Et pendant ce temps, l’ogre Asmodée continue de tout dévorer. Et pourquoi c’est une très mauvaise nouvelle

Temps de lecture: 4 minutes

Cet article me donne vraiment, mais vraiment une impression de déjà-vu

Ce vendredi 9 février, deux nouveaux éditeurs sont tombés dans les pattes et l’escarcelle d’Asmodée

Mayfair Games et Lookout Games

Mayfair Games, cet éditeur américain qui existe existait depuis 36 ans extrêmement connu aux US, car éditeur des Colons de Catane en anglais

Il faut dire qu’Asmodée avait racheté la licence des Colons de Catane à Mayfair en 2016, et que ça devenait de plus en plus compliqué pour eux sans leur grosse locomotive. Mayfair a également localisé d’autres jeux allemands, principalement les jeux de l’éditeur Lookout, tels que Isle of Skye. Mais ça ne suffisait pas pour les maintenir à flots. D’autant que plusieurs de leurs collaborateurs avaient quitté le navire

Quand la proposition d’Asmodée a été mise sur la table, ils n’ont pas pu refuser et se sont retirés de la course à l’édition, transférant à Asmodée toutes leurs (dernières) propriétés intellectuelles

Voilà, c’est tout?

Oh non

Racheter un seul éditeur, c’est tellement 2016. En racheter deux, ça c’est 2018!

Asmodée en a profité pour annoncer le rachat de Lookout Games, cet éditeur allemand créé en 2000 par Hanno Girke et devenu très connu dans le milieu grâce notamment à leur bombe ludique Agricola lancée en 2007

Au contraire de Filosofia ou Mayfair, Lookout ne va pas disparaître pour autant et devient désormais un (énième) studio de développement de l’écurie Asmodée, au même titre que Space Cowboys ou Pearl Games (ou Ystari, qui n’a rien sorti depuis 2 ans…)

Et quid des jeux Lookout? Caverna, Nusfjord?

Comme le dit le communiqué de presse officiel:

« La distribution européenne des produits en langue anglaise sera assurée par les entités européennes de distribution d’Asmodée, tandis que les autres territoires seront gérés par le groupe Asmodée basé à Paris/Guyancourt. »

Autrement dit, la localisation VF des jeux Lookout sera assurée par Asmodée

Oups, Coup dur pour Funforge qui doit certainement un peu faire la gueule ce matin, puisque ce sont eux qui ont récemment assuré les localisations, notamment du nouvel Agricola ou du carton Isle of Skye. Asmodée vient tout juste de leur tirer le tapis sous les pieds

Une bonne nouvelle qu’elle est bonne?

Non

Une sacrée mauvaise nouvelle, en réalité

Alors oui, il n’y a jamais eu autant de jeux, il n’y a jamais eu autant d’éditeurs. La vie est belle, tout ça. Des éditeurs indépendants, faut-il désormais préciser

Mais non, pas du tout une bonne nouvelle

Pourquoi?

Car on s’approche bel et bien d’un affrontement entre deux blocs distincts. Les jeux édités et distribués par l’écurie Asmodée (ne me demandez pas de lister tous les distributeurs et éditeurs appartenant maintenant à Asmodée, la liste est trop longue), et la « résistance », tous les autres. Les Matagot, les Blackrock, les Gigamic, les IELLO, les Funforge

Plus Asmodée rachète à la kala et plus cela devient compliqué pour les autres de s’implanter. Auprès des joueurs, car ils n’ont pas la même puissance de frappe, de comm, d’édition, de trésorerie. Et auprès des boutiques, car Asmodée assure aujourd’hui une distribution efficace, omniprésente. Pot de fer contre pot de terre

Depuis plusieurs années, Asmodée asseye véritablement une une position dominante. Avec tous ces rachats, ce n’est pas près de changer. Et c’est le win-to-win. Plus ils grossissent et se renforcent et plus ils grossissent et se renforcent

Il serait facile de tomber dans le travers du « everybody loves the underdog », et de voir Asmodée comme l’alphadog, un ogre menaçant

Mais

Vous connaissez les études sur les effets de Longue Traîne. Oui, il n’y a jamais eu autant de jeux et d’éditeurs, la vie est belle

Vraiment?

