Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Dans K3 et Art Robbery, jouez les monte-en-l’air

Découvrez K3 et Art Robbery, les deux nouvelles sorties de l’éditeur de jeux suisse Helvetiq.


Helvetiq, K3 et Art Robbery sont sur une montagne

Le constat est sans appel. Les Français nous dament le pion ! En Suisse, les éditeurs de jeux de société se comptent sur les doigts d’une seule main. Est-ce que vous les connaissez, vous, les 5 éditeurs de jeux de société suisses encore en activité ? Il y a quelques années, il y en avait encore deux supplémentaires : Helvetia Games et GameWorks. Pour notre plus grande tristesse, ces deux éditeurs ont depuis cessé d’éditer des jeux.

Notre pays, qui compte pourtant 8,7 millions d’habitantes et habitants, n’est pas vraiment ce que l’on pourrait qualifier de « patrie du jeu ». On y joue beaucoup. On y compte beaucoup de boutiques de jeux. Mais côté autrices, auteurs et éditeurs de jeux, toute proportion gardée, les Français nous dépassent, et de loin ! Parmi les 5 éditeurs de notre pays, il y a Helvetiq. Certainement l’éditeur le plus prolifique. En tout cas le plus médiatique d’entre eux.

Créée en 2008 par Hadi Barkat, suite à l’envie de créer un jeu en parallèle au processus (parfois loufoque) de naturalisation pour devenir suisse, Helvetiq est devenue en quelques années l’une des maisons d’édition suisse les plus connues.

Leur tout premier jeu, l’éponyme Helvetiq, a tout déchiré. Un gros carton qui a lancé la boîte. Créé en 2008 par Sébastien Pauchon et Malcolm Braff, deux auteurs suisses également, Helvetiq est jeu de quizz malin sur la culture… helvétique, forcément.

Depuis 2008, Helvetiq s’est autant lancé dans l’édition de jeux de société, dont certains d’auteurs connus comme Leo Colovini avec Matterhorn, ou Théo Rivière avec Tucano. Mais pas que. L’éditeur est également connu en Suisse pour publier des livres, de randos, surtout, sur des thèmes insolites, dont la… bière.

Et depuis 2016, grâce à leur best-seller Bandido, un tout petit jeu de cartes de placement coopératif très sympa, Helvetiq s’est fait bien connaître en-dehors des frontières de notre pays du chocolat, des joueurs de tennis et de l’évasion fiscale.

Et en cette fin 2021, Helvetiq nous revient avec deux nouveautés, K3 et Art Robbery.

K3

K3, c’est un girls band belge néerlandophone. Mais c’est surtout l’ancien nom du Broad Peak, une des montagnes du Karakoram, la massif montagneux qui contient le K2. Le Broad Peak tire son nom de sa ressemblance avec le Breithorn, sommet valaisan à la frontière entre la Suisse et l’Italie. C’est un sommet de plus de 8 000 mètres, réputé pour sa difficulté d’ascension.

Dans le jeu K3, c’est justement sur ce sommet que vous allez devoir crapahuter. Mais de façon plutôt… conceptuelle. K3 est un jeu de placement et de programmation, abstrait, dans lequel vous allez, à votre tour, placer un pion sur la pyramide centrale commune, en obéissant à quelques règles, beaucoup de contraintes :

  • Un pion est toujours à cheval sur deux autres pions
  • Un pion doit toucher un autre pion de sa couleur (ou un pion de couleur neutre, naturelle)
  • Un pion naturel peut être placé sur n’importe quelle couleur
  • On ne peut placer qu’un seul pion à son tour
  • Si le pion est posé sur deux pions de la même couleur, on perd un pion qu’on va devoir donner à son ou sa voisine de droite

La difficulté principale réside dans l’installation du jeu : chaque personne obtient, au départ de la manche, un certain nombre de pions, au hasard, sauf pour les pions neutres. Ces pions sont placés devant soi sous la forme d’une pyramide, personnelle celle-ci, et on ne peut jouer que les pions directement accessibles.

Dans le cas où, à son tour, on ne peut pas placer de pion sur la pyramide centrale, soit parce qu’on n’a plus de pion disponible, soit parce que ces pions disponibles ne sont pas compatibles avec ceux sur la pyramide centrale, c’est le drame. C’est l’abandon, l’élimination.

Si les règles sont simples, le jeu n’est pas simpliste pour autant. Dans K3, La construction de la pyramide de départ est l’un des moments les plus importants du jeu. Une pyramide faite à la va-vite étant presque à coup sûr destinée à perdre. Pour éviter l’analysis-paralysis, la personne qui a fini sa pyramide en premier commence la partie, ce qui confère un certain avantage, un avantage certain. Il faut donc savoir jauger, juger et juguler entre vitesse et planification pour cette première phase du jeu.

