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Open Season : Bataille sanguinaire chez les pas beaux méchants

😈 Combos, bluff et têtes de monstres : plongez dans l’univers déjanté d’Open Season ! Un jeu de société qui cache bien son jeu…


Open Season. Qui a dit que collectionner des monstres était facile ?

Open Season

⚠️ Avertissement : Pour faire écho à notre article sur le marketing d’influence dans le jeu de société, et dans le cadre d’une démarche de transparence, nous tenons à vous informer que ce jeu nous a été offert par l’éditeur. Notre avis reste toutefois impartial et sincère. Nous vous exposons ici les qualités et les défauts du jeu.


Fini les paysages idylliques et les animaux mignons ! L’éditeur belge Sit Down fait volte-face cet été avec « Open Season », un jeu familial qui vous plonge dans un univers peuplé de créatures aussi laides que fun, aussi méchantes que moches.

Après Redwood et Map of Misterra où l’esthétisme des paysages et des animaux et végétaux étaient mis à l’honneur, changement de cap pour cet été, les portes sont ouvertes aux vilains monstres.

Pourquoi les monstres nous fascinent-ils autant ?

Monstre article Open Season illustration

Open Season parle donc de streumons. Mais au fond, arrêtons-nous quelques instants et posons-nous cette question, culturello-poterie : Pourquoi les monstres nous fascinent-ils autant ?

Les monstres exercent une fascination indéniable sur l’être humain depuis la nuit des temps. De la mythologie grecque aux films d’horreur (plus ou moins) modernes, en passant par les contes folkloriques et la littérature gothique, ces créatures imaginaires peuplent notre culture et nourrissent notre imaginaire collectif. Mais d’où vient cette étrange attirance pour ces êtres effrayants et souvent repoussants ?

Tout d’abord, les monstres incarnent nos peurs les plus primaires. Ils représentent l’inconnu, l’étranger, ce qui échappe à notre compréhension et à notre contrôle. En affrontant ces créatures, même de manière fictive, nous apprivoisons nos angoisses et renforçons notre sentiment de sécurité. C’est ce que le psychiatre Carl Jung appelait « l’ombre », cette partie obscure de notre psyché que nous projetons sur ces figures monstrueuses.

Par ailleurs, les monstres sont souvent des métaphores de nos propres démons intérieurs. Ils symbolisent nos pulsions refoulées, nos désirs inavouables, notre part d’animalité que la société nous pousse à réprimer. En nous identifiant secrètement à eux, nous explorons des aspects de notre personnalité que nous n’osons pas exprimer au grand jour.

Et en parlant de « grand jour », saviez-vous que le mot « monstre » trouve son origine dans le latin « monstrum » :

  1. Racine latine : Le terme latin « monstrum » signifiait à l’origine « prodige » ou « miracle ». Il était lié au verbe latin « monere », qui avait le sens religieux d' »avertir, annoncer, éclairer ».
  2. Évolution sémantique : Au fil du temps, le sens du mot a évolué pour désigner :
  • Un être vivant dont l’organisation n’est pas conforme à celle de son espèce
  • Un être imaginaire des légendes et de la mythologie
  • Une personne remarquable par un défaut ou un vice poussé à l’extrême

À l’origine, le monstre était considéré comme un signe des dieux, une manifestation divine destinée à avertir les hommes. Cette notion est liée au verbe latin « monstrare », qui signifie « montrer ». Au fil des siècles, le terme a pris des connotations plus négatives, désignant des êtres difformes, effrayants ou moralement répréhensibles.

    Ainsi, l’étymologie du mot « monstre » révèle une évolution sémantique intéressante, passant d’un signe divin à une créature extraordinaire, puis à une notion plus large englobant la difformité physique et morale. On est pile poil dans Open Season.

    D’un point de vue sociologique, les monstres servent aussi de repoussoirs permettant de définir la norme sociale. En incarnant l’altérité absolue, ils renforcent par contraste notre sentiment d’appartenance à la communauté humaine « normale ». Ils cristallisent nos préjugés et nos peurs de l’étranger, comme l’a montré l’anthropologue Claude Lévi-Strauss dans ses travaux sur les mythes.

