Critique de jeu Altiplano. Serge, j’ai parqué où mon lama?

Un titre subtil, profond, exigeant, même si au demeurant léger. En surfant sur leur succès incontestable de 2014, Orléans, auteur et éditeur nous ressortent un bag-building, très proche mais au final moins attachant. Faut-il alors posséder les deux?

  • Date de sortie: octobre 2017
  • Auteur: Reiner Stockhausen (Orléans)
  • Illustrateur: Klemens Franz
  • Editeur: DLP Games
  • Nombre de joueurs: 2 à 5 (optimum 3-4)
  • Age conseillé: dès 12 ans
  • Durée: 60-120 minutes
  • Mécaniques principales: bag-building / deck-building, gestion de ressources

De quoi ça parle?

Altiplano. Comme les hauteurs sur la Cordillère des Andes entre le Pérou et la Bolivie, près du lac Titicaca. Enfin, plus précisemment 

Exploitation et gestion des ressources: la pêche, les récoltes, l’extraction de pierre, de minera, et du cacao, bien sûr

Altiplano est surtout un jeu de gestion de ressources. Le thème, peut-être original et bien intégré, n’est pas immersif pour autant. Altiplano n’invite pas franchement au voyage, au dépaysement. Un thème froid à coup de cubes et de jetons. Même si les illustrations, très colorées, très nature, invitent au voyage

Et comment on joue?

Quatre phases:

Pioche

On commence par tirer un certain nombre de jetons de son sac équivalent au nombre d’emplacements libres sur son plateau perso. Qui augmente au fil de la partie

Plannif

On place alors les jetons piochés sur les divers emplacements dispo.

Actions

C’est le cœur du jeu

Selon les jetons posés, on résout alors les actions choisies. Une par personne et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on passe. On choisit l’ordre de résolution d’action, pas de piste à la Caylus / Egizia. Il faut juste s’amuser à déplacer son marqueur pour activer la localisation. Sachant qu’une localisation contient plusieurs emplacements, et qu’on peut déplacer son marqueur de manière adjacente jusqu’à trois positions. Et qu’on peut payer en nourriture pour se déplacer plus.

Les actions sont principalement de l’extraction / obtention / échange de ressources: poisson, nourriture, tissu, mais également des achats: charrette, maison, route, extension, et stockage de ses ressources

Prépa

Puis enfin une 4e phase, courte mais brève, de préparation à la prochaine manche: premier joueur à gauche et deux-trois bricoles du genre

Bref. Beaucoup, beaucoup, beaucoup de choix. On se croirait dans les Rajas du Ganges. Une pure salade d’actions

Kudos à l’éditeur qui propose une bonne ergonomie avec un déluge de pictos limpides

Les ressources reçues sont représentées par des jetons. Jetons qu’on va pouvoir placer dans un entrepôt, limité, contraignant. Qui permet de garder des jetons « au chaud » et pas dans son sac pour exercer un certain contrôle sur le tirage et éviter de le « polluer » avec tout et n’importe quoi en grande quantité. Les jetons non stockés viendront alors compléter son sac dans lequel on piochera en phase 1

Et on gagne comment?

Quand une pioche d’un emplacement est épuisé, on procède au décompte. Tout le monde récupère alors tous ses jetons et on compte tout ça dans la joie et la bonne humeur. Sachant que certaines ressources valent des cacahuètes et d’autres c’est champagne! Plus des PV reçus pour des commandes honorées

Interaction

Le jeu se déroule dans les Andes. A 3’000m d’altitude. C’est donc froid, très froid

Les joueuses et joueurs risquent de passer leurs yeux rivés à leurs jetons, à leurs échanges, à leur développement. Grossière erreur. On ne suivrait pas leur partie, leur avancée, leur stratégie. Mais le risque existe de jouer tout seul dans son coin des Andes

Et à combien y jouer?

Tout le jeu s’adapte en fonction du nombre de joueurs. On place plus ou moins de ressources et éléments à dispo

N’empêche

A 2 joueurs, c’est très bof. Peu d’interaction, même si glaciale, peu de tension. A 3-4 c’est l’idéal, un excellent rapport durée-interaction. A 5 le jeu devient poussif

Alors, Altiplano, c’est bien?

Oui

Mais

C’est surtout Orléans, V2. D’apparence plus light, mais bien plus long (en tout cas pour les premières parties) et profond

C’est du bag-building. Du deck-building, mais avec un sac. Pendant la partie on récupère des jetons, jetons qu’on jette dans un sac et dans lequel on va piocher plus tard. Du deck-building, mais avec un sac

Super original

S’il n’y avait pas eu Orléans avant du même éditeur du même auteur. Peut-être dû à la surprise, Orléans était beaucoup plus extraordinaire, innovant, passionnant. Son thème, aussi, peut-être, médiéval, plus attachant

Il faut dire que dans Altiplano, on passe surtout sa partie à faire des upgrade de ressources comme dans Agra. Le poisson c’est moisi ça vaut 0PV en fin de partie, mais on peut l’échanger contre de la pierre, qui peut ensuite devenir autre chose, et autre chose, et autre chose, gagnant en valeur à chaque étape

Altiplano parvient à marier stratégie, je prépare mes 2-3 prochains coups, et tactique, je viens de piocher ces jetons-ci du sac, donc « et maintenant, je fais quoi? »

Attention, amies et amis du Hard Fun, Altiplano est peut-être pour vous. Les autres passeront leur tour. Il y a beaucoup de possibilités, d’éléments à gérer. Du pur Hard Fun, donc. Ça va transpirer du neurone. Les 1-2 premières parties risquent fort d’être brumeuses, il va falloir s’accrocher aux prochaines pour en apprécier toutes ses subtilités

En surfant sur leur succès incontestable de 2014, auteur et éditeur nous ressortent un bag-building exigeant, très proche mais moins attachant. Faut-il alors posséder les deux?

Et encore une chose

Pour l’instant, le jeu n’est qu’en allemand et anglais. Enfin, les règles, car le reste du matos n’a aucun texte. Bientôt une localisation? Pas impossible qu’un éditeur franco sorte du bois

Vous pouvez trouver Altiplano chez Philibert

3 Comments

  1. Ha mince je suis déçue du coup. Je le voyais pas mal tourner sur Instagram y avait de bons retours mais finalement à la lecture de l’article je suis pas tellement emballée… Je le testerais quand l’occasion se présentera !

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