Lex Arcana : Rome n’est jamais tombée, et c’est tant mieux
🏛️ Et si Rome n’était jamais tombée ? Lex Arcana débarque enfin en VF chez Studio Agate. Uchronie, magie divine et Custodes en mission.
Article écrit par :
Chab
Lex Arcana, l’Empire est toujours debout !
⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
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L’essentiel en 3 points :
- Lex Arcana débarque enfin en français chez Studio Agate, avec une traduction et un matériel superbement réalisés.
- Le jeu propose une uchronie où l’Empire romain a survécu grâce à la magie divine.
- Le système à dés modulables, la longue gamme de suppléments et les deux dernières campagnes méta donnent à la gamme une vraie ambition sur la durée.
Rome ne devait pas survivre à 476. Elle l’a fait quand même, et c’est là que Lex Arcana commence.
Après avoir épluché tout ce qui a été fait jusqu’ici sur le jeu de rôle français Imperator, il est temps de regarder la concurrence directe de plus près. D’autant plus que cette dernière ne se contente plus d’être éditée en italien ou en anglais : la version française a débarqué dans nos boutiques il y a quelques semaines.
Explorons donc l’Empire éternel de l’Alpha à l’Oméga, de sa version française tout juste sortie jusqu’à la dernière fournée de suppléments en anglais fraîchement livrés aux backers par l’éditeur italien d’origine, Acheron Games.
De son origine à sa chute programmée…
L’Empire romain, vous connaissez ?
Vous ne voyez pas de quoi je parle ? Il existe une foule de sites pour découvrir cette civilisation, l’une des plus puissantes de l’Antiquité. Elle naquit en 753 avant notre ère et finit par disparaître en 476, après une longue agonie.
Ayant conquis l’ensemble du bassin méditerranéen, une partie de l’Europe de l’Est et une portion des îles britanniques, elle régna sur la majeure partie de l’Occident durant près de treize siècles avant de s’effondrer pour diverses raisons : pollution, crise économique, crise politique, frontières chahutées par les pays voisins… Ça ne vous rappelle rien ?
Si vous cherchez la facilité, on vous en a déjà proposé un résumé historique et ludique.
Un empire qui n’a pas décliné
Ce sont les Italiens d’Acheron Games qui portent ce projet depuis un bon moment déjà, même si la première édition date de 2018, chez un autre éditeur italien : Quality Games S.R.L. En 2020 sort la seconde édition du jeu, simultanément en italien et en anglais. Le succès dépasse le simple succès d’estime, ce qui permet à Acheron de pousser bien plus loin le suivi de la gamme.
L’idée de départ de Lex Arcana : une uchronie dans laquelle l’Empire tient toujours debout. Un peu par magie, mais surtout grâce aux dieux du panthéon romain. En effet, la divination a été largement utilisée pour prévenir les attaques extérieures comme intérieures, par l’empereur et ses conseillers. Le christianisme n’a finalement pas émergé, pas plus que le culte de Mithra, son principal concurrent à l’époque. L’Empire reste donc fidèle à ses dieux historiques. L’histoire reprend le flambeau en 476 de notre ère, alors que Theodomirus occupe le trône impérial depuis dix ans.
Les forces spéciales antiques
Les joueurs interprètent des membres d’une unité spéciale de la garde prétorienne : la Cohors Auxiliaria Arcana (cohorte auxiliaire secrète). Ils seront les Custodes (gardiens), chargés d’enquêter aux quatre coins de l’Empire pour contrer les forces surnaturelles qui surgissent ça et là et mettent en péril la Pax Romana.
Soldats surentraînés, augures maîtrisant la magie divine, diplomates orateurs aguerris, érudits aux mille connaissances ou explorateurs infatigables : vos personnages traverseront mille et une aventures pour protéger l’Empire, au risque d’y laisser leur vie. Pouvant requérir tous les avantages impériaux et n’agissant que sous l’autorité directe de l’empereur, ils devront prendre des décisions lourdes de conséquences, et parfois leurs réussites ou leurs échecs mettront en péril des cités entières, voire des provinces.
On est ici dans une uchronie fantastique où le terme « héros » prend tout son sens. De l’aventure héroïque à tous les coins de rue !
