Pour que la Suisse (ludique) s’unisse

Le marché du jeu de société en Suisse Romande est particulier, pour ne pas dire difficile. 1,5 millions d’habitants, voisine de la France et de ses boutiques online (souvent moins chères), une poignée de magasins spécialisés, et des relations entre les acteurs professionnels parfois tendues et concurrentes.

Pyf, l’éditeur d’Helvétia Games (Sabbat Magica) et l’un des plus gros distributeurs suisses a voulu réagir à cette situation.

Voici sa tribune. Un cri du cœur, de ralliement, pour le jeu se porte bien en Suisse.

La Suisse ludique doit s’unir !

Bonjour à tous,

J’ai eu la chance d’être dans un pays voisin ce mois-ci, et j’ai pris le temps de discuter avec un partenaire commercial qui, en fin de discussion, a lâché comme une bombe :

« De toute façon, avec le chaos qui règne en Suisse, on a encore de beaux jours devant nous. »

Une simple phrase, comme de rien, qui m’a interpellé. Et en y repensant, je me suis dit qu’il avait raison.

Je vais tenter d’expliquer pourquoi.

Je m’excuse déjà auprès de tous ceux que je vais heurter ou fâcher par mes propos. Ce n’est de loin pas l’objectif de ce texte. Il ne s’agit pas de dénoncer, mais d’expliquer. Et pourquoi pas, de sensibiliser les acteurs du jeu pour aller vers un mieux. Un vraiment beaucoup mieux.

J’ajoute que ce billet n’est pas nationaliste, loin de là, mais qu’il étudie les habitudes de consommation d’une région nationale et linguistique, ce qui pourrait prêter à confusion.

Principes de base

Déjà, pour étayer mon propos, je vais me fonder sur le concept de base du chemin d’une boite de jeu, de l’éditeur au client final, en passant par un distributeur national et une boutique. Historiquement, c’est comme cela que ça fonctionne. Certains pays ajoutent une couche (représentant d’éditeur par exemple), et tous ceux qui ont commencé, en voyant le plan financier, se sont dit que s’ils faisaient deux métiers plutôt qu’un, ils allaient gagner en marge et donc en productivité. Mais si vous regardez globalement, le schéma est presque toujours respecté lorsque s’impose le passage du temps.

En Suisse, et plus particulièrement en Suisse Romande, puisque c’est l’objet de mon étude, vous avez des éditeurs étrangers qui sont distribués par des distributeurs suisses, qui eux travaillent selon un contrat d’exclusivité sur le territoire. Et bien souvent limités par la langue (trois en Suisse).

Si vous comptez le nombre de boutiques spécialisées en Suisse Romande, vous tombez sur un chiffre compris entre 15 et 30, selon si vous y ajoutez les librairies ou non, les magasins d’une seule marque ou les boutiques d’autres choses que du jeu, qui vendent aussi des jeux.

Historiquement, le distributeur prend la marge la plus petite (entre 25 et 40%) selon le travail qu’il effectue sur les produits, et la boutique, qui est responsable du stock, prend la plus grande marge, 50%. Parce qu’elle a des charges plus élevées, que ce soit en termes de loyer, de personnel ou de stockage.

Il y a d’ailleurs quelques exemples assez édifiants, comme un éditeur qui avait pensé vendre en Suisse avec des marges imposées (35% pour les boutiques comme en France par exemple), et qui s’est retrouvé dans une minorité de magasins seulement, et parfois avec des boutiques qui proposaient son jeu avec les fameux 50% de marge, donc hors de prix.

Pour compléter notre panorama, il faut garder en tête qu’il y a en Suisse Romande 1,5 million d’habitants, que le Suisse est friand de marché libéral et qu’il souhaite pouvoir avoir le choix de sa manière de consommer sans rendre de compte à personne, ce qui fait la richesse de notre pays. Ceci s’applique autant aux particuliers qu’aux acteurs du jeu.

En toute fin, nos voisins sont en pleine expansion ludique : l’Allemagne a déjà fait le pas, la France est en train de terminer son explosion et possède un vrai public ludique avec un marché crédible et puissant, l’Italie a déjà commencé. De notre côté, nous attendons que ça commence, et je crois que la phrase assassine de mon interlocuteur citée en début d’article parle bien de cela : ça ne semble pas près d’arriver.

