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Sommet Biden-Poutine. Nos 5 jeux de société préférés de négociation

Win-win, ou Lose-lose ? Nos 5 jeux préférés de négociation.


Négociation russo-américaine

Cet après-midi a lieu chez nous à Genève un sommet historique : le président américain rencontre son homologue russe. Ça va négocier sec ! Désarmement nucléaire, prisonniers politiques, Navalny, cyberattaques, climat, Biélorussie, Ukraine, Syrie, Iran, le menu est copieux. La rencontre, inédite, va durer plusieurs heures.

Biden est arrivé hier à 16h30 à Genève, et Poutine arrivera aujourd’hui à 12h30. Les deux se rencontreront ensuite dans la somptueuse villa de maître du Parc de la Grange dans son écrin de verdure, à quelques mètres du lac de Genève Léman.

La dernière rencontre entre un président américain et le président russe remonte à Helsinki en 2018, quand Trump rencontra Poutine, avec un Trump qui afficha son amitié invétérée pour le dirigeant du Kremlin. Un fiasco géopolitique retentissant (comme souvent avec Trump).

La dernière rencontre entre ces deux présidents à Genève remonte à plus de 30 ans, en novembre 1985, avec Reagan et Gorbatchev.

À l’époque, l’ambiance était plutôt… détendue. Les gens étaient venus pour oublier la Guerre froide. Le sommet de Genève de 1985, qui dura trois jours, avait pour thème la désescalade de l’armement entre les deux superpuissances de l’époque, avec l’espoir d’un début de meilleures relations est-ouest.

Le sommet se passa bien, et des discussions purent avoir lieu entre les deux dirigeants. Quelques années plus tard, la Guerre Froide s’acheva avec la chute du communisme. Est-ce que ce sommet y a été pour quelque chose ?

Poutine VS Biden

Ce n’est pas la première fois que les deux hommes se rencontrent. La dernière fois remonte à mars 2011, quand Joe Biden était encore le vice-président d’Obama. Et hormis leur âge, bien appuyé, Biden en a 78 et Poutine dix de moins, tout sépare les deux dirigeants : Biden fraîchement élu VS Poutine qui est président depuis 1782, au doigt mouillé, démocratie VS autocratie, dialogue VS autoritarisme, multilatéralisme VS unilatéralisme.

Pendant les quelques heures que les deux dirigeants vont passer à Genève, Biden est là pour rappeler que la communauté internationale est soudée, avec les États-Unis, et que la Russie devrait commencer à relâcher sa pression sur le front européen, mais pas que.

Joe Biden et Vladimir Poutine se rencontrent donc aujourd’hui à Genève. Que peut-on en attendre ? La seule certitude, ce sera l’antithèse du premier sommet entre Vladimir Poutine et Donald Trump en 2018, à Helsinki. Le seul point commun sera la neutralité du lieu, Genève plutôt que la capitale finlandaise. Mais pour le reste, le spectacle, alors, d’un président américain visiblement dominé par le maître du Kremlin, a traumatisé Washington.

Joe Biden est conscient du piège.

C’est le président américain qui a voulu ce sommet et c’est en soi un élément important. Joe Biden n’a pas ménagé Vladimir Poutine depuis son arrivée à la Maison Blanche. Souvenez-vous, il l’a même traité de tueur il y a quelques semaines. Et pourtant, le président n’a pas perdu de temps.

Pour organiser ce premier sommet russo-américain. Entre les États Unis et la Russie, il y a un important agenda de désarmement hérité de la guerre froide. Dès son arrivée au pouvoir, Joe Biden a proposé à Moscou de prolonger de 5 ans le traité de réduction des armes nucléaires New Start, qui devait expirer cette année. Même s’il n’y a aucune sympathie entre Moscou et Washington, il y a toutefois un héritage historique, celui de la dissuasion nucléaire que Biden et Poutine connaissent bien. La liste des sujets qui fâchent et pourtant longue : cyberattaques, Ukraine, Biélorussie, la ribambelle de sanctions.