L’Alpha : une version francophone bienvenue
La bonne surprise de l’année 2025 fut la campagne de financement participatif lancée par l’éditeur français Studio Agate / Agate Éditions. Ce dernier n’est pas nouveau sur le marché et possède une solide expérience. Il est déjà à la tête de différentes gammes en VF : Les Secrets de la 7ème Mer, Les Ombres d’Esteren, Iron Kingdoms ou Bracalonia (également issu d’Acheron Games). Le catalogue s’élargit encore puisqu’ils sont à l’origine du JDR Dragons, dont la version jeu de plateau a émergé avec Fateforge. Ils sont enfin en partenariat avec Awaken Realms pour les versions JDR françaises de Tainted Grail et Nemesis. Rien que ça. Il semble donc acquis que Lex Arcana ait un avenir dans la langue de Molière, et qu’il risque par là même de faire un peu d’ombre à son seul concurrent actuel sur ce marché de niche qu’est la Rome antique : Imperator.
La version française vient tout juste d’être livrée aux backers, et franchement, le travail a été superbement réalisé. Une multitude de petits encarts viennent donner vie à différentes questions qui peuvent paraître de simples détails au premier abord, mais qui, en fin de compte, créent de l’histoire : l’effet des températures chaudes ou froides sur l’équipement général, la volée d’engagement, les langues parlées, la vie dans les castra, la monnaie impériale, la marche forcée ou la torture.
Au livre de règles s’ajoutent un écran rigide en trois volets superbement illustré, un livret d’initiation et la traduction du premier supplément de scénarios, « Les Mystères de l’Empire ».
Je suivais la gamme en anglais depuis déjà quelques années pour étoffer ma campagne d’Imperator, mais aussi par curiosité ludique — surtout pour cette seconde raison, en fait. J’aimais l’idée d’uchronie, mais le côté un peu trop commando-épique face à des démons ou des monstres à chaque aventure ne me parlait pas vraiment. Un peu comme une légion qui chasserait du Cthulhu à chaque sortie. Un poil trop basique par rapport à ce que je recherche, ou à ce que je veux faire vivre à mes joueurs et joueuses.
La face sombre de l’Empire
Ne vous y trompez pas : l’Empire éternel ressemble, à peu de choses près, à celui qui existait quatre siècles plus tôt. Ce qui signifie que certains sujets délicats restent d’actualité à l’époque du jeu : l’esclavage, la brutalité des légions, la prostitution masculine ou féminine, la torture, l’absence de démocratie, la condition féminine… Sur ce dernier point, il y a toutefois un léger mieux, mais cela reste malgré tout une excuse du jeu, une adaptation…
Je ne peux que rebondir sur l’article d’Andariel consacré à la future version de Dark Sun. Tous les éléments contextuels précités sont bien présents, et il convient d’en tenir compte. Le livre de base, lors de l’introduction à la création de personnages, aborde le sujet. D’abord en en parlant avec vos joueurs et joueuses, pour les prévenir et voir avec eux si cela ne les gêne pas, ou en quoi cela pourrait les déranger. Ensuite en traitant les différents sujets autrement que sous forme de clichés. Non, les maîtres n’avaient pas droit de vie et de mort sur leurs esclaves : la loi romaine protégeait ces derniers, a minima. Même Jules César dut se résoudre à une forme de prostitution dans sa jeunesse pour monter en grade auprès des officiers de l’époque. Une légion arrivant dans une région, ou l’exploitant, pouvait commettre des crimes ignobles envers la population locale, même si celle-ci était inféodée à l’Empire et en paix avec lui. La population pouvait néanmoins demander justice à l’autorité romaine locale. Jusqu’où la fidélité des personnages envers l’Empire, les enjeux de leur mission ou les ordres reçus peuvent-ils les pousser ?
On peut tout à fait occulter ces problématiques et garder un côté « soldats de la lumière » pour les personnages, mais je trouve que cela ne rendrait pas entièrement honneur à l’époque et à la culture dans laquelle vous comptez jouer. La version française en prend bonne note. À vous de voir, ensuite…
Un système à la carte
Le système de jeu de Lex Arcana a le mérite d’être unique en son genre… et plus intuitif qu’Imperator, je n’ai pas peur de le dire. J’ai même envisagé de changer de système à un moment, mais… Six caractéristiques ainsi qu’une liste de compétences donneront vie à votre Custode. Classique.
Le système, en revanche, est plus surprenant : pour résoudre une situation, on doit atteindre un seuil de réussite selon l’action ou la difficulté. Pour cela, notre caractéristique ou notre compétence possède une valeur. Celle-ci ne représente pas un ou plusieurs dés préétablis, mais un potentiel de dés que l’on adapte selon son envie du moment. Vos spécialités augmentent ce potentiel. Ainsi, avec un potentiel de dés de 12 pour atteindre un seuil de difficulté normal de 6, vous pouvez lancer 1d12, 2d6 ou 3d4 selon l’envie de risque que vous souhaitez prendre. Le premier sera assez aléatoire, en mettant sur un pied d’égalité la réussite critique et le fumble. Le second moyennera davantage votre résultat. Avec le dernier, vous jouerez la facilité. Il vous faudra certainement être plus aventureux pour un seuil Délicat de 9.