L’éditeur

S’il faut dresser un panorama de ce qui se passe en Suisse, il faut aborder le problème du point de vue de chaque acteur du jeu. Selon moi, tout le monde est un peu responsable. Il n’est pas question de discriminer l’un ou l’autre des acteurs.

L’éditeur est de deux familles : l’éditeur suisse, et l’éditeur étranger qui souhaite que ses jeux soient distribués en Suisse.

L’éditeur est un acteur important, puisque c’est lui qui crée le marché, le produit, l’envie et le consommateur. Il a des frais importants et surtout, son argent est bloqué pendant toute la procédure de la création jusqu’à la fin de la production. Il doit absolument avoir ses jeux en boutiques, sinon, -attention Lapalissade- il ne va pas en vendre. Et donc pas récupérer son argent. Et donc pas faire d’autres titres.

Il y a des grands éditeurs suisses : Hurrican et Gameworks pour ne citer que deux exemples que je connais bien. Ils se battent comme tous les acteurs du jeu pour sortir un produit de qualité que ce soit en termes de matériel ou de mécanisme. Et ils le font bien, puisque Sébastien Pauchon (Yspahan) et Augustus (Hurrican) ont été finalistes du Spiel des Jahres, le plus prestigieux prix du monde ludique.

Mr Jack, pour prendre un titre incroyable, s’est vendu dans presque tous les pays du monde, et est reconnu comme étant l’un des meilleurs jeux familial à 2 joueurs du monde. Alors je vous le demande : pourquoi est-ce que ces jeux ne sont pas dans la ludothèque de toutes les familles suisses ?

Pourquoi est-ce que la sortie d’un nouveau jeu chez l’un de ces éditeurs n’est pas un événement régional ? Nul n’est prophète en son pays ? peut-être…

L’éditeur étranger, de l’autre côté, qui souhaite se faire distribuer en Suisse, cherche à l’être via un distributeur pour plusieurs raisons différentes, mais tellement essentielles.  Le passage de la douane et les frais d’importation d’abord, qui sont conséquents, et qui, si on veut impacter au minimum le prix final de chaque boite, doit être réparti sur une masse. Il est beaucoup moins cher de faire passer la frontière à 30 palettes qu’à 2 cartons. Des maths pures.

Ensuite, parce que l’éditeur n’a ni le personnel ni l’envie (ce n’est pas son métier), de traiter avec 15 ou 20 boutiques, interlocuteurs, qui ont chacun leurs dadas, des quantités différentes, des modalités de paiement différent, des soucis et des besoins différents. L’éditeur souhaite donc que le distributeur national le représente dans ces ventes régionales, pour le bien de tout le système.

Par contre, l’éditeur souhaite avoir des rapports sur le nombre de jeux vendus, sur la communication mise en place, et sur la vie de son jeu dans le pays où le distributeur le représente, ce qui est absolument normal, mais gardez bien cela en tête, car nous allons y venir.

Donc l’éditeur a 3 soucis :

De s’éviter les problèmes douaniers et d’importation en Suisse

Que son jeu soit accessible et visible

Qu’il soit vendu.

Le distributeur

Le distributeur a pour mission de représenter l’éditeur et sa gamme en Suisse, afin de présenter le jeu et de le proposer aux boutiques.

Pour être efficace, son métier est d’abord celui de la logistique : faire entrer les produits en Suisse en garantissant qu’ils soient conformes aux normes. Le faire entrer en masse pour impacter le prix le moins possible. Et le faire venir le plus rapidement possible pour que le jeu soit disponible en Suisse en même temps qu’ailleurs.

En fait, pour que cela fonctionne, le distributeur va agir en partenariat avec les boutiques afin d’en déduire le stock au plus précis (en effet, avec 30% de marge de moyenne, et des frais de transport et d’importation qui s’élèvent à environ à un tiers de sa marge, le distributeur doit absolument « stocker juste »). Pas assez de jeux en vente par rapport à la demande, et vous perdez du chiffre d’affaires. Et donc d’investissement possible pour de nouveaux titres. Et à l’inverse, trop de jeux qui dorment, et vous avez votre trésorerie bloquée pour un temps trop long, et donc les restocks seront ralentis.