Surtout, ne consultez pas les états généraux de la bande-dessinée, vous allez vous taper une vilaine déprime

Cette enquête menée fin 2015 auprès de 1’500 auteurs de bande-dessinée témoigne de la difficulté et de la précarité du métier d’auteur·e de bédé. En 2014, 53% des répondants ont eu un revenu inférieur au SMIC annuel brut, dont 36% qui sont en-dessous du seuil de pauvreté

Et quel est le rapport avec le marché du jeu de société et les intempestifs rachats d’Asmodée? Vous allez me dire qu’on mélange tout, qu’on n’a rien compris, qu’on est vraiment trop bêtes

Mais non

Il n’y a jamais eu autant de bédés édités. Il n’y a jamais eu autant de jeux édités

Cela veut donc bien dire que les marchés, de la bédé, du jeu de société, se portent bien?

Visiblement, non

Les raisons de la précarité des auteurs de bédés sont multifactorielles, mais la forte concurrence dans cette offre pléthorique est l’une des principales

Liez à présent les effets (invalidés) de Longue Traîne et les chiffres sur la bédé. Plus de jeux pour plus d’éditeurs indépendants. Qui ne fait que renforcer la position dominante des plus gros. Qui à force ne font qu’étouffer le marché, tendre et précariser le marché. Pour les autres

Alors oui, vous pouvez me prendre pour un vieux réac dans mon petit village d’irréductibles qui résiste encore et toujours face à l’envahisseur et qui trouve qu’Asmodée est devenu bien trop gros pour que le marché du jeu de société soit sain. N’empêche. Des éditeurs qui se font avaler tout cru n’est jamais bon signe. Surtout pour la concurrence, avec en face un « adversaire » qui grandit, qui grandit, et se renforce. Il suffisait de se rendre au dernier salon du jeu d’Essen dans la halle 1 en octobre 2017 pour se rendre compte de la situation ubuesque

Ha et encore une toute dernière chose, Asmodée a aussi racheté Rebel en tout début d’année 2018, le plus gros distributeur polonais. Parce que

Une chose est sûre, avec tous ces rachats, d’éditeurs, de distributeurs, de licences, il va devenir de plus en plus compliqué d’avoir des jeux autres qu’Asmodée. Juste pour rigoler, c’est le weekend, allez faire un tour dans votre ludo et faites le calcul de tous les jeux édités et/ou distribués par Asmodée. Ça vous donne quoi comme ratio?

Au fait, Asmodée, si tu nous lis, Gus&Co est aussi à vendre. 632 millions. Allez, on vous fait un prix d’ami, 631.5 millions et on reste amis

Et maintenant, c’est quoi la suite pour 2018?

45 Comments

  1. Je n’irai pas plaindre Mayfair car vendre sa locomotive (sa poule aux œufs d’or) pour en suite tomber tout rôti dans les mains du démon, c’est manquer un tantinet de jugeote. Sauf si les dirigeants avaient envie de se saborder ou ont touché un « petit » dessous de table.

    Un dessinateur tente de vivre de sa BD, un créateur de jeu, non ou très très rarement. Mais il y a quelques similitudes, en effet. Il y a tellement de BD que je ne sais plus suivre le flot, et que j’ai d’ailleurs abandonné d’être au courant de ce vaste courant de planches. Néanmoins, je sais que ce n’est pas facile d’essayer de vivre de ses petits Mickeys (d’ailleurs pour 95% des personnes, ce n’est même pas un métier : « Ah bon, on vous paye pour faire ‘ça’ ? »)…

    Pour en revenir au démon en A, je pense que certaines petites boîtes vont tenter de pondre le hit afin d’être rachetées pour le plus grand profit immédiat de leurs fondateurs, une stratégie qui en vaut une autre. Y aura-t-il des irréductibles pour résister aux sirènes de Mammon ?

