Pour que la Suisse (ludique) s’unisse

Le marché du jeu de société en Suisse Romande est particulier, pour ne pas dire difficile. 1,5 millions d’habitants, voisine de la France et de ses boutiques online (souvent moins chères), une poignée de magasins spécialisés, et des relations entre les acteurs professionnels parfois tendues et concurrentes.

Pyf, l’éditeur d’Helvétia Games (Sabbat Magica) et l’un des plus gros distributeurs suisses a voulu réagir à cette situation.

Voici sa tribune. Un cri du cœur, de ralliement, pour le jeu se porte bien en Suisse.

La Suisse ludique doit s’unir !

Bonjour à tous,

J’ai eu la chance d’être dans un pays voisin ce mois-ci, et j’ai pris le temps de discuter avec un partenaire commercial qui, en fin de discussion, a lâché comme une bombe :

« De toute façon, avec le chaos qui règne en Suisse, on a encore de beaux jours devant nous. »

Une simple phrase, comme de rien, qui m’a interpellé. Et en y repensant, je me suis dit qu’il avait raison.

Je vais tenter d’expliquer pourquoi.

Je m’excuse déjà auprès de tous ceux que je vais heurter ou fâcher par mes propos. Ce n’est de loin pas l’objectif de ce texte. Il ne s’agit pas de dénoncer, mais d’expliquer. Et pourquoi pas, de sensibiliser les acteurs du jeu pour aller vers un mieux. Un vraiment beaucoup mieux.

J’ajoute que ce billet n’est pas nationaliste, loin de là, mais qu’il étudie les habitudes de consommation d’une région nationale et linguistique, ce qui pourrait prêter à confusion.

Principes de base

Déjà, pour étayer mon propos, je vais me fonder sur le concept de base du chemin d’une boite de jeu, de l’éditeur au client final, en passant par un distributeur national et une boutique. Historiquement, c’est comme cela que ça fonctionne. Certains pays ajoutent une couche (représentant d’éditeur par exemple), et tous ceux qui ont commencé, en voyant le plan financier, se sont dit que s’ils faisaient deux métiers plutôt qu’un, ils allaient gagner en marge et donc en productivité. Mais si vous regardez globalement, le schéma est presque toujours respecté lorsque s’impose le passage du temps.

En Suisse, et plus particulièrement en Suisse Romande, puisque c’est l’objet de mon étude, vous avez des éditeurs étrangers qui sont distribués par des distributeurs suisses, qui eux travaillent selon un contrat d’exclusivité sur le territoire. Et bien souvent limités par la langue (trois en Suisse).

Si vous comptez le nombre de boutiques spécialisées en Suisse Romande, vous tombez sur un chiffre compris entre 15 et 30, selon si vous y ajoutez les librairies ou non, les magasins d’une seule marque ou les boutiques d’autres choses que du jeu, qui vendent aussi des jeux.

Historiquement, le distributeur prend la marge la plus petite (entre 25 et 40%) selon le travail qu’il effectue sur les produits, et la boutique, qui est responsable du stock, prend la plus grande marge, 50%. Parce qu’elle a des charges plus élevées, que ce soit en termes de loyer, de personnel ou de stockage.

Il y a d’ailleurs quelques exemples assez édifiants, comme un éditeur qui avait pensé vendre en Suisse avec des marges imposées (35% pour les boutiques comme en France par exemple), et qui s’est retrouvé dans une minorité de magasins seulement, et parfois avec des boutiques qui proposaient son jeu avec les fameux 50% de marge, donc hors de prix.

Pour compléter notre panorama, il faut garder en tête qu’il y a en Suisse Romande 1,5 million d’habitants, que le Suisse est friand de marché libéral et qu’il souhaite pouvoir avoir le choix de sa manière de consommer sans rendre de compte à personne, ce qui fait la richesse de notre pays. Ceci s’applique autant aux particuliers qu’aux acteurs du jeu.

En toute fin, nos voisins sont en pleine expansion ludique : l’Allemagne a déjà fait le pas, la France est en train de terminer son explosion et possède un vrai public ludique avec un marché crédible et puissant, l’Italie a déjà commencé. De notre côté, nous attendons que ça commence, et je crois que la phrase assassine de mon interlocuteur citée en début d’article parle bien de cela : ça ne semble pas près d’arriver.

L’éditeur

S’il faut dresser un panorama de ce qui se passe en Suisse, il faut aborder le problème du point de vue de chaque acteur du jeu. Selon moi, tout le monde est un peu responsable. Il n’est pas question de discriminer l’un ou l’autre des acteurs.