Souvent, les distributeurs n’ont pas accès au client final, et donc ils doivent absolument négocier avec leur partenaire pour que ces derniers achètent le jeu quand il arrivera, car si on prend l’exemple dans lequel aucune boutique ne souhaite avoir ce titre, alors le stock du distributeur reste entier sans moyen de l’écouler, et donc l’argent nécessaire à l’achat d’autres titres se voit péjoré.

Si vous prenez une image ou un distributeur a deux partenaires : d’un côté l’éditeur et de l’autre côté les boutiques. Il est facile pour lui d’acheter à l’éditeur, mais pour ce faire, il doit s’assurer que le produit soit suffisamment intéressant pour que les boutiques l’achètent.

En fait, le distributeur a 3 soucis :

Que les produits passent la douane à un tarif le plus bas possible

Que les produits arrivent rapidement

Que les boutiques le proposent.

La boutique

La boutique est l’intermédiaire entre le distributeur et le client final. Elle doit proposer des jeux passionnants, à des prix intéressants, si possible des jeux dans l’air du temps. Pour y parvenir, elle doit proposer une large gamme de jeux à des publics différents, et en mettant parfois sur pied des soirées de démonstration ou des événements ludiques afin de bien connaître ses produits. Mais aussi, générer une communauté et s’assurer de ventes maximales afin de payer ses charges et continuer à proposer régulièrement des nouveautés.

Aujourd’hui, la boutique est face à des problèmes sans solutions : le nombre de sorties par mois, et la volatilité de ses clients. En effet, si certains clients sont très fidèles, d’autres le sont beaucoup moins, et l’arrivée sur le marché de moyen comme internet, les boutiques en ligne, et les différents moyens d’accéder à son produit, font de la profession de vendeur de jeux un métier plus compétitif et très différent de ce qu’il était il y a 20 ans.

La boutique a donc 3 soucis :

Avoir des produits en stocks pour satisfaire le plus grand nombre

Connaître son produit

Connaitre son marché.

Le client final

Le client est difficilement descriptible dans de grandes généralités, il est très différent selon sa classe d’âge, son milieu, sa région, etc.

Mais on peut définir la « clientèle ». La clientèle veut acheter un jeu. Elle veut, si possible, que le jeu soit conforme à ses attentes, et à un prix qui respecte son budget. Et tout le monde vous le dira : la Suisse a suffisamment de joueurs pour faire tourner ce marché : des clubs de jeux partout, de grosses conventions célèbres et sympathiques. Bref, les joueurs sont là.

La clientèle a donc 3 soucis :

Être bien conseillée (parfois, le client s’informe lui-même)

Trouver le produit recherché (qu’il soit exact : « je cherche ce jeu ») ou plus vague (« un jeu d’ambiance »)

Que le prix soit conforme à ses attentes.

Le jeu en Suisse

Comme tous nos voisins, les acteurs du jeu sont au travail, d’arrache-pied, pour que ce monde de rêve existe et soit rentable. Attention, je n’ai pas dit « devenir riche », j’ai dit « rentable ». Qu’on puisse payer les charges et les employés.

Et c’est déjà une notion importante : le jeu est un travail. Contrairement aux idées reçues, l’acteur du jeu ne passe pas son temps à jouer avec ses enfants, mais il fait de la comptabilité, il fait de la vente, il fait de l’animation, il négocie des prix, fait de la logistique, fait des calculs de tarification, etc. Souvent même, il fait le ménage, et s’assure que tout soit bien rangé, et compte les pièces dans ses jeux de démo.

Les acteurs du jeu en Suisse sont tous des passionnés, ils ont tous un jour fait le pas de « changer de métier ». Ils ont pris un risque financier, pour offrir un peu de leur passion à leurs clients. Ils ont tous eu des idées incroyables, comme « si j’ouvre une boutique, on pourra tester tous les jeux », « si je deviens distributeurs, mes jeux sortiront en même temps en France et en Suisse », « si je suis éditeur, mes jeux seront super beaux, et tout le monde voudra y jouer pour passer un bon moment ».

