Life in Reterra prix FSC
Écologie,  Jeux de plateau

Life in Reterra : Écologie ou greenwashing ?

đŸŒ± Premier jeu certifiĂ© FSC, Life in Reterra rĂ©volutionne le monde ludique
 ou pas ? 🌍 DĂ©bat et paradoxe d’un prix discutable.


Life in Reterra rafle un prix écolo prestigieux

Life in Reterra

En bref :

  • Life in Reterra dĂ©croche le premier prix FSC de l’histoire du jeu de sociĂ©tĂ© pour ses matĂ©riaux durables (bois certifiĂ©, recyclage).
  • Un succĂšs terni par une production dĂ©localisĂ©e en Chine, rĂ©vĂ©lant les limites de l’engagement Ă©cologique dans l’industrie ludique.
  • Une initiative qui souligne le dĂ©fi majeur du secteur : concilier Ă©cologie, coĂ»ts de production et accessibilitĂ© des prix pour les joueurs.

Un plateau en bois FSC, des cartes recyclables, une production
 chinoise. Bienvenue dans les paradoxes de Life in Reterra.

Qui aurait cru que nos parties de jeux de sociĂ©tĂ© pourraient un jour contribuer Ă  sauver la planĂšte ? En ce dĂ©but d’annĂ©e 2024, le monde ludique vient de franchir un cap historique avec Life in Reterra, premier jeu de sociĂ©tĂ© Ă  recevoir le prestigieux prix de leadership de la Forest Stewardship Council (FSC). Une distinction qui marque un tournant dans l’industrie et nous invite Ă  repenser notre façon de jouer.

Le mécanisme de jeu : entre accessibilité et stratégie

Life in Reterra propose une expĂ©rience de jeu qui tente de rĂ©concilier deux mondes : celui des jeux familiaux et celui des jeux plus complexes. Le cƓur du jeu repose sur un systĂšme de placement de tuiles qui rappellera aux connaisseurs des classiques comme Carcassonne ou Kingdomino. À votre tour, vous sĂ©lectionnez une tuile terrain parmi une offre limitĂ©e pour dĂ©velopper votre communautĂ© post-apocalyptique.

La petite touche d’originalitĂ© vient des tuiles BĂątiment, que vous pouvez construire sous certaines conditions. Pour y parvenir, il vous faudra placer astucieusement des symboles « engrenages » sur vos terrains. Ces bĂątiments apportent des points supplĂ©mentaires ou des capacitĂ©s spĂ©ciales, ajoutant ainsi une couche stratĂ©gique bienvenue. Imaginez par exemple une Ă©cole installĂ©e dans les vestiges d’un avion – un clin d’Ɠil visuel qui illustre parfaitement le thĂšme du jeu !

Cependant, cette volontĂ© de plaire Ă  tous les publics n’est pas sans dĂ©faut. Les parties peuvent parfois s’enliser dans la « paralysie analytique », chaque joueur et joueuse passant de longues minutes Ă  optimiser ses choix. Le marchĂ© des tuiles introduit Ă©galement une part de hasard qui peut frustrer les stratĂšges les plus aguerris. L’interaction reste limitĂ©e : hormis quelques bĂątiments permettant de gĂȘner ses adversaires, chacun dĂ©veloppe essentiellement sa communautĂ© dans son coin. Bref, Life in Reterra, ce n’est pas
 ouf.

CĂŽtĂ© matĂ©riel, le jeu fait honneur Ă  sa rĂ©compense FSC avec des composants de grande qualitĂ©. Les tuiles sont Ă©paisses et agrĂ©ables Ă  manipuler, les illustrations sont Ă  la fois lisibles et Ă©vocatrices, et l’insert de rangement est particuliĂšrement bien pensĂ©.

Le label FSC, gardien des forĂȘts

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est essentiel de comprendre ce qu’est exactement le label FSC (Forest Stewardship Council). Créé en 1993, cet organisme international indĂ©pendant Ɠuvre pour une gestion responsable des forĂȘts mondiales. Sa certification, considĂ©rĂ©e comme la plus rigoureuse du secteur, garantit plusieurs engagements cruciaux :

  • La protection et la restauration des forĂȘts naturelles
  • Le respect des droits des travailleurs et des communautĂ©s locales
  • La prĂ©servation de la biodiversitĂ©
  • L’interdiction de la dĂ©forestation
  • Une traçabilitĂ© complĂšte de la chaĂźne de production

Le label propose diffĂ©rents niveaux de certification. Le FSC 100% signifie que tous les matĂ©riaux proviennent de forĂȘts certifiĂ©es. Le FSC Mix combine matĂ©riaux certifiĂ©s et recyclĂ©s, tandis que le FSC RecyclĂ© utilise uniquement des matĂ©riaux recyclĂ©s. Chacune de ces certifications reprĂ©sente un pas vers une industrie plus durable.

