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The Hunger, road « tripes » sanguinolent au pays des vampires

Dans The Hunger, incarnez un vampire assoiffé et affamé de sang.


The Hunger. Une faim de vampire

Est-ce que vous vous êtes déjà demandé ce qui rendait la figure du vampire tellement… sexy ? À l’origine, les vampires sont issus du folklore slave. Rien que l’étymologie du mot se retrouve dans plusieurs langues slaves : en bulgare : въпир, văpir, en croate : upir ou upirina, en tchèque et slovaque : upír, en polonais : upiór, wąpierz, en ukrainien : упир, oupyr, en russe : упырь, oupyr’, en biélorusse : упыр, oupyr.

Certes, bien avant les traditions slaves, le vampire se retrouve dans plusieurs mythologies antiques. Ainsi, lLa consommation de sang est souvent associée aux anciennes divinités. On les retrouve en inde d’une certaine manière et sous plusieurs formes dans l’histoire des vetalas, sortes de goules résidant dans des corps. Ou le Pishacha, esprit d’une personne mauvaise revenant hanter les vivants, possède certains attributs du vampire moderne. La déesse indienne Kâlî était supposée se nourrir de sang, entre autres celui du sacrifice. La civilisation perse est l’une des premières à évoquer le mythe de créatures buveuses de sang.

Dans la Grèce et la Rome antiques, les légendes et mythes parlaient d’« empusa », « lamia » ou « stryge ». Et plusieurs femmes de la mythologie grecque partagent des caractéristiques… vampiriques. Dans l’Empire romain, le Jus Pontificum, le droit qui réglemente le culte et la religion, prescrit que les corps ne doivent pas être laissés sans sépulture. Les tombes devaient être protégées contre les voleurs, profanateurs et ennemis, qu’ils soient naturels ou… surnaturels.

Quelques siècles plus tard, ils hantent désormais nos jeux de société, la preuve ici avec The Hunger, nos livres, nos films, nos séries, nos jeux vidéo. Plusieurs aspects rendent le vampire attirant, … sexy, au point de le placarder dans de nombreuses œuvres culturelles et autres produits commerciaux.

Pour le meilleur et pour le vampire

Les vampires fascinent. Ils représentent une forme de pouvoir. Les vampires sont, font ce qu’ils veulent. Leur côté a- et anti-social les rend attirants, comme c’est le cas de toute figure rebelle, à l’instar du pirate, aussi, par exemple. Le vampire prend, fait ce qu’il veut, où il veut, avec qui il veut. Il suit ses propres règles, et non celles de la société.

Leur immortalité fait aussi envie, leur éternelle jeunesse.

Leur apparence, aussi, leur… sexitude, comme souvent affichée dans certaines œuvres, littéraires, notamment, les rendent attirants. Le vampire y est souvent présenté comme un dandy à la cool-attitude. L’éphèbe exemple d’Edward dans Twilight.

Si les vampires sont aussi populaires au 20e-21e siècle, en particulier dans la culture contemporaine, c’est qu’ils cristallisent une certaine métaphore, très efficace, de nos désirs et angoisses. On les craint, on les abhorre, on les adore.

L’histoire des vampires vous intéresse ? Vous pouvez regarder ce Ted Ed qui fait le tour de la question, avec supplément d’hémoglobine.

The Hunger Game

Une horde de vampires s’échappe du château dès la tombée de la nuit. Votre mission ? Parcourir la région à la poursuite d’humains gorgés de sang et de différents trésors qui vous rapporteront des points de victoire sang.

Mais attention, l’heure tourne et gare à celui qui flânera et se fera surprendre par les premiers rayons du soleil. Vous aurez 15 lunes, i.e. 15 tours et pas un de plus (à moins de posséder une ombrelle dans le jeu), pour rejoindre la pénombre bienveillante du château. Sans quoi, vous finirez en vulgaire merguez, trop cuite, pour l’éternité.

The Hunger est le nouveau jeu très attendu de l’auteur Richard Garfield dont le palmarès ludique n’est plus à prouver. Créateur des cartes à jouer et collectionner Magic : l’assemblée et des jeux de société comme King of Tokyo, Keyforge, Carnival of Monsters ou Bunny Kingdom pour n’en citer que quelques-uns. Une galerie ludique peuplée de bêtes bizarres et d’univers fantastiques.

The Hunger fait appel à la mécanique de deck-building, de gestion de risque, et de « stop ou encore ». On ne peut s’empêcher de penser à Clank! sous bien des aspects.

Tout le monde commence avec une même main de départ, identifiée par leur vampire associé. Au cours de la partie, en chassant, vous allez pouvoir agrémenter, augmenter votre deck avec des humains, des familiers (= aide démoniaque des vampires) ou des cartes de nouveaux pouvoirs.

À votre tour de jeu, vous tirez 3 cartes de votre deck et additionnez les points de vitesse indiqués sur ces cartes. Ces points vont pouvoir être utilisés, à votre convenance pour vous déplacer sur le plateau de jeu ou/et pour chasser et ainsi tenter d’augmenter le pouvoir de votre main ou vos points de victoire.

