Exactement 25 ans plus tard, le papa de Magic réinvente le jeu de cartes à collectionner. Attention, claque
Keyforge, de quoi ça parle?
Comme dans Magic, Keyforge raconte l’histoire d’une baston entre Archontes, des créatures slash héros slash dieux slash Planeswalkers (ha non, ça c’est dans Magic)
Le but des Archontes? Gambader dans le Creuset, le monde, pour trouver les Caveaux dissimulés par les Architectes. Et pour ouvrir ces Caveaux, il faut des clés d’Aombre
L’Aombre? C’est la ressource du jeu
Comme dans Magic, il existe plusieurs familles slash maison aux pouvoirs particuliers, chaque deck étant composé de trois familles aux histoires et style de jeu spécifiques
OK, jusque là, rien de bien original. De la baston, des pouvoirs, etc. Un pur jeu épique-futurastique (un mélange entre de l’héroïque-fantastique et du futuriste)

Et comment on joue?
On commence par prendre un deck. De la boîte de base ou d’extension slash booster
Et c’est là que réside tout l’intérêt et sel du jeu
- Tous les decks sont déjà construits. Pas besoin d’acheter des cartes individuelles, pas besoin de passer 600’000h à créer un deck de ouf. Pas besoin de drafter, tout est déjà fait, prémâché
- Chaque deck acheté est unique. Hormis les deux de départ de la boîte de base, tous les decks des extensions slash boosters sont différents. Tous. TOUS. L’éditeur annonce donc des milliards de possibilités. Environ, à la louche,
104’000’000’000’000’000’000’000’000 de decks différents. Que ça. En réalité, il existe (pour l’instant) 350 cartes différentes. En les combinant de manière à chaque fois différente, ça donne un nombre impressionnant de decks différents
Un fois son deck ouvert, on mélange, on pioche six cartes, sept pour celui ou celle qui commence, et c’est parti
A son tour, on peut jouer autant de cartes que l’on désire, sauf le ou la première joueuse qui peut n’en jouer qu’une seule. Les cartes n’ont aucun coût. Pas de Mana, donc. Ni même de coût en Aombre
Sauf que
Sauf que, on peut jouer autant de cartes que l’on désire de sa main, mais n’appartenant qu’à une seule et même faction
C’est « gratuit » de jouer, mais avec une contrainte
Et ensuite?
La carte jouée a, exactement comme Magic, le « mal d’invocation », autrement dit, elle ne peut pas être utilisée au même tour, elle arrive inclinée, donc HS
Au prochain tour, on la redressera
A son tour, on peut utiliser les cartes de trois manières:
Pour leur action / pouvoir spécifique. Puis on l’incline
Pour « moissonner » leur Aombre. Certaines cartes possèdent en effet un symbole Aombre. Quand on les joue, on gagne aussitôt l’Aombre correspondant. Et on peut continuer à en gagner en « moissonnant », autrement dit en inclinant la carte, et c’est tout
Enfin, pour cogner l’autre. Dans ce cas, on choisit une créature ennemie, et c’est parti pour la baston
Mais attention, toutes les cartes jouées pendant le tour doivent toutes appartenir à la même faction slash maison
Encore une fois, c’est « gratuit » de jouer, mais avec une contrainte

Baston
Les règles de combat sont on ne peut plus simples:
Les cartes créatures possèdent une valeur d’attaque, qui représente également ses points de vie, ainsi qu’une valeur de bouclier. Le ou la joueuse active choisit qui attaquer, pas comme dans Magic, donc, et les deux créatures impliquées infligent autant de dégâts que la valeur d’attaque moins le bouclier
Les dégâts peuvent être létaux, la créature est alors défaussée, ou infliger des blessures, blessures qui restent sur la carte et ne se soignent pas automatiquement, pas comme dans Magic, donc
Bref
Des règles extrêmement simples, extrêmement fluides qui tiennent sur 4 pages à peine
L’auteur, autant que l’éditeur, ont voulu proposer un jeu simple, facile d’accès, sans chichi

Et comment on gagne?
A force de moissonner, on gagne de plus en plus d’Aombre. Celle-ci ne sert qu’à une seule chose: forger des clés
Six Aombre permettent de forger une clé
Et dès qu’on possède trois clés, on remporter aussitôt la partie
Voilà, c’est tout
Pas de points à retirer comme dans Magic, pas de deck à vider chez l’autre
Juste trois clés à construire, donc 18 Aombre à collecter
Interaction?
Directe, bien sûr, puisqu’on est en constante confrontation et qu’on lutte pour parvenir avant l’autre à récolter ses pions d’Aombre