Le grand chamboulement écologique

Imaginez un instant : vous dĂ©ballez votre nouveau jeu et, surprise, plus un gramme de plastique en vue ! C’est la promesse tenue par Life in Reterra qui vient bousculer les codes Ă©tablis. Ce jeu post-apocalyptique, oĂč la nature reprend ses droits sur les zones urbaines 200 Ă  300 ans dans le futur, ne fait pas que raconter une histoire Ă©cologique – il l’incarne jusqu’au moindre composant.

Le jeu, co-créé par Eric M. Lang (connu pour Blood Rage, en pleine controverse avec son nouveau jeu Mass Effect) et Ken Gruhl, s’inscrit dans une dĂ©marche ambitieuse d’Hasbro de proposer des jeux plus Ă©laborĂ©s que leurs classiques familiaux habituels. Du bois certifiĂ© FSC, des matĂ©riaux recyclĂ©s
 MĂȘme la prĂ©sidente du FSC US, Sarah Billig, s’en fĂ©licite : « Ces organisations remarquables ouvrent la voie vers un avenir oĂč forĂȘts et populations prospĂšrent ensemble. »

Vers une industrie plus responsable

Savez-vous ce qui se cache vraiment derriĂšre nos jeux prĂ©fĂ©rĂ©s ? L’industrie du jeu de sociĂ©tĂ©, grande consommatrice de bois et de carton, dĂ©pend largement de la production chinoise et du transport maritime international. Un constat qui fait grincer des dents Ă  l’heure du rĂ©chauffement climatique !

L’histoire de Life in Reterra s’inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience environnementale dans l’industrie du jeu. Le Green Games Guide, publiĂ© en mars 2023, propose justement une feuille de route ambitieuse pour transformer ce secteur. Ses recommandations ? PrivilĂ©gier les matĂ©riaux durables, rĂ©duire drastiquement l’usage du plastique, repenser le format des boĂźtes et l’emballage. Et croyez-moi, les initiatives se multiplient ! Coucou Inori, Le Seigneur des Anneaux le Duel, Gigamic


Certains Ă©diteurs montrent dĂ©jĂ  la voie. Wingspan a remplacĂ© ses Ɠufs en plastique par du bois, Canopy a optĂ© pour des autocollants plutĂŽt que du film plastique, tandis qu’Oink Games prouve qu’on peut faire de grands jeux dans de petites boĂźtes. MĂȘme les gĂ©ants comme Kosmos ou Ravensburger s’y mettent, utilisant exclusivement des matĂ©riaux certifiĂ©s.

Mais le vĂ©ritable changement devra ĂȘtre culturel : remettre en question notre addiction au plastique, notre fascination pour les grosses boĂźtes, notre course aux « goodies » superflus. Car comme le souligne le Guide, la durabilitĂ© ne doit pas ĂȘtre qu’un argument marketing – elle doit devenir partie intĂ©grante de la conception mĂȘme des jeux.

Le guide est dispo ici :

Les pionniers de la révolution verte

Czech Games Edition fait figure de prĂ©curseur avec son matĂ©riau RE-Wood, introduit dans KutnĂĄ Hora: La CitĂ© de l’Argent. Cette innovation combine 80% de dĂ©chets de bois et 20% de liant recyclĂ©. Le rĂ©sultat ? Des piĂšces biodĂ©gradables plus dĂ©taillĂ©es que le bois traditionnel. Pas mal, non ?

Mais ce n’est pas tout ! Earthborne Games pousse encore plus loin le curseur de l’innovation. Leur jeu Earthborne Rangers est un petit bijou d’Ă©co-conception : zĂ©ro plastique, 100% recyclable et compostable. MĂȘme les encres sont vĂ©gĂ©tales ! Un exploit quand on sait que la plupart des jeux modernes ne peuvent pas ĂȘtre recyclĂ©s Ă  cause de leurs revĂȘtements plastiques.

L’effet papillon du changement

Cette vague verte dĂ©ferle sur toute l’industrie, mais avec quelle efficacitĂ© rĂ©elle ? Certes, Weird City Games s’engage Ă  produire March of the Ants: Evolved Edition sans plastique, et Wingspan a remplacĂ© ses Ɠufs en plastique par des versions en bois. Mais ces initiatives isolĂ©es suffisent-elles Ă  transformer une industrie encore largement dĂ©pendante du plastique et des chaĂźnes de production traditionnelles ?

