Jeux de plateau

Gathering of the Wicked, un loup-garou revampé méchants de Disney

Asmodee sort Gathering of the Wicked, L’Assemblée des Vilains, un Loups-Garous de Thiercelieux pour incarner les méchants de Disney.


Gathering of the Wicked

Avec Gathering of the Wicked, Asmodee nous propose d’incarner les méchants des dessins-animés de Disney dans une version rethématisée des fameux Loups-Garous de Thiercelieux.

Décidément, les méchants, de James Bond avec SPECTRE, ou de Disney avec Villainous, ont la cote. Il faut dire que « passer de l’autre côté » et incarner un méchant a quelque chose de sulfureux, de transgressif, de fascinant. Ces personnages se permettent de vivre, de faire tout ce qui leur plaît, et d’aller contre la société pour mener leurs plans à exécution (souvent dominer le monde, tout ça).

Nous vous l’annoncions dans le Gaming News #22, c’est sous la forme d’un post sybillin que Asmodee a lancé sa comm sur Insta il y a quelques jours.

Et là, paf, aujourd’hui, on en sait un peu plus sur ce Gathering of the Wicked, L’Assemblée des Vilains en VF.

Les Loups-Garous de Thiercelieux, un peu d’histoire

Mais au fond, quand on parle de Gathering of the Wicked, de Loups-Garous, on parle de quoi, exactement ?

Quand le jeu est sorti en France en 2001, il a été souvent comparé à un jeu précédent, plus ancien, dont il s’est inspiré, Mafia. C’est en 1986 que ce jeu est sorti en Russie, créé par Dimitry Davidoff, alors étudiant en psychologie à l’Université d’État de Moscou. Nous sommes en pleine Guerre Froide, ou plutôt, dans ce qui allait sa fin, proche.

En 1986, l’URSS commençait à changer. Mikhail Gorbatchev introduisait les réformes de la perestroïka qui mèneraient finalement à la fin de cette période tendue entre les Grandes Puissances. Le premier traité entre l’URSS et les États-Unis limitant la prolifération des armes nucléaires a été signé la même année. Et à l’Université d’État de Moscou, un jeune étudiant en psychologie, Dimitry Davidoff, essayait de faire deux années d’université en une, tout en enseignant à des lycéens en même temps. Pour réussir à caser tout ça, le jeune étudiant avait besoin d’optimiser son temps et sa recherche. C’est là qu’il eut la brillante d’idée de développer une méthode ingénieuse et… sexy. Proposer un jeu qui allait intéresser ses cobayes pour sa recherche. C’est alors qu’il eut l’idée de développer un jeu de cartes, un jeu de société qui mêlerait jeu fun et paramètres psychologiques à étudier.

Mafia a inspiré de nombreux jeux de bluff actuels, dont les Loups-Garous de Thiercelieux, The Resistance ou, plus près de nous, le jeu vidéo social champion du monde des confinements Among Us.

Pour Davidoff, le créateur de Mafia, ce jeu introduit le concept d’une majorité non informée contre une minorité informée, avec toujours une structure de base des phases diurnes et nocturnes, des meurtres et des lynchages. Ce jeu, cet outil en psychologie a connu un tel succès qu’il s’est répandu un peu partout dans les milieux universitaires avant de « percer » dans le grand public. Et d’être enfin repris en jeu de cartes commercialisé par les Loups-Garous de Thiercelieux quelques années plus tard.

Vous pouvez consulter les règles de Mafia ici, publiée en 1999 par Davidoff lui-même, soit juste deux ans avant Thiercelieux.

Mais pourquoi est-il si méchant ?

Mais au fond, pourquoi est-ce que les méchants, de Disney, ou autre, nous fascinent tellement ?

À l’issue de la première de Blanche Neige et les Sept Nains en 1937, un journaliste demanda à Hitchcok quel personnage il avait préféré, lui listant un à un chacun des nains : non, c’est la Méchante Reine, répondit le cinéaste ! Meilleur est le méchant, plus réussi est le film. Le protagoniste d’une histoire est autant défini par sa quête que par celui qui s’y oppose, son antagoniste.

