Critiques de jeux,  Jeux de plateau

3 nouveaux mini jeux de cartes pour un printemps palpitant

Temps de lecture: 9 minutes

Découvrez Velonimo, Tucano et Oh My Goods Édition Spécial Pâques, 3 nouveaux mini jeux de cartes passionnants !


L’hirondelle ne fait pas le printemps, mais l’envie de faire des jeux de société dehors, oui ! C’est le printemps, les températures grimpent (enfin, pas vraiment aujourd’hui), l’envie de jouer en terrasse ou sur le balcon se fait de plus en plus ressentir. Découvrez aujourd’hui 3 nouveaux petits jeux de cartes frais et malins : Velonimo, Tucano et Oh My Goods Édition Spécial Pâques.

Et puisqu’on parle ici de jeux de cartes, commençons l’article par

Une brève histoire des jeux de cartes

On estime que les jeux de cartes sont originaires de Chine vers l’an 1’000 de notre ère. Les premières cartes chinoises peuvent avoir été utilisées en plus d’autres pièces de jeu telles que des dés. D’autres premières cartes à jouer ont été trouvées en Egypte mamelouke (période d’environ 1250-1517). 

Les « enseignes » trouvées sur les cartes mamelouks – tasses, pièces de monnaie, épées et bâtons de polo – ont influencé le développement des cartes latines, les premières cartes à jouer européennes médiévales. Les enseignes, sur les cartes, dans le domaine des cartes à jouer, en français courant on parle de couleur, désignent la suite à laquelle elle appartient : pique, cœur, etc.

«Les joueurs de cartes» de Theodoor Rombouts, huile sur toile, début du XVIIe siècle, Residenzgalerie Salzburg. 

Et pourquoi les 4 couleurs modernes ?

Savez-vous d’où viennent les enseignes, les couleurs sur les jeux de cartes ? Le trèfle, cœur, carreau et pique ?

Ce sont les cartiers, les fabricants français de cartes installés à Rouen et à Lyon qui ont imaginé ces symboles au XVème siècle. Deux noirs, et deux rouges, car ils étaient faciles à reconnaître. Mais surtout, parce qu’ils étaient faciles à reproduire avec des tampons en bois. 

À l’époque, au XVème siècle donc, on trouvait des tas de motifs différents sur les cartes, des motifs qui plus est, multicolores, ce qui rendait la fabrication des cartes compliquée et très coûteuse. Avant le cœur, on trouvait des calices ou encore des roses. À la place du carreau, des grelots ou encore des pièces de monnaie symbolisées. À la place du trèfle on trouvait des glands ou des bâtons, et à la place du pique on trouvait des boucliers ou encore des épées. Toute une ménagerie !

Trèfle, cœur, carreau et pique qui les remplacent aujourd’hui sont des motifs pleins, sans fioritures, et d’une seule couleur, donc, très facile à reproduire mécaniquement, à l’aide de tampons en bois trempés dans l’encre. Alors que les motifs d’avant devaient être peints à la main puisqu’ils étaient multicolores et sophistiqués.

À noter que ces enseignes, ces couleurs, ces symboles ont un sens caché : le trèfle, c’est la nature, donc, la paysannerie, le cœur, qui remplace un calice, c’est le clergé, l’Église, le carreau qui a remplacé la pièce de monnaie, symbolise la bourgeoisie marchande, et le pique symbolise et remplace l’épée, soit, la noblesse d’épée. 

Types de jeux de cartes

La plupart des gens considèrent les jeux de cartes avec 52 cartes en quatre couleurs ou enseignes : des cœurs, des carreaux, des piques et des trèfles comme étant les seuls existants. Ce style de jeu de cartes n’est pourtant que l’un des nombreux jeux qui sont utilisés à l’échelle internationale.

Les cartes qui sont les plus communes sont appelés cartes françaises. D’autres combinaisons existent et sont appelées modèles standard. Les jeux de cartes italiens modernes sont par exemple ordonnés en quatre couleurs : coupes, pièces de monnaie, épées et clubs (ou bâtons). Les decks italiens sont souvent des decks dépouillés, ce qui signifie que le nombre de cartes est inférieur à 52. Les decks italiens comptent en effet 40 cartes car les 8, 9 et 10 ont été supprimés ou ne sont pas inclus. D’autres jeux de cartes peuvent être spécifiques au jeu et ne pas avoir de combinaisons, comme les cartes de la Lotería mexicaine.