Rappelez-moi la dernière fois que vous avez croisé votre vendeur, votre distributeur, votre éditeur, en Ferrari… Les acteurs du jeu y croient, parce qu’ils partent du principe que le jeu est un produit sain, social, recherché et ludique. Et c’est vrai.

Alors pourquoi ces rêves ne se réalisent-ils pas tous?

Les problèmes

La réponse est assez simple : parce que personne ne veut s’associer. Parce que le monde du jeu est en train de changer, et que les acteurs présents depuis longtemps pensent que leur travail est resté le même et qu’ils n’ont pas besoin de se remettre en question. Parce que plutôt que de se serrer les coudes, on préfère accuser les autres. Parce que certains croient que le boum va venir, et qu’il n’y aura qu’à se baisser pour ramasser le fruit de son travail acharné, et que c’est amplement mérité.

Parce qu’en effet, si ces acteurs n’avaient pas été là, le jeu n’existerait tout simplement pas.

Donc analysons les problèmes, les légendes qu’on nous ressasse à longueur d’année, et voyons quelles solutions on peut amener :

L’éditeur

Le nouvel éditeur a toujours toutes les tares : son jeu est trop cher, mal édité, pas assez connu. Oui, en effet : il est trop cher car il est à petit tirage, et que lorsqu’on produit un jeu à 500 exemplaires, il coûte beaucoup plus cher qu’un jeu tiré à 5’000 exemplaires. Il a des erreurs éditoriales car c’est un premier jeu, mais souvent, il n’y a rien de grave, sinon, il est invendable. Et s’il n’est pas assez connu, qu’à cela ne tienne, comme distributeur, c’est aussi un peu ton boulot.

Nous souhaitons un marché dynamique, non ? pas un monde ludique composé que de blockbusters…

Le distributeur

Les jeux arrivent toujours trop tard, ils sont trop chers et il n’y a pas assez de stock. En fait, moins de jeux sont achetés, et plus le système logistique est lent. Ce que personne ne dit, c’est que très souvent, des précommandes sont proposées, mais que peu de boutiques souhaitent précommander le jeu. Le distributeur prend un risque, un stock raisonnable, et que lorsque le jeu arrive en boutique, il plait, et tout le monde veut en avoir. C’est alors trop tard, le stock est vide, et l’éditeur n’en a plus, il va falloir attendre.

Et les jeux sont trop chers, car ils sont toujours trop chers.

La question exacte serait plutôt : est-ce que le prix est juste ?

Quand vous avez des frais d’importation (=d’une vingtaine de pourcent pour le client final s’il faisait lui-même les démarches), et que le produit est proposé à 10 ou 15% plus cher que dans un pays voisin, est-ce que vous pensez que le prix est juste ? Moi, à titre personnel, il me semble bien trop bas. Car nous n’avons parlé ici que du prix d’importation, mais nous n’avons pas calculé le prix des charges, salariales ou logistiques.

Une autre question serait : pourquoi un prix calculé sur le prix de l’éditeur (donc tributaire du prix de production), et pas un prix fixe pour une prestation? Mais c’est un autre débat qui au final augmenterait certainement le prix final des petits jeux pour diminuer le prix des plus gros.

Ces notions de base sur le prix sont valables pour le distributeur, mais aussi et surtout pour une boutique.

La boutique

« Vous n’avez pas tous les titres, et je le trouve en France pour 10-15 ou 20% de moins… »

Je n’ai jamais vu une boutique vide. Les boutiques tentent de proposer une large gamme de jeux mais ne peut pas raisonnablement acheter tout ce qui sort chaque mois à 10 exemplaires pour être sûre de satisfaire la demande. Par contre, les boutiques sont prêtes à le commander pour le proposer dès sa sortie, si vous en montrez un intérêt.