    Au fait, à quand notre chère Europe va faire un procès pour position dominante ? A moins que ses membres accusateurs ont vu passer Papa Noël dans leur cheminée avec plein de bôs cadeaux 🙂

    1. Certes Greg

      Mais

      Mais est-ce que ces préco participatives ne participent-elles pas justement aussi au démantèlement du marché, à son affaiblissement et par ricochet au renforcement d’Asmodée?

      Préco = cycle court = moins de distri = moins en/aux boutiques

      Un débat fertile, mais qui n’est peut-être pas le sujet ici

      Merci pour votre réaction pertinente Greg!

  2. Voilà qui prouve s’il était besoin que le jeu de société est devenu un produit de consommation comme les autres, avec les mêmes règles du marché. À l’instar des autres industries, les indépendants se formeront en start-ups prêtes à tout pour séduire l’ogre tout puissant qui s’est octroyé le droit de vie et de mort sur ces passionnés affamés…
    Seule ombre au tableau pour sa majesté A, le financement participatif qui peut encore permettre à quelques fous d’échapper à la grande faucheuse. Mais je ne doute pas que lorsqu’ils jugeront ce phénomène intéressant financièrement, ils trouveront alors une solution pour en prendre le contrôle.
    En attendant, jouons, restons curieux, ouverts et essayons à notre humble niveau de montrer que des talents existent malgré le grand À !

  3. Comme indiqué dans les commentaires voisins, le jeu de société est un produit comme un autre, cette monopolisation est donc un aspect « naturel », et bien triste, car par chez moi, nous ressentons tous une certaine uniformisation des jeux, avec certes un plus large choix, mais des prix qui augmentent sans que l’originalité ne suive. Côté qualité, rien à dire, mais clairement, les jeux palpitants pour moi se comptent maintenant sur les doigts d’une main, en terme de sorties prévues 2018.
    Cela étant, j’imagine que les « petits » jeux se multipliant offrent à celles et ceux qui découvrent le loisir un large choix, qui plus est bien plus accessible grâce à Asmodée, c’est encore une fois normal comme modèle économique, donc pour ma part, ne trouvant mon bonheur que chez les Sierra madre games et autres Luminaris group, je vois là un cycle ordinaire de phagocytage, avec un prévisible effondrement puis probablement une renaissance à venir.

    – de toute façon, nous avons déjà tous assez de jeux dans nos ludothèques pour jouer plusieurs siècles! –

  4. Les auteurs de jeux d’aujourd’hui gagnent beaucoup plus qu’il y a 5, 10 ou 15 ans. Et c’est grâce à Asmodee qui promeut le secteur de façon professionnelle : Ils font parti des premiers a avoir payé leurs animateurs (encore aujourd’hui, quasiment aucun autre acteur ne paie les animateurs !!), ils sont présents sur tous les événements ludiques, et paient les organisateurs pour ça, ils forment leurs animateurs (c’est les seuls à le faire à ma connaissance) …

    Tu parles de FunForge et Agricola ? Genre, le version de Agricola qui est en rupture éditeur depuis 6 mois ? Et que dire de Patchwork qui est en rupture depuis encore plus longtemps …

    FunForge a décidé de s’auto distribuer, car ils gagnent plus d’argent en vendant moins de jeux de cette manière. Pourquoi pas, c’est un stratégie. Mais je ne vois pas le rapport avec le grand méchant Asmodee. 🙂

    1. J’avoue que j’attends depuis longtemps mon extension 5ème joueur x) Elle devait être prévue une demi année voir un an max après la sortie il me semblait :/

    2. Je ne reste pas persuadé que tirer à boulet rouge contre Funforge ne résolve quoi que ce soit ni ne participe à se poser certaines questions cruciales soulevées dans l’article

      C’est peut-être même inquiétant de dire: vivement qu’Asmodée rachète / reprenne le plus de jeux possibles, comme ça on sera enfin bien distribué

      Ne pourrait-on pas voir le problème inverse? Est-ce que la position dominante d’Asmodée ne rend justement pas le travail des autres éditeurs beaucoup plus difficile et tendu? Je parle en terme de trésorerie. C’est peut-être cet état de fait qui a freiné Funforge dans sa distrib peut-être parfois insouciante ou inconséquente

      Épiphénomène d’un problème plus vaste?

