Critique de jeu: Nusfjord. Pas un millésime, mais

A l’ère des nombreuses sorties ludiques et des choix drastiques à opérer, notre patience de joueuses et joueurs a ses limites. Pur placement d’ouvriers, Nusfjord manque de croustillant

  • Date de sortie: octobre 2017
  • Auteur: Uwe Rosenberg (Agricola, Caverna)
  • Illustrateur: Patrick Soeder
  • Editeur: Lookout pour la VO en allemand. Mayfair pour l’anglais. VF?
  • Nombre de joueurs: 1 à 5 (optimum 4)
  • Age conseillé: dès 12 ans
  • Durée: 20 minutes par joueuse et joueur
  • Mécaniques principales: placement d’ouvriers, gestion de ressources

Nusfjord, de quoi ça parle?

Le contexte tient dans une phrase: comme propriétaire d’une compagnie majeure de pêche sur l’archipel du Lofoten (Norvège), votre but est de développer et étendre le port et la nature environnante

Voilà

Comme souvent avec Uwe, le contexte n’est pas très, très sexy. Dans Nusfjord, on part pêcher, on brasse du poisson, on engage des aîné·e·s, on déforeste. Rural, le contexte préféré de l’auteur

Pas très fun, pas très immersif, pas très intégré. Le contexte est posé, après, pour le reste, c’est surtout de la gestion de ressources

Kudos à l’auteur d’avoir placé des seniors comme personnages aux pouvoirs spécifiques. Comme quoi, on peut être vieux et super utile (je dis ça parce que je m’approche dangereusement de la cinquantaine 😄)

Et comment on joue?

Au tout début de son tour, et pratiquement en simultané, on prend autant de pièces « poisson » qu’indiquées en fonction du nombre de ses bateaux de pêche. Plus on en a construits et plus on en ramène. Logique

Cette ressource « poissons » sera alors partagée et distribuée à gauche à droite entre différents emplacements de son plateau personnel avant d’atterrir enfin dans sa réserve personnelle. Ce poisson sera nécessaire pour construire (?) et pour activer ses aînés. Faut bien les nourrir. Une gestion à flux tendu

Ensuite, chaque joueuse et joueur place l’un de ses pions « ouvrier » sur le plateau central ou sur l’un·e de ses aîné·e·s pour obtenir une action: construction, déforestation, reforestation, acquisition d’un·e aîné·e. Sachant que certaines actions ne peuvent contenir qu’un seul pion. Voire plus à plus de joueuses et joueurs

Vient ensuite une phase de maintenance en simultané pendant laquelle on retire ses pions et on déplace son bateau du tour pour déterminer le ou la première joueuse du prochain

Voilà, c’est tout

Simple, fluide, banal. Très banal

nus1

Et comment on gagne?

A la fin de 7 manches on totalise les PV présents sur ses bâtiments, sur ses bateaux et son argent récolté. Pas plus compliqué que ça

Il va donc falloir bien gérer son argent et surtout ses ressources pour parvenir à construire les bâtiments les plus lucratifs

Rien de transcendant

Interaction?

Comme la très grande majorité des jeux d’Uwe, la seule interaction réside dans le blocage des lieux d’action

Et encore, dans Nusford c’est assez peu prégnant puisque au fur et à mesure que le jeu avance, les joueuses et joueurs posséderont leurs propres aîné·e·s qui leur permettront de disposer d’actions supplémentaires

Il y a certes un malin système de banquet. Des jetons « poisson » posés par tous sur un plateau central qui permettront de nourrir slash activer ses aîné·e·s, mais c’est tout. Selon comment les gens jouent, ces poissons posés pourront s’avérer utiles

Une mécanique intéressante qui renforce l’interaction, pratiquement inexistante. Ou en tout cas polaire. Ca tombe bien, on est en Norvège 😆

Et à combien y jouer?