L’éditeur est de deux familles : l’éditeur suisse, et l’éditeur étranger qui souhaite que ses jeux soient distribués en Suisse.

L’éditeur est un acteur important, puisque c’est lui qui crée le marché, le produit, l’envie et le consommateur. Il a des frais importants et surtout, son argent est bloqué pendant toute la procédure de la création jusqu’à la fin de la production. Il doit absolument avoir ses jeux en boutiques, sinon, -attention Lapalissade- il ne va pas en vendre. Et donc pas récupérer son argent. Et donc pas faire d’autres titres.

Il y a des grands éditeurs suisses : Hurrican et Gameworks pour ne citer que deux exemples que je connais bien. Ils se battent comme tous les acteurs du jeu pour sortir un produit de qualité que ce soit en termes de matériel ou de mécanisme. Et ils le font bien, puisque Sébastien Pauchon (Yspahan) et Augustus (Hurrican) ont été finalistes du Spiel des Jahres, le plus prestigieux prix du monde ludique.

Mr Jack, pour prendre un titre incroyable, s’est vendu dans presque tous les pays du monde, et est reconnu comme étant l’un des meilleurs jeux familial à 2 joueurs du monde. Alors je vous le demande : pourquoi est-ce que ces jeux ne sont pas dans la ludothèque de toutes les familles suisses ?

Pourquoi est-ce que la sortie d’un nouveau jeu chez l’un de ces éditeurs n’est pas un événement régional ? Nul n’est prophète en son pays ? peut-être…

L’éditeur étranger, de l’autre côté, qui souhaite se faire distribuer en Suisse, cherche à l’être via un distributeur pour plusieurs raisons différentes, mais tellement essentielles.  Le passage de la douane et les frais d’importation d’abord, qui sont conséquents, et qui, si on veut impacter au minimum le prix final de chaque boite, doit être réparti sur une masse. Il est beaucoup moins cher de faire passer la frontière à 30 palettes qu’à 2 cartons. Des maths pures.

Ensuite, parce que l’éditeur n’a ni le personnel ni l’envie (ce n’est pas son métier), de traiter avec 15 ou 20 boutiques, interlocuteurs, qui ont chacun leurs dadas, des quantités différentes, des modalités de paiement différent, des soucis et des besoins différents. L’éditeur souhaite donc que le distributeur national le représente dans ces ventes régionales, pour le bien de tout le système.

Par contre, l’éditeur souhaite avoir des rapports sur le nombre de jeux vendus, sur la communication mise en place, et sur la vie de son jeu dans le pays où le distributeur le représente, ce qui est absolument normal, mais gardez bien cela en tête, car nous allons y venir.

Donc l’éditeur a 3 soucis :

De s’éviter les problèmes douaniers et d’importation en Suisse

Que son jeu soit accessible et visible

Qu’il soit vendu.

Le distributeur

Le distributeur a pour mission de représenter l’éditeur et sa gamme en Suisse, afin de présenter le jeu et de le proposer aux boutiques.

Pour être efficace, son métier est d’abord celui de la logistique : faire entrer les produits en Suisse en garantissant qu’ils soient conformes aux normes. Le faire entrer en masse pour impacter le prix le moins possible. Et le faire venir le plus rapidement possible pour que le jeu soit disponible en Suisse en même temps qu’ailleurs.

En fait, pour que cela fonctionne, le distributeur va agir en partenariat avec les boutiques afin d’en déduire le stock au plus précis (en effet, avec 30% de marge de moyenne, et des frais de transport et d’importation qui s’élèvent à environ à un tiers de sa marge, le distributeur doit absolument « stocker juste »). Pas assez de jeux en vente par rapport à la demande, et vous perdez du chiffre d’affaires. Et donc d’investissement possible pour de nouveaux titres. Et à l’inverse, trop de jeux qui dorment, et vous avez votre trésorerie bloquée pour un temps trop long, et donc les restocks seront ralentis.

Souvent, les distributeurs n’ont pas accès au client final, et donc ils doivent absolument négocier avec leur partenaire pour que ces derniers achètent le jeu quand il arrivera, car si on prend l’exemple dans lequel aucune boutique ne souhaite avoir ce titre, alors le stock du distributeur reste entier sans moyen de l’écouler, et donc l’argent nécessaire à l’achat d’autres titres se voit péjoré.

Si vous prenez une image ou un distributeur a deux partenaires : d’un côté l’éditeur et de l’autre côté les boutiques. Il est facile pour lui d’acheter à l’éditeur, mais pour ce faire, il doit s’assurer que le produit soit suffisamment intéressant pour que les boutiques l’achètent.