    1. Oh non, tu as raison!

      D’autant que plus Asmodée se renforce et plus d’autres s’affaiblissent

      En position de force, ils n’auront qu’à « se baisser pour ramasser » les éditeurs slash distributeurs bien contents slash pressés de vendre. E.g. Mayfair exsangue

      Pas de bonne augure pour la suite…

      Merci pour ton incisive réaction atom

      On joue aux jeux des devinettes atom? Tes pronostiques sur les prochaines acquisitions?

      1. Je les vois bien prendre blue orange d’ici quelques années (en tout cas comme objectif caché). Peut-être pas pour 2018, mais ça serait un gros coup car ils ont un catalogue très intéressant.

  5. Après la lecture de l’article, je ne m’avoue pas convaincu… En quoi la croissante d’Asmodée rend le marché plus précaire?
    J’ai plutôt l’impression que le marché se professionnalise, en partie grâce à eux, à leur distribution et à leur communication. Sauf erreur, il y a maintenant davantage de personnes qui vivent du « marché » du jeu de société qu’il y a quelques années, aussi bien au niveau des auteurs que des éditeurs… Peut-être que cela aurait été encore mieux sans Asmodée, mais rien ne le prouve…
    Par ailleurs, si j’en crois les échos de quelques auteurs/éditeurs glanés çà ou là, tous ne perçoivent pas Asmodée comme le grand méchant, mais plutôt comme un acteur constructif. Je n’ai d’ailleurs pas vraiment l’impression que, malgré les rachats de l’ogre, il y a moins d’éditeurs; j’ai plutôt de sentiment qu’il y en a de plus en plus (Pixie, Red Joker, Boite de jeu, …)
    Ensuite, je n’ai pas bien compris le sous-entendu sur Ystari. Ystari n’aurait rien sorti depuis 2 ans à cause d’Asmodée ? Oo ? Ou bien la pique est gratuite ?
    De plus, la comparaison avec la bd aurait un sens si il y avait également un acteur majeur en train de tout racheter. Mais comme ce n’est pas le cas…
    Finalement, en l’absence d’études comparables à ceux de la bd sur le jeu de société, cet article me semble plus l’expression d’un ressenti ou d’une crainte qu’une réalité objective. 🙂

    1. Il n’y aura jamais de réalité objective. Est-ce que vous considérez les chiffres sortis par les états généraux de la bédé comme… objectifs? Alors qu’ils n’ont obtenus les réponses que de certains auteurs, et pas de tous? Est-ce qu’un échantillon de 50-60% permettent d’acquérir une… réalité objective? Prenez les sondages par exemple

      La comparaison bd-jeux a un sens, pour moi, parce qu’elle relève justement les problèmes liés à la concurrence. Plus de produits = moins de revenus. Pareil avec le marché du jeu. Et n’oubliez surtout pas qu’Asmodée, en plus d’être éditeur, et également et surtout distributeur. Avec une position dominante pour imposer leur catalogue dans les boutiques spé et grande surface

      Vous dites: « si j’en crois les échos de quelques auteurs/éditeurs glanés çà ou là, tous ne perçoivent pas Asmodée comme le grand méchant, mais plutôt comme un acteur constructif. » J’aimerais bien connaître vos sources et les éditeurs non-distribués par Asmodée qui le disent. Cela me paraît tellement impossible

      Et quand vous dites: « Je n’ai d’ailleurs pas vraiment l’impression que, malgré les rachats de l’ogre, il y a moins d’éditeurs; j’ai plutôt de sentiment qu’il y en a de plus en plus (Pixie, Red Joker, Boite de jeu, …) » c’est exactement ce qui est dit dans l’article! Et c’est plus qu’une impression, les chiffres le relèvent. Plus d’éditeurs. Plus d’auteurs. Plus de jeux. Après, en effet, et vous avez entièrement raison. Au contraire des états généraux de la bédé il n’y a aucune étude qui est sortie sur la situation économique des auteurs et éditeurs, et c’est bien dommage

      Mais

      Mais les études sur la Longue Traîne sont sortis. Et ils ne peuvent qu’être proches du jeu de société qui est aussi un produit culturel. Combien de Boite de Jeux, un éditeur très spécialisé, vendus pour du FFG, plus mainstream?