Et que peuvent-ils alors retirer de leur face-à-face ? Il y aura la forme, d’abord, chacun voudra repartir la tête haute, et le fond, ensuite, mieux s’entendre sur la manière d’être en désaccord. Il n’y aura pas de miracle, les conditions ne sont pas remplies. Biden est encore dans la phase où il doit rétablir la crédibilité de l’Amérique après les années Trump.

La scénographie du sommet a été préparé dans ce but. En se rendant d’abord au G7, à l’Otan et à l’Union Européenne, Joe Biden a voulu montrer que son camp était uni et solide. Dans le grand théâtre de la diplomatie, le sommet de Genève constitue un moment fort dans l’émergence de nouveaux rapports de force. Prochaine étape, la Chine.

Est-ce que le sommet va accoucher d’une souris ? Tout dépend si on voit le verre à demi-vide ou à demi-plein. Pour ce dernier, rien que le fait de voir les deux hommes face à face se taper la discute, c’est déjà une grande prouesse !

Pendant les quelques heures qui vont réunir les deux dirigeants, il sera question de négociation. Mais au fond, c’est quoi, la négociation ?

Bref. Parlons plus de jeux, et moins de géopolitique. Bien que, la géopolitique s’invite aussi très souvent dans les jeux de plateau…

Puisque Biden et Poutine sont à Genève, ils vont négocier. La négociation, une mécanique que l’on retrouve dans certains jeux. Avant de vous présenter nos 5 jeux de société préférés de négociation, intéressons-nous de près à cette mécanique. Avec quelques astuces pour mieux s’en sortir.

La boite à négociation

Depuis plus 13 ans que notre blog existe, à raison d’un article par jour, nous en avons publié des articles ! Si certains sont très bien où ils sont, dans le ventre, dans les archives du blog, d’autres, en revanche, méritent qu’on s’y attarde, qu’on y revienne.

C’est ce que nous allons dorénavant vous proposer, chaque mercredi, un article paru sur notre blog il y a plus ou moins longtemps. C’est ce que nous appellerons désormais la « boîte à outils du jeu de société », des sujets, des analyses qui pourraient vous (ré)intéresser. Des sujets indémodables, pratiques et utiles.

Mais nous n’allons pas juste faire du copier-coller, en les ressortant de leur léthargie. Nous allons en profiter pour leur offrir un petit ravalement de façade, une mise à jour parfois nécessaire, depuis le temps que ces articles traînent et prennent la poussière numérique.

Après la Boîte à Outils de la semaine passée, J’aime ce jeu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout. La psychologie complexe du goût, une fois n’est pas coutume, nous changeons aujourd’hui les « règles du jeu » de cet article Boîte à Outils du mercredi pour « jouer avec les codes », avec nos codes.

À l’occasion de la visite historique de Biden et Poutine, nous allons aujourd’hui vous proposer de ressortir des tréfonds de nos archives non pas un, mais deux articles parus sur notre blog :

➡️ Comment devenir un parfait négociateur pour gagner aux jeux d’enfoirés (mars 2015)

➡️ Comment gagner à tous les jeux d’enfoirés ? En étant un parfait enfoiré (avril 2019)

Dans cette Boîte à Outils du mercredi, nous avons décidé de revenir, de rebondir sur ces deux articles, et d’enrichir la réflexion. Nous n’allons pas vous faire l’affront de copier-coller leurs textes, mais nous allons aujourd’hui vous proposer deux éléments : un ajout à l’analyse, et notre sélection de notre 7 jeux de société préférés de négociation.

Bonne lecture de cette toute nouvelle Boîte à Outils du jeu de société.

Négociation

Négocier, c’est quoi ? C’est quand deux, ou plusieurs parties tentent de s’accorder pour s’échanger ou s’entendre sur des éléments, des ressources ou des décisions.

La compréhension ou l’empathie sont-elles plus efficaces pendant la négociation ?

