Tiens, ça faisait un moment que nous n’avions pas publié de critique de jeu…
Pour être tout à fait transparent, ce jeu a été acheté par nos soins et pas du tout offert par un éditeur à des fins publicitaires. Cette critique n’est aucunement influencée par de sombres conspirations de groupuscules (Thierry) ourdissant dans l’ombre. Comme ça tout est plus clair.
Camel Up est sorti en allemand et anglais chez Pegasus en mars 2014 et en français chez Filosofia au mois d’août.
Camel Up est un pur jeu famililal, créé par Steffen Bogen, pour 2 à 8 joueurs (quand même) pour une durée de 20 à 30′ dès 8 ans. Vraiment dès 8 ans, voire un poil avant même.
Camel Up vient de remporter le fameux et prestigieux Spiel des Jahres, le prix suprême en matière de production ludique. Il concourrait contre deux jeux francophones, Splendor (France) et Concept (Belgique). Tout le monde s’attendait (et espérait?) à ce que l’un des deux autres gagne, et à la surprise générale, c’est le (chameau) outsider qui a remporté la course. Comme quoi, parier sur les favoris n’est pas toujours preuve de victoire…
Le thème est bien intégré puisqu’on joue en Egypte à parier sur une course de chevaux. Le matériel est suffisamment bien réalisé et adapté (les chameaux, la pyramide) pour que l’on se sente transporté en Afrique du Nord. Ne manquent plus que les odeurs de crottin. Un thème original et cohérent. Les éditeurs pourraient avoir choisi une « bête » course de chevaux, ou de voitures, mais non, ils ont préféré nous proposer une course originale de chameaux dans le désert.
Camel Up est un jeu de pari. Voilà, tout est dit. On fait avancer des chameaux, mais qu’on ne possède pas, au moyen de dés, entre 1 et 3 cases, et on parie, en gros, sur celui qui gagnera la manche. Facile. Sauf que les chameaux s’empilent, et que celui qui est tout en haut vient en premier, donc il peut avoir d’étonnants et rocambolesques retournements de situation.
Le système de pari est malin, on peut soit parier sur la manche en cours soit sur la fin de partie, sachant que plus tôt on parie plus on gagnera d’argent, il faut donc « avoir le nez creux » (expression délicieuse) et parier (juste) avant les autres. Evidemment, si on s’est trompé en fin de manche on devra payer la banque. Simple, malin et efficace. Préférera-t-on attendre pour pouvoir en savoir plus sur l’issue de la course, ou vaut-il mieux prendre plus de risques pour empocher plus? Tout le principe du pari, en somme.
Les règles très brièvement expliquées
D’ailleurs c’est marrant, Camel Up me fait un peu penser à Top Race de Wolfgang Kramer (tout seul cette fois) sorti en 1996, ressorti également chez Pegasus en 2008, un jeu de course de formule 1 mais surtout de pari. En moins familial et fun que Camel Up par contre.
Alors franchement, chapeau bas Pegasus. Le matériel est juste excellent, les cameeples (et paf je viens d’inventer un nouveau nom), les superbes illustrations, et la pyramide qui contient les dés est vraiment sympatoche. Oui car en fait quand on lance un dé pour faire avancer les chameaux on ne sait pas celui qui va sortir, surprise. Cette pyramide est très bien foutue / ingénieuse.
Un peu délicate à monter, mais même les plus maladroits devraient y arriver (je dis ça pour moi). En fait, elle fait office de tour à dés, mais en forme de pyramide (pour vous marrer un brin, allez jeter un œil à la bédé les Hard Gameurs de Zod et leur tour à dés).
Petit détail défavorable, mais c’est souvent / toujours le cas chez Pegasus, aucun thermoformage pour ranger le tout, juste une simple boîte, c’est un peu tristounet, et très germanique. Quand on compare les espaces de rangements de Camel Up et Splendor on pleure de ses yeux.
Bonne interactivité, sans plus, surtout dans la course aux paris. Puisque les chameaux n’appartiennent à personne on ne peut pas vraiment s’en prendre aux autres. Mais l’ambiance à la table (j’y reviendrai) est telle qu’au final on passe un moment très convivial. Et surexcité.
Familles: oh oui, Camel Up est surtout prévu pour eux. Les jeunes et moins jeunes y trouveront leur compte et s’amuseront beaucoup.
Party Gamers: mais pourquoi pas non plus en fait, car l’ambiance de pari à la table pourra très bien s’échauffer et on se sentirait presque dans un PMU /hippodrome. Donc très party-game, au final.
Casual: mais pourquoi pas non plus, en fait, juste pour changer des jeux plus exigeants / cérébraux / profonds. Juste pour « s’aérer la tête » et jouer à un jeu court et léger, certes, mais extrêmement drôle et tendu.