      Après, pour Ystari, oui, c’est une putain de grosse pique. Ystari nous manque grave à tous!

      Merci pour votre commentaire très critique et éclairé

      A très vite sur Gus&Co

      1. Vos propos semblent pour le moins contradictoire….

        Au départ, vous critiquez le fait que Asmodée continue de tout dévorer en rachetant des éditeurs, pour finalement admettre qu’il y a de plus en plus d’éditeurs, et que cela est un problème, car « Plus de produits = moins de revenus »

        Donc, en rachetant des éditeurs, Asmodée et donc en diminuant leur nombre, Asmodée ne lutte-t-il pas contre la précarité que vous dénoncez ?
        N’y aurait-il pas eu encore plus de jeux si Asmodée n’avait pas racheté ces éditeurs, et donc encore plus de précarité ?

        Bref, je reste sur l’impression que votre crainte me semble pour le moins non étayée par des véritables arguments…

        1. Je vous invite à lire notre article sur les analyses marketing de la Longue Traine, tout le propos tenu ici deviendra plus clair et vous comprendrez mieux notre approche (qui ne se targue pas d’être une doxa non plus)

          À très vite pour d’autres échanges passionnés

      2. Par ailleurs, il me semble que les auteurs et les éditeurs qui ont connu l’expérience du rachat par Asmodée sont bien placés pour dire si leur situation est plus ou moins précaire, et s’ils sont ou non plus satisfaits ?
        Ou bien ne faut-il croire que ceux qui vivent dans la crainte de ce qu’ils n’ont pas encore vécu ?

    2. Mais veuillez accepter mes excuses si vous avez l’impression que j’essaie de vous convaincre ou de dire que mes arguments sont plus valables que les vôtres. Vous êtes en droit de croire et de dire qu’Asmodée fait vraiment du bien au marché

      Perso, en utilisant ces deux études (Traîne + bd), je dis juste: non

      Je respecte et comprends votre avis. Mais j’en ai un tout autre

      Vous avez raison, j’ai tort. Ou le contraire

      Et le point Godwin, il arrive quand? 😉

      1. Je pense que vous avez assez d’expérience pour savoir que, même si on ne change pas d’avis, un échange peut amener à nuancer ou modérer ses propos.

            1. Disons que notre passionnant échange et mon argumentaire reposent sur cette riche étude de Longue Traine qui témoigne du danger de position dominante d’Asmodée

              Dire qu’Asmodée fait vraiment du bien au marché me semble insolite. Encore une fois, la preuve à Essen 2017 dans la halle 1… vivement 2018, ça va être le festival!

              Merci pour le temps que vous investissez dans cet échange

            2. Je ne suis pas d’accord avec toi Gus. et l’étude que tu utilises est peut être biaisée. Perso si je débats, c’est parce que j’affine mon avis selon les arguments qui sont portés. Il n’est pas rare que mon avis change parce que j’ai examinés des arguments qui changent radicalement la donne, des arguments que je n »avais pas entré dans mon logiciel. D’ailleurs il y a plein de sujets ou je n’ai pas un avis tranché,parce que le sujet est trop complexe pour dire oui je suis contre ça ou pour ça.