La suite est assez rapide, puisque si le nombre de pions accessibles sur sa propre pyramide s’agrandit à chaque tour. Tandis que le nombre de possibilités de placement sur la pyramide centrale diminue. Avec K3, on est en présence d’un jeu rapide, dynamique, tonique, avec du rythme.

L’interaction va se faire via l’ouverture (ou la fermeture !) de voies de couleurs, tout le monde cherchant à placer ses pions, tout en essayant de bloquer les autres.

Les pions sont en bois, en provenance d’Europe. Après Smak, un jeu en bois produit en Chine, l’éditeur suisse remonte ici dans l’EcoScore. La boite contient également un sachet en tissu, qui sert lors de la phase de tirage au sort. Ce sachet permettra aussi de transporter le jeu facilement, et de se passer de la boîte.

Un mode coopératif permet de jouer ensemble, avec les mêmes règles. Une variante idéale pour les plus jeunes et/ou pour éviter la compét.

K3, verdict

Le matériel est beau, les règles sont simples, la mécanique est fluide, le jeu est transportable… Avec un bon équilibre entre fun et prise de tête, K3 va trouver sa place sous les sapins, et devrait ressortir assez souvent.

Un très bon jeu de programmation/placement

Note : 5 sur 5.

  • Auteur : Philippe Proux
  • Éditeur : Helvetiq
  • Illustrateur : Felix Kindelán
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (tourne très bien à toutes les configurations)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (bonne estimation)
  • Durée : 20 minutes (bonne estimation)
  • Thème : Escalade
  • Mécaniques principales : Programmation, placement, abstrait

Art robbery

Une fois que le casse est fini, il est temps de se répartir le butin. Mais entre monte-en-l’air, pas de cadeaux ! Il va falloir jouer ses cartes le plus finement possible pour récupérer la plus grosse part du butin. Mais attention aux alibis, leur absence pourrait vous être fatale !

Le jeu va se dérouler sur 4 manches. À chaque manche, on va essayer de récupérer des jetons butins numérotés, disposés au centre de la table, en jouant des cartes correspondant au butin. Si un jeton de la valeur de la carte est disponible au milieu, on la rafle. Sinon, on en vole une à quelqu’un d’autre.

On dispose de 5 cartes en main, et on repioche dès qu’on en a joué une. La manche se termine quand il n’y a plus de jeton butin au centre de la table. On retourne alors ses jetons, et on passe au raid, à la manche suivante.

Une fois les 4 raids terminés, on passe au décompte des points. La personne avec le moins d’alibis, présents sur certains jetons, est éliminée, quel que soit son score. Les autres décomptent les points en additionnant la valeur des jetons, avec une règle spécifique pour les jetons « boss », qui ne comptent que si ils sont accompagnés d’un jeton de valeur 4 ou 5 de la même couleur. Alors oui, on dirait une salade de points ! Mais finalement, c’est assez facile et ça fonctionne bien.

Il y a des cartes spéciales, qui permettent de prendre n’importe quel jeton au milieu, mais pas de voler aux autres. Ainsi que des cartes qui permettent de récupérer le chien de garde, qui empêche une personne de vous chouraver un jeton.

Créé par Reiner Knizia, Art Robbery tourne bien. La mécanique est vraiment fluide, mais il sera difficile de prévoir une stratégie à long terme. Les cartes passant d’une personne à l’autre, rapidement. Mais il ne faut pas oublier les alibis, ou l’addition se paie cash, i.e. par une élimination finale. Rien ne sert de courir voler, il faut partir se trouver des alibis à point. Pour accumuler les points. Un petit twist qui suscite de l’intérêt. Sans cette petite règle, subtile, Art Robbery serait une simple course aux gros jetons. Grâce à elle, le jeu met en place un savant équilibre entre points et alibis.

Art Robbery, verdict

Sans doute un peu frustrant pour les planificateurs, ce jeu détendra les autres catégories de public, tout en leur faisant muscler les méninges. Un peu de fourberie sera également nécessaire, sinon on risque de tout perdre.

Une course aux points mais pas que, et c’est malin

Note : 4 sur 5.
  • Auteur : Reiner Knizia
  • Éditeur : Helvetiq
  • Illustratrice : Petra Eriksson
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 5 (tourne bien à toutes les configurations)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (bonne estimation)
  • Durée : 20 minutes (bonne estimation)
  • Thème : Cambriolage
  • Mécaniques principales : Cartes, fourberie

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