    Sur un plan plus ludique, comme ici dans Open Season, les monstres offrent un exutoire à notre imagination et à notre créativité. Leurs formes hybrides et fantastiques repoussent les limites du possible, nous permettant d’explorer des univers alternatifs fascinants. C’est tout l’attrait des bestiaires fantastiques, des jeux de rôle et des univers de fantasy.

    Enfin, notre fascination pour les monstres traduit peut-être un désir ancestral de transcender notre condition humaine. Ces créatures aux pouvoirs surnaturels incarnent une forme de liberté absolue, affranchie des contraintes morales et physiques qui nous limitent. Elles nous font rêver d’une existence plus intense, plus sauvage, plus authentique.

    Dans le cas d’Open Season, le jeu joue habilement sur cette fascination ambivalente. En nous invitant à collectionner des têtes de monstres, il flatte notre désir secret de dominer ces créatures effrayantes. Mais en même temps, il nous pousse à nous identifier à elles, puisque nous incarnons nous-mêmes des monstres décorateurs. Cette inversion des rôles crée un décalage humoristique qui dédramatise notre rapport aux monstres, tout en exploitant leur potentiel ludique.

    Ainsi, loin d’être de simples objets de terreur, les monstres sont des miroirs complexes de notre humanité. Ils nous fascinent parce qu’ils nous permettent d’explorer les zones d’ombre de notre psyché, tout en stimulant notre imagination. Un jeu comme Open Season s’inscrit dans cette longue tradition culturelle, en nous offrant une façon ludique d’apprivoiser nos monstres intérieurs.

    Devenez décorateur d’intérieur (le plus terrifiant du Royaume)

    Dans « Open Season », vous incarnez donc un monstre avec une passion peu orthodoxe : collectionner les têtes de vos ennemis pour orner votre château. Votre objectif ? Créer la collection la plus impressionnante et variée possible, en équilibrant subtilement les différents peuples et attributs de vos trophées. Tout un programme ! Une quête macabre, certes, mais terriblement addictive !

    Mais comme vous êtes un peu maniaque, vous vous êtes fixés des contraintes de placements « esthétiques » très strictes. Que sommes-nous prêts à faire pour embellir notre demeure !

    Votre but est de vous faire une réput de magnifique décoratrice ou décorateur dans toutes les contrées environnantes en créant la plus belle collection d’aventuriers issus des 6 peuples, plus laids les uns que les autres – normal, ce sont des monstres – que vous avez rencontrés.

    Vous tenterez de faire un assemblage qui vous rapportera le maximum de points de victoire grâce à un équilibre subtil entre les peuples et leurs attributs.

    À quand une journée donjon ouvert pour admirer votre magnifique collection ?

    Open Season matos

    Mécaniques de jeu : Un défi plus corsé qu’il n’y paraît

    La Chasse aux trophées

    Chaque tour, les joueurs et joueuses choisissent deux cartes : une pour leur stock et une pour leur mur de trophées. La stratégie réside dans l’activation de combos et le respect des contraintes de placement.

    La pose des monstres sur votre mur est soumise à un grand nombre de contraintes, par exemple, ne disposer dans une zone que des monstres différents. Certains espaces vous permettront de déclencher des effets ou de récolter des avantages (trophées ou jokers) qui, bien utilisés, augmenteront votre score final. Au contraire, certains espaces vous amèneront des pénalités qu’il faudra tactiquement organiser pour qu’elles soient les plus minimes.

    Le palmarès secret

    Les monstres de votre stock rejoignent votre Palmarès, face cachée. C’est ce Palmarès qui déterminera votre score final, ajoutant une couche de bluff et de suspense.

    Décompte complexe

    À la fin des 11 tours (ou 9 pour une partie plus courte), les cartes du Palmarès sont révélées et triées dans un tableau à double entrée. Sept étapes de points déterminent le vainqueur, promettant des retournements de situation jusqu’au dernier moment.

    Un Jeu, trois expériences

    Open Season propose trois modes de jeu à la difficulté variée :

    • Mode Standard : 11 tours de pure stratégie monstrueuse.
    • Mode Rapide : 9 tours avec un décompte différent pour des parties plus dynamiques.
    • Mode Expert : Des tuiles bonus pour pimenter encore plus vos parties.

    Open Season, alors c’est bien ?

    Open Season utilise le thème peu novateur mais accrocheur des monstres fantastiques qui se fait toujours une belle part dans les jeux de société.