En fait, le distributeur a 3 soucis :

Que les produits passent la douane à un tarif le plus bas possible

Que les produits arrivent rapidement

Que les boutiques le proposent.

La boutique

La boutique est l’intermédiaire entre le distributeur et le client final. Elle doit proposer des jeux passionnants, à des prix intéressants, si possible des jeux dans l’air du temps. Pour y parvenir, elle doit proposer une large gamme de jeux à des publics différents, et en mettant parfois sur pied des soirées de démonstration ou des événements ludiques afin de bien connaître ses produits. Mais aussi, générer une communauté et s’assurer de ventes maximales afin de payer ses charges et continuer à proposer régulièrement des nouveautés.

Aujourd’hui, la boutique est face à des problèmes sans solutions : le nombre de sorties par mois, et la volatilité de ses clients. En effet, si certains clients sont très fidèles, d’autres le sont beaucoup moins, et l’arrivée sur le marché de moyen comme internet, les boutiques en ligne, et les différents moyens d’accéder à son produit, font de la profession de vendeur de jeux un métier plus compétitif et très différent de ce qu’il était il y a 20 ans.

La boutique a donc 3 soucis :

Avoir des produits en stocks pour satisfaire le plus grand nombre

Connaître son produit

Connaitre son marché.

Le client final

Le client est difficilement descriptible dans de grandes généralités, il est très différent selon sa classe d’âge, son milieu, sa région, etc.

Mais on peut définir la « clientèle ». La clientèle veut acheter un jeu. Elle veut, si possible, que le jeu soit conforme à ses attentes, et à un prix qui respecte son budget. Et tout le monde vous le dira : la Suisse a suffisamment de joueurs pour faire tourner ce marché : des clubs de jeux partout, de grosses conventions célèbres et sympathiques. Bref, les joueurs sont là.

La clientèle a donc 3 soucis :

Être bien conseillée (parfois, le client s’informe lui-même)

Trouver le produit recherché (qu’il soit exact : « je cherche ce jeu ») ou plus vague (« un jeu d’ambiance »)

Que le prix soit conforme à ses attentes.

Le jeu en Suisse

Comme tous nos voisins, les acteurs du jeu sont au travail, d’arrache-pied, pour que ce monde de rêve existe et soit rentable. Attention, je n’ai pas dit « devenir riche », j’ai dit « rentable ». Qu’on puisse payer les charges et les employés.

Et c’est déjà une notion importante : le jeu est un travail. Contrairement aux idées reçues, l’acteur du jeu ne passe pas son temps à jouer avec ses enfants, mais il fait de la comptabilité, il fait de la vente, il fait de l’animation, il négocie des prix, fait de la logistique, fait des calculs de tarification, etc. Souvent même, il fait le ménage, et s’assure que tout soit bien rangé, et compte les pièces dans ses jeux de démo.

Les acteurs du jeu en Suisse sont tous des passionnés, ils ont tous un jour fait le pas de « changer de métier ». Ils ont pris un risque financier, pour offrir un peu de leur passion à leurs clients. Ils ont tous eu des idées incroyables, comme « si j’ouvre une boutique, on pourra tester tous les jeux », « si je deviens distributeurs, mes jeux sortiront en même temps en France et en Suisse », « si je suis éditeur, mes jeux seront super beaux, et tout le monde voudra y jouer pour passer un bon moment ».

Rappelez-moi la dernière fois que vous avez croisé votre vendeur, votre distributeur, votre éditeur, en Ferrari… Les acteurs du jeu y croient, parce qu’ils partent du principe que le jeu est un produit sain, social, recherché et ludique. Et c’est vrai.

Alors pourquoi ces rêves ne se réalisent-ils pas tous?

Les problèmes

La réponse est assez simple : parce que personne ne veut s’associer. Parce que le monde du jeu est en train de changer, et que les acteurs présents depuis longtemps pensent que leur travail est resté le même et qu’ils n’ont pas besoin de se remettre en question. Parce que plutôt que de se serrer les coudes, on préfère accuser les autres. Parce que certains croient que le boum va venir, et qu’il n’y aura qu’à se baisser pour ramasser le fruit de son travail acharné, et que c’est amplement mérité.

Parce qu’en effet, si ces acteurs n’avaient pas été là, le jeu n’existerait tout simplement pas.

