mal connaître John Carpenter !

En 2011, sort un préquel nous présentant les faits s’étant déroulés juste avant cette histoire. Il est réalisé par le hollandais Matthijs van Heijningen Jr. Il n’y a pas grand-chose à en dire…

Voilà ! Maintenant vous pouvez arrêter la lecture de cet article et vous précipitez sur un service de VOD afin de regarder le film de 1982 de A à Z.

On se retrouve après.

Générique d’ouverture

Maintenant que les spoilers ne sont plus possibles, nous pouvons nous intéresser de près à « La Chose ». Hasard des coïncidences des calendriers, il y a quelques jours sur Gus&Co, pour faire écho au 75e festival du film de Cannes, nous vous présentions quelques films adaptés en jeu de plateau. La sortie toute récente de The Thing colle à l’actu !

Le projet de l’adaptation de The Thing a été lancé en 2020 par un financement participatif sur une plateforme bien connue. Différents pledges permettaient d’obtenir des figurines en plastiques au lieu des standies en carton, une extension mettant en scène l’avant-poste norvégien ou un tapis de jeu plus grand que le plateau de la boite de base.

Ce sont les Italiens de Pendragon Game Studio qui étaient à la manœuvre. Ne sachant pas vraiment à quoi m’attendre, les règles me paraissant confuses sur la plateforme, j’avais préféré guetter la sortie en boutique afin de me faire une idée du jeu. Récupéré et testé dans la foulée.

L’impression à l’ouverture de la boite « boutique » : il y a du matériel à foison pour le prix demandé. Ce qui est une bonne chose !

Cartes variées, dés, standies avec socles des personnages et des hybrides, bidons de fioul, caisses de nourriture, jerricans d’essence, hélicoptère de secours. Le tout dans un insert transparent solide qui devrait résister aux nombreuses manipulations à venir. Le plateau est épais et assez clair.

Le livret contient les règles des 2 configurations de jeu, la description plus détaillée de chacune des pièces ainsi que celle des différents objets. Une explication des capacités de chaque personnages et quelques conseils de jeu complètent l’ouvrage.

Rappelons enfin que ce n’est pas la toute première adaptation du jeu. Il y a 5 ans, en 2017 est sorti The Thing: Infection at Outpost 31, qui reprenait également les éléments du films. Jamais traduit en VF, le jeu est toutefois toujours disponible aujourd’hui. Le jeu de 2022 dont je vous parle aujourd’hui est toutefois plus… chiadé, abouti.

Action !

Premier bon point de ce jeu, il est proposé pour 1 à 8 ! Voilà une très bonne chose. Alors que certains weekends nous peinons à trouver un jeu permettant à tout le monde de jouer, alors qu’en semaine une partie en solo ou en duo est plus qu’envisageable, il rentre parfaitement dans le cahier des charges d’un public ludophile.

Il faut toutefois relever une mise en place un peu longue. Les configurations des paquets de cartes étant différentes suivant le nombre de personnes à la table. La lecture des règles, ponctuée de nombreux exemples, est plutôt fastidieuse. L’explication de ces dernières l’est également, avec un enchaînement de rounds comprenant 8 phases distinctes. La première partie n’est donc pas des plus faciles.

Mais passé cette étape, le jeu « déroule tout seul » et on y plonge avec un grand bonheur, tenant de la « Madeleine de Proust ».

Le plateau de jeu représente, la station 31. Les différentes pièces intérieures (armurerie, chenil, salle de repos, chaufferie, etc…) mais aussi extérieures (héliport de la station, garage, stockage de fioul, etc…) Certaines de ces pièces seront limitées à un certain nombre de personnages, d’autres non.

Un tableau météo joue un rôle essentiel. Une piste de suspicion permet d’avoir une idée de quoi est qui (sur le papier en tout cas…). Et puis enfin, la piste de l’hélicoptère de secours (si le S.O.S. a été lancé…)

Casting

Chaque personnage possède sa propre capacité, permettant une certaine asymétrie. Certains sont plus essentiels que d’autres suivant les types de jeu : Nauls le cuisto sera intéressant sur le jeu pour 1-3, mais inutile au possible sur une partie à 4+ pour la personne le récupérant.

Le jeu reprend parfaitement l’ambiance du film après la découverte de l’infection. On se retrouve dans une véritable course contre la montre avec des choix plus ou moins essentiels pour gérer la crise : maintenir l’électricité et le chauffage dans la station, réparer la salle radio pour envoyer un S.O.S., réparer l’hélicoptère ou l’auto-chenille de la station, trouver du matériel pour se défendre et faire des tests, prévoir la météo à venir et distribuer astucieusement le fioul encore disponible entre tous les postes avant qu’il vienne à manquer, se nourrir, se reposer, enfermer les chiens dans le chenil. Tout cela en surveillant ses arrières.

La survie s’avère délicate et les choix sont rapidement impitoyables sous peine de congeler sur place et peut-être laisser s’échapper la « Chose ». La tension est véritablement à son paroxysme !

La « Chose », de son côté, pourra se révéler d’elle-même (ou attendre d’être testé et découvert infecté) et ouvertement mettre des bâtons dans les roues des humains. Elle pourra aussi jouer profil bas le plus longtemps possible et peut-être fuir avec les humains en accusant l’un d’entre eux d’être le traître…

On retrouve ici tous les marqueurs du film d’origine : les personnages clefs, le froid, la dynamite, les tests avec bobine d’acier et lance-flammes, les chiens potentiellement infectés, les hybrides, l’obscurité.