A la lecture des règles, extrêmement courtes, claires et didactiques, on prend conscience du nombre conséquent d’adaptations à effectuer selon le nombre de joueurs. Tout est fait pour que la sensation et l’intérêt du jeu soient relatifs à la configuration

C’est toutefois à 4 que le rapport interaction-temps de jeu est le meilleur. Moins, et l’interaction est moins forte, et à 5 le jeu devient trop long, lent

Il existe une version solo, comme souvent dans les jeux d’Uwe, avec quelques règles spéciales, mais c’est plutôt anecdotique. Ou alors juste pour s’essayer au jeu

Alors, Nusfjord, c’est bien?

C’est surtout très banal

Clairement pas le meilleur jeu de l’auteur

Mais pas inintéressant pour autant

Comme chaque année, il y a le Star Wars de décembre. L’Amélie Nothomb de septembre. Et comme chaque année, l’Uwe Rosenberg d’octobre. Il faut sortir un jeu pour Essen, c’est la règle. Le rituel. L’obligation?

Nusfjord paraît forcé, abscons, tellement il manque d’originalité. Encore un énième jeu de placement. Encore un énième jeu de gestion de ressources. Encore un énième jeu de construction

Mais pas inintéressant pour autant

Nusfjord a l’avantage principal (et… unique?) de permettre à des néophytes de découvrir les jeux de placement et de gestion tellement le jeu est fluide et limpide. Un 4/6 sur l’échelle des Gateway Games. Il s’explique en deux minutes et tout est évident, instinctif. Un gros point positif (le… seul?)

En pleine rentrée ludique, à l’ère des nombreuses sorties ludiques et des choix drastiques à opérer, notre patience de joueuses et joueurs a ses limites. Pur placement d’ouvriers, Nusfjord manque de croustillant. Vite joué, vite digéré, vite oublié. Pas inintéressant, mais de loin pas tonitruant. Les fans d’Uwe craqueront, pas les autres

Mais encore

Pour vous plonger dans l’ambiance du jeu, les îles Lofoten, tout ça, vous pouvez visionner cette vidéo

Vous pouvez trouver la VO chez Philibert

La VF ne saurait tarder

Chez FunForge?

Il y a beaucoup de texte. Sur les cartes « aînés », sur les bâtiments. Rien de chanmé, un lexique plutôt simple, mais si vous ne maîtrisez pas la langue de Trump, autant attendre la VF

5 Comments

  1. En général j’aime bien lire vos articles qui sont intéressants. C’est le premier que je lis dans lequel vous utilisez l’écriture inclusive et c’est une tannée, autant vous le dire. J’ai du m’y reprendre à plusieurs fois pour saisir certaines phrases. Sans compter les phrases alourdies inutilement à coup de joueuses et joueurs. Je ne sais pas si c’est un test de votre part ou une volonté amenée à durer. S’il s’agit de cette deuxième option je ne risque hélas de ne plus venir vous lire. Je vous donne mon simple ressenti, loin de moi l’idée de paraitre désagréable.

    1. Bonjour Nicolas

      Merci de tout cœur pour votre intervention

      Je vous invite à (re)lire et participer au débat sur l’écriture inclusive dans les jeux de société ici. De (très) nombreux commentaires passionnés!

      A très vite sur Gus&Co Nicolas

      Et merci pour votre ton très cordial et respectueux Vous auriez pu vous montrer acariâtre, irascible ou agressif. Vous avez pris la décision de rester calme, réfléchi et constructif. Merci!

    2. Personnellement je trouve cette idée d’écriture inclusive (en général, pas particulièrement sur ce site) très mal pensée. Tant de solutions possibles, et on a vu émerger la pire d’un point de vue stylistique.
      Créer un nouveau genre neutre, féminiser le genre neutre, supprimer les genres? Pourquoi faire, on va plutôt doubler tous nos sujets et compléments d’objets et insérer des points en plein milieu de nos mots. Ca va nous faire de la littérature magnifique, les auteurs de roman vont se régaler si ils se mettent à ses nouvelles règles.

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