Core gamers: évidemment plutôt non, puisque les « gros » joueurs préfèrent des jeux au hasard très contrôlé voire inexistant, histoire de pouvoir tout planifier, mais toutefois cependant néanmoins or je vous propose de relire la catégorie « casual », car si je me considère comme un gros joueur j’ai quand même pris beaucoup de plaisir à jouer à Camel Up. Suis-je un traître?
Camel Up est un très bon jeu, et un très bon jeu familial.
Voilà, tout est dit. Très familial. Ce qui veut dire que tout le monde peut y jouer, et y gagner, qu’il y a par conséquent beaucoup de hasard. Vu la pyramide, on ne connaît pas le dé qui sortira, et on ne contrôle pas les dés (pas comme à Troyes ou à Bora Bora par exemple). Donc on ne contrôle pas grand chose. On peut quelque peu essayer d’influer sur la course en posant des ralentissements (mirages) ou des accélérations (oasis), mais on ne sait évidemment pas quel chameau tombera dessus, question de pari là également.
En fait, c’est vite vu, quand on joue à Camel Up on peut s’amuser à calculer les probabilités, et donc parier en fonction, mais les probabilités ne sont pas tout, comme pour le Spiel, on doit s’attendre à de gros retournements de situation.
Camel Up risque de décevoir les joueurs qui s’attendent à un « gros » jeu de course, ou de pari stratégique, alors qu’il n’en est rien, Camel Up est avant tout un jeu fun, très fun, dans lequel on prend beaucoup de plaisir à voir les chameaux avancer, et s’empiler.
Pour être honnête avec vous, je l’ai acheté d’occasion chez Philibert, pour 2 euros de moins quand même attention, pas très convaincu lors de ma commande, je ne l’aurais jamais acheté à son prix normal. Une fois arrivé, j’ai eu pourtant énormément de plaisir à y jouer. En fait, parfois ça fait du bien de jouer juste pour jouer, pour s’amuser, et pas pour se prendre la tête à préparer ses 17 prochains coups. Et en cela Camel Up est juste excellent.
Certes, il ne va certainement pas rester dans la tête des gens comme le meilleur Spiel de tous les temps, il ne va pas marquer les esprits comme un Dominion, par exemple, mais je dois avouer que pour une fois, de manière tout à fait présomptueuse, prétentieuse et péteuse, je rejoins entièrement le choix du jury de cette année. Camel Up est familial, fun et bon. Et même les joueurs les plus exigeants pourront l’apprécier à sa juste valeur, pour un jeu de pari plein de rebondissements, i.e. sans beaucoup de contrôle mais avec quelques calculs de probabilités et estimations.
Beaucoup de francophones sont déçus et pensent que Splendor ou Concept aurait mérité de gagner le Spiel, d’autant que Camel Up ne s’est pas tellement fait connaître auprès du public francophone, beaucoup aujourd’hui ne semblent pas convaincus par Camel Up. C’est en tout cas le premier effet que ça m’a fait en apprenant la nouvelle perdu au fin de l’Ardèche:
Et après plusieurs parties, je dois revenir sur ma toute première impression / réaction. Autant j’ai beaucoup apprécié ses deux concurrents, autant je trouve au final que Camel Up méritait de gagner. Encore une fois, je trouve qu’il s’agit d’un excellent compromis entre party game, calculs de probabilités / paris tactiques / prises de risques et jeu purement familial.
Le matériel, la pyramide, les cameeples, les illustrations.
Le thème, bien intégré et original.
Le système de double pari: on parie sur la manche, mais également sur la fin de partie, et plus on parie tôt plus on gagnera de l’argent (pour peu qu’on ait eu raison).
Les règles hyper fluides, claires et simples, elles se lisent, s’apprennent et s’expliquent en 2 minutes, montre en main.
L’ambiance à la table. On dirait un party-game camouflé en jeu de plateau. A moins que ça ne soit le contraire.
Des parties à 4-6 joueurs, dans lesquelles on a un mini-contrôle mais pas trop.
La joviale illustration à l’arrière du plateau. Petite attention sympathique de l’éditeur.
Pas d’espace de rangement. Mais je pinaille. Camel Up fait quand même très 1997 avec sa boîte en carton toute simple. Vous avez des éditeurs qui se cassent les nouilles pour nous proposer des boîtes intelligentes et pratiques, genre DoW, Space Cowboys, Libellud, Gameworks (tiens, mais il existent encore?), alors que d’autres ne se foulent pas, et là la liste est plutôt longue…
Des parties à 2 pas très fun. Plus de contrôle évidemment, mais le jeu perd tout son sel. Des parties à 7-8 vraiment… comment dire… bordéliques. Mais du coup du vrai portnawak comme disent les jeunes d’aujourd’hui. Attention, je ne dis pas que les parties à 7-8 seront mauvaises, juste qu’elles seront vraiment très très chaotiques.
Que toute la francophonie ait envie de m’amputer les cheveux maintenant que j’ai dit que Camel Up méritait amplement de gagner le Spiel.
