Les jeux de cartes que vous allez découvrir aujourd’hui, Velonimo, Tucano et Oh My Goods Édition Spéciale Pâques proposent leurs propres illustrations, leurs propres mécaniques.

Et avec le re-re-reconfinement de ce printemps 2021, voici également quelques idées de jeux à jouer avec un simple paquet de cartes :


Velonimo

20 ans. Il aura fallu attendre 20 ans pour que l’un des auteurs les plus bankables de l’Hexagone Bruno Cathala sorte un jeu sur le vélo. Enfin ! Créateur de jeux de société depuis 2002, c’est seulement ce printemps 2021 que Cathala sort un jeu sur le vélo. Il faut dire que le bougre haut-savoyard en dévore, des kilomètres à vélo ! Le vélo et la création de jeux sont deux de ses passions préférées.

Printemps 2021, l’auteur sort donc ce Velonimo. Un clin d’œil à son blockbuster Kingdomino ? Peut-être. C’est surtout une contraction entre vélo, et animaux, puisque le jeu de cartes placent des animaux en train de faire du… vélo, donc.

Le but du jeu ? Obtenir 8 points en premier, en remportant plusieurs manches, sachant que plus les manches avancent et plus on gagne de points par personne qui finit, qui remporte l’étape après. Parfois, il faudra jouer les 5 manches max que comptent le jeu, parfois moins, tout dépend comment on se débrouille.

Velonimo est un « bête » jeu de défausse d’enchères. Pour remporter la manche, on doit réussir à défausser toute sa main. Pour y arriver, on doit poser une ou plusieurs cartes de valeur supérieure. Rien de bien original, rien de trépidant. C’était sans compter le « génie » (mais est-ce que le génie existe vraiment ?) de l’auteur haut-savoyard. À son tour, on peut passer, ou jouer une carte pour sa valeur, ou plusieurs de même valeur ou de même couleur. Dans ce cas-là, chaque carte jouée vaut 10 points, et le plus petite additionne sa valeur à la combinaison.

Autrement dit, si je joue 3×7, je n’obtient pas 21, mais 37. Parce que 3×10+7. Avec 2-3 subtilités de cartes spéciales, mais rien de bien méchant, pas besoin de garder le nez dans les règles, et c’est un réel plaisir.

Avec Velonimo, on tient ici LE jeu du printemps 2021 ! Rien de moins ! Des règles simples, fluides, efficaces, épurées, pour un jeu beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît, avec des stratégies intenses et passionnantes pour tout public. Quelle carte, quelle combinaison jouer ? Passer, ou se battre ? On se croirait vraiment en pleine course de vélo ! Le dopage en moins.

À noter que ce jeu a été produit en France. Oui, c’est possible. Et le jeu ne coûte qu’une petite dizaine d’euros. Donc oui, c’est possible !

Velonimo, verdict

Grandiose !

Un « bête » jeu de défausse, subtil, passionnant ! Le jeu du printemps 2021 !

Note : 5 sur 5.
  • Auteurs : Bruno Cathala
  • Éditeur : Stratosphères
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 5 (tourne bien à toutes les configurations. Le jeu à 2 propose 2-3 modifications qui ne gâchent rien au plaisir du jeu. Qui vient même lui rajouter une saveur différente, détonante).
  • Âge conseillé : Dès 7 ans (pas moins ! Il faut savoir calculer, et vite)
  • Durée : 30′
  • Thème : Vélo et animaux (aucun… rapport ?)
  • Mécaniques principales : cartes, défausse, enchères

Tucano

Après Velonimo, la transition est toute trouvée avec Tucano, un micro jeu de cartes dans lequel on incarne des toucans, ces grands oiseaux tropicaux, dont le but est de se taper un gueuleton en récupérant le plus de fruits et baies : ananas, noix de coco, grenade, açaï, etc.

Avec Tucano, il faut reconnaître que le recyclage est bon pour la planète. La preuve, avec l’intro de cet article, déjà publié dans un précédent. Tucano, du pimpant Théo Rivière, qui vient tout juste de remporter le meilleur jeu suisse pour enfants avec son excellentissime Détective Charlie, et édité chez nos compatriote helvétiques de Helvetiq, c’est un peu pareil. Du recyclage ludique. Ou de l’auto-recyclage, dans ce cas précis.