              Le seul point ou je ne bougerais certainement pas, c’est quand ça concerne mes gouts, parce que c’est pas discutable c’est un ressenti 🙂 (Settlers c’est nul !) 🙂

  6. Ah, je vois : on fait un Gus and Co. fait un beau discours sur sa volonté d’independance, ne veut pas de dons pour ne se sentir redevable de rien, et paf, ça se brade à Asmodee !
    Bel esprit !
    Chaque homme à un prix, je connais désormais le vôtre…
    😀

  7. Non juste des rumeurs que je ne vais pas colporter, mais qui sont tellement prévisibles en ce moment.

    C’est pas le rachat qui me gênes, c’est le fait que ça touche des jeux édités par un autre éditeur, ça veux dire qu’à un moment donné, on peut mettre de l’argent sur la table et « piquer » des jeux à un éditeur.

    Les rachats c’est dans l’air du temps et c’est compréhensible aussi. il y a énormément d’acteurs (éditeurs et distributeurs). Je ne sais pas si c’est possible, mais certains gagnerait a s’organiser en coopérative, j’ai le cas de boutiques qui ne commandent pas tel jeu parce qu’ils n’ont pas de quoi faire une commande, donc tant pis ça reste en rupture et le client se lasse et commande sur internet. j’évite autant que faire se peut de commander sur le net, mais dans ma petite ville, je n’ai pas le choix, sauf si je veux acheter les grosses ventes ou les jeux des gros distributeurs.

    Pour moi, à terme il va y avoir de la casse, après je ne jouerais pas au pronostic, ça serait trop hasardeux. pour les joueurs ça ne change rien et même certains sont contents car quelques titres sortiront peut être plus vite( der Kolonist), mais à terme des jeux comme Colonist seront t’ils financés par asmo ?

    humainement quand il y a un rachat il y a aussi de la casse chez les salariés, j’ai pas oublié Filosofia

    Pour info Funforge vient de perdre :

    http://lookout-spiele.de/spiele/
    – Fight for olympus
    – Agricola
    – Patchwork
    -Grand Austria Hotel
    – Tranbhan

    Et je parle pas des opportunités sur les caverna et autre jeu de Uwe.

    et Isles of Skyes chez Mayfair ( je ne souviens pas du reste et le site est en maintenance).

    et si je ne me plante pas Bonhanza appartient à Gigamic, ainsi qu’un jeu de cartes avec une méca a la splendor.(légende des dragons ou un truc du genre.

    Comment ça va se passer pour tous ces jeux ? Est-ce qu’il vont directement passer chez asmo ou le contrat va aller à son terme ? Si c’est direct chez asmo ça veux dire qu’il y aura une compensation financière pour Funforge je pense. Funforge va t’il continuer à traduire l’ext de Isles of skies par exemple ?

    1. Cette idée de coopérative intra-éditeurs est justement en train de se monter Cyril, tu as eu une excellente idée / proposition. Certainement pour contrer l’ogre. Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Dans ce cas précis, ensemble on résiste mieux. Dans l’idéal…

      Merci pour la liste. Funforge avait aussi prévu de traduire la version deux joueurs de Caverna, Cave vs Cave. Là du coup ça sent le sapin…

      1. oh ça m’intéresse (la coop intra éditeur) C’est dans l’ordre des choses pour se renforcer. c’est comme ça que les magasins bio ont crée biocoop (enfin presque^^). Je suis a fond pour ça, c’est plus écologique.

  8. Bonsoir,

    Souvent en accord avec vos analyses Gus mais celle-ci me semble dogmatique et déterministe, accrue par votre acharnement à penser que le débat est clos dès lors qu’on expose des arguments contradictoires.

    Indépendant et ouvert d’esprit, votre blog manifeste un regard différent de ce que je peux lire ailleurs. Malheureusement, Asmodee me semble une cible trop facile.

    Le géant propose aussi des avantages à ce nouveau marché qu’est le jeu de société (diffusion élargie, distribution massive, réel sav rapide et efficace…). Ils apparaissent peu à la lecture de l’article. En plus, un géant européen dans ce domaine… pour une fois que les Américains ne sont pas devant !

    La comparaison avec la BD est intéressante mais celle avec le jeu vidéo peut venir en contradiction avec votre analyse. Les éditeurs indépendants existent et développent de nombreux projets. Les gros éditeurs sont nombreux mais ils n’écrasent pas la création malgré leurs chiffres astronomiques (Rockstar !).

