UK Games Expo bannit l’IA : Qui décidera si un jeu est vraiment humain ?
🚫 UK Games Expo interdit les jeux créés en grande partie par IA. Sans définition, détection ni appel, qui décidera si un jeu est vraiment humain ? Décryptage.
Article écrit par :
Loïc
UK Games Expo bannit l’IA : Qui décidera si un jeu est vraiment humain ?
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L’essentiel en 3 points :
- Depuis le 24 septembre, l’UK Games Expo interdit les produits créés « entièrement ou en partie significative » par IA.
- Retrait, stand fermé, exclusion : les sanctions relèvent de la « discrétion absolue » des organisateurs.
- Ni définition, ni méthode de détection, ni procédure d’appel : la question de la preuve reste entière.
Le plus grand salon ludique britannique ne veut plus voir sur ses stands de jeux, de livres ou de goodies créés « entièrement ou en partie significative » par intelligence artificielle. La sanction est claire : retrait, fermeture du stand, exclusion. Tout le reste, la définition, la preuve, le recours, reste à écrire.
Il y a trois mois à peine, dans les allées de l’UK Games Expo, c’étaient des exposants qui distribuaient des panneaux rouges « Human Made » pour signaler leurs stands. Désormais, c’est le salon lui-même qui trace la frontière. Reste à savoir qui tiendra le crayon.
La page est discrète, rangée parmi les ressources destinées aux exposants sur le site de l’UK Games Expo. Selon Rascal News, qui l’a repérée, elle a été publiée le 24 septembre 2026. Le principe tient en deux phrases (notre traduction) : les exposants doivent garantir que tout ce qu’ils exposent, présentent ou vendent a été « créé par des humains à l’aide de leurs propres compétences », et les produits « créés ou générés entièrement ou en partie significative par des outils et programmes d’IA sont interdits ».
Le périmètre ratisse large : illustrations et textes de toutes les formes de jeux de société, produits associés et accessoires, artisanat, œuvres d’art, vêtements, livres de fiction comme documentaires. Et la liste est explicitement non limitative. Les figurines, l’audio ou le matos promotionnel ne sont pas cités… mais rien ne dit qu’ils y échappent.
Côté exceptions, le salon précise que sa politique n’exclut pas les outils informatiques de correction orthographique, de « retouche mineure », d’aide à la prod ou à l’accessibilité. À une condition toutefois : que « le processus créatif central » reste humain. On n’est donc pas dans le « zéro techno ». Rassurez-vous. Personne ne sera sommé de revenir au pinceau et au plomb typographique.
Côté bâton, la gradation mérite d’être relevée. Les orgas, « à leur discrétion absolue », exigeront d’abord le retrait des articles concernés. Ce n’est qu’en cas de refus qu’ils pourront fermer le stand et interdire à l’exposant de revenir. Y aura-t-il des inspections de stands et des exclusions « définitives » ? Y aura-t-il une… police de l’IA a UK Games Expo ? Ni l’un ni l’autre ne figure dans le texte publié.
La prochaine UK Games Expo se tient du 4 au 6 juin 2027 au NEC de Birmingham : c’est donc elle qui, selon toute vraisemblance, essuiera les plâtres.
Un salon trop gros pour n’être qu’un règlement intérieur
Si la nouvelle fait autant de bruit, c’est qu’il ne s’agit pas d’un petit marché ludique. En juin 2026, l’UK Games Expo a revendiqué 51 196 visiteurs uniques et 87 837 entrées cumulées sur trois jours, contre environ 42 000 visiteurs et visiteuses uniques l’année précédente. Le nombre d’exposants était d’environ 900.
Faut-il pour autant parler de « certificat de création humaine » ? Pas tout à fait. Le salon n’annonce ni label, ni audit, ni garantie donnée aux visiteurs et visiteuses. Mais si la règle est appliquée de façon visible, être admis à l’UK Games Expo pourrait devenir un signal : une sorte de label sans logo, imparfait et indirect, mais influent. D’où l’importance de la manière dont elle sera appliquée.
« Partie significative ». Deux mots, mille cas d’école
Tout le problème tient dans deux mots anglais : significant part. Aucun pourcentage, aucun critère. Se mesure-t-elle au volume, à l’importance artistique, à la place dans la communication du produit ? Le texte ne le dit pas.
Morrus, sur EN World, a posé la question qui fâche : un livre de 300 pages doté d’une couverture générée par IA est-il interdit ? On peut prolonger l’exercice si on n’a vraiment rien d’autre à faire aujourd’hui :
- une illustratrice utilise un générateur pour son moodboard, puis dessine elle-même toutes les images finales ;
- un auteur demande vingt idées de noms à un modèle de langage avant de choisir le sien ;
- un livret est traduit automatiquement, puis entièrement réécrit par un traducteur ;
- un remplissage génératif corrige 3 % d’une illustration ;
- le prototype contenait des images générées, la version commerciale n’en contient plus aucune.
- et le cas d’Adobe, on en parle ?
Pour une boîte de 200 cartes, une seule couv générée représente moins de 1 % des images… et 100 % de la vitrine. Quel usage est le plus « significatif » ? Mystère. La vraie frontière semble moins passer entre « IA » et « pas d’IA » qu’entre assistance technique et contribution créative. Ça devient franchement compliqué. Elle est où, la ligne rouge ? Sujet de bac de philo 2027. Prenez votre stylo, vous avez 4h.
Et pendant ce temps, plus près de chez nous
À ce jour (mardi 29 septembre 2026), nous n’avons trouvé aucune clause IA publique à destination des exposants du Festival International des Jeux de Cannes, d’Essen Spiel (qui organise des conf sur la question), de Ludesco ni de Paris est Ludique. Mais vu le move global, il est fort à parier que ces différents salons se mettent eux aussi à plancher sur la question de l’IA.
Le terrain francophone n’est pas vierge pour autant. La Charte des Illustrateur·ices Ludiques (CIL), née en 2022 d’une réunion au FIJ de Cannes, propose aux éditeurs un pictogramme « illustré à la main » pour les boîtes ; Mozaïk et ses 33 artistes, chez Blam!, en ont fait une vitrine.
L’exemple britannique montre qu’interdire est la partie facile. Un salon qui voudrait s’y mettre aurait intérêt à publier trois choses d’un coup : une définition, même imparfaite, de ce qui est toléré ; la liste des pièces qu’un exposant peut fournir pour se défendre ; une procédure d’appel indépendante de ceux qui accusent. Sinon, la « création humaine » deviendra une affaire de réput et de soupçon, jugée dans les allées.
Pour un loisir qui revendique la convivialité, ce serait une drôle de victoire. À Birmingham, l’IA est désormais hors-jeu. Reste à trouver l’arbitre.
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