Donc analysons les problèmes, les légendes qu’on nous ressasse à longueur d’année, et voyons quelles solutions on peut amener :

L’éditeur

Le nouvel éditeur a toujours toutes les tares : son jeu est trop cher, mal édité, pas assez connu. Oui, en effet : il est trop cher car il est à petit tirage, et que lorsqu’on produit un jeu à 500 exemplaires, il coûte beaucoup plus cher qu’un jeu tiré à 5’000 exemplaires. Il a des erreurs éditoriales car c’est un premier jeu, mais souvent, il n’y a rien de grave, sinon, il est invendable. Et s’il n’est pas assez connu, qu’à cela ne tienne, comme distributeur, c’est aussi un peu ton boulot.

Nous souhaitons un marché dynamique, non ? pas un monde ludique composé que de blockbusters…

Le distributeur

Les jeux arrivent toujours trop tard, ils sont trop chers et il n’y a pas assez de stock. En fait, moins de jeux sont achetés, et plus le système logistique est lent. Ce que personne ne dit, c’est que très souvent, des précommandes sont proposées, mais que peu de boutiques souhaitent précommander le jeu. Le distributeur prend un risque, un stock raisonnable, et que lorsque le jeu arrive en boutique, il plait, et tout le monde veut en avoir. C’est alors trop tard, le stock est vide, et l’éditeur n’en a plus, il va falloir attendre.

Et les jeux sont trop chers, car ils sont toujours trop chers.

La question exacte serait plutôt : est-ce que le prix est juste ?

Quand vous avez des frais d’importation (=d’une vingtaine de pourcent pour le client final s’il faisait lui-même les démarches), et que le produit est proposé à 10 ou 15% plus cher que dans un pays voisin, est-ce que vous pensez que le prix est juste ? Moi, à titre personnel, il me semble bien trop bas. Car nous n’avons parlé ici que du prix d’importation, mais nous n’avons pas calculé le prix des charges, salariales ou logistiques.

Une autre question serait : pourquoi un prix calculé sur le prix de l’éditeur (donc tributaire du prix de production), et pas un prix fixe pour une prestation? Mais c’est un autre débat qui au final augmenterait certainement le prix final des petits jeux pour diminuer le prix des plus gros.

Ces notions de base sur le prix sont valables pour le distributeur, mais aussi et surtout pour une boutique.

La boutique

« Vous n’avez pas tous les titres, et je le trouve en France pour 10-15 ou 20% de moins… »

Je n’ai jamais vu une boutique vide. Les boutiques tentent de proposer une large gamme de jeux mais ne peut pas raisonnablement acheter tout ce qui sort chaque mois à 10 exemplaires pour être sûre de satisfaire la demande. Par contre, les boutiques sont prêtes à le commander pour le proposer dès sa sortie, si vous en montrez un intérêt.

Et pour ce qui est du prix, c’est un faux débat. Je ne connais personne en Suisse qui soit prêt, pour le même travail, à gagner 6 fois moins. Car la vie en Suisse est chère, et que le salaire permet de vivre. Les prix sont au plus juste, et très souvent mis au plus bas afin de satisfaire le client. Cela s’appelle la concurrence saine.

Regardez les prix du livre en Suisse, très souvent, en CHF, vous avec le double de l’EUR. Le jeu est plus « raisonnable ».

La solution

Lorsque vous travaillez sur un marché d’1,5 millions de personnes, dans un produit de consommation de niche comme le jeu de société, chaque risque est trop important. Ces cinq dernières années ont vu plusieurs acteurs du monde ludique disparaître. Et pourtant, plutôt que de mettre la faute sur les gérants ou sur le marché, je crois qu’il faut voir que ce sont à chaque fois des pertes pour le monde ludique suisse en général. Ce n’est pas la Suisse qui joue moins, mais bien les acteurs suisses qui disparaissent. Selon moi, les raisons sont assez simples :

De plus en plus de joueurs décident d’acheter sur des sites étrangers, afin d’avoir des prix plus bas. Il faut avoir conscience en faisant cela que le mécanisme de consommation et ses conséquences sont très simples : pour l’éditeur, il ne vend pas moins de jeux, mais moins en Suisse. Il n’a donc pas envie de faire l’effort sur ce marché, puisqu’il diminue (croit-il). Le consommateur, en choisissant cette voie, décide de favoriser le marché du travail d’un pays voisin plutôt que le sien propre. Dans la théorie du tout, si tout le monde procède ainsi, alors les boutiques disparaissent, et donc les distributeurs, et donc le marché du jeu devient un marché étranger qui propose des produits en Suisse. Charge au client final de s’occuper des frais d’importation, et donc diminution non seulement du choix, mais aussi de l’accès aux produits.