Comme si héros et anti-héros constituaient les deux faces d’une même médaille, l’un ne pouvant se passer de l’autre. Et dans les grands dessins animés Disney inspirés de contes de fées, à chaque héroïne correspond un méchant ou, le plus souvent, une méchante.

En effet, ce qu’il faut retenir, dans les contes de fées, les méchants sont surtout des méchantes. Si les princesses Disney ont toutes un nom, qui donne souvent son titre même au conte de fées, tel n’est pas toujours le cas des méchantes qui leur sont opposées. Dans Blanche-Neige et les Sept Nains, justement, la Méchante Reine est une sorte de mélange entre Lady Macbeth et du Grand Méchant Loup, mais elle n’a pas de nom.

Dans le dessin-animé Cendrillon d’origine de 1950, on ne nomme pas vraiment non plus la Marâtre. Son nom, Madame de Trémaine, que l’on retrouve par ailleurs ici dans cette extension Disney Villainous: Despicable Plots, est venu plus tard. Il n’est pas énoncé dans le film.

Les choses changent enfin avec La Belle Au Bois Dormant (1959) et sa méchante d’anthologie, Maléfique. Dans La Petite Sirène (1989), Ariel est prise dans les tentacules de l’ignoble pieuvre Ursula, bien décidée à garder pour elle la voix mélodieuse de la jeune fille. Quant à Raiponce (2010), ce film marque le retour de l’archétype de la « méchante belle-mère » Mère Gothel, que l’on peut d’ailleurs s’amuser à incarner dans la troisième extension Disney: Villainous, Perfectly Wretched.

Cependant, rares sont les méchants totalement et uniquement terrifiants comme le Seigneur des Ténèbres de Taram et le chaudron magique (1985) qui fait partie de l’un de trois méchants de ce Disney Villainous: Despicable Plots, ou Frollo (Le bossu de notre- dame, 1996), la Reine de Cœur dans Alice au pays des merveilles (1951) ou le diable Chernabog dans la séquence « Une nuit sur le Mont-Chauve » dans Fantasia (1940).

Plus souvent, ils sont, sinon ridicules, du moins accompagnés par un acolyte qui, lui, est plus bête que méchant. Que seraient Grand Coquin sans Gédéon (Pinocchio, 1940), ou Scar sans ses hyènes (Le roi lion, 1994) ? Dans Les 101 Dalmatiens (1961), les deux frères Horace et Jasper Badun sont un contrepoint comique à la très menaçante Cruella d’Enfer. Ils incarnent alors ce qu’on appelle au cinéma le « comic relief », la détente, le soulagement, la légèreté par l’humour. On inclut un personnage humoristique pour soulager la tension. Ici, rendre les méchants Disney moins terrifiants, surtout pour un public plus jeune.

On ne naît pas méchant, on le devient. Chez Disney, la force de cet adage rend les personnages de méchants aussi fascinants, voire pour certains attachants. C’est peut-être l’une des raisons qui explique le succès de ce Disney: Villainous chez Ravensburger. Jafar, avait toutes les bonnes raisons de diriger le royaume et épouser Jasmine. Mais le sultan lui a préféré Aladdin (1992) faux prince et vrai mendiant. Pas cool ! N’est-ce pas lui, le grand vizir, qui est victime d’une injustice ? Tante Sarah pense vraiment que Lady a attaqué ses deux chats Si et Am (La Belle et Le Clochard, 1955). Si la reine mère avait autant aimé le Prince Jean que son aîné Richard Cœur de Lion, le cadet serait-il devenu l’ennemi de Robin Des Bois (1973) ?

Derrière chaque méchant (ou presque), il y a un drame qui aurait pu être évité. C’est notamment l’idée qui a prévalu dans le film Maléfique (2014), et sa suite, revenir aux origines de La Belle Au Bois Dormant mais cette fois, du point de vue de Maléfique. Pourquoi, comment est-elle devenue la méchante ?

Nous aimons les méchants parce qu’ils gardent en dépit de tout une part d’humanité. Peut-être aussi à l’inverse parce qu’ils se débarrassent de tous leurs scrupules et que parfois, nous aimerions faire… pareil ?