    Enfin, Funforge perd des jeux… mais ne se sont-ils pas déjà perdus eux-même ?

    Je vous invite à revoir leur campagne kickstarter de Tokaïdo et leur récente campagne pour l’édition de l’artbook. Leurs réponses sont poilantes ! Et ce n’est pas les seules critiques que l’on peut leur faire…

    Dernier point : est-ce intelligent de vendre son jeu le plus rentable à un autre éditeur ? C’est se tirer une balle dans le pied en souriant ? Je ne pense pas que ce soit la faute à Asmodee !

  9. Quand Plan B, distribué par Asmodée,achète Eggertspiele,ça affaiblit grandement le catalogue de Gigamic,qui perd la quasi totalité de ses jeux gamers. Idem ici pour Fun Forge.
    Et ça peut finir comme Edge,qui,une fois FFG perdu,ne pouvait qu’àson tour se laisser racheter.

    Pourquoi ? Parce qu’un catalogue avec peu de titres empêche les boutiques de commander régulièrement et donc d’avoir un stock régulier pour leurs clients. Elles en finissent par ne plus commander ou les seuls titres qu’elles ne peuvent vraiment pas occulter et se limitent de plus en plus à Asmodée.

    Tout ça asphyxie donc petit à petit boutiques et distributeurs,et Asmodée, s’il venait à décider de changer les règles, verrait alors les boutiques accepter ou disparaitre.

    L’effet est donc négatif, mais ne se voit pas vraiment du côté des joueurs, je pense.

    On verra bien ce que tout ça donnera au final dans les années à venir…

    1. Si, ça commence à se voir côté joueurs ; un exemple :
      Les jeux Lookout étaient très rapidement disponibles en anglais.
      Pratiquement en même temps que la VO en allemand.
      Exemple : Nusfjord ou Riverboat, pour ne parler que du dernier Essen.
      Maintenant, ça ne sera plus le cas…
      Il faudra attendre une hypothétique VF, si tant est qu’elle voit le jour…

  10. Je ne vois rien d’étonnant ici, mais la suite de très nombreuses acquisitions pour enrichir le catalogue asmodée et posséder tous les studios les plus en vogue du monde.

    Pour information il n’y a qu’une acquisition car Mayfair avait déjà fusionné avec Lookout il y a quelques temps, c’était donc une rachat unique.

    Asmodée étend son empire, impose sa loi, ça vous choque/étonne ? C’est une grosse boite avec des actionnaires en bourse derrière…

    1. Tu as raison Fab, on a méchamment tendance à oublier qu’Asmodée a lui-même été racheté en par Eurazeo depuis fin 2013. Il est bien loin le temps d’un éditeur tenu par des passionnés.

      Asmodée se doit de faire du chiffre pour ses actionnaires. Les fusions et autres rachats font donc partie de logiques financières évidentes et prédatrices

      En tout cas, chapeau bas, ils défoncent tout les mecs:

      Asmodée

      La source

  11. @af 13
    Heuresement qu il existe encore des sites comme gus and co car quand on voit le traitement de la même info sur TT … pas de sens critique, on nous dit comment il faut comprendre l info, c est juste risible: heureusement que je peux encore penser par moi même ! Ce shop d asmodee m exaspère à titre perso

    1. Boaf après Greg, au contraire de TT qui est une vitrine commerciale, nous n’avons aucun enjeu ou prétention. Disons que nous présentons tous deux d’autres perspectives. Je ne pense pas qu’il faille nous comparer. Ça serait comme comparer un ours et un lavabo. Les deux sont blancs (parfois) 😝

      Merci pour votre intervention Greg

    2. Je trouve en effet que TT ne s’arrange pas…
      De moins en moins de sujet de fonds, les échanges y sont discourtois, et ce n’est clairement plus qu’une vitrine pour le géant Asmo qui, je pense, à l’instar des Ogres de légendes finira par bouffer ses enfants adoptifs.