Les boutiques doivent proposer une large gamme de jeux, le faire jouer, et dynamiser le marché. Il est évident qu’acheter à l’aveugle est plus risqué au final que d’acquérir le jeu qui nous a plu lors d’un test. Le vendeur doit connaitre ses produits, et éviter de pondérer le marché selon ses propres goûts. Un client qui ne trouve pas un produit sera tenté d’aller l’acquérir ailleurs, là où il est sûr de le trouver (cf point 1) et après 2-3 fois, il décidera de faire de ce geste, son propre processus de consommation. La boutique est aussi responsable d’assurer les précommandes afin de remettre à sa juste place le risque encouru défini par sa marge de 50%.

Les distributeurs doivent optimiser leur réseau logistique afin de s’assurer d’avoir le plus de produits possibles le plus souvent possible. Afin d’optimiser ce processus, ils doivent s’assurer en amont de proposer une liste de sortie afin que les boutiques puissent s’approvisionner sans peur du fameux « épuisé chez l’éditeur ».

Si tout le monde agit de la sorte, alors nous renforcerons le marché du jeu en Suisse dans les prochaines années, afin de satisfaire le plus grand nombre.

C’est le souhait de tous les joueurs, dont je fais partie. C’est par passion que je tente cet écrit, parce que j’estime qu’il est de notre devoir de sensibiliser le marché à ce qui risque d’arriver. Si ensuite c’est un choix du consommateur, alors mon rôle est achevé.

En fait, c’est super simple :

Si vous diminuez les achats en Suisse, vous diminuez le chiffre d’affaire d’une boutique qui investit moins, vous diminuez donc la trésorerie du distributeur qui achète moins de volume, et peut-être moins de titres, vous diminuez alors le rythme d’approvisionnement, et au final, vous avez moins de titres et trop tard.

Ce qui fait que le consommateur aura tendance à diminuer ses achats sur sol suisse, etc… etc…

Voici ma proposition

Les consommateurs : ayez une préférence nationale pour vos achats, nous trouverons des solutions pour améliorer les délais, les prix et le choix.

Les boutiques : ne passez pas vos commandes en direct auprès des éditeurs, et ne critiquez pas vos distributeurs, ils font tout leur possible, et à long terme, ça ne peut marcher pas que comme ça. Seuls les grands éditeurs pourraient accepter de travailler en direct, au détriment des petits, donc vous diminuez sensiblement votre gamme, et vous augmentez vos prix à cause de l’importation de petites quantités. Ensuite, plus on unit nos efforts, et nos commandes, et plus on pourra aller vite et avoir tout, ou presque.

Les distributeurs : communiquez, informez sur vos sorties, optimisez votre processus logistique afin de gagner du temps et d’optimiser vos prix. Et surtout, ne choisissez pas vos titres, proposez des gammes, afin que le consommateur final puisse lui, tout seul, faire son choix.

Si tout le monde joue le jeu, alors demain, nous pourrons dire que le jeu a explosé en Suisse, pour le bonheur de tous !

« C’est mon choix, et j’ai le droit de faire comme je veux ! »

C’est tout à fait vrai. Vous avez le choix. Mon propos n’est pas de vous limiter dans votre choix, mais de vous faire prendre conscience des conséquences de vos choix.

Chez HELVETIA Games, nous avons essayé de faire de ce rêve une réalité. Petit éditeur, nous nous sommes lancés dans la distribution pour que les jeux GEEK et les jeux de rôle trouvent leur place dans notre marché. Nous avons aidé des gérants de boutique pour qu’ils puissent ouvrir leur commerce et réaliser leur rêve. Nous avons créé une association pour satisfaire le client final. Nous respectons tous nos partenaires, et tentons avec chacun d’eux de créer des partenariats sur le long terme. Nous n’avons jamais discriminé ou favorisé qui que ce soit. Nous voulons juste que le monde ludique continue à exister, avec ses différences, ses typicités, son public ou ses fans, et surtout son « helvétisme ». Nous voulons que les familles, les amis et les collègues s’assoient encore autour d’une table, pour partager, le temps d’un jeu, un moment « agréable et différent ».

Ceux qui disent le contraire sont des menteurs et des jaloux. Voici un florilège des plus gros mensonges du marché. Vous reconnaîtrez certainement quelques-uns d’entre eux ! Et si vous avez entendu une de ces phrases, posez-vous la question : mais que cache ce ressentiment ?

Anecdotes

« Il n’y a pas de boutiques en ligne en Suisse »

Si ! et même de très bonnes boutiques en ligne, essayez-les.

« Les jeux sont tellement chers en Suisse que certains doivent s’en mettre plein les poches… »

Dites-moi qui !

