Critiques de jeux,  Jeux de plateau

District Noir. Baston, buzz et bluff

District Noir, un jeu à deux avec de la prise de risque et du bluff. Faites les bons choix et amenez votre adversaire à en faire de mauvais.


District Noir

District noir est un jeu de carte pour deux joueureuses, sur fond de lutte de territoire entre gangsters dans les bas-fonds du New Jersey des années 50. C’est un jeu de collection de points, tactique, avec une pointe de hasard et un zeste de stop-ou-encore. Et du bluff. Beaucoup de bluff.

Dans les plus grandes organisations criminelles de la ville, des hommes et des femmes s’affrontent pour faire grandir leur influence. Le contrôle du District Noir, une zone très contestée, est un enjeu majeur et primordial pour dominer la ville.

S’il y a un jeu qui a buzzé cet automne, c’est bien District noir. Le buzz, c’est ce terme anglophone qui décrit le « bruit » (que fait une abeille, en règle générale) autour d’un produit. Ici, un jeu.

Avec l’émergence des réseaux sociaux, le mot « buzz » est sur toutes les lèvres. Un buzz, c’est le fait que « tout le monde » en parle, en tout cas, c’est l’impression qu’on en a. Avec le risque de tomber dans un biais, l’effet loupe. Un biais est une tendance à privilégier une chose plutôt qu’une autre. Cela peut se manifester de différentes manières, comme une préférence pour un certain type de musique, une tendance à croire certaines choses plutôt qu’une autre.

Les biais peuvent être basés sur une variété de facteurs, tels que des expériences personnelles, des croyances culturelles ou même simplement la prédisposition naturelle d’une personne. En fin de compte, la partialité est une forme de biais qui peut conduire à un traitement injuste de l’information, des objets ou… des autres. Ici, le fait d’entendre parler d’un jeu, souvent, est également appelé le biais de fréquence. C’est le fait d’avoir l’impression qu’un jeu, comme ici District noir, soit cité partout, tout le temps, qu’on ne parle que de lui.

Ce qui risque bien évidemment de susciter de l’intérêt. Intérêt qui était en réalité à l’origine de ce biais et qui continue à l’alimenter.

Plus un élément buzze, plus il est vu, connu, discuté.

Aujourd’hui, avec plus de 3 000 – 4 000 jeux qui sortent chaque année, comment s’assurer du succès de sa production ludique ? Un bon buzz en est clairement la clé. Avec la (sur)production ludique actuelle, la qualité intrinsèque d’un jeu ne suffira malheureusement pas, plus. Il faut être vu pour être vendu. Un bon jeu pourra ne pas être bien vendu s’il n’est pas bien vu. Et vice versa.

Dans le cas de District noir, édité par un tout nouvel éditeur qui se lance ici avec ton tout premier jeu, il aura fallu que deux auteurs de jeux connus jouent (c’est le cas de le dire) le rôle d’influenceurs pour catapulter le jeu au sommet des intérêts, des ventes. Est-ce que le jeu survit à sa hype ? C’est ce que nous allons voir.

Comment on joue ?

La partie se joue en 4 manches. Chaque adversaire débute avec 5 cartes en main, tirées au hasard. Le reste des cartes est disposé dans une pioche dont deux cartes sont déjà révélées face visible.

Un jeton Camp recto/verso permet de déterminer la personne qui commencera les débuts de manche.

À tour de rôle vous pouvez effectuer deux des actions possibles :

  • Poser une de vos cartes en bout de ligne
  • Prendre les 5 dernières cartes jouées dans la ligne (attention cette action n’est possible qu’une fois par manche)

Ce choix d’action se répète 6 fois avant la fin de manche.

Différentes sortes de cartes constituent le jeu :

  • Des cartes Soutien représentant les 4 familles d’influence dans le district noir, chacune d’une valeur de 5 à 8 points
  • 3 cartes ville
  • Des cartes alliances (avec des bonus allant de +2 à +4)
  • Des cartes trahison (avec des malus allant de -1 à -3)

À la fin de la partie, le total des points est calculé comme suit : La personne ayant la majorité de carte soutien d’une famille d’influence remporte sa valeur (5 points pour la famille soutien valeur 5), 5 points sont marqués pour chaque série complète de 5 à 8 et pour finir les malus et bonus sont comptabilisés également.

Si au cours des 4 manches les 3 cartes ville sont gagnées par une même personne celle-ci remporte immédiatement la partie.