On nuance le résultat avec trois degrés de réussite selon le jet, ce qui affine les informations, les blessures ou toute autre conséquence pour la tablée. Un peu plus de profondeur qu’un simple binaire réussite/échec.
Enfin, la Pietas — votre volonté propre et la croyance que vous portez envers vos dieux — peut influencer les résultats de vos tentatives. Une sorte de points de Karma, de Destinée ou de Héros.
Des archétypes un peu rigides
Chaque personnage possède également certaines capacités liées à son archétype, ainsi que des compétences de divination, importantes pour le contexte mais aussi pour la suite des aventures. Ainsi, même les guerriers pratiquent un peu de magie divine…
Le seul défaut, à mon sens, se trouve dans le carcan du personnage. Je n’ai pas eu l’impression qu’il pouvait vraiment sortir de son archétype de départ, ce qui peut sembler un peu réducteur. À voir sur la longueur…
Une longue fournée de suppléments
Je ne connais pas encore la direction que prendra Studio Agate sur la VF, mais Acheron n’a pas chômé ces dernières années, avec près d’une dizaine de suppléments. Les suppléments géographiques proposent tous des informations sur les territoires traités et leurs populations, leurs coutumes, de nouvelles compétences, de nouvelles magies, de nouvelles créatures locales, naturelles ou non. Ils proposent également quelques scénarios locaux et, le plus souvent, une mini-campagne en trois ou quatre chapitres. Chaque ouvrage est doté d’une multitude de tables aléatoires afin de donner plus de vie aux visites de vos héros : cités de jour ou de nuit, bains publics, lieux mythiques et autres. Cela fourmille d’idées pour improviser ou préparer en amont. Une véritable bonne idée, qui fonctionne parfaitement !
Encyclopaedia Arcana : un magnifique supplément couvrant les voyages, le commerce, la politique et les rapports sociaux au sein de l’Empire. Un incontournable pour donner vie à vos aventures !
Mysteries of the Empire 1 & 2 : deux recueils de scénarios divers, écrits par quelques monstres sacrés du JDR, comme Mark Rein-Hagen — ni plus ni moins que le créateur du World of Darkness. Variées et indépendantes, ces dix aventures par recueil vous emporteront aux quatre coins de l’Empire.
Italia : description complète, historique et surnaturelle, des différentes régions de la péninsule italienne, ainsi qu’un retour sur l’histoire primitive de cette dernière.
Dacia & Thracia : visite en Roumanie, en Bulgarie et ailleurs. Vampires et dragons sont au rendez-vous, tout comme les ruelles tortueuses de Byzance, jusqu’à la tombe d’un conquérant illustre.
Britannia : les îles sauvages du Nord, peuplées de druides sanguinaires aux pratiques abjectes, mais aussi une quête mettant en lumière une épée pas encore légendaire, sur laquelle est gravée la sentence « Lex Caliburn ».
Aegyptus : un voyage dans le grenier à blé de l’Empire, momies et sphinx au programme. Voyage dans le désert, découverte de cité engloutie et artefacts maudits, le tout d’Alexandrie jusqu’aux côtes de la mer Rouge.
Roma : description poussée de la ville de Rome, cœur vivant de l’Empire. Services administratifs, loisirs, lieux de pouvoir impérial, forces de maintien de l’ordre : tout y est, et bien plus, pour faire vivre à vos Custodes des aventures urbaines dignes de ce nom.
L’Oméga : la fin annoncée ?…
Mais ce sont surtout les deux derniers suppléments qui me motivent le plus… Acheron Games sort ici de sa zone de confort.
Jusqu’ici, les scénarios proposés étaient variés d’un point de vue narratif comme géographique, mais sans réel lien entre eux. Un peu comme une série américaine classique qui enchaîne les épisodes sans vrai fil rouge derrière… J’exagère un peu, puisque certains suppléments proposaient déjà une petite campagne liée géographiquement.
Mais on change ici complètement de registre, en mettant en place un véritable méta-plan !