Face aux gĂ©ants du secteur qui privilĂ©gient rentabilitĂ© et production de masse, ces changements ressemblent davantage Ă  des gouttes d’eau dans l’ocĂ©an qu’Ă  une vĂ©ritable rĂ©volution. Le « Green Games Guide » lui-mĂȘme, bien qu’ambitieux sur le papier, risque de devenir un simple outil marketing plutĂŽt qu’un vĂ©ritable catalyseur de changement. Prenez l’ EcoScore que nous avons mis en place en 2019. Aucun Ă©diteur ne s’y est intĂ©ressĂ©.

Bien sĂ»r, ces changements reprĂ©sentent un vĂ©ritable dĂ©fi, particuliĂšrement pour les petits Ă©diteurs qui travaillent dĂ©jĂ  avec des marges rĂ©duites. Comment concilier Ă©cologie et rentabilitĂ© ? La question mĂ©rite d’ĂȘtre posĂ©e. Mais n’est-ce pas le prix Ă  payer pour continuer Ă  jouer sur une planĂšte vivable ?

Life in Reterra : Un prix qui soulĂšve la controverse

Si l’attribution du prix FSC Ă  Life in Reterra marque une avancĂ©e symbolique, elle rĂ©vĂšle surtout les contradictions profondes de l’industrie ludique. Car derriĂšre ce « vernis vert », la rĂ©alitĂ© est plus complexe et mĂ©rite un examen critique.

PremiĂšre contradiction flagrante : le jeu, bien que fabriquĂ© avec du bois certifiĂ© FSC, est produit en Chine puis expĂ©diĂ© aux quatre coins du monde. Un paradoxe environnemental qui fait grincer des dents ! Comment parler d’engagement Ă©cologique quand les composants traversent la moitiĂ© de la planĂšte en cargo, gĂ©nĂ©rant une empreinte carbone considĂ©rable ? C’est un peu comme commander un repas vĂ©gĂ©talien
 livrĂ© en jet privĂ©. OK, il n’y a pas de produits d’origine animale, mais le repas a toutefois un impact certain sur la planĂšte

Plus largement, ce prix pose question sur la rĂ©elle portĂ©e des initiatives « vertes » dans le monde du jeu. Certes, remplacer le plastique par du papier recyclĂ© est un pas dans la bonne direction. Mais n’est-ce pas lĂ  qu’une forme de « greenwashing » sophistiquĂ© ? Un peu comme la dĂ©marche : un jeu, un arbre ? Le prix FSC rĂ©compense l’utilisation de matĂ©riaux durables tout en occultant des aspects essentiels comme le transport, la production de masse ou l’accessibilitĂ© Ă©conomique.

Car c’est lĂ  un autre point crucial : la production Ă©cologique a un coĂ»t. Les petits Ă©diteurs, dĂ©jĂ  contraints par des marges rĂ©duites, peinent Ă  suivre le mouvement. RĂ©sultat ? Les jeux « verts » risquent de devenir des produits de niche, plus chers et moins accessibles au grand public. Est-ce vraiment la voie vers une industrie plus durable ? Prenez vos stylos, vous avez 4h.

L’effet papillon du changement

L’avenir s’annonce prometteur. Les Ă©diteurs rivalisent d’ingĂ©niositĂ© pour proposer des solutions toujours plus vertes. La preuve avec Life in Reterra, qui ouvre la voie Ă  une nouvelle gĂ©nĂ©ration de jeux responsables. Et vous, ĂȘtes-vous prĂȘt Ă  rejoindre cette rĂ©volution ludique et Ă©cologique ?

Le monde du jeu de sociĂ©tĂ© nous montre qu’il est possible d’avancer vers plus de durabilitĂ©, mĂȘme si le chemin est encore long et parfois contradictoire. Une partie de Life in Reterra, ça vous tente ? Dans ce jeu, vous construirez votre communautĂ© en plaçant astucieusement des tuiles terrain, en gĂ©rant vos ressources et en construisant des bĂątiments aux pouvoirs spĂ©ciaux – comme cette Ă©cole amusamment installĂ©e dans les vestiges d’un avion !

Bien que le jeu puisse parfois souffrir d’un rythme ralenti par les choix stratĂ©giques et d’une part de hasard dans le marchĂ© des tuiles, son matĂ©riel soignĂ© et son insert bien pensĂ© en font une expĂ©rience agrĂ©able. Et surtout, vous jouerez avec la conscience tranquille, sachant que chaque carte, chaque tuile a Ă©tĂ© pensĂ©e pour prĂ©server nos forĂȘts. Échec et mat, pollution !