Tucano reprend la même mécanique que l’auteur a déjà utilisé dans son Sea of Clouds sorti il y a cinq ans en 2016 chez Iello. Mécanique elle-même empruntée au fameux draft Winston que l’on peut utiliser dans Magic : on place trois cartes sur la table qui forment trois colonnes. On regarde une colonne. Si on ne la veut pas, on rajoute une carte par-dessus, et on peut passer à la prochaine carte/colonne. Et ainsi de suite. Si on ne prend rien, on peut tout simplement prendre la première carte de la pioche sans la voir au préalable. Une colonne “moisie” deviendra ainsi de plus en plus intéressante à mesure qu’on y rajoute des cartes.

Tucano aujourd’hui, et son « ancêtre » Sea of Clouds, reprennent donc cette mécanique de draft, en quelque sorte. Dans Tucano, on place donc trois colonnes, mais avec cette fois les cartes face visible, et non cachée. Ca change tout ! Et la première et dernière colonne ne commencent qu’avec une seule carte, la deuxième avec deux. À son tour, on ne fait que prendre toutes les cartes d’une colonne que l’on place alors devant soi. Puis on remet de nouvelles cartes, ce qui va en rajouter sur des colonnes déjà pleines. Une colonne “moisie” deviendra ainsi de plus en plus intéressante à mesure qu’on y rajoute des cartes.

Tucano est un petit jeu de cartes de collection : on marque des points pour le nombre de cartes obtenues, et d’autres pour ses majorités. Oui, mais. On reconnaît la patte taquine de l’auteur. Certaines cartes rapportent plus ou moins de points, et certaines en font même perdre selon le nombre de cartes accumulées. Il faudra donc bien surveiller les colonnes et leurs cartes disponibles, ainsi que les collections de ses partenaires : qui possède quelles cartes, quelles majorités. Malin !

Au final, Tucano est un petit jeu de cartes frais, addictif, très familial et fluide, sans prétention, mais pas sans intérêt ! Et surtout, dans un format microscopique cher à l’éditeur helvétique. Léger, minuscule, un jeu qui peut s’emmener partout avec soi, en rando, en balade, en montagne (suisse). On n’y jouera pas des milliers d’années, mais ce printemps 2021, oui !

Tucano, verdict

Très bon !

Un petit jeu de cartes de collection. Léger, subtil !

Note : 4 sur 5.
  • Auteurs : Théo Rivière
  • Éditeur : Helvetiq
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (tourne bien à toutes les configurations).
  • Âge conseillé : Dès 6 ans (bonne estimation)
  • Durée : 15-20′
  • Thème : Fruits
  • Mécaniques principales : cartes, collection, stop-ou-encore

Oh My Goods Édition Spécial Pâques

Alexander Pfister. Tout est dit. Depuis 2010, cet auteur autrichien nous propose des jeux narratifs, disruptifs, comme Maracaibo ou CloudAge, dont la sortie française est imminente ! Ce Oh My Goods est en réalité la réédition de son « vieux » jeu sorti en 2015 déjà. Mais avec des œufs et des lapins. De Pâques. Rien de neuf, si ce n’est l’habillage.

Si vous avez déjà joué au jeu « à l’époque », j’ai l’impression de parler comme un vieux et d’un autre siècle, alors qu’il ne s’agit que de quelques années = un siècle, pour une marché du jeu de société effervescents et aux nombreuses sorties, vous retrouverez exactement le même jeu ! Si vous ne connaissez pas ce micro jeu de cartes, c’est l’occasion de vous y intéresser !

Autant les deux précédents jeux étaient plutôt destinés à un public familial, avec des jeux légers, simples, fluides, autant ce Oh My Goods est tout le contraire, avec un jeu certes, minuscule, mais d’une densité détonante ! Un mini format, pour un jeu d’une richesse et d’une intensité rarement égalée !

Au vu du thème, Pâques, et de sa taille, on peut s’imaginer un jeu familial, et pourtant, NON ! Oh My Goods propose des règles, des mécaniques, des stratégies complexes, profondes, surprenantes. Quelle carte jouer, et comment, surtout. En effet, avec ce jeu, l’auteur nous propose un jeu qui varie les utilisations possibles des cartes : face ouverte, comme ceci ou cela, ou face cachée, pour cela. Chaque tour de jeu est douloureux : que faire, et comment. Et tout ceci pour un mini jeu de cartes qui n’a l’air de rien. Encore moins aujourd’hui avec cet habillage pascal cucul.