A combien y jouer?
A deux
Parce que le jeu ne se joue qu’à deux
Peut-être qu’une variante comme le « troll à deux têtes » de Magic émergera et permettra d’y jouer à 4 par équipe. A essayer
Faut-il vraiment acheter la boîte de base?
Non, pas vraiment
La boîte est plutôt chère, elle coûte une trentaine d’euros
Elle contient tous les jetons nécessaires pour y jouer
Mais quels jetons?
Les jetons d’Aombre. Mais on peut très bien utiliser n’importe quoi d’autre
Les jetons de blessure. Mais on peut très bien utiliser n’importe quoi d’autre
Elle contient aussi 4 decks. 2 decks d’apprentissage, les mêmes, ainsi que 2 decks uniques
Elle contient également une piste pour les chaînage, une sorte de handicap à comptabiliser plus tard avec les decks uniques. Utile mais pas vital
Elle contient enfin des cartes pour représenter les augmentations de valeur. Les jetons, dans Magic. Mais on peut très bien utiliser n’importe quoi d’autre
Donc non, la boîte n’est pas cruciale. C’est finalement un bon deal, 4 decks = 40 euros, alors que la boîte et tout son matos sont moins chers
Mais on peut très bien se lancer dans le jeu juste en tapant dans des boosters
Alors, Keyforge, c’est bien? Critique
Keyforge est, et sera sans aucun doute l’un des titres forts de 2018
Un jeu de cartes d’affrontement à deux très grand public, on peut y apprendre à jouer en quelques minutes, tout en offrant de puissantes richesses tactiques
Ne gardez que le meilleur de Magic, puis enlevez-lui tout ce qui finit par être embarrassant: le Mana et son absence, parfois, cruelle, hasardeuse, même si Mulligan, ainsi que les blocages intempestifs: si je joue cette créature tu me la dégommes, donc je préfère ne rien faire et je campe sur mes positions. Ce qu’on appelle un Mexican Standoff
Puis rajoutez-lui tout ce qui fait le succès de Hearthstone, des parties fluides, courtes et nerveuses
Et tadaaaaa, vous obtenez Keyforge
Mais
On pourra toutefois lui reprocher trois aspects:
Sirènes
Son business-model. Une boîte de départ avec tous les jetons nécessaires et quelques decks, et puis c’est tout. On pourra y jouer 1-2-3 parties, mais il sera extrêmement difficile de ne pas céder au chant des sirènes pour se faire péter de nouveaux decks, tous uniques
Parce que, dopamine. L’hormone du chasseur
La dopamine est un neurotransmetteur, un composé chimique relâché dans notre cerveau
La dopamine est produite lorsqu’une action ou qu’un événement surprenant se produit. Lorsqu’il y a eu une attente. Et ce rush de dopamine crée une sensation agréable
Plus ou moins (in)consciemment on essaie alors d’en produire dans nos activités quotidiennes
FFG l’a bien compris. Pas folle la guêpe
Ce besoin d’être surpris. De « chasser » du deck. Pour ce relâchement de dopamine
Le fait de ne jamais savoir ce qui va se passer nous excite, nous motive. Promesse de bonheur. C’est tout le principe du cadeau. L’excitation de ne pas savoir ce qui va se trouver dans le paquet. Dans le booster, pour Keyforge
On pense, à tort, que la dopamine est l’hormone du bonheur. Mais c’est faux. La dopamine est l’hormone de la motivation
La nature est bien faite. Cette hormone est produite pour nous motiver à lever nos fesses et à chasser le prochain mammouth, ou à trouver un·e partenaire pour procréer et préserver la race humaine. Ou à acheter un nouveau booster Keyforge pour trouver LE deck de la mort qui tue sa race
Le business-model de Keyforge? La dopamine
Cul
Son syndrome « cul-entre-deux-chaises ». Se voulant plutôt noob-casu, pour toucher un plus grand marché bien sûr, il se ferme également peut-être au public de joueurs et joueuses chevronné, expert, pro-semi-pro, qui risquent de trouver Keyforge pâle et aléatoire
Peu aléatoire dans son aspect-jeu intrinsèque, pas de mana, de blocage, mais plutôt pour son aspect méta. Autrement dit, on ne passera pas des heures à peaufiner son deck pour en faire une arme de destruction massive. Les decks sont déjà construits, voilà
Peu d’appropriation, beaucoup de consommation. Après, cet argument peut être démonté en deux secondes. L’e-succès planétaire de Hearthstone, une version très, très édulcorée de Magic, témoigne de l’engouement de publics très variés pour un jeu aussi « simple »
Comme Hearthstone, Keyforge suit le même dicton qu’on applique au Go et au Poker: Easy to learn, hard to master
Ouate
Enfin, mais GRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR 🤬🤬🤬🤬
Qui a dit que c’était OK de sortir une « grosse » boîte plein de vide pour une trentaine d’euros dans laquelle il manque la moitié des règles???
Ouate. De. Phoque
En effet, les règles de base, 4 pages à peine, ne suffisent pas pour profiter pleinement du jeu. Les règles avancées, notamment avec un glossaire de toutes les capacités spéciales des cartes, ne sont pas disponibles dans la boîte de base
Comme si FFG s’était dit qu’il valait mieux éviter d’effrayer le ou la débutante. Ou qu’ils voulaient économiser un print
Dans le premier cas, c’est super condescendant, dans le deuxième, vraiment cheap
Compétences
Est-ce qu’il suffit de tomber par hasard sur un bon deck pour gagner à chaque fois?
Non
Et c’est là que Keyforge devient intéressant car le jeu fait quand même appel à une certaine maîtrise, à des compétences
Il faut tout d’abord connaître son deck, bien maîtriser ses 35 cartes, réfléchir aux synergies, retenir les capacités des factions, des cartes
Et également, maîtriser le rythme, les stratégies
Donc non, Keyforge n’est pas juste une question de hasard de pécho un bon deck
Score:
Anticipation: 5/5: Un nouveau Magic par le papa de Magic mais c’est mieux que du Magic? Rhooooo
Pendant la partie: 5/5. Des parties courtes, tendues, au hasard au final très peu présent et sans jamais aucun blocage. Pour un jeu plutôt orienté noob-casu, mais offrant toutefois de belles opportunités tactiques. Une vraie réussite. Les jeux de Richard Garfield n’ont pas tout été des réussites, à l’instar du décevant Bunny Kingdom ou le flop Ghooost! Avec Keyforge, 25 ans après Magic, Richard Garfield signe un come-back retentissant
Après la partie: 2/5. Et. Maintenant. Quoi? A la caisse. Alors oui, on peut jouer et rejouer et rerejouer avec le même deck 617 fois. Mais au bout d’un moment, on aura envie d’en découvrir d’autres, d’essayer d’autres manières de jouer
Score: 4/5. Un jeu de cartes nerveux, facile d’accès, interactif et « » »pas cher » » » entre 600 guillemets. Une partie, et puis s’en va. On voudra essayer d’autres decks, d’autres stratégies, d’autres ressentis avec d’autres cartes et d’autres factions
Keyforge n’est pas un JCC. Keyforge n’est pas un JCE. Keyforge est un JDU, un jeu à deck unique. C’est complètement différent, et exactement la même chose
Car au final, soyons lucides, on finira bien par claquer un max pour acheter et essayer de nouveaux decks et par hypothéquer son rein gauche
Et encore une dernière chose
FFG France a fait les choses en grand, ils ont ouvert un site rien que pour le jeu. En s’enregistrant, on peut y inscrire et gérer ses decks, trouver des tournois, etc
Mais ce n’est pas tout
En plus de la plateforme online, FFG a sorti une app qui fait la même chose, i.e. gérer ses decks et parties
OK, soyons honnêtes, ces portails, web et app, sont plutôt là comme des assistants-gadgets et n’apportent pas grand-chose d’autre que de jouer au comptable
Et encore une dernière chose
Fort de cette innovation technique et de fabrication automatisée pour produire Keyforge, l’éditeur, FFG slash Asmodée n’allait pas s’arrêter en si bon chemin
En même temps que Keyforge, il s’est également lancé dans la prod d’un jeu de plateau, également unique
Discover: Terres Inconnues. Chaque boîte, chaque partie, chaque scénario sont différents
Si pour Keyforge la mécanique de decks uniques pourraient fonctionner et attirer les joueurs et joueuses, un deck ne coûtant que 10 euros, pas certain que la sauce puisse prendre avec des boîtes à passé… 40 euros
On en achètera une, difficilement deux. Alors pourquoi se lancer dans pareille entreprise? Disruption? Cash cow? Enfumage? Buzz?