De la bienfaisance des viles sorcières

La Tribune de Genève vient tout juste de publier un article fort intéressant sur la question des méchants, et des méchantEs, et des sorcières, plus précisément, souvent présentes dans les dessins-animés Disney. Voici ce qu’ils en disent :

Outre corser le pitch, les méchantes des contes de fées délivrent du supplice. Éloge de la marâtre et de toute harpie promettant un exutoire.

Enfant, que ferait-on donc sans elles ? Elles pourtant si haïssables, si laides, si cruelles ? Elles au nez crochu et aux pouvoirs terrifiants? Elles capables de vous terrasser d’un abracadabra, voire de vous avaler tout cru? Bien sûr, on avait peur, aussi, des ogres et des monstres au masculin. Mais elles, c’était différent: on éprouvait un délicieux frisson à les maudire. Quelque chose d’intime cliquait, soir après soir, quand on les expulsait loin de l’oreiller. Quelque chose de libératoire.

«Les contes de fées décrivent sous une forme imaginaire et symbolique les étapes essentielles de la croissance et de l’accession à une vie indépendante», notait le pape Bruno Bettelheim en 1976 dans sa «Psychanalyse des contes de fées» restée une bible pour tout exégète de la littérature enfantine. Comme chacun le sait, les pères n’ont pas toujours pris une part exagérément active à l’éducation des marmots – soit qu’ils travaillaient aux champs, soit qu’ils gouvernaient ceux qui s’en chargeaient, ou encore qu’ils partaient à la guerre servir leur chair à des canons bien réels. Leur implication était très relative à la fin du XVIIIe siècle, début du XIXe, quand Charles Perrault puis les frères Grimm publièrent leurs versions écrites de vieux contes hérités de traditions orales.

Les femmes – mère, mère-grand, nourrice et autres gouvernantes – avaient pour tâche quotidienne de nourrir, soigner, amuser, consoler la marmaille. Un rôle de bonne reine, adoubée par le papa absent. Mais elles avaient aussi à réprimander, à punir, à menacer ou, plus largement, à juguler – comme si, en un tournemain, la première s’était révélée morte en couches depuis longtemps. La métamorphose soulevait alors des tempêtes intérieures de ressentiment, de frustration ou d’humiliation. Mais comment abhorrer maman ? Impossible de la répudier en laissant éclater pleinement sa colère: j’ai besoin de l’abusive. Impossible, également, de ravaler ma rage: l’omnisciente, dans sa toute-puissance, voit clair jusque dans mes intentions secrètes. Et comment faire face à ma faute, moi qui ai d’ores et déjà offensé mentalement ?

Pour un oui ou pour un non, elle agitait l’index et haussait le ton, me refusant perfidement le bonbon espéré ou, pire, le cédant à mon aînée, avec un câlin en prime. Issue providentielle, le coucher venu. Le conte qu’on me lisait, parce qu’il était conte précisément, m’autorisait à couper maman en deux pour mieux détester sa face abjecte. Me voilà, sans danger, apte à gérer nos ambivalences, à elle et à moi. Désintoxiqué(e) et de son venin, et du mien. Protégée de ses maléfices et prémunie contre mon tort, je peux tout de go me réconcilier avec elle. Déverser sur elle l’affection qui nous soudera demain, dans nos nouvelles aventures. Et mes inévitables peines. «Le conte de fées aide l’enfant à ne pas se sentir anéanti lorsqu’il voit dans sa mère quelqu’un de méchant», résume l’évangile cité plus haut.

Alors, tandis que l’époque les réhabilite en tant que réfractaires au patriarcat, tandis qu’on dénonce la chasse dont elles ont fait les frais sous son instigation, cette page ne serait-elle pas l’occasion de leur rendre grâce, tout simplement, pour le bien qu’elles nous ont fait? Qu’elles continueront de faire. Comme des avatars de nos propres mères. Niark, niark !

Mais au fond, y a-t-il une véritable différence entre les héros et les méchants ?

