Volez des spectateurs et programmez Badman dans Popcorn !
🍿 Popcorn : faut-il craquer pour ce jeu de gestion de cinéma signé Iello ? Mécaniques innovantes mais hasard présent. Notre verdict : 3.5/5
Popcorn

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :
En bref :
- Un jeu de placement d’ouvriers et de bag-building pour 2 à 4 joueurs, incarnant des directeurs de cinéma en compétition.
- Programmez des films, installez des spectateurs tirés de votre sac et dérobez-en à vos concurrents.
- Activez des actions selon vos salles et spectateurs, mais pensez à renouveler vos films.
Trois salles, quarante-quatre films parodiques et une obsession malsaine pour voler les spectateurs des autres : voilà votre nouvelle addiction ludique signée Iello.
Bienvenue dans les salles obscures de Popcorn, édité chez Iello et conçu par Victor Saumont, nouvel auteur dans le monde du jeu de société (avec seulement un autre jeu à son actif : Diferencio, sorti en 2023 chez Kyf Editions). Il est plus connu jusqu’alors comme auteur de documentaires dans l’univers du poker. Les superbes affiches parodiques et l’ambiance colorée de vos cinémas sont des créations d’Emilien Rotival, plus habitué aux univers fantastiques, comme il l’a démontré avec brio en participant aux illustrations d’Ancient Knowledge et de son extension.
Vous prenez place à la tête de votre propre cinéma et devrez rivaliser avec vos adversaires pour attirer le meilleur public et remplir votre boîte de popcorn. Le jeu mélange habilement bag-building, pose d’ouvriers (placement de spectateurs dans les salles), gestion de cartes (films) et optimisation d’objectifs.
Au fil des manches, votre rôle sera de parvenir à mettre en accord votre audience, les films à l’affiche, la configuration de vos salles et vos objectifs secrets. Accessible dès 10 ans, Popcorn semble parfait pour ceux qui apprécient la stratégie légère, la compétition malicieuse et une plongée humoristique dans l’univers du 7e art.
Silence… Moteur… Action !
À l’affiche cette semaine !
En début de manche, les joueurs peuvent acheter une carte film sur le marché des films de la semaine ou celui des avant-premières. Ces dernières sont plus onéreuses, mais permettent d’obtenir un spectateur supplémentaire de la couleur du film, améliorant ainsi votre bag-building.
Les films possèdent en effet chacun une couleur correspondant à l’une des quatre catégories : Action, Comédie, Film d’Auteur/Drames, Fantastique/Science-Fiction. Chaque catégorie s’oriente vers un type de bonus spécifique. Par exemple, les comédies sont davantage destinées à augmenter votre affluence, tandis que les films d’action vous feront gagner plus de popcorn.
Les affiches des films fictifs sur les cartes sont réalisées avec beaucoup d’humour. Il est évident que l’auteur, l’illustrateur et peut-être même l’éditeur se sont bien amusés en créant les 44 cartes films. De « La Marraine : Ne lui parlez plus de charge mentale » à « La Fureur du serpent : le plus beau survêtement de l’histoire du cinéma », en passant par « Un Monstre dans la navette : Ils vont tous mourir (sauf un) », la grande majorité sont des clins d’œil astucieux. On s’amuse à notre tour à retrouver les films cultes auxquels ils font référence. C’est d’ailleurs généralement assez évident, mais souvent très drôle : « Badman, il ne lui manquait qu’une seule lettre pour être un héros ».
Des spectateurs bien installés
Le second achat que vous pouvez effectuer pour optimiser votre cinéma en début de manche est l’acquisition d’une nouvelle salle. Celle-ci permet de recouvrir les salles standard de départ pour proposer des salles avec davantage de fauteuils et/ou mieux adaptées au film que vous prévoyez de projeter, c’est-à-dire avec une couleur de fauteuil similaire à celle du film.