  12. Il y a un élément à ne pas oublier: Asmodée appartient au fond d’investissement Eurazeo. Tant qu’Asmodée achète les autres acteurs du jeu la valorisation de la société s’accroît. Quand Asmodée aura tout raflé ou presque, il ne restera que la vente de jeux pour consolider l’aspect financier et cela sera sûrement insuffisant aux regards des actionnaires car la courbe de capitalisation va s’aplanir et certains vont aller voir ailleurs. Ce qui va aider ce système à perdurer c’est la création continue de start-ups du jeu. Et ainsi l’édition artisanale ou kick-startée aura un seul but: sortir un carton pour attirer le loup dans la bergerie et négocier un rachat. Les heureux vendus se compteront chaque année sur les doigts d’une main et les autres et leurs jeux tomberont dans l’oubli. On est en plein dans le modèle du GAFA. Est-ce bon pour le client, est-ce bon pour les salariés (pensez aux économies d’échelle), est-ce bon pour les auteurs?
    Je tiens à préciser que la grande majorité des animateurs Asmodée étaient jusqu’il y a peu payés en boîtes de jeux! Belle moralité! Les services fiscaux s’étant intéressés à ce petit manège tout ce qu’il y a de plus illégal, ils sont maintenant défrayés mais la plupart ne sont en aucun cas des salariés. Les grosses boîtes à fric savent au mieux exploiter les passions des bénévoles pour se remplir les poches.
    my2cents

    1. Merci Seb pour votre intervention

      Nous étions également soutenus par Asmodée. Le deal: mettre leur bannière et porter leurs t-shirts lors de nos événements en échange de jeux. Qu’ils ne nous envoyaient jamais, en disant qu’il fallait demander directement aux éditeurs qu’ils distribuaient (les leurs y compris), eux ne pouvaient pas le faire directement. Autrement dit, nous leur faisions de la pub sans aucun retour. Après 6-8 mois on les a envoyés balader, faut pas pousser grand-mère dans la fondue, surtout quand le caquelon est chaud (expression suisse)

      … « Les grosses boîtes à fric savent au mieux exploiter les passions des bénévoles pour se remplir les poches. »…

      On ne peut pas mieux dire Seb

      A très vite sur Gus&Co

  13. eh bien pour répondre à la question « que va t’il se passer en 2018 » : une dépêcheReuters du 9/5 annonce que Asmodée est en vente, après avoir raflé le max, vu qi’il ne restait plus rien de juteux, les actionnaires ont dit stop…

    1. Très juste, vous avez raison, en effet, Reuters l’a annoncé ici il y a quelques jours.

      Maintenant, en ce qui concerne l’interprétation, la raison de la vente, c’est une possibilité. On peut également le voir sous un autre angle.

      Eurazeo, qui détient encore pour l’instant Asmodée, mais plus pour longtemps, donc, est un fond de placement. Asmodée est tout en-haut, sa valeur est extrêmement élevée. C’est le bon moment pour vendre. Comme on dit dans la finance, buy low, sell high. C’est exactement ce qui se passe. Selon la vente, Eurazeo aura réussi à faire fructifier l’entreprise et son investissement. Eurazeo s’en tape le coquillard, des jeux de société. Tout ce qu’ils cherchent, c’est réaliser de juteux rendements. C’est chose faite avec Asmodée. Ils l’ont acheté pour 145 millions en 2014. Ils vont revendre à 1.5 milliards. Joli profit (source ici)

      Pas cool pour Asmodée et ses employés, éditeurs (il y en a un paquet), distributeurs (il y en a aussi un paquet), qui doivent se sentir pris dans la tourmente. Dans la tournante, même…

      Merci pour votre intervention! Vous, comme moi, comme tant d’autres, sommes bien curieux de connaître le futur acheteur: Hasbro? Mattel? Plan B (une belle revanche. Après avoir été rachetés par Asmodée, ils… rachèteraient… Asmodée? lol)? Un autre fond d’investissement?

      Sinon une autre idée: on lance un KS pour tous racheter Asmodée. Si on s’y met tous, on peut y arriver 1,5 milliards d’euros quand même… (la source ici)

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