Et pour ce qui est du prix, c’est un faux débat. Je ne connais personne en Suisse qui soit prêt, pour le même travail, à gagner 6 fois moins. Car la vie en Suisse est chère, et que le salaire permet de vivre. Les prix sont au plus juste, et très souvent mis au plus bas afin de satisfaire le client. Cela s’appelle la concurrence saine.

Regardez les prix du livre en Suisse, très souvent, en CHF, vous avec le double de l’EUR. Le jeu est plus « raisonnable ».

La solution

Lorsque vous travaillez sur un marché d’1,5 millions de personnes, dans un produit de consommation de niche comme le jeu de société, chaque risque est trop important. Ces cinq dernières années ont vu plusieurs acteurs du monde ludique disparaître. Et pourtant, plutôt que de mettre la faute sur les gérants ou sur le marché, je crois qu’il faut voir que ce sont à chaque fois des pertes pour le monde ludique suisse en général. Ce n’est pas la Suisse qui joue moins, mais bien les acteurs suisses qui disparaissent. Selon moi, les raisons sont assez simples :

De plus en plus de joueurs décident d’acheter sur des sites étrangers, afin d’avoir des prix plus bas. Il faut avoir conscience en faisant cela que le mécanisme de consommation et ses conséquences sont très simples : pour l’éditeur, il ne vend pas moins de jeux, mais moins en Suisse. Il n’a donc pas envie de faire l’effort sur ce marché, puisqu’il diminue (croit-il). Le consommateur, en choisissant cette voie, décide de favoriser le marché du travail d’un pays voisin plutôt que le sien propre. Dans la théorie du tout, si tout le monde procède ainsi, alors les boutiques disparaissent, et donc les distributeurs, et donc le marché du jeu devient un marché étranger qui propose des produits en Suisse. Charge au client final de s’occuper des frais d’importation, et donc diminution non seulement du choix, mais aussi de l’accès aux produits.

Les boutiques doivent proposer une large gamme de jeux, le faire jouer, et dynamiser le marché. Il est évident qu’acheter à l’aveugle est plus risqué au final que d’acquérir le jeu qui nous a plu lors d’un test. Le vendeur doit connaitre ses produits, et éviter de pondérer le marché selon ses propres goûts. Un client qui ne trouve pas un produit sera tenté d’aller l’acquérir ailleurs, là où il est sûr de le trouver (cf point 1) et après 2-3 fois, il décidera de faire de ce geste, son propre processus de consommation. La boutique est aussi responsable d’assurer les précommandes afin de remettre à sa juste place le risque encouru défini par sa marge de 50%.

Les distributeurs doivent optimiser leur réseau logistique afin de s’assurer d’avoir le plus de produits possibles le plus souvent possible. Afin d’optimiser ce processus, ils doivent s’assurer en amont de proposer une liste de sortie afin que les boutiques puissent s’approvisionner sans peur du fameux « épuisé chez l’éditeur ».

Si tout le monde agit de la sorte, alors nous renforcerons le marché du jeu en Suisse dans les prochaines années, afin de satisfaire le plus grand nombre.

C’est le souhait de tous les joueurs, dont je fais partie. C’est par passion que je tente cet écrit, parce que j’estime qu’il est de notre devoir de sensibiliser le marché à ce qui risque d’arriver. Si ensuite c’est un choix du consommateur, alors mon rôle est achevé.

En fait, c’est super simple :

Si vous diminuez les achats en Suisse, vous diminuez le chiffre d’affaire d’une boutique qui investit moins, vous diminuez donc la trésorerie du distributeur qui achète moins de volume, et peut-être moins de titres, vous diminuez alors le rythme d’approvisionnement, et au final, vous avez moins de titres et trop tard.

Ce qui fait que le consommateur aura tendance à diminuer ses achats sur sol suisse, etc… etc…

Voici ma proposition

Les consommateurs : ayez une préférence nationale pour vos achats, nous trouverons des solutions pour améliorer les délais, les prix et le choix.