Faire salle comble
La seconde phase de la manche consiste à piocher à l’aveugle dans votre sac personnel des spectateurs et à les répartir dans les salles pourvues de fauteuils et de films. Les spectateurs blancs sont des clients « bon public » qui s’adaptent à toutes les catégories de films, mais les spectateurs de couleur sont plus exigeants et ne pourront être placés que sur des sièges gris ou des sièges de même couleur qu’eux.
Chut… Le film commence
Une fois les spectateurs installés, vous allez pouvoir leur faire réaliser les actions de sièges et celles du film. En effet, chaque fauteuil possède une action et chaque film en propose plusieurs au choix. Ces actions permettent de :
- Récolter des dollars (pour acheter des films ou des salles)
- Récolter des popcorns (les points de victoire du jeu)
- Gérer son bag-building en remettant un spectateur dans son sac ou en en supprimant un
- Réaliser une action du film
- Augmenter son curseur d’affluence (pour piocher plus de spectateurs au tour suivant et gagner au passage quelques bonus)
- Piocher de nouvelles cartes label (des objectifs secrets qui rapportent des popcorns en fin de partie)
- Placer des jetons réclame (pour dérober des spectateurs à vos concurrents, héhéhé !)
Chaque spectateur peut donc effectuer une action de fauteuil et une action de film. Mais, et c’est là toute la subtilité qui va orienter votre stratégie, une action de fauteuil de couleur ne peut être réalisée que par un spectateur de la même couleur. Il en va de même pour le film. Heureusement, les fauteuils gris (qui accueillent tous les spectateurs) et les spectateurs blancs (les « bon public ») vous permettent de ne pas être bloqués trop souvent.
Cette mécanique va néanmoins vous obliger à coordonner la gestion de votre sac de pioche avec les spectateurs de la bonne couleur, les salles avec les fauteuils et les films qui vont de pair.
Fin de séance !
Le film est terminé, les spectateurs sont placés dans la zone de sortie. Ils ne retourneront dans votre sac qu’une fois celui-ci vidé. À vous de vous rappeler ce qu’il contient pour choisir votre prochain film ou votre prochaine salle, ou conserver ceux que vous possédez.
Le public aime la nouveauté
La trouvaille originale proposée par Popcorn est matérialisée par les petites glissières installées sur votre plateau individuel dans chaque salle. Après chaque tour, cette glissière remonte d’un cran et masque, les unes après les autres, les actions disponibles pour le film projeté dans la salle. Cette mécanique astucieuse représente le « vieillissement » du film et sa perte d’attrait pour votre public au fur et à mesure des semaines durant lesquelles il reste à l’affiche.
Le film devient ainsi moins intéressant en termes de nombre d’actions disponibles. Et comme on ne peut pas effectuer deux fois la même action d’un film dans le même tour, on risque de se retrouver dans l’impossibilité d’utiliser plusieurs spectateurs si l’on ne renouvelle pas le film. Vous êtes donc fortement incité à changer le film pour continuer à intéresser vos spectateurs.

La réclame, ancêtre du marketing
La réclame est un terme désuet désignant la publicité. Dans Popcorn, vous pouvez jouer des actions qui vous permettent de placer des jetons sur la piste de la réclame. Après la phase d’achat des films et des salles, et donc avant de faire entrer vos spectateurs, vous allez pouvoir activer vos jetons réclame afin de récupérer de nouveaux spectateurs dans votre sac de pioche. Au début, vous pourrez piocher dans la petite réserve commune (2 spectateurs de chaque couleur). Mais une fois que celle-ci commencera à s’épuiser, si la couleur de spectateur que vous souhaitez récupérer n’y est plus présente, vous irez chercher le spectateur dans la zone de sortie d’un des cinémas concurrents.
C’est là la seule interaction directe du jeu. Bien qu’elle puisse être légèrement agaçante pour l’adversaire qui se trouve dépossédé d’un de ses clients, elle ne nous a pas semblé très impactante, mais cela dépend peut-être de la tactique adoptée par chacun. Si elle est jouée à répétition, elle pourrait devenir plus influente sur le cours du jeu.

Dernière séance
La partie se termine quand est révélée la carte « dernière séance », placée au début du jeu dans la pile des films, quelques cartes avant la fin en fonction du nombre de joueurs. Le jeu se déroule de manière assez fluide avec peu de risque de paralysie analytique, et la durée de jeu annoncée d’une heure est respectée. En effet, en dehors de la phase d’achat qui se fait par ordre du tour avec un premier joueur tournant, les autres phases peuvent être jouées simultanément par les joueurs et joueuses.
Des étoiles plein les yeux
Iello nous livre un matériel de qualité. Les tuiles sont épaisses et agréables à manipuler. On achète des salles, on choisit des films en contemplant le soin apporté aux illustrations des affiches et en s’amusant des titres, on se dérobe des spectateurs et on récolte des dollars, du popcorn et de l’affluence.
Bref, la thématique est présente, bien mise en place et joliment réalisée, colorée et dotée d’une iconographie rapidement assimilée. Elle permet ainsi une immersion réussie. Il n’est pas étonnant qu’Iello, qui m’avait présenté le jeu à Essen, ait décidé de le sortir pour Cannes.

L’envers du décor
Comme certains films qui, bien que bénéficiant d’un beau casting et d’un budget conséquent, comportent malgré tout quelques longueurs, Popcorn n’est malheureusement pas exempt de défauts.
Pioche, pioche, pioche
Il y a beaucoup de pioches dans Popcorn. Trop ? Peut-être bien. Entre la pioche des films, celle des salles, celle des spectateurs et celle des cartes label (objectifs secrets), cela apporte beaucoup de hasard qui réduit le contrôle que l’on exerce sur sa partie et peut empêcher la construction d’une stratégie élaborée.

