Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Brazil Imperial, l’aventure avec un grand B

Voulez-vous danser la Carioca faire une partie de Brazil Imperial ?


Brazil Imperial

L’éditeur Super Meeple a trois particularités. Il est surtout connu pour localiser des jeux étrangers en français. Il enchaîne les sorties, plusieurs par année, parfois même une par mois. Et enfin, surtout, il a le nez creux pour débusquer les jeux puissants, passionnants, qu’on n’arrive plus à lâcher. Le cas aujourd’hui avec Brazil Imperial, leur toute dernière galette, mémorable.

Vivez le Brésil

Dans Brazil Imperial, le jeu de plateau, revivez les grands moments du pays. Découverte, colonisation, exploitation, et parfois baston entre colons ou peuplades locales.

Brazil Imperial est un pur 4X, comme on dit dans le milieu : eXploration, eXploitation, eXpansion et eXtermination. Tout y est. On commence tout petit, et on va peu à peu se développer, devoir choisir entre plusieurs voies stratégiques possibles : commercial, géographique, militaire. Aucune n’est mauvaise, aucune n’est plus forte qu’une autre. Tout est question d’adaptation, d’appréciation.

Et au contraire de nombreux 4X, à l’instar de Scythe par exemple, le plateau est modulable. Constitué de pièces que l’on assemble, on peut ainsi resserrer ou étendre le terrain, lui rajouter, ou pas, des plans d’eau pour ralentir le rythme. Tout dépend du nombre de personnes à la table et du type de partie préférée : baston et tension, ou pas ? Sachant que le livret de règles propose de nombreuses variantes de configurations.

Agora é que a porca torce o rabo*. Maintenant, la truie tord sa queue

Brazil Imperial est un GROS jeu pour GAMER. Vous aurez apprécié l’emphase. On doit gérer une quantité de trucs, de bidules, avec un hasard inexistant, si ce n’est dans la pioche de cartes constituant un marché qui défile de personnalité à embrigader, et les aléas des actions, des réactions des autres à la table. Cette absence de hasard permet aux plus fins stratèges de préparer ses 28 prochains coups, au doigt mouillé.

Et malgré une richesse, amplitude et complexité marquées, Brésil réussit la performance ludique de proposer des règles plutôt simples, en tout cas très fluides. Tout se joue en plaçant son jeton sur une barre d’action possibles : déplacement, construction, développement, exploitation. Avec la contrainte, majeure, de ne pas jamais pouvoir rester, et ainsi doubler l’action. On place son jeton ici, puis ailleurs après. De quoi devoir, pouvoir créer des combos ravageurs et intenses.

Brazil Imperial ravira un public averti, mais pas que. Une fois la foultitude de possibilités apprivoisée, tout file, tout fonce. Le jeu indique 60-90′ de partie. À deux, car le jeu se déguste, se délecte à deux également, on peut faire tenir une partie sur 30-45′. On en ressort épuisé, mais heureux !

*Une expression brésilienne qui s’emploie pour parler d’une situation difficile.

Brazil Imperial, un jeu pour Gamer ?

Mais au fond, qu’est-ce qu’un Gamer ?

Ce terme est d’abord apparu dans le monde du jeu vidéo. On parle de Gamer pour quelqu’un qui s’adonne, de manière fréquente et souvent intensive, aux jeux vidéo. Ce terme s’est ensuite infusé dans l’univers du jeu de plateau.

Le terme de Gamer ou Gameuse est quelqu’un qui aime jouer à des jeux, avec la spécificité et rajout possibles de les pratiquer de manière fréquente et régulière.

Mais évidemment, avec ce néologisme et anglicisme, on peut y ranger un peu tout ce que l’on veut. Tel que :

  • Quelqu’un qui joue à des jeux de plateau comme divertissement préféré.
  • Quelqu’un qui joue à des jeux plus qu’il ou elle ne regarde la télévision.
  • Quelqu’un qui joue à des jeux de stratégie plutôt qu’à des party games.
  • Quelqu’un qui est prêt à s’investir dans des jeux longs et complexes.
  • Quelqu’un qui préfère des jeux au hasard réduit, voire inexistant.
  • Quelqu’un qui pratique les jeux de plateau depuis un certain temps.
  • Quelqu’un qui consacre un certain budget, parfois conséquent, pour s’acheter des jeux.
  • Quelqu’un qui aime tellement les jeux qu’il ou elle y consacre beaucoup de temps pour : lire les règles, regarder des vidéo, se renseigner, aller sur les forums.
  • Quelqu’un qui s’implique dans une communauté de Gamer ou de Gameuse en-dehors des parties.