Le succès à la table, de jeu, des négociations, nécessite de pénétrer dans la tête de votre adversaire, ou partenaire, tout dépend comment vous le considérez, mais pas de pénétrer son… cœur. Considérer les réflexions de quelqu’un d’autre est différent de la lecture de ses émotions. Le premier processus s’appelle la prise de perspective, le second l’empathie. Et maîtriser le premier vous procurera de meilleurs résultats que le second.

Imaginez que vous essayez d’acheter une carte à une personne à la table. Votre prix maximum est inférieur au minimum de la personne qui la vend. Mais ! Vous avez chacun des parties de négociation cachées. Après un petit va-et-vient de discussion, la personne qui vend vous révèle qu’il a besoin d’un tout autre élément dans le jeu. Au final, vous payez moins que le prix demandé, mais vous parvenez à vous entendre sur cette autre affaire. C’est du win-win.

Vous payez moins, et l’autre s’en sort également gagnant. Si vous aviez sympathisé, si vous aviez joué la carte (c’est le cas de le dire) de l’empathie, si vous aviez tenté de supplier l’autre, voire, pire, de faire pression et de le menacer, vous n’auriez pas réussi à trouver une solution constructive et bienveillante pour les deux parties. Résultat : la réflexion l’emporte sur l’émotion.

L’empathie peut certes renforcer la confiance et apaiser les conflits qui reposent sur l’émotionnel. Mais au final, elle fait vraiment pencher la balance dans le sens de l’intérêt de l’autre personne.

Si une seule question, disons, le prix de la négociation est à débattre, la prise de perspective vous procurera une plus grande part du gâteau. Des accords innovants peuvent alors incorporer de multiples éléments. Vous allez créer de la valeur. Vous allez… agrandir le gâteau, et en obtenir une grosse part.

Bien négocier signifie qu’aucune des parties ne doit se sentir trompée, manipulée ou exploitée.

Lorsque vous êtes en pleine partie d’un jeu qui intègre la mécanique de négociation, ou quand vous essayez de négocier une augmentation, essayez de suivre ces trois conseils :

  • Analysez les deux côtés. Au préalable, réfléchissez à vos objectifs et à vos alternatives. Ensuite, devinez ce que cela pourrait être pour l’autre côté.
  • Ouvrez le bal, en premier. Faites l’offre initiale et rendez-la… agressive. Cela ancrera la discussion en votre faveur. C’est l’effet d’ancrage, un biais bien connu.
  • Faites preuve de curiosité. Posez beaucoup de questions sur les priorités de l’autre partie. Vous obtiendrez la meilleure offre lorsque tout le monde sera satisfait.

La négociation raisonnée est une stratégie qui cherche à éloigner les deux parties des positions polarisantes et ancrées, et à entrer dans le domaine des intérêts. La négociation demande alors comment les deux parties peuvent satisfaire leurs intérêts, tout en maintenant leur relation solide. Bien négocier signifie qu’aucune des parties ne soit se sentir trompée, manipulée ou exploitée.

Nos 5 jeux de société préférés de négociation

Les jeux de négociation nous jettent en confrontation directe avec les autres personnes à la table. Je veux ceci, tu me demandes cela en échange. Voici nos 5 jeux préférés de négociation.

Le plus connu : Catan

Sorti en 1995 en VO et 1997 en VF, Catan est sans doute le jeu de société qui a lancé la vague des jeux de société modernes, des jeux aux règles courtes, pour des parties intenses et interactives.

Dans Catan, vous vous installez sur une île, vous aménagez routes, villages et villes, et vous avez besoin de ressources pour y parvenir. Et comme les ressources sont distribuées de manière inégale, vous allez devoir échanger, négocier ces ressources avec les autres personnes à la table pour parvenir à vous développer. Comme dans la vraie vie, somme toute. Qui veut du mouton ? J’ai besoin d’argile, etc.


Le plus méchant : Rencontre Cosmique

Un titre qui sied bien à l’événement du jour à Genève entre les deux présidents. Sauf qu’on n’est pas dans l’espace aujourd’hui, mais dans une villa du 18e siècle.