Indigestion de popcorn
Passé le frisson de la découverte, les tours s’enchaînent et se répètent. Avec le hasard très présent, on tente de s’adapter, mais la pioche n’est pas toujours favorable. On parvient certes toujours à « faire quelque chose », car les spectateurs et sièges polyvalents évitent un blocage trop punitif, mais on a parfois l’impression de ne pas vraiment maîtriser ses actions. De plus, la taille de la pioche de films, si elle permet d’envisager une bonne rejouabilité, donne l’impression d’un temps de jeu trop long. Tout cela fait que, sans que l’on puisse vraiment parler d’ennui, on ressent une certaine lassitude.
Suivre le fil de l’histoire
Comme dans un film comportant de nombreux flashbacks, il faut parfois s’accrocher pour suivre le fil de l’histoire. Les manipulations sont nombreuses et souvent identiques. Et comme on n’est pas autorisé à effectuer deux fois la même action sur un film, quand on commence à avoir des salles à trois fauteuils bien remplis, et que certains fauteuils permettent aussi de réaliser une action du film, quelques marqueurs d’actions auraient été utiles pour ne pas s’emmêler les pinceaux. Afin d’être certains de ne pas nous fourvoyer et pour ne pas agir en concurrence déloyale vis-à-vis de nos adversaires, nous en étions réduits, après avoir effectué les actions des fauteuils, à déplacer les meeples spectateurs de leurs fauteuils vers les actions du film pour servir de marqueur, pour seulement ensuite les évacuer vers la zone de sortie.
Popcorn, verdict
Ou : Film culte ou casting raté ?
Popcorn est un jeu au thème magnifiquement rendu par un matériel immersif, drôle et de qualité. Nous avons particulièrement apprécié les références parfois hilarantes des films, ce qui plaira certainement à tous les fans de cinéma. Des idées originales, comme les glissières de vieillissement des films, apportent des touches de fraîcheur dans des mécaniques connues. L’interaction est limitée et peu agressive.
Mais on a l’impression d’un film au scénario hésitant entre un public expert et une audience familiale. En effet, sous des règles simples et un déroulement fluide, Popcorn, présenté comme un jeu plutôt familial, dissimule une certaine complexité stratégique. La puissance du hasard créée par les pioches multiples (films, salles, spectateurs, objectifs) oblige à une adaptation permanente qui relève davantage du domaine des joueurs experts. Ceux-ci pourront cependant être gênés par cette accumulation de hasard dans les pioches pour la mise en place d’une stratégie élaborée, même si les spectateurs et les sièges polyvalents permettent de conserver une certaine souplesse.
Enfin, le déroulement du jeu, bien que fluide et doté d’une mécanique de jeu en simultané qui permet d’enchaîner les tours, présente des longueurs lassantes. Est-ce la répétition des actions ou l’impression de perte de contrôle ?
Popcorn est comme un film que l’on commente à la sortie de la salle en disant qu’on a passé un très bon moment, malgré quelques longueurs, mais qu’on ne l’achètera pas forcément quand il sortira en DVD.
On a aimé :
- Le thème cinéma incarné dans chaque composant
- Le matériel immersif (sacs, tuiles, cartes films)
- Les tours fluides et simultanés
- Les idées originales (glissières de vieillissement, piste de réclame)
- La complexité stratégique
On a moins aimé :
- La puissance du hasard
- La répétition et l’impression de manque de contrôle
- La confusion dans la réalisation des actions multiples
- L’hésitation entre public familial et public expert
C’est pour vous si…
- Vous aimez jouer devant un bon film
- Vous avez toujours rêvé de gérer un cinéma
- Vous aimez mêler stratégie et hasard
- Vous êtes accro au popcorn
Ce n’est pas pour vous si…
- Vous aimez le popcorn mais pas le hasard
- Vous aimez les parties tendues et tactiques à la stratégie finement élaborée
- Vous n’aimez pas aller au cinéma
- Vous n’aimez pas vous répéter
Dernière bobine… fondu au noir
Popcorn est un jeu qui séduit par son thème original, son humour bien dosé et un matériel à la hauteur de son ambiance. On y passe un bon moment, surtout si l’on apprécie les références cinéma et les mécaniques accessibles mais pas simplistes.
Toutefois, il navigue entre deux publics sans vraiment trancher, ce qui peut laisser certains joueurs sur leur faim. Un jeu plaisant, fluide, mais qui, comme certains films sympathiques, laisse une impression mitigée : on a apprécié la séance… mais on n’est pas sûr de vouloir la revoir tout de suite.
Popcorn, c’est comme une séance de cinéma un mardi après-midi : on passe un moment sympathique, on grignote quelques popcorns, mais on n’est pas sûr de revenir la semaine prochaine – sauf si c’est tarif réduit !
Pas mal !
Et encore une chose
Pour faire écho à notre article sur Popcorn, on vous propose de poursuivre sur la question : Où en sont les cinémas en France ? À écouter sur l’excellente émission de France Inter Zoom Zoom Zen sortie ce jeudi 19 juin.
- Date de sortie : Mars 2025
- Langue : Française
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 4 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 2 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : C. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
- Création : Victor Saumont
- Illustrations : Emilien Rotival
- Édition : Iello
- Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4
- Âge conseillé : 10+
- Durée : 60 minutes
- Thème : Cinéma
- Mécaniques principales : Bag-building, Objectifs secrets, Placement d’ouvriers, Combinaison, Programmation. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
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