Alors évidemment, on peut se retrouver dans une, deux, ou toutes les catégories ci-dessus. C’est personnel, il n’y a pas de « parfait » Gamer. Une chose est sûre, et c’est qui démarque ce type de public, c’est qu’il est prêt à s’investir dans des jeux longs, qui dépassent les 30-45′ « habituels » des jeux de société dits modernes, et qu’il n’est pas rebuté par des règles, par des jeux complexes et touffues.

Avec Brazil Imperial, on peut vraiment dire qu’on a affaire à un jeu pour Gamer, plutôt long, aux mécaniques riches, profondes et passionnantes. À ne pas mettre entre toutes les mains, donc. Si vous appréciez les gros jeux, Brazil Imperial est pour vous !

Ordem e Progresso*. Ordre et progrès

Brazil Imperial, s’il n’est pas un jeu narratif pour autant, réussit à nous plonger dans l’histoire du pays. Personnalités, ressources, même l’essence du bois qui donne son nom au pays.

On ne traverse pas les siècles qui ont gravé l’histoire du pays. Tout y mélangé. Mais comme le jeu est créé par un éditeur et des auteurs brésiliens, un soin a été apporté pour nous proposer une certaine cohérence, un certain décorum pour virevolter dans la réalité de cet unique pays lusophone du continent.

*C’est la devise du Brésil. Elle est même inscrite sur le drapeau national. Elle vient de la devise de la philosophie positiviste du philosophe français Auguste Comte : « L’amour pour principe, l’ordre pour base, le progrès pour but. » 

Pé-nas-costas*. Avec un pied dans le dos

Comme de nombreux jeux de civilisations et de développements, Brazil Imperial se découpe en trois manches, trois phases, trois âges. Chacun repose sur des objectifs précis : réussir à construire ceci, à découvrir ou obtenir cela en premier.

Une fois l’objectif validé, passe au prochain âge. Et ainsi de suite, jusqu’à la fin de la partie. Qui finit sur une grosse, grosse salade de points de victoire. Pluie de points. S’il est difficile, impossible de connaître le total de ses points, et encore moins celui des autres, si dans certains jeux c’est rageant, dans Brazil Imperial ce n’est pas gênant. On prend tellement son pied (dans le dos) à développer son village qu’au final, même si on a perdu, on aura gagné. Du plaisir d’avoir joué. Et ça, ça vaut de l’or !

À rajouter que le jeu offre une rejouabilité de ouf. Différents personnages, différents objectifs, et surtout, différentes mises en place et configurations de plateau, de quoi re-re-re-rejouer à Brazil Imperial sans jamais se lasser. Ou alors dans 2-3 siècles.

* Expression brésilienne connue pour dire qu’on va réussir ou faire quelque chose sans difficulté. Même avec un pied dans le… dos.

Boa como o milho*. Bon comme le maïs. Brazil Imperial, verdict

Avec tous les jeux que Super Meeple sort, soyons honnêtes, pas tous ne sont réussis ou passionnants, la preuve avec Glory, leur titre précédent, qui nous a laissés très froids. Avec Brazil Imperial, Super Meeple tient un titre d’une intensité rare. L’un des must-have de cette fin d’année 2021 ! Ample, généreux, lumineux, cohérent, tendu, interactif, romanesque, incandescent, Brazil Imperial est l’un de ces jeux qui se bonifie à chaque partie.

* Permet de désigner quelqu’un ou quelque chose de beau. Comme du… maïs. Une céréale importante au Brésil.

Grandiose !

Note : 5 sur 5.
  • Auteur : Zé Mendes
  • Éditeur : Super Meeple pour la VF
  • Illustrateurs : Carlos Eduardo Justino, Tom Ventre, Vinicius Menezes
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (tourne bien à toutes les configurations)
  • Âge conseillé : Dès 14 (pas moins !)
  • Durée : 60′-90′ (bonne estimation)
  • Thème : Brésil
  • Mécaniques principales : 4X

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9 Comments

    • Gus

      Merci, c’est intéressant.

      L’auteur dit pourtant ceci :

      Hello everyone.
      Please, sorry about this fake.
      All of what he is saying here is false.

      Brazil is experiencing a troubled moment in its political life and this is polarizing people. Unfortunately, some people are letting themselves be dominated by hate and lies and attacking people who think differently from them. Brazil not only exalts the abolitionist heroes, such as André Rebouças, Dom Obá II and Machado de Assis, but throughout the game you seek Science, a resource that symbolizes freedom and technology.

