Futuropia. Un futur de flemmards vu par Friedemann Friese

Temps de lecture: 4 minutes

Quand Friedemann Friese imagine un futur dans lequel le rêve de l’homme est de ne plus bosser, pour se faire remplacer par des robots. Visionnaire? Aride

  • Date de sortie : fin-octobre / novembre 2018
  • Auteur : Friedemann Friese
  • Illustrateur : Harald Lieske
  • Editeurs : 2F pour la VO, Stronghold Games pour la version anglaise. Pas encore de VF, mais elle est certainement dans les tuyaux chez EDGE / Asmodée 
  • Nombre de joueurs : 1-4 (optimum: 3-4)
  • Age conseillé : dès 12 ans
  • Durée : 90′
  • Thème : futur, robotique
  • Mécaniques principales : programmation, gestion

Futuropia, de quoi ça parle?

Du… futur

L’auteur imagine un futur (très?) probable dans lequel les robots, les IA feront tout le taf à notre place, pauvres humains que nous sommes

Pas si pauvres que ça. Car en réalité, plutôt de bosser, on passera sa journée bien peinard sur son canap’ à binger des séries

Le but ultime dans le futur sera de ne rien faire d’autre que glander. Et jouer plus

Pour ça, donc on aura besoin de deux choses: de robots efficaces et fonctionnels, qui carburent à l’électricité, et des humains heureux et satisfaits, avec de l’électricité pour charger son phone et le frigo plein

Friedemann Friese nous propose ici une vision fun et utopique de l’avenir (avec une vision un brin réductrice du bonheur humain. A peine)

Un thème original, donc. Aux mécaniques cohérentes et bien intégrées, sans être forcément épiques

Et comment on joue?

Chaque joueur et joueuse dispose des cinq mêmes actions: prendre des robots. C’est gratuit. Augmenter sa population. C’est gratuit aussi. Obtenir un nouveau fridge. Ça coûte, au prix du marché actuel. Obtenir un nouveau générateur d’électricité. Ça coûte aussi, au prix du marché actuel, prix qui va évoluer pendant la partie selon l’offre et le demande / achats précédents

Sachant que pour accueillir de nouveaux habitants dans sa maison, il va certainement falloir agrandir. Et que les nouvelles pièces coûtent.

Et si vous avez bien suivi, il manque encore une dernière action, prendre un prêt pour obtenir de l’argent

Voilà, c’est tout. A son tour, on joue une et seule action qu’on retourne, et on les reprend toutes en main une fois toutes jouées

On peut également payer pour reprendre les actions avant qu’elles n’aient toutes été jouées

C’est tout?

Si la carcasse mécanique de jeu est plutôt simple, c’est après que ça se gâte, des contraintes viennent poindre leur bout du nez

A chaque fois qu’on prend un ou plusieurs nouveaux robots, on doit « payer » slash défausser de l’énergie pour alimenter tout ce beau monde. Plus l’électricité dans sa bicoque. Streamer Netflix, c’est bien, mais sa télé 6K est gourmande en énergie

Pareil avec sa populace. Chaque fois qu’on en accueille, il faut « payer » en bouffe. Parce que l’être humain a besoin de dévorer

Donc deux phases qui nécessitent de payer en ressources

Mais

Quand on achète un nouveau générateur, on reçoit alors autant d’énergie que les générateurs activés par un robot ou un être humain (beurk, travailler…)

Et pareil avec les frigos / générateur de bouffe

Des règles expliquées en quelques minutes. Tout file, tout est fluide

Futuropia est le tout nouveau gros jeu de l'auteur à cheveux verts. Une lecture d'un futur sans boulot, tous remplacés par des robots. Et tant mieux?

Et comment on gagne?

En fin de partie, quand on a tapé dans tous les générateurs ou quand quelqu’un a accueilli 25 personnes chez lui, on procède au décompte final:

Un max de PV pour chaque personne qui n’en branle pas une dans son appart

Des PV pour ses générateurs

Des PV pour ses pièces d’appart

Des PV en moins si on a dû prendre des prêts

Des PV si on a passé son tour

Des PV pour ses ressources restantes (mais quelques bribes)

Une petite salade de points de victoire, rien de méchant. Ce sont surtout ses habitants qui ne bossent pas qui rapportent, le nerf de la guerre

Interaction?

Très très froide

La seule interaction réside dans l’achat des éléments de jeu avant les autres : générateurs d’énergie et de bouffe. Ce qui peu impacter le prix du marché

Mais sinon, rien d’autre

Chaque joueur et joueuse a le nez sur son appart, sur son développement et stratégies

Polaire

A combien y jouer?

Futuropia peut se jouer en solo moyen, mais c’est vraiment très moyen et peu captivant. En mode casse-tête, mais la mise en place est tellement longue et pénible qu’il vaut alors mieux se lancer une « petite » partie de Red Dead Redemption 2, ça sera « plus court »

A deux, le jeu tourne « bien », mais la tension est moindre

C’est vraiment à 3-4 que la course devient plus marquée

Alors, Futuropia, c’est bien? Critique

Futuropia est surtout extrêmement aride

On a plus l’impression de faire un casse-tête tout.e. seul.e mais à plusieurs

Toute la difficulté du jeu réside dans l’accueil de nouveaux habitants et d’éviter de devoir les faire bosser à produire de la bouffe ou de l’électricité. Autrement dit, la glande totale

Quand on commence, tout va bien, on dispose de suffisamment de nourriture et d’électricité pour toute le monde. On pourrait s’arrêter ici après une seconde de partie. Mais faut bien scorer. Et pour cela, il faut de nouveaux habitants. S’entame alors le cercle vicieux du développement

Pour accueillir de plus en plus de monde et marquer de plus en plus de points, il faut aussi de plus en plus de ressources pour sustenter tout ce beau monde. Une belle réflexion sur la croissance, la décroissance, toussa

Hormis son thème original, réflexif, intelligent, le jeu est très, trop aride pour parvenir à passionner

Et qu’est-ce que c’est que cette couv hideuse? C’est ça, notre futur, une vision seventies en pattes d’eph?

Score:

Anticipation: 3/5: Depuis 504, on a parfois l’impression que Friedemann Friese s’amuse à créer des jeux qui sont plus dans l’exploration, dans l’exercice de style que dans la création de jeux qui pourraient présenter un intérêt ludique certain. Ses dernières galettes sont témoins de cette velléité (Fini, File…) de surprendre, malgré tout. Son nouveau jeu? Son nouveau gros jeu? Pourquoi pas. On ne peut toutefois s’empêcher d’adopter un certain regard sceptique

Pendant la partie: 2/5. Des règles plutôt fluides. Mais qu’est-ce que le jeu est froid, aride. Un véritable casse-tête qu’on partage à plusieurs, toujours à flux tendu. Prendre toujours plus, tout en étant capable de payer toujours plus. Froid, répétitif

Après la partie: 2/5. On rejoue? Non, surtout pas. Le jeu est bien trop glacial pour passionner ou enthousiasmer. Certains et certaines joueuses pourraient apprécier ce côté aride, mais l’interaction arctique lui confère un

Score: 2/5. Faire tenir un gros jeu sur quelques actions, belle perf. Et la thématique est originale et ne manquera pas de susciter une certaine réflexion sur l’avenir, sur la condition humaine, le revenu universel, l’implication, et le remplacement de l’homme par des robots. Mais hormis son thème intelligent, le jeu ne présente pas beaucoup d’intérêt ludique, très, trop aride

Et encore une dernière chose

Vous pouvez consulter les règles du jeu en anglais ici

Vous pouvez trouver Futuropia en anglais chez Philibert ici

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