Rigolons un brin
Puisque ce sont des IA et des machines qui gèrent et génèrent toute la prod, et donc les capacités spéciales et natures de cartes, il arrive parfois que les associations de mots automatiques soient parfois… comment dire… burlesques et… maladroites
A quand un site qui les recensent toutes, juste pour rigoler un brin?
FYI, FFG a annoncé interdire en tournoi ces decks « » »cheatés » » » mais ô combien désopilants

Rigolons un brin, 2, la suite du retour
Forcément, fallait s’y attendre
Puisque tous les decks sont uniques, d’où le nom de cette nouvelle mécanique de jeu slash production, certains decks apparaissent déjà à la vente sur Ebay (.com et .co.uk). Avec des prix qui atteignent des sommes de malades, loin des 10 euros de départ…
Avec Magic, ce sont les cartes puissantes qui sont rares, chères et vendues à l’unité. Avec Keyforge, ce sont maintenant les decks
Et encore une dernière chose
A la suite de l’article de l’autre jour, vous avez été plus de 1’300 à répondre à notre sondage pour déterminer les prochains jeux que vous désiriez voir chroniqués sur notre blog. Keyforge arrivait en tête. Ce qui confirme qu’il y a une grosse attente sur ce jeu. C’est ici chose faite
Les deux autres jeux du TOP 3 ont été chroniqués:

Et encore une toute dernière chose
Vous pouvez consulter les règles COMPLÈTES de Keyforge ici
Vous pouvez trouver Keyforge en français chez Philibert ici
Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop ici
- Date de sortie : novembre 2018 pour la VF, sortie en même temps que la VO
- Auteur : Richard Garfield
- Editeur : Asmodée
- Nombre de joueurs : 2 (peut-être bientôt une variante pour y jouer à 4? Comme un Troll à Deux Têtes?)
- Age conseillé : dès 14 ans
- Durée : 90′
- Thème : fantastique
- Mécaniques principales : affrontement