Les boutiques : ne passez pas vos commandes en direct auprès des éditeurs, et ne critiquez pas vos distributeurs, ils font tout leur possible, et à long terme, ça ne peut marcher pas que comme ça. Seuls les grands éditeurs pourraient accepter de travailler en direct, au détriment des petits, donc vous diminuez sensiblement votre gamme, et vous augmentez vos prix à cause de l’importation de petites quantités. Ensuite, plus on unit nos efforts, et nos commandes, et plus on pourra aller vite et avoir tout, ou presque.

Les distributeurs : communiquez, informez sur vos sorties, optimisez votre processus logistique afin de gagner du temps et d’optimiser vos prix. Et surtout, ne choisissez pas vos titres, proposez des gammes, afin que le consommateur final puisse lui, tout seul, faire son choix.

Si tout le monde joue le jeu, alors demain, nous pourrons dire que le jeu a explosé en Suisse, pour le bonheur de tous !

« C’est mon choix, et j’ai le droit de faire comme je veux ! »

C’est tout à fait vrai. Vous avez le choix. Mon propos n’est pas de vous limiter dans votre choix, mais de vous faire prendre conscience des conséquences de vos choix.

Chez HELVETIA Games, nous avons essayé de faire de ce rêve une réalité. Petit éditeur, nous nous sommes lancés dans la distribution pour que les jeux GEEK et les jeux de rôle trouvent leur place dans notre marché. Nous avons aidé des gérants de boutique pour qu’ils puissent ouvrir leur commerce et réaliser leur rêve. Nous avons créé une association pour satisfaire le client final. Nous respectons tous nos partenaires, et tentons avec chacun d’eux de créer des partenariats sur le long terme. Nous n’avons jamais discriminé ou favorisé qui que ce soit. Nous voulons juste que le monde ludique continue à exister, avec ses différences, ses typicités, son public ou ses fans, et surtout son « helvétisme ». Nous voulons que les familles, les amis et les collègues s’assoient encore autour d’une table, pour partager, le temps d’un jeu, un moment « agréable et différent ».

Ceux qui disent le contraire sont des menteurs et des jaloux. Voici un florilège des plus gros mensonges du marché. Vous reconnaîtrez certainement quelques-uns d’entre eux ! Et si vous avez entendu une de ces phrases, posez-vous la question : mais que cache ce ressentiment ?

Anecdotes

« Il n’y a pas de boutiques en ligne en Suisse »

Si ! et même de très bonnes boutiques en ligne, essayez-les.

« Les jeux sont tellement chers en Suisse que certains doivent s’en mettre plein les poches… »

Dites-moi qui !

« Il a les dents tellement longues qu’il veut posséder tout le marché »

C’est de la bêtise, car ce serait aller à l’encontre d’un marché dynamique et qui prônerait la différence. Et enfin, que le monde du jeu doit être partenaire, pas unique, chacun ses goûts, ses envies et son identité.

« Ce jeu n’est pas disponible en Suisse car l’éditeur a oublié la Suisse [variante] est un trop petit marché ».

Depuis que j’ai commencé, ça ne m’est jamais arrivé. On a toujours trouvé une solution, on a toujours proposé ces jeux aux boutiques, par contre, toutes les boutiques ne les ont pas. C’est leur choix.

« Le jeu de rôle ne marche pas en Suisse ».

C’est de l’aveuglement, sortez, allez à Orc’idée, on vend énormément de jeu de rôle en Suisse. Par contre, le JdR en termes de ventes, est anecdotique. Beaucoup de rôlistes préfèrent acheter leurs jeux à l’étranger, les photocopier ou de plus en plus passer par la précommande participative (Ulule, BBE…).

« Certains acteurs possèdent tout : ils sont éditeurs, distributeurs et possèdent des boutiques ».

C’était vrai avant, et c’est bien normal. Merci aux anciens qui ont rendu cela possible. Aujourd’hui je n’en connais pas. Par contre, on voit des acteurs œuvrer dans différentes positions, et c’est bien normal. C’est un marché de niche. Et comme dans tous les marchés de niche, tout le monde fait un peu de tout pour subvenir à ses besoins. Pas pour s’imposer, mais pour exister, donc je ne vois pas en quoi cela pose problème, si les choses se font éthiquement.

« Le distributeur ne joue pas le jeu, il a envoyé des jeux à cette boutique, mais pas à la mienne ».