« Il a les dents tellement longues qu’il veut posséder tout le marché »

C’est de la bêtise, car ce serait aller à l’encontre d’un marché dynamique et qui prônerait la différence. Et enfin, que le monde du jeu doit être partenaire, pas unique, chacun ses goûts, ses envies et son identité.

« Ce jeu n’est pas disponible en Suisse car l’éditeur a oublié la Suisse [variante] est un trop petit marché ».

Depuis que j’ai commencé, ça ne m’est jamais arrivé. On a toujours trouvé une solution, on a toujours proposé ces jeux aux boutiques, par contre, toutes les boutiques ne les ont pas. C’est leur choix.

« Le jeu de rôle ne marche pas en Suisse ».

C’est de l’aveuglement, sortez, allez à Orc’idée, on vend énormément de jeu de rôle en Suisse. Par contre, le JdR en termes de ventes, est anecdotique. Beaucoup de rôlistes préfèrent acheter leurs jeux à l’étranger, les photocopier ou de plus en plus passer par la précommande participative (Ulule, BBE…).

« Certains acteurs possèdent tout : ils sont éditeurs, distributeurs et possèdent des boutiques ».

C’était vrai avant, et c’est bien normal. Merci aux anciens qui ont rendu cela possible. Aujourd’hui je n’en connais pas. Par contre, on voit des acteurs œuvrer dans différentes positions, et c’est bien normal. C’est un marché de niche. Et comme dans tous les marchés de niche, tout le monde fait un peu de tout pour subvenir à ses besoins. Pas pour s’imposer, mais pour exister, donc je ne vois pas en quoi cela pose problème, si les choses se font éthiquement.

« Le distributeur ne joue pas le jeu, il a envoyé des jeux à cette boutique, mais pas à la mienne ».

Alors déjà, ceci est illégal. Ensuite, je vais vous donner un exemple. Pour la sortie d’un titre avant Noël, j’ai lancé les précommandes, et j’ai reçu de deux boutiques les précommandes suivantes : 54 pour la première, et 1 pour la seconde. La seconde boutique, juste avant Noël, m’a recommandé le jeu, malheureusement, il était épuisé chez nous, mais en réassort. Deux jours après il m’a rappelé : « pourquoi vous en avez livré à la première boutique alors? Elle en a, elle ! »… mdr !

« La boutique m’a commandé un jeu qui est en commande depuis 1 an, ils ne savent pas travailler… »

Les éditeurs proposent des jeux suite à un premier tirage, et il doit faire le choix ensuite de retirer ou non son jeu. Très souvent, c’est le marché (donc les distributeurs) qui l’aident dans sa décision. S’il n’y a pas assez d’intérêt pour un jeu, alors l’éditeur décide d’attendre avant de le retirer. Durant cette phase de réflexion, le jeu est toujours « existant », il sort des catalogues lorsque l’éditeur décide de ne plus le proposer. Et pas avant. Car justement, c’est grâce à nos précommandes qu’il fait son choix, donc il est important que le distributeur montre son soutien à l’éditeur. Cette phase peut durer de 1 mois à 5 ans. La boutique, elle, plus loin dans la chaîne, attend la décision de l’éditeur. Mais en effet, si vous discutez avec votre boutique, une solution existera certainement.

Et maintenant?

HELVETIA Games va bientôt fêter ces 5 ans d’existence, et on va organiser une grande fête pour l’occasion. Si vous voulez venir nous voir, c’est bien volontiers. On vous montrera tout, on vous expliquera tout, et on tentera de trouver le moyen d’être encore plus efficace et plus pertinent dans nos choix. Ce qui nous importe, ce sont les joueurs… tous… de l’éditeur au Geek, du grand-papa à l’enfant, du fortuné au moins fortuné.

C’est à ça que sert le jeu… un peu… à gommer nos différences, et à nous réunir pour notre plaisir !

Bien à vous,

Pyf, Helvetia Games

« L’union fait la force ! »

Bonjour 2017. Vous cherchez un taf dans le monde du jeu?

Gérez une boutique de jeux, ça vous tente?

Suite au départ pour d’autres horizons professionnels du gérant de la boutique de jeux de Genève, Helvétia Games recherchent un gérant qui souhaite s’investir dans le monde du jeu pour reprendre leur magasin. Dans le quartier des Pâquis. Magasin tout, neuf tout rutilant, ouvert en juin 2016.

Où?

Là:

paquis

Vous cherchez du taf? Ou vous vous embêtez dans votre taf actuel et vous voulez changer? Si vous souhaitez vous lancer dans l’aventure et gérer votre propre boutique de jeux de société à Genève, contactez Helvétia Games à info@helvetia-games-shop.ch.