Impossible de rester uniquement sur le système de jeu lorsqu’on connait le film.

The Thing, scène finale

Deux configurations de jeu possibles : 1-3 personnes (en mode coopératif) et 4+ (en mode rôle caché et semi co-op)

Deux systèmes proches, mais pas tout à fait non plus, permettant de profiter du jeu de manières différentes.

La plus grande partie du matériel sert aux deux types de jeu. Des dés génèrent le moteur de l’I.A. de 1-3 personnes. Ils sont remplacés par des cartes et des jetons sur le système 4+

Jouer de 1 à 3

La mise en place se fait avec 6 personnages, distribués de manière équitable entre les joueurs (oui, en solo on gère les 6 personnages…) Il peut y avoir entre 0 et 2 infectés en début de partie.

La « Chose » est gérée par une I.A. automatisée. Elle peut déclencher l’apparition d’un ou de plusieurs hybrides parmi les personnages ou leur compliquer grandement la survie.

Jouer de 4 à 8

Chaque personne prend un personnage et le matériel de ce dernier. L’une d’entre elles est déjà infectée. Paranoïa garantie pour le reste de la partie !

Générique de fin

Dans les deux configurations : les humains gagnent s’ils s’échappent de la base en laissant la « Chose » sur place, que ce soit avec l’hélicoptère de la base après réparation, l’auto-chenille de la base après avoir fait le plein de fioul ou l’hélicoptère de secours si l’appel de détresse a été passé de la salle radio.

Si la « Chose » est parmi eux, si un humain a été (volontairement ou non) oublié sur la base ou que tous les humains ont été infectés : la « Chose » gagne.

The Thing, épilogue et verdict

En préambule, je ne peux que prendre conscience de ma partialité totale sur ce jeu. Ce qui est une bonne chose. En effet, si le jeu avait été moyen, voire mauvais, je pense que je l’aurais passé par les flammes (de circonstance !). Mais c’est un vrai bon jeu, pour qui recherche ce type d’expérience.

Il tourne bien en solo, à 2, à 4 ou à 5. Il faudra le tester à 6, 7 ou même 8 pour en sortir la substantifique moelle.

J’irais jusqu’à penser que le mode coopératif doit pouvoir être utilisé à plus de 3, afin de ne pas frustrer les gens peu enclin au bluff. Il doit être jouable de prendre chacun un personnage et jouer avec les règles 1-3 avec une ou deux modifications maison.

En revanche, si le personnage est infecté, la personne en question est sortie de la partie. Ce n’est pas le cas avec le mode 4+.

Ludiquement, il ne peut que me rappeler l’historique Battlestar Galactica pour le côté rôle caché, paranoïa et trahison. Il est en revanche beaucoup plus tendu et surtout moins long !

Un autre parallèle peut être fait avec l’intense et éprouvant This War of Mine. Il est sombre, glauque et la survie ne tient qu’à un fil. Il n’a en revanche pas le côté narratif de ce dernier.

Enfin je ne peux que repenser à nos premières parties de l’excellent et vieux Seigneur des Anneaux de Reiner Knizia, où la seule chose nous venant en tête en fin de partie était « …mais on ne peut pas gagner à ce truc ! » Ici aussi, la pratique devrait permettre de résoudre une partie du problème.

Bref, au cas où cela ne serait pas encore assez clair : The Thing est un très, très bon jeu !

Je me permets toutefois 0,5 point en moins lors de la notation, pour la mise en place longue et fastidieuse.

Mais également, pour des parties à 1-3 plutôt… moyennes, ou différentes, en tout cas. Moins axées bluff et paranoïa, avec toujours la survie en ligne de mire. C’est toutefois vraiment à 6-8 que le jeu prend son envol. Et nous notre pied !

Scène post générique

Pendragon Game Studio ne semble pas en avoir fini avec John Carpenter et Kurt Russell. En effet, selon leur site , ils préparent un nouveau financement participatif pour la fin de l’année 2022 avec pour thème un autre film culte du réal, « Escape from New York », connu sous le titre de « New York 1997 » en France. On vous en parlait il y a quelques temps sur Gus&Co.

À quand un vrai. bon jeu « Big Trouble in Little China », aka « les Aventures de Jack Burton », un autre film culte de Carpenter avec Kurt Russell ? Le jeu de plateau de 2018 était plutôt moyen, et jamais traduit en français. Affaires à suivre…

The Thing, verdict

Un très, très bon jeu

Note : 4.5 sur 5.

  • Auteurs : Guiseppe Cicero et Andrea Crespi
  • Illustrateurs : Davide Corsi, Riccardo Crosa et Mathias Mazzetti
  • Éditeur : Matagot (VF) / Pendragon Game Studio (VO)
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 8 (tourne mieux à 6-8 pour le côté fun et parano)
  • Âge conseillé : Dès 13 ans (vu le thème et certaines illustrations)
  • Durée : 90′
  • Thème : Horreur
  • Mécaniques principales : Rôles cachés, bluff, semi-coopératif, coopératif, votes

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Article écrit par Chab. Rôliste devenu platoïste par manque de temps. Pâtissier initié et fan de Robbie Williams. Patriarche de cœur d’un troupeau de gremlins. Aime qu’un jeu lui raconte une histoire.

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