Alors déjà, ceci est illégal. Ensuite, je vais vous donner un exemple. Pour la sortie d’un titre avant Noël, j’ai lancé les précommandes, et j’ai reçu de deux boutiques les précommandes suivantes : 54 pour la première, et 1 pour la seconde. La seconde boutique, juste avant Noël, m’a recommandé le jeu, malheureusement, il était épuisé chez nous, mais en réassort. Deux jours après il m’a rappelé : « pourquoi vous en avez livré à la première boutique alors? Elle en a, elle ! »… mdr !

« La boutique m’a commandé un jeu qui est en commande depuis 1 an, ils ne savent pas travailler… »

Les éditeurs proposent des jeux suite à un premier tirage, et il doit faire le choix ensuite de retirer ou non son jeu. Très souvent, c’est le marché (donc les distributeurs) qui l’aident dans sa décision. S’il n’y a pas assez d’intérêt pour un jeu, alors l’éditeur décide d’attendre avant de le retirer. Durant cette phase de réflexion, le jeu est toujours « existant », il sort des catalogues lorsque l’éditeur décide de ne plus le proposer. Et pas avant. Car justement, c’est grâce à nos précommandes qu’il fait son choix, donc il est important que le distributeur montre son soutien à l’éditeur. Cette phase peut durer de 1 mois à 5 ans. La boutique, elle, plus loin dans la chaîne, attend la décision de l’éditeur. Mais en effet, si vous discutez avec votre boutique, une solution existera certainement.

Et maintenant?

HELVETIA Games va bientôt fêter ces 5 ans d’existence, et on va organiser une grande fête pour l’occasion. Si vous voulez venir nous voir, c’est bien volontiers. On vous montrera tout, on vous expliquera tout, et on tentera de trouver le moyen d’être encore plus efficace et plus pertinent dans nos choix. Ce qui nous importe, ce sont les joueurs… tous… de l’éditeur au Geek, du grand-papa à l’enfant, du fortuné au moins fortuné.

C’est à ça que sert le jeu… un peu… à gommer nos différences, et à nous réunir pour notre plaisir !

Bien à vous,

Pyf, Helvetia Games

« L’union fait la force ! »

5 Comments

  1. Ca c’est un un put*** de bel article sur le marché Suisse, qui a mon avis n’est pas si particulier que cela.
    Certes la France est tout près, mais je pense a la Belgique notemment.

    Bravo.

    Attention a l’amalgame courant qui est de dire que les acheteurs en ligne sont une perte pour les boutiques. Pour la majorité, ce sont des geeks, qui s’informent par eux-meme, et ne se deplaceront que rarement en boutique. Meme si le jeu est dispo au meme prix.

    La boutique offre un conseil a un public souvent différent (plus familial / casual) mais aussi à ses fans qui participent aux manifestation qu’elle propose.

  2. Bel édito (qui aurait du s’intituler pour que la suisse Romande s’unisse 😉 ). Très intéressant à lire et qui explique bien les différentes couches de la vie d’un produit et les soucis que cela peut engendrer.

    Il y a un point sur le quel je m’interroge également « Pourquoi est-ce que la sortie d’un nouveau jeu chez l’un de ces éditeurs n’est pas un événement régional ? Nul n’est prophète en son pays ? peut-être… » Voici quelques questions qui me viennent à l’esprit.

