Gadget Builder : Un prototype qui aurait dĂ» le rester
đ§ Gadget Builder, un jeu familial qui punit plus qu’il n’amuse et créé par l’auteur de Res Arcana. Vaut-il la peine ? Spoiler : Non.
Gadget Builder

Ou : Quand le créateur de Race for the Galaxy revisite (et grippe) le UNO
â ïž Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communautĂ©, nous tenons Ă prĂ©ciser que cet article reflĂšte notre opinion personnelle sur le jeu. Nous nâavons reçu aucune contrepartie de la part de lâĂ©diteur du jeu. Nous avons acquis et testĂ© le jeu de façon indĂ©pendante, sans lien commercial avec son Ă©diteur. Les avis prĂ©sentĂ©s ici reprĂ©sentent notre analyse honnĂȘte et impartiale du jeu, basĂ©e sur notre propre expĂ©rience.
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L’essentiel en 3 points :
- Gadget Builder est une revisite du UNO par Tom Lehmann (Race for the Galaxy), ajoutant des pouvoirs permanents (gadgets) Ă construire.
- Une rÚgle controversée oblige à utiliser tous ses gadgets avant de finir, sous peine de piocher des cartes (le « PiÚge à Gadgets »).
- Malgré de bonnes idées, le jeu est frustrant, punitif et manque de fluidité. Une expérience globalement décevante
J’Ă©tais Ă deux doigts de gagner la manche, puis le jeu m’a obligĂ© Ă piocher quatre cartes. Bienvenue dans Gadget Builder.
Quand on apprend que Tom Lehmann, le gĂ©nie derriĂšre des monuments comme Race for the Galaxy ou Res Arcana, sort un petit jeu de cartes familial basĂ© sur le Huit AmĂ©ricain (notre bon vieux UNO), forcĂ©ment, on dresse lâoreille. LâidĂ©e ? Un UNO sous stĂ©roĂŻdes, pimentĂ© dâune touche de « tableau-building » avec des robots rigolos. Sur le papier, Gadget Builder, Ă©ditĂ© par Rio Grande Games, promettait une revisite maline et dynamique.
Alors, on a sorti les cartes, on a construit des gadgets, et⊠patatras. MalgrĂ© un concept allĂ©chant, le moteur de jeu grince, hoquette et finit par caler. Chez Gus&Co, Gadget Builder ne dĂ©croche quâun trĂšs dĂ©cevant 2 Ă©toiles sur 5.
Un maßtre de la mécanique
Avant de plonger dans les rouages de Gadget Builder, il est essentiel de comprendre qui est aux commandes. Tom Lehmann n’est pas un novice dĂ©barquĂ© de nulle part. C’est une figure respectĂ©e, voire vĂ©nĂ©rĂ©e, du design ludique moderne, un architecte de mĂ©caniques complexes et Ă©lĂ©gantes.
On lui doit notamment le monument qu’est Race for the Galaxy (RftG). Sorti en 2007, RftG a redĂ©fini le jeu de « tableau-building » et d' »engine building » (construction de moteur). C’est un jeu d’une profondeur stratĂ©gique folle, cĂ©lĂšbre pour ses choix cornĂ©liens, sa rejouabilitĂ© quasi infinie et son iconographie dense (qui en a certes rebutĂ© plus d’un au dĂ©but !). RftG est la quintessence du style Lehmann : un moteur de jeu qui monte en puissance de maniĂšre exponentielle, oĂč chaque carte jouĂ©e ouvre de nouvelles synergies et procure une satisfaction intellectuelle intense.
Plus rĂ©cemment, il a cartonnĂ© avec Res Arcana (et Res Arcana Duo), une version Ă©purĂ©e et ultra-tendue de l’engine building, qui a raflĂ© de nombreux prix.
Bref, quand on joue Ă un jeu signĂ© Lehmann, on s’attend Ă de l’Ă©lĂ©gance, Ă de l’intelligence, et surtout, Ă la satisfaction de construire quelque chose qui fonctionne parfaitement, comme une horlogerie⊠suisse. C’est prĂ©cisĂ©ment cette rĂ©putation d’excellence qui rendait l’annonce de Gadget Builder si intĂ©ressante⊠et qui rend la dĂ©ception qui suit si cuisante.