Sinon la partie est remportée par la personne ayant le plus de points.

D’où vient notre fascination pour les gangsters ?

On les retrouve dans District Noir. On les retrouve dans de nombreux jeux de plateau, dans nos films, dans nos séries, dans nos livres. Les gangsters ont longtemps été associés à un certain niveau d’admiration de la part du public. De leurs costumes et voitures blingbling, à leur armes et argent, les gangsters ont souvent été dépeints sous un jour… romancé.

Comment expliquer notre fascination pour les gangsters ?

À son niveau le plus élémentaire, la fascination pour un gangster vient de l’admiration pour son style de vie, et l’attirance qu’on peut ressentir sur son pouvoir et le respect qu’il possède. Les gangsters semblent avoir peu de respect pour la loi et une forte croyance, un fort attachement en leur propre force et pouvoir. Les gangsters incarnent un certain niveau d’agressivité et une volonté de prendre des risques que beaucoup de gens peuvent trouver fascinant. Ils sont souvent perçus comme menant une vie à la marge, à la limite. Des règles, de la société. De quoi nous faire, quelque part, rêver. Et si ?

Mais la fascination d’un gangster ne se limite pas à l’admiration pour son style de vie. Elle repose aussi souvent sur un lien émotionnel profond avec eux. On peut ressentir un lien fort de loyauté et de confiance, et le sentiment d’être compris et acceptés par quelqu’un qui les comprend vraiment.

Les gangsters peuvent également offrir un sentiment de protection et de sécurité à ceux qui se sentent peut-être vulnérables. Ce sentiment de sécurité et d’appartenance peut être incroyablement puissant et… séduisant.

Mais il y a aussi un côté plus… sombre à cette fascination. Ces derniers sont, lapalissade, souvent impliqués dans des activités criminelles. Leur fascination repose sur l’envie, cathartique, de faire comme eux. Et si ? Sans passer à l’acte (il faut espérer).

Histoire des gangsters

Les débuts

Les gangsters existent depuis l’aube de la civilisation et leur influence s’est fait sentir à travers l’histoire. De l’ancien Empire romain à nos jours, les gangsters font partie de la pègre, se livrant souvent à des activités illégales telles que l’extorsion, le vol et le meurtre.

Les premiers gangsters connus étaient les « collegia » de l’Empire romain, qui étaient des gangs, criminels, organisés, qui opéraient dans la ville de Rome. Ces gangs étaient connus pour leurs tactiques violentes et impitoyables, et ils étaient souvent impliqués dans des activités telles que l’extorsion, le vol et le meurtre. Le plus célèbre de ces gangs était le « collegium centonariorum« , dirigé par Jules César. Même si le terme de gang est quelque peu… exagéré. Il s’agissait surtout d’associations. Parfois, souvent de malfaiteurs.

La Sicile

Le prochain développement majeur dans l’histoire des gangsters a été l’émergence de la mafia en Sicile à la fin du 19e siècle. La mafia était une puissante organisation criminelle qui opérait sur l’île italienne de Sicile.

La mafia était impliquée dans diverses activités criminelles, notamment l’extorsion, le vol et le meurtre. Oui, encore, et toujours. Le plus célèbre de ces gangs était la « Cosa Nostra », dirigée par l’infâme Don Vito Corleone.

US

Le prochain développement majeur dans l’histoire des gangsters a été l’émergence de la mafia américaine au début du 20e siècle. La mafia américaine était une puissante organisation criminelle qui opérait aux États-Unis et était connue pour ses tactiques violentes et impitoyables.

La mafia américaine était impliquée dans diverses activités criminelles, notamment l’extorsion, le… vous connaissez la suite. Le plus célèbre de ces gangs était les « Five Families », dirigé par le tristement célèbre Lucky Luciano.

Japon

Le prochain développement majeur dans l’histoire des gangsters a été l’émergence des Yakuza japonais au début du 20e siècle. Les Yakuza étaient une puissante organisation criminelle qui opérait au Japon.

Le Yakuza était impliqué dans diverses activités criminelles, notamment… Le plus célèbre de ces gangs était le « Yamaguchi-gumi », dirigé par l’impitoyable Kazuo Taoka.

Et en parlant de Yakuza, ne ratez pas l’excellente et récente série Tokyo Vice réalisée par Michael Mann.