    Que ce soit en Suisse, en France ou dans d’autres pays la presse parle peu de jeu. Cela passe donc par les blogs, les salons, le bouche à oreille, le réseau de boutique et les vendeurs qui peuvent recommander la nouveauté.
    – Pour les blogs, à cause de la taille il ne peut pas y avoir 25 blogs sur le jeu en Suisse. Par la langue les suisses romands vont donc lire des blogs français qui n’ont peut être pas le même affectif pour un jeu suisse qu’un jeu français, ou lorsque ils en parlent cela n’a peut être pas la même résonnance auprès du public helvète.
    – les salons: très cher en Suisse au mètre carré quand on parle des plus gros (Suisse Toys, la cité des jeux) avec une population plus faible au final… c’est donc un frein. Vaut-il mieux promouvoir une sortie dans un marché plus important ou les retombés le seront également (Cannes, Essen) par rapport aux efforts investis ? Parmis les salons locaux en Suisse romande il y a bien sur Ludesco qui sort du lot mais pour le moment le public y vient plus jouer que découvrir des protos d’éditeur Suisse (qui n’y sont pas forcément présent). Mais l’équipe a une volonté de créer un vrai coin proto ce qui pourrait donner une résonance aux éditeurs locaux.
    – pour les boutiques / réseaux il est assez dur d’en parler puisque mon expérience chez Helvetiq nous place assez en bordure du marché « gamer » et que nos jeux ne sont pas au coeur de l’offre d’une boutique spécialisé. Mais après est-ce que les boutiques reçoivent suffisamment de démos ? sont soutenus pour créer des événements autour des sorties des nouveautés ? (questions réels puisque je suis basé à Bâle et n’ai pas l’occasion de passer en boutiques les weekends)

    Voilà voilà pour mes brèves réflexion.

  3. Bon article. Permet aux joueurs de mieux comprendre le système.

    En tant que joueur et consommateur en général (pas que les jeux de sociétés), je n’aime pas trop le principe de précommande, que cela soit entre une boutique et un client ou entre une boutique et un distributeur. Car malheureusement que cela soit la boutique ou le distributeur qui propose un article en précommande, il va très probablement commandé ce qui a été précommandé (logique) mais n’aura presque pas de stock supplémentaire pour les personne qui n’on pas précommandé… Du coup on arrive en magasin et rupture de stock / similaire pour la boutique on recommande au distributeur et rupture de stock… enfin bref je ne sais pas si c’était très claire…

    Sinon je me pose une autre question. Pourquoi en Suisse les jeux sorte très souvent avec un retard de 1 mois ou plus en boutique par rapport à la france?

    1. Bonjour,
      Je me permets une réponse tirée de mon expérience personnelle en ce qui concerne la date de sortie.
      Il est possible de sortir un jeu avec une date identique en Suisse et en France, cela arrive parfois, je peux citer Tokaido qui est sorti en même temps dans les deux pays, parce que Funforge a joué le jeu de nous les envoyer bien avant la date de sortie.
      Cet exemple pour illustrer le premier problème: la logistique est un réel défi, en particuliers pour les éditeurs, et si vous prévoyez des envois échelonnés, cela veut dire que vous allez stocker en attendant l’envoi. Donc ça utilise une place dans votre dépôt, que vous n’avez peut-être pas. Donc l’éditeur, souvent, préfère envoyer tout en même temps, cela veut dire que lorsque les palettes arrivent chez l’éditeur, ils les envoie en même temps aux boutiques françaises, aux distributeurs étrangers et ailleurs.
      Donc une boutique français le recevra 2 jours après, 5-10 jours pour la Suisse selon le travail rapide ou non, méticuleux ou non, de la douane, puis le distributeur suisse l’enverra aux boutiques suisses qui le recevront 2 jours après.
      En gros, vous perdez déjà la 1 semaine entre la France et la Suisse.
      Ensuite, pour le distributeur, faire passer ses produits par la douane a un coût en transport et en frais d’importation fixe. Pour nous, par exemple, ce prix se situe entre 600 CHF pour une palette, et 1600 CHF pour 30 palettes. Vous comprenez bien que pour diminuer les frais, et donc être compétitif sur les prix, on préfère faire passer 30 palettes qu’une seule.
      Donc si la sortie du produit est parallèle à un restock, c’est bingo, sinon, on a tendance à les faire patienter pour garantir un passage en import de masse, pour éviter de vendre un jeu hors de prix.
      Enfin, dernier problème, certains éditeurs et distributeurs ne travaillent pas sur une gamme, mais sur des titres, donc chaque nouveauté se renégocie: prix, nombre, etc. Et ces négociations sont parfois longues.

      Des solutions existent, mais elles demandent pas mal d’investissement, on est en train de travailler sur un plan qui peut-être nous permettra d’être un peu plus rapide.

      J’espère avoir apporté un peu d’éclairage.

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