UNO, mais avec des robots (et des problĂšmes)
La base du jeu est ultra-simple et familiĂšre. Ă votre tour, vous jouez une carte de votre main qui doit correspondre en chiffre ou en couleur Ă la carte visible. Objectif : ĂȘtre le ou la premiĂšre Ă vider sa main. Ca vous rappelle quelque chose ?
Lehmann y ajoute deux twists :
- Le combo malin : Si vous jouez une carte numĂ©rotĂ©e, vous pouvez immĂ©diatement enchaĂźner avec des cartes de mĂȘme couleur et de valeur strictement croissante (un 3 rouge, puis le 4, puis le 5). Jouissif quand ça passe ! Quand ça passeâŠ
- Lâatelier de gadgets : Câest la grande nouveautĂ©. Une cinquiĂšme couleur (violette) sert Ă construire des gadgets devant vous. Au lieu de jouer, vous pouvez dĂ©penser votre tour pour poser un robot en payant son coĂ»t (ex : dĂ©fausser deux cartes identiques).
Chaque gadget vous offre un pouvoir spĂ©cial utilisable une fois par manche : rejouer immĂ©diatement, changer la couleur demandĂ©e, etc. Et surtout, ces gadgets sont persistants : ils restent en jeu d’une manche Ă l’autre. Une touche dâengine building dans un jeu de dĂ©fausse, voilĂ qui est original !
Le « PiÚge à Gadgets », la rÚgle qui tue le fun
Mais alors, oĂč est le problĂšme ? Il rĂ©side dans la condition de victoire. Pour gagner la manche, vous devez remplir DEUX conditions :
- Ne plus avoir de cartes en main.
- Avoir utilisé TOUS vos gadgets construits pendant la manche.
Câest ce deuxiĂšme point qui transforme une bonne idĂ©e en cauchemar ludique. Si vous videz votre main mais quâil vous reste un gadget non utilisĂ©, vous ne gagnez pas. Pire : vous devez piocher une carte par gadget inutilisĂ© !
Imaginez la scĂšne : vous jubilez en posant votre derniĂšre carte, et lĂ , le jeu vous dit « Ah non, mon petit pote, tu n’as pas utilisĂ© ton Robot-Mixeur 3000, reprends deux cartes ». Frustration garantie.

Pourquoi ça ne fonctionne pas ?
Ce « PiĂšge Ă Gadgets » (le Gadget Trap) crĂ©e une anxiĂ©tĂ© permanente. Un gadget, censĂ© ĂȘtre un atout, devient une bombe Ă retardement. On hĂ©site alors Ă construire des gadgets, ce qui neutralise complĂštement lâintĂ©rĂȘt principal du jeu ! Au lieu de cĂ©lĂ©brer la construction d’un moteur efficace (la signature de Lehmann), le jeu vous punit de l’avoir construit. C’est un moteur conçu pour caler au moment le plus critique.
De plus, cette mĂ©canique engendre une spirale de l’Ă©chec. Un joueur pĂ©nalisĂ© se retrouve avec plus de cartes, rendant la victoire encore plus difficile. Câest le phĂ©nomĂšne du « runaway loser » : un joueur se retrouve piĂ©gĂ© dans un cycle de dĂ©faite dont il est presque impossible de s’extraire. Pour un jeu dit « familial », câest rĂ©dhibitoire.
Un gameplay haché et peu original
Au-delĂ de ce problĂšme central, Gadget Builder peine Ă convaincre sur d’autres aspects.
FluiditĂ© en berne : La construction et l’utilisation des gadgets cassent le rythme. On passe du temps Ă calculer, Ă payer, Ă piocher. Le jeu est plus hachĂ© et procĂ©durier que fun et frĂ©nĂ©tique. On perd le dynamisme d’un bon jeu de dĂ©fausse.
OriginalitĂ© limitĂ©e : MalgrĂ© les robots (sympathiques, au demeurant), on a vraiment l’impression de jouer Ă une Ă©niĂšme variante d’UNO. Les pouvoirs sont classiques (rejouer, jokerâŠ) et le thĂšme est totalement plaquĂ©.
Ăquilibre discutable : Certains gadgets sont clairement plus forts que d’autres. Les parties finissent par se ressembler, tout le monde rushant les mĂȘmes pouvoirs. La profondeur stratĂ©gique est faible et le hasard de la pioche reste prĂ©pondĂ©rant.