Et à partir de quand? C’est flexible. Ces prochaines semaines.

Ils cherchent à établir un partenariat durable avec une personne motivée, pleine d’idée, intégrée dans la vie ludique genevoise, qu’ils proposent d’accompagner sur le chemin du succès. Tout un programme.

Ça vous branche?

Mais au fond, à quoi ressemblerait une boutique de jeux idéale? La règle des trois EX

shop

Avec la concurrence accrue des boutiques online et des financements participatifs précommandes participatives, les boutiques « en dur » spécialisées en jeux de société ont aujourd’hui plus que jamais besoin  de se réinventer. De proposer des services, des expériences, des émotions que les joueurs-clients ne trouveront pas ailleurs.

La règle des 3 EX

Se rendre dans une boutique « en dur » entraîne plusieurs contraintes et défis à relever:

Devoir se déplacer, à pied, à vélo, en transports publics, ou pire, en voiture, avec la difficulté de trouver ensuite une place de parc.

La météo. Il peut pleuvoir, faire froid, faire très chaud.

Il faut s’habiller, sortir de chez soi.

Ne pas être sûr de trouver le jeu recherché.

Devoir respecter les horaires d’ouverture.

Devoir patienter dans la boutique, le temps que les autres clients soient servis avant.

Les jeux dans une boutique « en dur » sont souvent plus chers que sur le net, et c’est normal: salaires des vendeurs, prix de la location de la surface, charges, etc. Souvent plus chers. Mais pas toujours non plus.

Alors malgré toutes ces contraintes, comment expliquer que les joueurs se déplacent encore dans les boutiques?

« Les gens ne vont pas dans les magasins pour acheter des jeux, mais pour acheter l’expérience d’aller dans un magasin pour acheter des jeux. » Gus Brandys.

Ou autrement dit, une boutique idéale doit tout faire pour répondre à cette demande du client qui aura bravé toutes les difficultés citées ci-dessus pour vivre une expérience. Pas juste pour repartir avec une boîte sous le bras.

Et c’est là que la règles des 3 EX intervient: excellence, expertise, expérience.

Et ça commence par l’accueil.

Excellence

Key-Macro-On-The-Door-Wallpaper-Full-HD

Un bon vendeur, un bon accueil, une bonne expérience, signifie que le vendeur doit voir le client avant celui-ci. Pour que ce dernier se sente reconnu, accueilli, important. Rien de pire que d’entrer dans un magasin et que le vendeur ne vous dise pas bonjour ou ne vous adresse pas un sourire immédiat et cordial de bienvenu.

Un magasin dans lequel le client se sent le bienvenu est un magasin dans lequel il reviendra. Même si c’est pour ne rien acheter, juste pour flâner. Un excellent accueil est souvent plus important que n’importe quel jeu en boutique!

Vendeurs, même si vous êtes occupés à servir un autre client, quand un nouveau rentre dans votre boutique, jetez un petit sourire et un mot d’accueil. C’est gratuit et pourtant ça n’a pas de prix! Et plus que tout, lâchez votre téléphone, votre écran d’ordinateur. On tape ici en plein dans l’effet psychologique d’appréciation.

Un client bien accueilli est un client qui se sent bienvenu. Et qui achètera plus facilement. Et qui reviendra plus facilement. Et qui conseillera la boutique plus facilement. Rien de pire qu’une boutique qui a la réput d’avoir des vendeurs froids ou désagréables.

« L’excellence n’est pas une compétence. C’est une attitude ». Ralph Marston.

Expertise

UP211_bridge

Si les joueurs se déplacent, bravent tant de contraintes et n’achètent pas online, c’est pour bénéficier dans une boutique « en dur » d’un service unique et spécifique: le conseil.

Le vendeur doit être facilitateur. Le pont entre le besoin du joueur et son produit.

Mais attention toutefois, un vendeur ne doit pas harceler un acheteur pour lui faire impérativement acheter un produit. Juste subtilement lui signifier qu’il est là pour tout conseil. Un client doit avoir la possibilité de se balader, d’humer, d’inspecter, de se laisser tenter, interroger. Il sait que le vendeur est là si besoin, il ne doit pas se sentir épié ou pressé. Le choix, la liberté sont des éléments-moteurs essentiels dans l’acte d’achat.

Un vendeur dans une boutique idéale de jeux est un vendeur qui connaît bien ses produits. Conseiller un bon jeu n’est pas difficile. Ce qui l’est, c’est de proposer le bon jeu à la bonne personne. Pour y arriver, le mieux est encore de poser quelques questions:

quels sont les jeux préférés du client?