Le long du chemin vous serez également amenés à récupérer des missions qu’il faudra accorder au mieux avec vos chasses.

Si les humains, des… distributeur de sang sur patte, vous permettent d’avancer, tel un shoot de sucre, la descente après l’orgie risque d’être fatale. Une fois vidés de leur sang les humains alourdissent votre deck et vous ralentiront fortement lors de vos déplacements, au risque de rendre difficile le retour à temps au château. Une solution existe : se rendre sur une des cases (marché, manoir, église ou caserne) correspondant au type d’humain en votre possession, pour les… digérer et ainsi vous en débarrasser. Bon appétit.

Pour parvenir à être le roi/reine des vampires il faudra maîtriser subtilement l’amélioration de votre deck, avoir une bonne gestion du type « stop ou encore » pour ne pas vous aventurer trop loin du château, tout en sachant adapter aux mieux les missions que vous avez récoltées au cours de votre parcours.

Les règles sont clairement détaillées dans un livret très touffu. Elles sont simples, mais agrémentées d’un grand nombre de règles spécifiques et de pouvoirs propres à chaque personnage. De quoi rendre la compréhension et la prise en main du jeu quelque peu confuses et ralenties. Au début. Mais c’est pour la bonne cause. Toutes ces règles finissent par amener un certain relief au jeu.

La détermination, à elle seule, de l’ordre du tour de chaque joueur, demande un petit temps de compréhension car elle repose sur de nombreux critères. À chaque nouveau tour, la première personne à jouer sera le vampire le plus éloigné du château, Mais cela dépendra également de la région spécifique où il se trouve. Pour finir, dans une même région, la personne sur la route pavée est prioritaire sur celle se trouvant sur la voie ferrée. Elle-même prioritaire sur les voies maritimes. Vous trouvez ça too much ? L’ordre de passage est toutefois déterminant car il donne un accès prioritaire au tableau de chasse.

Deux modes de jeu sont proposés, novice et avancé, avec des cartes dédiées à positionner en haut de pioche pour débuter, ainsi qu’un plateau de jeu réversible.

Le graphisme du jeu est vraiment réussi. Moderne et immersif, il contribue efficacement à nous transporter en Transylvanie.

Les premières parties sont longues, poussives. Comptez plus de 2 h à 4. Car il s’agit d’appréhender les règles spécifiques et de découvrir les pouvoirs et actions associés à chaque personnages. Au fil des parties, ce temps sera ramené aux 60 minutes affichées sur la boîte. Néanmoins, les tours de jeu vont rester un peu longs et monotones dès 3-4 personnes, pour la simple raison qu’il n’y a pas grand-chose à faire en attendant son tour. Les actions étant déterminées en fonction des possibilités laissées par les autres. The Hunger, c’est peu de stratégie pour beaucoup de tactique.

En fin de partie, des retournements de score sont clairement possibles en fonction de la bonne optimisation des cartes missions prises pendant la partie. Le meilleur vampire n’est pas toujours celui qu’on croit. Et comme le disait ce fieffé coquin de Vampirus La Fontainus : « rien ne sert de courir …le sang frais …il faut rentrer avec des points ! »

The Hunger, verdict

The Hunger, avec son thème attractif, voir plus haut, son magnifique graphisme, son matériel de qualité et sa mécanique diversifiée fait clairement partie des bons jeux.

Néanmoins, ses longueurs le rendent monotone et la quête devient finalement un peu répétitive. Surtout dans la phase de rentrée au château. The Hunger ne rejoindra pas mon étagère des « indispensables » de ma ludothèque et ne plaira clairement pas à tout le monde. Bien, mais pas top.

Note : 3.5 sur 5.
  • Auteur : Richard Garfield
  • Éditeurs : Renegade Game Studios et Origames
  • Illustratrices et illustrateurs : Jocelyn Millet, S. Proskuryakov, M. Ivanova, A Bogdanov
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 6 (tourne mieux à 2-4)
  • Âge conseillé : Dès 12 ans (bonne estimation)
  • Durée : 60′ par partie (compter plutôt 2h00 pour les premières parties ou en fonction du nombre de personnes à la table)
  • Thème : Vampires
  • Mécaniques principales : deck Building, stop-ou-encore

Et encore une chose

Les vampires ont toujours les crocs, et la cote. On apprenait tout juste cette semaine que la réalisatrice de Nomadland et du tout récent Marvel The Eternals, Chloé Zhao, serait à l’œuvre sur une, sur sa nouvelle version du Dracula de Bram Stoker. D’après ce que l’on sait pour l’instant, son interprétation du roman en ferait une œuvre de… science-fiction western, comme la réalisatrice l’a annoncé il y a quelques jours.

Les vampires ne meurent jamais.


Article écrit par Aline. Elle travaille dans le domaine social. Elle est tombée toute petite dans la marmite du jeu sous toutes ses formes (plateau, jeux vidéo, escape room, murder). Écrire sur le blog lui permet de découvrir de nouveaux jeux et partager de vrais coups de cœur.

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