Gadget Builder, verdict
Ou : Un prototype qui aurait dĂ» le rester
Gadget Builder est une immense dĂ©ception. On sent lâidĂ©e intĂ©ressante derriĂšre, mais lâexĂ©cution est ratĂ©e. Le jeu souffre d’une crise d’identitĂ© : trop punitif et complexe pour les familles habituĂ©es au UNO, mais trop lĂ©ger, hasardeux et frustrant pour les « gamers » attirĂ©s par le nom de Tom Lehmann.
On a affaire Ă un gadget ludique amusant le temps de dĂ©couvrir le concept, mais qui prendra vite la poussiĂšre. Il donne l’impression d’ĂȘtre un prototype sympatoche mais dĂ©fectueux, une exploration d’idĂ©e qui n’aurait jamais dĂ» quitter l’atelier de l’auteur. Un petit incident de parcours, mais on sait qe l’auteur est capable de mieux. De beaucoup mieux !
On a aimĂ© : Le plaisir coupable de lĂącher 4 cartes d’un coup grĂące Ă la rĂšgle des suites croissantes. C’est comme doubler tout le monde dans la file d’attente de la boulangerie, ça fait du bien.
On a moins aimĂ© : Le fameux « PiĂšge Ă Gadgets ». Ătre puni parce qu’on n’a pas utilisĂ© son super pouvoir, c’est comme si Superman devait payer une amende s’il n’a pas sauvĂ© quelqu’un avant midi. Absurde et frustrant.
Câest plutĂŽt pour vous si⊠Vous ĂȘtes un archĂ©ologue ludique complĂ©tiste de Tom Lehmann, ou si vous cherchez un exemple concret pour expliquer ce qu’est une « fausse bonne idĂ©e » en game design.
Ce nâest plutĂŽt pas pour vous si⊠Vous aimez le UNO pour sa simplicitĂ© dĂ©bridĂ©e, vous dĂ©testez les rĂšgles punitives, ou si vous tenez Ă la bonne ambiance de votre soirĂ©e jeux.
Gadget Builder, c’est l’histoire d’un moteur de course sophistiquĂ©, conçu pour caler juste avant la ligne d’arrivĂ©e.
Bof bof.
- Date de sortie : Juin 2025
- Langue : Anglaise
- Assemblé en : Allemagne
- ITHEM : 1 sur 5. Pour en savoir plus sur lâITHEM dans les jeux de sociĂ©tĂ©, câest ici.
- IGUS : 2 sur 5. Pour en savoir plus sur lâIGUS dans les jeux de sociĂ©tĂ©, câest ici.
- EcoScore : A. Si vous voulez en savoir plus sur lâEcoScore dans les jeux de sociĂ©tĂ©, câest ici

- Label DĂ© Vert : Oui. Pour en savoir plus sur le label DĂ© Vert, câest ici.
- Création : Tom Lehmann
- Illustrations : Harald Lieske
- Ădition : Rio grande
- Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (tourne « bien » à toutes les configurations)
- Ăge conseillĂ© : DĂšs 12 ans (voire dĂšs 10 ans)
- Durée : 30-45 minutes
- ThĂšme : Robots
- MĂ©caniques principales : Carte. Pour en savoir plus sur les diffĂ©rentes mĂ©caniques de jeux, câest ici.
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4 Comments
David
Salut ! Avez-vous bien compris qu’on pouvait dĂ©sactiver un gadget sans utiliser son effet Ă chaque tour ? Ca ne me parait pas si contraignant. J’ai trouvĂ© le jeu sympa alors que je hais le Uno ! LĂ au moins il y a quelques choix Ă faire đ
Gus
Oui, ça on a compris bien sûr. Mais ça reste toujours une rÚgle⊠imbuvable.
Bref, pour nous câest un gros fail ! Pour nous, on prĂ©cise đ
patrikcarpentier
Et si on oubliait la rĂšgle des gadgets comme condition de non-victoire ?
Parfois, un tout petit ajustement permet de passer de l’enfer vers le paradis (ou inversement).
Gus
Malheureusement non. Comme le dit notre chroniqueuse, il y a dâautres soucis. Le jeu nâa rien de fun. Si câest pour tout changer, autant changer⊠de jeu.