Chine

Le prochain développement majeur dans l’histoire des gangsters a été l’émergence des triades chinoises au milieu du 20e siècle. Les Triades étaient une puissante organisation criminelle qui opérait en Chine et était connue pour ses tactiques violentes et impitoyables.

Les Triades ont été impliquées dans une variété d’activités criminelles. Le plus célèbre de ces gangs était le « 14K », dirigé par le cruel Wan Kuok-koi.

Mexique

Enfin, le prochain développement majeur dans l’histoire des gangsters a été l’émergence des cartels de la drogue mexicains à la fin du 20e siècle. Les cartels de la drogue étaient une puissante organisation criminelle qui opérait au Mexique et était aussi connue pour ne pas être très, très sympathique…

Les cartels de la drogue étaient, sont impliqués dans diverses activités criminelles, notamment le trafic de drogue. Le plus célèbre de ces gangs était le « Sinaloa Cartel », dirigé par Joaquin « El Chapo » Guzman.

Et pourquoi est-ce que les jeux de société avec des gangsters nous plaisent (autant) ?

Comme dans District Noir, les jeux de société de gangsters sont devenus de plus en plus populaires ces dernières années, et il est facile de comprendre pourquoi. Les jeu de gangsters sont devenus un incontournable de l’industrie ludique. Ces jeux regorgent souvent d’action, de suspense palpitant et de personnages fascinants qui ne manqueront pas de capter l’attention des joueureuses.

Ces jeux suivent et développent généralement l’histoire d’un anti-héros ou de quelqu’un qui est prêt à faire tout ce qu’il faut pour obtenir ce qu’il ou elle veut. Les histoires racontés par les jeux peuvent aller de situations dramatiques, intenses et épiques, à des situations et contextes plus… loufoques.

L’attrait pour les jeux de gangsters ne se limite pas à leur valeur de divertissement. Ces histoires illustrent souvent le pouvoir d’une personne prête à aller à contre-courant et à faire ce qu’elle juge nécessaire pour atteindre ses objectifs. De quoi générer une certaine inspiration. Pas de faire le « mal », dans se lancer dans une carrière illégale, mais jouer à des jeux de société avec des gangsters renforce l’idée qu’une seule et unique personne peut vraiment faire la différence. Même si les personnages du jeu sont des criminels, ils démontrent souvent un niveau de dévouement et de courage qui les rend admirables.

En plus de fournir de l’inspiration, les jeux de gangsters peuvent également être informatifs. Ces jeux donnent souvent un aperçu de la pègre et de son fonctionnement. Cela peut permettre aux joueureuses de comprendre comment fonctionne le crime et comment il est souvent traité dans différentes parties du monde. En voyant comment différents gangs et organisations interagissent, on peut avoir une meilleure idée du fonctionnement du système judiciaire.

Les jeux de gangsters peuvent aussi faire réfléchir. Ces histoires explorent souvent les thèmes de la moralité et de la responsabilité personnelle, incitant les joueureuses à réfléchir aux choix qu’ils font et à la manière dont ils peuvent avoir des conséquences. En explorant ces enjeux, ces jeux peuvent être l’occasion d’une réflexion et d’une introspection.

La popularité des jeux de gangsters n’est pas seulement due à leur valeur divertissante et éducative. Ces histoires offrent également une brève évasion du quotidien. Il peut être excitant de regarder des personnages qui sont prêts à prendre des risques et à enfreindre les règles. Même si ce n’est que dans un jeu.

Et en parlant de gangsters, hasard des calendriers des coïncidences, on les retrouve dans le tout récent 11e Unlock et le scénario Hollywood confidential, le meilleur de la boîte.

District Noir, verdict

Mais revenons à nos gangsters. Sur cartes.

District Noir est un petit jeu de carte, facile à comprendre, la règle est lue en 5 min et rapide à jouer !

À première vue, on pourrait s’attendre à un jeu de collection un peu basique, plan-plan et sans saveur.

Mais c’est sans compter un joli équilibre entre hasard et stratégie.

Une grande part de cette stratégie réside dans le fait de se saisir, au temps opportun, des 5 dernières cartes disposées devant vous (parfois même moins). Cette action ne pouvant être réalisée qu’une fois par manche, il va falloir l’appliquer ni trop tôt, ni trop tard et du coup, prendre des risques.

La survenue des villes rajoute tension, hasard et bluff.