Dans Rencontre Cosmique, sorti il y a bien longtemps en 1977 puis remis au goût du jour plus de 30 ans plus tard, on négocie des soutiens pour attaquer ou se défendre d’autres personnes à la table : viens m’aider, et je te donnerai ceci ou je t’aiderai plus tard. Avec, évidemment, des trahisons en cours de partie. Méchant, malin.

Dommage que la VF ne soit plus rééditée.


Le moins trouvable, et c’est bien dommage : Colosseum

Sorti en 2007, dans Colosseum on doit monter le meilleur spectacle possible dans le Colisée : gladiateurs, cours de chars, etc.

Pour y arriver, on met aux enchères des jetons, qui représentent les éléments du spectacle, puis on passe à une phase ardue de négociation : qui veut mon flambeau ? Mon actrice ? Cette phase, comme dans Catan, est aussi cruelle que cruciale : négocier, échanger, oui, mais attention à ne pas trop avantager les autres.

Colosseum n’est, comme Rencontre Cosmique, plus édité. Il est ressorti dans une version de 2017, a fait un petit tour d’arène, et puis s’en est allé. Et c’est vraiment dommage !


Le plus tendu : Intrigue

Attention aux coups de poignard ! Dans le genre, aucun jeu ne fait mieux que Intrigue. Encore un autre vieux jeu réédité.

Vous incarnez un noble, et vous invitez les autres à venir s’installer dans votre manoir. En leur promettant de leur verser un salaire. En fin de partie, la personne la plus riche remporte la partie. Autant vous le dire tout de suite, trop promettre d’argent risque de vous coûter… cher.

Tout est négociable et rien n’engage. Corruption, alliance, et surtout, trahison. Intrigue est sans conteste l’un des meilleurs jeu de négociation du marché !


Le plus petit : Bohnanza

Dans Bohnanza, vous cultivez des… haricots. Toutes sortes de haricots. Le but est de les planter et de les récolter pour des points. Mais vous ne pouvez pas réorganiser votre main. L’ordre est défini lorsque vous les recevez et vous devez planter le premier dans votre main. Et vous ne pouvez planter que deux types de haricots à la fois. Si vous êtes obligé de planter un troisième type, vous devez déraciner l’un des autres pour le faire.

À chaque tour, on commence à planter, puis on retourne deux cartes et la négociation, furieuse, commence. Vous pouvez échanger des cartes de votre main, pour être posées, plantées tout de suite. Sachant que si vous n’arrivez pas à négocier les deux cartes piochées, c’est pour votre poire haricot ! Ce qui vous empêche alors de collecter et monter les champs d’haricots les plus lucratifs.

Tout petit, et pourtant extrêmement efficace et addictif. Comme quoi, non, ce n’est pas la taille qui compte !


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Et vous, quels sont vos jeux de négociation préférés ?

10 Comments

  • Richie

    Salut ici ! Vous oubliez l’essentiel à mon sens, le plus joué ici, et le plus apprécié aussi en JDS de négociation : CHINATOWN ! Le gros avantage de ce jeu, c’est qu’il n’y a aucune limite fixée par les règles pour négocier un pâté de maison ou bien une boutique particulière.

  • Thibaut

    A la fin de l’année va sortir en FR chez Infrafin: Sidereal Confluence. Un super jeu où la négociation avantage généralement les deux parties et où il est obligatoire d’honorer ses promesses. Ce ne sont donc pas les coups bas qui sont mis à l’honneur, mais plutôt la capacité à bien cibler les ressources et identifier les personnes avec lesquelles négocier.
    Récemment, Capone: The Business of Prohibition a proposé un bon système de négociation entre bars clandestins à l’époque de la prohibition américaine.
    Sinon je ne serais pas étonné que Rencontre cosmique connaisse une réédition dans les années à venir, vu le peu de succès de son lifting Game of Thrones.

À vous de jouer ! Participez à la discussion

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