Rise of Atlantis
La mise au jour d’une race d’artisans hors pair ouvre une longue campagne qui emmènera les héros aux quatre coins de l’Empire, et même au-delà ! Dignes héritiers de leurs anciens maîtres atlantes, les Telchines sont désormais noyés dans la population romaine, et chaque port possède l’une de leurs communautés secrètes. Ils connaissent les mystères des Atlantes et ont créé des artefacts tels que le trident de Poséidon ou le sceptre d’Atlas. C’est ce dernier qui entraînera les Custodes vers les rivages lointains des survivants de la civilisation atlante.
Cette campagne m’a fait penser, dans sa structure, à la mythique campagne pour l’Appel de Cthulhu : Les Masques de Nyarlathotep — avec un prologue, un premier scénario, trois suivants pouvant se jouer dans n’importe quel ordre, puis un grand final. Cette campagne ouvre également une nouvelle série de suppléments nommée « Expeditiones », qui entraînera les héros bien au-delà des limites connues de l’Empire…
The Fall
Certainement le supplément le plus ambitieux. Comme son nom l’indique, cette campagne ne propose rien de moins que de précipiter la chute de l’Empire actuel vers de sombres lendemains… La mise au jour d’une série d’artefacts protégeant la Cité éternelle. La protection de ces reliques afin de contrer une menace divine prenant forme au cœur même de Rome. De sombres augures, et un empereur incapable de tout percevoir correctement. Un Ordo LXVI (petit clin d’œil…). Une entité divine utilisant les vices humains pour son propre compte. Tous ces éléments provoqueront la chute du pouvoir en place et l’avènement d’un nouvel ordre. Que deviendront les Custodes après cela, et quels seront leurs choix ? Lucem et Tenebras.
Cette campagne inaugure une nouvelle collection de suppléments intitulée « Annales », qui plongera les Custodes au cœur d’une longue série d’aventures appelées à changer à tout jamais l’avenir de l’Empire sans fin ! Je ne sais pas où veut en venir Acheron Games avec ce supplément (un peu, en fait, mais je ne veux pas spoiler…), mais je ne peux que saluer l’idée de bouleverser un univers établi en redistribuant toutes les cartes autrement. Rarement vu, à mon sens, mais une prise de risque osée qui, je l’espère, paiera en fin de compte.
Lex Arcana, un JDR monté comme une série d’action !
Vous aimez les séries d’action comme The Unit, Alias, Strike Back ou Special Ops: Lioness ? Vous aimez les séries de SF comme Supernatural, X-Files ou Doctor Who ? Vous aimez les films à la James Bond, Inglourious Basterds, 13 Hours ou The Ministry of Ungentlemanly Warfare ? Vous aimez les séries historiques antiques comme Rome, House of David, Those About to Die ou Spartacus ? Mixez le tout, et servez frais !
Je me retrouve un peu comme à l’époque lointaine d’Exalted, avec un JDR taillé directement pour de l’aventure avec un grand A, de l’héroïsme à revendre et de l’épique à tous les coins de page.
La Loi Secrète sur ta table
Lex Arcana est une superbe production des Italiens d’Acheron Games. Chaque supplément est magnifiquement illustré et mis en page. On tient vraiment un niveau haut de gamme sur ce coup-là ! Son arrivée en VF ne le rend que plus enivrant pour nous, et surtout accessible au plus grand nombre.
Je ne comparerai pas Lex Arcana et Imperator. Je n’ai fait que lire le premier, sans y jouer, et j’ai beaucoup pratiqué le second. Mon cœur a déjà fait son choix. Je vous laisse faire le vôtre…
À vous donc de voir si vous voulez découvrir la Méditerranée telle qu’elle n’a jamais existé dans nos livres d’histoire. De nombreuses aventures épiques vous attendent aux quatre coins de l’Empire… et bien au-delà. Tout est là pour vous lancer.
On a aimé : La version française, superbement réalisée jusque dans les moindres détails — même la marche forcée a droit à son petit encart. Rome n’a jamais été aussi bien accompagnée.
On a moins aimé : Des archétypes un peu corsetés : difficile de sortir du moule quand on est né guerrier et qu’on le restera, dieux romains ou pas.
C’est plutôt pour vous si… Vous rêvez de jouer une légion qui chasse du monstre entre deux rapports à l’empereur, et que l’idée d’une Rome éternelle vous fait déjà sourire.
Ce n’est plutôt pas pour vous si… Vous cherchez un JDR historique pointilleux sans magie ni monstres — ici, les dieux romains ont clairement décidé de garder leur boulot.
Lex Arcana ne réécrit pas l’Histoire par hasard : il la garde en vie à coups de glaive, de divination et d’un aplomb totalement assumé. Ave Custodes, et bon jeu.
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