    Même si le thème aurait pu être tout autre – des trophées de légumineuses ou de princesses enchantées – sans que l’intérêt de la mécanique de jeu en soit modifié, il faut avouer qu’on prend plaisir à accrocher ces vilains monstres. Cela a presque un effet cathartique en nous laissant rêver de pouvoir épingler la tête de nos ennemis en trophée dans notre château. Dommage que je n’aie pas d’ennemis de château!

    Le matériel est de la qualité attendue dans une boîte fonctionnelle et sans superflu, et les illustrations sont effrayantes et colorées à souhait !

    Open Season colle parfaitement à la ligne éditoriale de la plupart des jeux proposés par Sit Down, à savoir des jeux familiaux mais avec une réflexion plutôt de l’ordre du familial +.

    En effet, si la prise en main est rapide, avec une règle de jeu claire et détaillée, Open Season cache bien, au premier abord, sa complexité de fond. Le tableau à double entrée du score final n’est que le raccourci simplifié de ce qui se passe dans notre tête pour arriver à faire coïncider au mieux les différentes contraintes. Ça chauffe, ça chauffe même fort !

    La partie la plus complexe est d’appréhender correctement la différenciation entre les 5 peuples et les 5 attributs possibles. Les scores et le placement sur le plateau font tour à tour jongler avec ces deux éléments, ce qui peut rapidement créer de la confusion.

    Pour éviter cela, nous aurions apprécié une couleur de fond de cartes différenciée pour chaque peuple, permettant ainsi d’éviter certaines erreurs d’attribution lors des premières parties.

    L’activation des combos demande une tactique préparée sur plusieurs tours. Cela n’est pas si simple à optimiser, d’autant plus que le hasard du tirage est à prendre en compte.

    Pour toutes ces raisons, je serais personnellement tentée de relever l’âge à 12 ans plutôt que 10 ans, même si l’on sait que cette information est variable suivant les habitudes des joueurs et joueuses.

    Lors de notre première partie à 4, nous avons dépassé les 15 minutes par personne. Au fil de l’expérience, ce temps peut en effet être réduit comme indiqué sur la boîte.

    Le jeu est plus fluide à 2 ou 3. Je le préfère dans cette configuration plutôt qu’à 4, surtout pour des questions de rapidité et de fluidité de tours. Néanmoins, si vous avez un peu de temps devant vous ou après plusieurs parties à votre actif, Open Season reste très intéressant et pertinent à 4.

    Un des points forts de ce jeu est sa grande rejouabilité ainsi qu’une diversité des modes de jeu. Vous pourrez renouveler vos expériences de jeu et les adapter au profil et aux envies des participants, mais également au temps que vous avez à disposition.

    Son univers décalé et ses mécaniques bien huilées promettent des soirées remplies de rires… et de monstres ! Alors, prêt à accrocher quelques têtes dans votre salon ?

    Open Season, verdict

    « Open Season » surprend par sa profondeur stratégique. Si sa prise en main est rapide, le jeu révèle sa vraie nature au fil des parties : un casse-tête délicieusement complexe qui fait chauffer les méninges. Il offre un plaisir exponentiel avec l’expérience de jeu ainsi qu’une grande diversité et des adaptations possibles qui vous empêcheront de vous lasser ! Les tribus ennemies n’ont qu’à bien se tenir !

    Points forts

    • Grande rejouabilité grâce aux différents modes de jeu
    • Mécaniques bien pensées et engageantes
    • Illustrations colorées et amusantes

    Points d’attention

    • Pourrait bénéficier d’un design de cartes plus clair pour différencier les peuples
    • Temps de jeu potentiellement long à 4 pour les premières parties

    Très, très bon. Très, très surprenant. Très, très déjanté.

    Note : 4.5 sur 5.

    • Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
    • Création : Amélie Assié, Romain Lisciandro
    • Illustrations : Djib
    • Édition : Sit Down
    • Nombre de joueurs et joueuses : 2 – 4 (tourne mieux à 2)
    • Âge conseillé : Dès 10 ans (voire plutôt 12 ans)
    • Durée : 30 à 60 minutes
    • Thème : Fantastique, monstres
    • Mécaniques principales : Collection, cartes. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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