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6 Comments

  • Newton999

    Les jeux les plus Ă©cologiques seront ceux qu’on ne produira pas…
    Vu le volume croissant de jeux sortant chaque annĂ©e (ce dont vous avez parlĂ© plusieurs fois), on ne s’en sortira que par une contraction du marchĂ©.

    J’ai encore 3 ou 4 jeux non essayĂ©s dans ma pile…

  • harakiriforthesky

    Article intéressant qui donne à réfléchir par son approche objective.
    À sa lecture, je reste aussi trĂšs dubitatif quant Ă  l’attribution d’un tel label alors que la production du jeu, se situant en Chine, aura un impact trĂšs nĂ©gatif en raison du transport.
    Personnellement, je suis beaucoup plus sensible à la démarche de designers tels la société Yeast Games, située en France, qui privilégient la production locale de jeux de plateau dans le respect de la planÚte et des travailleurs.
    Yeast Games dĂ©veloppe nĂ©anmoins de trĂšs bons jeux, tout en recyclant par exemple des capsules de bouteilles (Moonlight Brewers, campagne Kickstarter en cours) ou en rĂ©utilisant des Ă©lĂ©ments d’un jeu prĂ©cĂ©dent (Wich side are you on ?) pour en proposer une nouvelle Ă©dition anti gaspi.
    C’est bien de limiter l’impact environnemental, mais jusqu’au bout de la dĂ©marche. Et quid de l’aspect social dans tout ça ? Si la Chine Ă©tait le paradis des travailleurs, ça se saurait.
    Donc, définitivement non, je préfÚre soutenir dans ses projets une entreprise engagée comme Yeast Games, à taille humaine, moins visible, non labellisée, mais dont la démarche est sincÚre et réellement éco et socio responsable.

  • Calexico

    Il faut surtout bien comprendre ce que signifie le label FSC (et autres labels Ă©cologiques): cela signifie juste que la provenance du bois utilisĂ© est vertueuse, ce qui est un bon dĂ©but mais c’est tout.

    A quand un score carbone, comme pour les aliments, sur les boĂźtes de jeux?

    Si on prends l’exemple d’Hasbro, la dĂ©marche est quand mĂȘme vertueuse:
    – Ils ont un plan de rĂ©duction de leur empreinte carbone validĂ© par le SBTI
    – Ils mesurent leur empreinte carbone et celle-ci a baissĂ© de 20% en 3 ans.
    – Ils ont une vraie politique ESG et mesurent leurs performance (voir rapport ESG sur leur site)
    – Le seul regret qu’on peut avoir c’est qu’ils ne sont pas prĂ©sent sur des sites de notation ESG externe type Ecovadis.

  • Lionel Yon

    Dans un monde en guerres permanentes et auxquelles nous participons sans en toujours en avoir conscience,les prĂ©occupations Ă©cologiques qui n’intĂ©ressent en rĂ©alitĂ© que bien peu de pays fragilisent les Ă©tats qui eux prennent des mesures avec pour consĂ©quences les problĂšmes Ă©conomiques et sociaux que l’on connait : faillites, chĂŽmage, pour ne pas ĂȘtre concurrentiels sur les marchĂ©s de l’irrĂ©versible mondialisation …Le prix de revient d’un pneu produit en Chine ou en Inde est deux fois infĂ©rieur au pneu produit par Michelin qui doit s’assurer de la provenance du caoutchouc et ne l’utiliser qu’Ă  la condition qu’il soit produit selon des normes Ă©cologiques coĂ»teuses… Moyennant celĂ  des usines ferment…Que faire ?

  • Ange

    « produit en Chine puis expĂ©diĂ© aux quatre coins du monde » : il y aura toujours ce problĂšme non ? Quelque soit le lieu de production, si on dĂ©sire qu’il soit jouĂ© dans tous les pays… il faudra bien les expĂ©dier.. Ou alors il faut multiplier les lieux de production, mais Ă  quelle densitĂ© ? (1 par continent, 1 par pays ? par ville ? (euh, lĂ  j’exagĂšre). Ou alors Ă  l’extrĂȘme, on ne fait que des jeux Ă  fabriquer soit-mĂȘme ? et on achĂšte des machines (imprimante 3D, emboutissage,…) et comme cela on dit que les jeux sont Ă©colos, et on reporte le problĂšme sur les fabriquants de machines ?
    Je pense qu’il ne faut pas se tromper de problĂšme, et ne pas dire « encore fabriquĂ© en chine ». Ce serait pareil si les jeux Ă©taient fabriquĂ©s en France ou en Europe, et que nous, europĂ©ens, ne regardions alors pas s’ils sont expĂ©diĂ©s ensuite aux US, en Asie, en Afrique….

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