      I apologize on behalf of these people who are trying to defame me and defame a game that was made with a lot of love by a team that love the history of Brazil. We have been developing this game for the past 4 years and more than 20 people of all types of thinking participated directly in it.

      Thanks to all the supporters of this project, who are certainly the majority of the Brazilian boardgamer community. This made Brazil become the most anticipated game of all time in our country. This is epic for us.

      Thanks to everyone, including those who don’t like us.

      Let’s play Brazil soon!

      Traduction :

      Bonjour à tous.
      S’il vous plaît, désolé pour ce fake.
      Tout ce qu’il dit ici est faux.

      Le Brésil traverse un moment troublé dans sa vie politique et ce sont des gens polarisants. Malheureusement, certaines personnes se laissent être dominées par la haine et attaquent des personnes qui pensent différemment d’eux. Brazil Imperial exalte non seulement les héros abolitionnistes, tels que André Rebouças, Dom Obá II et Machado de Assis, mais tout au long du jeu, vous recherchez la science, une ressource symbolise la liberté et la technologie.

      Je m’excuse au nom de ces personnes qui essaient de me diffamer et de diffamer un jeu qui a été fait avec beaucoup d’amour par une équipe qui aime l’histoire du Brésil. Nous développons ce jeu depuis ces 4 dernières années et plus de 20 personnes de tous types de pensées y ont participé directement.

      Merci à tous les supporters de ce projet, qui sont certainement la majorité de la communauté Brésilienne BoardGamer. Cela a fait que le Brazil devienne le jeu le plus attendu de tous les temps de notre pays. C’est épique pour nous.

      Merci à tous, y compris ceux qui ne nous aiment pas.

      Jouons bientôt au Brésil!

    • Charles Amir PERRET - SUPER MEEPLE

      Bonjour, il aurait été dommage de ne pas trouver une polémique dans un jeu historique. 2 réponses :

      1. Super Meeple ne se rétracte absolument pas. Et d’ailleurs il n’est fait mention que de Hans im Gluck dans le lien que vous avez envoyé. Super Meeple n’est cité qu’un moment dans la liste des éditeurs qui localisent le jeu.

      2. Quand bien même l’auteur serait monarchiste, je ne savais pas que c’était interdit par la dictature de la démocratie. Un comité de personnes bien pensantes devrait nous dire ce qu’on a le droit de penser et ce qui est interdit, pour éviter ce genre de polémiques à l’avenir et ne pas heurter certaines personnes sensibles qui ont l’impression d’être de vilains monarques en jouant Brazil.

      Mais, avant tout, le mieux, serait que les personnes sachent de quoi elles parlent avant de venir écrire n’importe quoi sur internet, sous prétexte que c’est facile et qu’elles ont « le droit ». C’est sans doute trop demander.
      Le jeu n’est en aucun cas de la propagande, ne fait aucune apologie de l’esclavagisme ou autre forme de violence. Il est fait par des éditeurs et auteurs qui aiment leur pays et qui veulent en retracer l’Histoire dans un jeu, c’est tout.

  • sheclaudia

    Ma Maman était brésilienne, ce jeu sera un must have pour ma part! Estou muito ansiosa por jogar com esse jogo de tabuleiro!

    J’ai été étonnée de voir « Brazil » écrit avec un « z » et non un « s ».
    En fait, les Portugais écrivaient le nom du pays – nom qui vient du bois « pau-brasil » (un beau bois qui devient rouge comme la braise, « a brasa » qd on le chauffe )- effectivement avec un « Z ». La graphie a changé pour le « s » au début du XXème siècle, d’abord sur les monnaies commémorant le 400ème anniversaire de la découverte du pays.

    Et oui, on retrouve le personnage de Napoléon dans la boîte, car il a mené la guerre contre le Portugal (s’il avait gagné, il aurait pu être empereur du Brésil!)

  • Christian

    Bonjour,
    Je suis un peu surpris quand vous écrivez que ce jeu s’adresse aux gros joueurs et qu’il s’agit principalement d’un 4X… On lit le contraire partout.
    Je ne dis pas qu’il n’est pas bon, notez bien, juste que ce serait finalement un jeu de difficulté intermédiaire et ou les combats seraient extrêmement rares sans compter qu’ils seraient aussi peu punitifs puisque le perte de quelques unités ne porteraient pas tellement à conséquence : pas besoin de les racheter pour les redéployer et surtout pas de pénalité au scorring suivant que les unités sont sur la carte ou non…

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