Dans District Noir, il va falloir faire attention aux cartes misent en jeu et vous adapter en sachant sauter à temps sur les bonnes occasions.

Il est très vite fait de se faire voler des cartes essentielles, mais souvent rien n’est gagné et une manche perdue vous laisse l’opportunité de vous refaire tout de suite lors de la suivante.

Les parties sont rapides et s’enchaînent. On passe réellement un bon moment, sans pour autant que cela nous transporte d’originalité, je dois l’avouer.

Le thème « gangster, ruelles sombres américaines et jeu d’influence » est très agréable et cohérent. Et les illustrations, raccords, sont réussies. Néanmoins, le thème importe peu. C’est bien la mécanique du jeu qui prime ici.

Un grand petit jeu pour ce nouvel éditeur de jeux de société qui se lance. Réussir son tout premier jeu, une belle perf !

District Noir, un jeu compact, addictif, rapide et accessible par le plus grand nombre, mais à 2. Petit prix, grand plaisir !

Note : 4.5 sur 5.

  • Création : Nao Shimamura et Nobutake Dogen
  • Illustrations : Vincent Roché
  • Édition : Spiral éditions
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 uniquement
  • Âge conseillé : dès 10 ans (accessible dès 8 ans)
  • Durée : moins de 30 minutes
  • Thème : Policier
  • Mécaniques principales : Collection, cartes, bluff, risque. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

Et encore une chose

Puisque District Noir parle de gangsters, et que nous en avons beaucoup parlés ici, vous devriez jeter un œil à Tulsa King. Une toute nouvelle série avec Sylvester Stallone dans le rôle d’un gangster dans un bled paumé américain. Juste excellentissime ! L’une des meilleures séries de 2022 !


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Article écrit par Aline. Elle travaille dans le domaine social. Elle est tombée toute petite dans la marmite du jeu sous toutes ses formes (plateau, jeux vidéo, escape room, murder). Écrire sur le blog lui permet de découvrir de nouveaux jeux et partager de vrais coups de cœur.

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4 Comments

  • Grisou

    Nous avons essayé ce jeu lors d’octogone et avons été extrêmement déçus surtout après tout le batage médiatique fait autours de lui. Nous sommes bien conscients qu’il s’agit de nos goûts personnel en matière de mécanique de jeu mais poser une carte à la suite d’autres dans une rangée cela ne prend qu’une seconde et réduit plus qu’à sa substantifique moelle notre action pour peu qu’on soit habitué à faire ses choix rapidement. Dans le cas contraire si votre adversaire met 3 jours à poser sa carte vous pouvez lire la presse! Attention en faisant des jeux minimalistes à ce qu’il nous reste quelques actions à accomplir. Enfin je ne lui ferme pas la porte peut être devrions nous le re essayer.

    • Boubou 95

      J’ai ressenti un peu la même chose que toi Grisou, tout ce battage pour ça. On se contente pratiquement que de poser une carte. il y a une petite tension sur quand ramasser ou poser ses cartes mais je le trouve par exemple moins intéressant que Sea Salt and Paper et ses différents moyens de scorer ou d’arrêter une manche, pour comparer deux jeux sortie récemment et d’un poids à peu près comparable. Je crois que j’aurai aimé aussi des effets de carte pour l’éloigner un peu d’un Hanamikoji dont il reprend en partie le scoring mais qui est moins tactique que ce dernier. Mais tant mieux pour cette nouvelle maison d’édition à laquelle je souhaite une longue vie.

  • Starfan

    Bonsoir coucou! Pour moi,c’est le même ressenti aussi,je l’ai essayé sur une plate-forme de jeux en ligne et j’ai trouvé le jeu assez plat sur deux parties. J’ai dû louper un truc!

    • Gus

      Merci Stéphane (et Boubou, et Grisou) pour vos réactions.

      Vous soulevez les risques du buzz. Qui possède deux faces. La première suscite de l’intérêt, et à force, de la validation sociale. Tout le monde en parle, et/ou deux auteurs connus, donc ça doit forcément être bien. Avec le risque de tomber dans un effet « les habits neufs de l’empereur ». Et l’autre face peut générer une certaine forme d’attente, d’espoir. Parfois trop élevés pour la chose.

      C’est tout le risque de brandir le buzz. Comment nos attentes pour un jeu réduisent notre plaisir à y jouer : https://gusandco.net/2021/05/28/attentes-jeux-psychologie/

À vous de jouer ! Participez à la discussion

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