Si vous cherchez un jeu stratégique, profond, qui ne tient que dans une mini boîte, sans avoir à transporter avec vous des palettes de cubes en bois, Oh My Goods est un concentré de complexité. Ou comment faire rentrer un jeu lourd dans une petite boîte.

Comme pour Tucano, à noter que l’auteur a repompé, auto-recyclé ses propres mécaniques de ce Oh My Goods pour en proposer une version plateau XL, narrative et évolutive, Expédition à Newdale, sortie en 2019 en VO et fin 2020 en VF. Nous vous en reparlerons tout bientôt.

Oh My Goods, verdict

Très bon !

Un jeu complexe, intense, qui tient dans une mini boîte, aux règles parfois indigestes. À ne pas mettre entre toutes les mains.

Note : 4 sur 5.
  • Auteurs : Alexander Pfister
  • Éditeur : Lookout Spiele
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (tourne bien à toutes les configurations).
  • Âge conseillé : Dès 10 ans (c’est peut-être un peu exagéré. Comptez plutôt 12-14 ans pour bien saisir toute la richesse du jeu : quelle carte, et comment)
  • Durée : 30-45’′
  • Thème : Pâques
  • Mécaniques principales : cartes, ressources, objectifs

Petite conclusion

Si vous cherchez d’autres jeux qui coûtent une dizaine d’euros, nous avons la liste qu’il vous faut !

Et ces trois jeux de cartes ont tous un point commun, un Ecoscore aux petits oignons, avec une étiquette A ! Ils ont tous été produits en Europe. Même en France, pour Velonimo. Comme quoi, oui, c’est possible, et les jeux ne coûtent pas une blinde pour autant !


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7 Comments

  • Ange

    Tucano ressemble étonnement à Coloretto, non ? même jeu de carte en colonnes, même ambiance animalière, présence de joker….

    Par contre, Velonimo est bien tentant, si il est aussi vraiment bien (?) à deux ? (c’est quoi les différences à 2? que des sprints ?)

    Ange

    • The prince

      Coucou,merci pour ce bel article , oh my good a l’air très sympa mais il est introuvable et n’existe pas en français?

      Le petit velomino a l’air bien cool aussi

    • Gus

      Oui, bien vu pour Coloretto en effet ! Très proche, bien vu Ange. Ce qui rend le jeu encore moins… original ? L’auteur devait être en panne d’inspiration 😭

      À deux, quelques règles viennent se rajouter, qui pimentent le jeu et pallient le manque de compétition, de tension. On rajoute une carte face visible en début de manche. Celui ou celle qui la remporte peut alors soit la prendre, soit obliger l’autre à la prendre. Le maillot « jaune » ne rapporte aucun bonus, ce qui augmenterait le déséquilibre et lisse la chance, les manches, et enfin, les cartes 2 obligent à prendre des cartes en main. Bref, de petites règles subtiles qui rendent les parties à 2 plus palpitantes !

  • kristof

    Bonjour,
    Un collègue m’avait dit que le jeu de 52 cartes était en fait un calendrier: 52 cartes pour les 52 semaines, les 4 couleurs pour les 4 saisons. Mais il doit y avoir autant d’interprétations que dans une règle de jeu mal écrite!
    En tous cas, merci de prendre le temps d’écrire tous ces articles toujours très intéressants.

  • Ikaris

    Velonimo : j’ai testé et j’ai trouvé ce jeu de cart fort sympathique : très simple mais avec un plaisir croissant à y jouer … peut être pas un 5 étoiles en ce qui me concerne (et pour le thème le vélo me semble assez lointain) mais dans sa catégorie voilà une fort bonne acquisition …. made in france 🙂 A amener en vacances si un jour on y est de nouveau autorisés.

    • Womi Soundeba

      Pour velomino c’est bizarre dans ma règle les conditions de fin de partie n’ont rien à voir.
      On joue les 5 étapes et à l’issu de ces 5 manches celui qui a le maillot petit pois carottes a gagné.
      Parce que être le premier à faire 8 points, dès la deuxième manche ça peut être plié.

      • Gus

        Oui vous avez raison. C’est uniquement à deux qu’il faut cumuler 8 points en premier ! Sinon oui, à 3-5, les conditions de victoire sont celles que vous précisez.

À vous de jouer ! Participez à la discussion

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