Les héros, on sait à quoi ils servent. À sauver des gens. Ils réalisent des actes désintéressés. Parce que. Parfois, ils peuvent porter une cape, voire même un… slip sur leur pantalon. Ce qui les motive : améliorer la condition humaine. Ils sont guidés par la compassion. Dans les récits cosmogonique et folklorique, la tradition de l’héroïsme est ancienne : Prométhée en Grèce, Rama en Inde, Gilgamesh en Mésopotamie, Arash en Perse. Tout cet héritage culturel fait écho aujourd’hui à des figures héroïques plus populaires. Coucou MCU, DC, Star Wars et… Disney.

Les méchants, eux, sont plus… nuancés. Et quand on parle de méchants, on parle de quoi, de qui ? La plupart du temps, ils cherchent à éliminer les efforts et tentatives du héros. Ce sont les antagonistes. Mais pour quelles raisons, et surtout, pour qui ? Pour leurs propres objectifs ? Pour une population plus importante ? Pensez à Lex Luthor, qui passe sa vie à vouloir dégommer Superman, cet étranger qui vient s’installer tranquillou sur Terre, en venant perturber sa tranquillité. Et rappelez-vous, c’est à cause de lui que des menaces débarquent. Pour le méchant chauve le plus connu de la culture populaire, Superman est LA menace, et non le contraire !

Et quid de l’Iliade ? Ce n’est pas mieux. Les alliés grecs Achille et Agamemnon se disputent pour savoir qui va pécho Chryséis après le siège de Troie. Au final, c’est Agamemnon qui mène le siège tout seul, pendant qu’Achille va bouder dans son coin. Il reviendra dans la bataille, et c’est lui qui mènera l’assaut final et victorieux. Sacré Achille. Encore aujourd’hui, on le considère comme un héros. Oui mais. Et pour les Troyens qu’il a attaqués et décimés ? Comment vont-ils le considérer ?

Croire que les méchants sont univoques et simplistes est… simpliste. Et si les héros de certains étaient les méchants des autres ? Étudiez les argumentaires idéologiques autour de la Première Guerre Mondiale pour vous en convaincre…

Retour à nos grands méchants de Gathering of the Wicked

Après ces quelques explications, revenons à nos moutons loups-garous et cette version rethématisée Disney. Gathering of the Wicked est édité par Zygomatic, un petit studio d’Asmodee qui s’occupe des grosses licences et petits jeux, comme Dobble et, les Loups-Garous de Thiercelieux, donc. Ce sont toujours Philippe des Pallières et Hervé Marly qui signent le jeu, on a juste changé le thème pour l’ancrer dans l’univers Disney.

Le pitch de l’éditeur :

« Imaginez un royaume sombre et désolé, rempli uniquement de chaos et de malheur, où seuls les méchants vraiment méchants et les plus puissants peuvent survivre et prospérer. Dans un monde où tout le monde est méchant, y a-t-il quelqu’un en qui vous pouvez vraiment avoir confiance ? »

Dans Gathering of the Wicked, L’Assemblée des Vilains en VF, vous pouvez incarner un méchant de Disney tel que Maléfique, Hadès ou le capitaine Crochet qui se rassemblent dans un royaume sombre avec divers hommes (et femmes) de main.

Deux équipes s’affrontent pour le contrôle du royaume, alternant entre les phases de jour et de nuit. Chaque nuit, les méchants se réveillent et utilisent leurs capacités spécifique pour poursuivre leurs objectifs. Chaque jour, on débat et essaie de démasquer les traîtres, mais comme personne ne sait dans quelle équipe se trouvent les autres, il sera difficile de se faire confiance et le bluff sera leur meilleur moyen de se faufiler dans la populace, naïve et innocente.

Bien que chaque rôle soit connu de tout le monde, qui incarne quel personnage, quel méchant, chaque personnage dispose d’un alignement secret qui détermine son objectif, ce qui rend encore plus difficile de savoir à qui faire confiance !

Le jeu devrait sortir dans quelques jours, pour un peu moins de 10 euros.

Maintenant que la Boîte de Pandore a été ouverte, verra-t-on un loups-Garous avec les méchants de Star Wars, ou les méchants de Marvel ?

Gathering of the Wicked, L’Assemblée des Vilains, un Loups-Garous Disney, ça vous branche ?

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