Quel est le nombre habituel de joueurs?

Pour quelle occasion est-ce que le jeu est convoité?

Avec quelques questions, le vendeur pourra rapidement cerner les besoins du client. Et surtout, ne pas essayer de lui fourguer le jeu le plus cher possible. Mieux vaut lui proposer un premier jeu pas trop cher, pour ne pas effrayer le client. S’il a aimé le jeu, il reviendra, et en prendra un deuxième, puis un troisième, puis… Mieux vaut un client qui dépense peu mais qui revient, que le contraire.

Expérience

103379

Les gens ne vont pas dans les magasins pour acheter des jeux, mais pour acheter l’expérience d’aller dans un magasin pour acheter des jeux.

De tous les EX, l’expérience est, selon moi, l’élément principal.

Une boutique « en dur » idéale devrait proposer une véritable expérience au client. Pas seulement des étagères bourrées à craquer de nouveautés.

Dans la mesure du possible et de sa place disponible, la boutique devrait:

proposer des tables de jeu, pour essayer, découvrir, se laisser tenter.

organiser des tournois, des événements, inviter des auteurs, des éditeurs.

mettre des boissons à disposition des clients: café, autres. Pour l’effet d’appréciation, encore une fois.

prévoir un endroit pour mettre la sélection spéciale du mois, pour partager, renouveler, surprendre, captiver.

proposer de la musique. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les chaînes de fast-food ou les supermarchés passaient de la musique? Car oui, la musique adoucit les mœurs, c’est prouvé, elle créé des émotions positives. Et également, elle « habille » l’environnement. Pour cela, rien de plus simple, Spotify propose quantité de playlist.

La boutique devrait être transcendée et dépasser la vente de produits. Pour cela, il y a déjà internet. L’expérience IRL, il n’y a que ça de vrai!

Un autre aspect lié à l’expérience, c’est de donner l’impression au client de participer à une fouille, une chasse au trésor. Les jeux les moins chers devraient se trouver juste à l’entrée, pour ne pas effrayer. Et plus on s’en éloigne et plus les prix devraient augmenter. Les jeux les plus onéreux, les plus hors-normes devraient être les plus éloignés, les plus « cachés ». Comme si le client rentrait « dans le ventre de la baleine », immergé, pour dénicher la perle.

Je sens bien que ce dernier point peut être discuté. Car si les jeux les plus chers sont les moins accessibles, ils risquent aussi d’être les moins vendus. Mais si une boutique « en dur » essaie de proposer une véritable expérience au client, elle devrait réfléchir à la pertinence du déploiement de son catalogue. Autrement dit, l’agencement. Pensez supermarchés. Quels sont les tous premiers produits proposés juste à l’entrée d’un supermarché? Bien souvent les fruits et légumes. Alors que c’est tout sauf pratique de commencer par jeter une salade ou une tomate tout en bas de son caddy pour ensuite les écraser avec le reste de ses courses.

Mais alors, pourquoi? Car les supermarchés réfléchissent à optimiser leur déploiement et à créer une véritable expérience, à plonger le client dans un univers. En l’occurrence ici, un univers de fraîcheur, de nature.

Et pour vous, à quoi ressemblerait une boutique de jeux idéale?

Une toute nouvelle boutique de jeux à Genève

C’est mercredi prochain 1 juin 2016 qu’ouvrira Helvétia Games Shop, une toute nouvelle boutique de jeux de société à Genève. La 4e, du coup. Pas énorme, quand on y pense, pour une région qui draine plus d’un million d’habitants.

Oui, Helvétia Games Shop possède déjà une boutique online et une autre IRL à Lausanne.

Où ça?

A la rue Jean Antoine Gautier 9-11, dans le quartier des Pâquis, rive droite, tout près du lac, tout près du Bain des Pâquis, mais surtout, tout près de la gare.

paquis

Et ils vendront quoi?

Sur 140m2, du jeu de société bien sûr, du jeu de rôle et aussi des jeux de cartes à collectionner évolutifs à collectionner.

Ride and quoi?

Ride and Play.

La boutique proposera du Ride and Play. Autrement dit, vous commandez les jeux online, et vous pouvez venir directement les récupérer (à vélo) à la boutique, sans payer les frais de port ni perdre de temps.

Et l’apéro, c’est pour quand?

Pour fêter l’ouverture du magasin, ils organisent un apéro slash vernissage slash raclette samedi 25 juin.

Et en plus, ils offrent 10% sur toute la boutique jusqu’au 24 juin. Yeeeah.HG-genève