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Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Coming of Age : Grandir n’est pas un jeu d’enfant

🎢 Revivez votre adolescence mais sans l’acné ! Coming of Age est une claque ludique et émotionnelle. Test complet d’un futur classique.


Coming of Age : Quand votre crise d’ado devient un chef-d’œuvre ludique

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.


Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :

L’essentiel en 3 points :

  • Une simulation de vie poignante où l’on grandit de l’enfance à l’âge adulte.
  • Un système unique où la frustration devient une ressource pour la victoire.
  • Un jeu expert signé Dani Garcia qui laisse une empreinte durable, malgré une courbe d’apprentissage exigeante.

Oubliez Mars et les châteaux médiévaux : la plus grande aventure, c’est de devenir adulte sans péter un câble.

Dans le vaste cosmos ludique, nous avons colonisé Mars mille fois, commercé des épices en Méditerranée jusqu’à l’indigestion et bâti des cathédrales et des villages médiévaux par centaines. Mais il restait une terra incognita effrayante, un territoire sauvage que peu d’auteurs et autrices osent explorer : nous-mêmes.

Plus précisément, cette décennie souvent tumultueuse, parfois explosive et fondatrice qu’est l’adolescence. C’est ce territoire intime que Dani Garcia, l’auteur espagnol dont l’étoile ne cesse de monter (Barcelona, Arborea), a choisi de cartographier avec Coming of Age, édité par Ludonova et sublimé par les pinceaux nostalgiques d’Edu Valls.

Sur Gus&Co, nous défendons depuis toujours l’idée que le jeu de société est un vecteur culturel majeur. Et ici, nous sommes servis ! Coming of Age est, à n’en pas douter, le premier grand Bildungsroman (roman d’apprentissage) du jeu de gestion expert. Mais ne vous y trompez pas : sous ses atours pastels et sa thématique « tranche de vie », ce jeu cache un moteur de gestion de dés redoutable, une « salade de points » neuronale où chaque choix est un renoncement.

Préparez-vous (mais allez d’abord ranger votre chambre), le voyage de l’enfance commence maintenant.

De dieu à père

Pour saisir la profondeur de Coming of Age, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’un produit marketing calibré, mais d’une œuvre mûrie pendant cinq ans. Initialement, Dani Garcia voulait adapter le jeu vidéo Black & White, nous mettant dans la peau d’un dieu élevant une créature. Mais la naissance de son fils a tout changé. Pourquoi simuler l’élevage d’un monstre quand la construction d’un humain est une aventure bien plus universelle ?

Le contexte est d’ailleurs poignant. Dani Garcia a récemment annoncé être atteint de la SLA (sclérose latérale amyotrophique) ou Maladie de Charcot. Cette nouvelle donne au jeu une gravité particulière : c’est une célébration de la vie, de la mémoire et de la transmission.

La puberté en algorithmes

Comment traduit-on le trouble adolescent en mécanique de jeu ? C’est ici que le génie de Garcia brille de mille feux.

1. La théorie des dés évolutifs (dice scaling) C’est la trouvaille thématique du siècle. Au lieu de dés statiques, vos dés grandissent, avec vous :

  • Enfance (D4) : Vos options sont limitées (maison, école, parc). La variance est faible, votre monde est petit.
  • Puberté (D6, D8) : Les années passent, le plateau s’ouvre, les possibles se multiplient.
  • Âge adulte (D10) : Accès total à la ville. Mais attention, la variance explose. Un D10 peut faire un glorieux « 10 » ou un tragique « 1 ». Cette mécanique matérialise physiquement la liberté croissante et la perte de repères.

2. La frustration : Du bug à la feature Vos dés sont vos envies. Le plateau est la réalité. Si vous forcez un dé « sport » pour aller réviser à la bibliothèque, vous générez de la frustration. Ces jetons encombrent vos pistes d’humeur. Mais via le mécanisme de coping (adaptation), vous pouvez retourner cette frustration pour en faire de l’expérience. Une leçon de vie ludique : ce qui ne nous tue pas nous donne des PV.

3. Le cerveau comme plateau (brain board) Votre plateau perso ressemble à l’interface des Sims. Pistes sociales, intellectuelles, créatives… tout est interconnecté. Vous ne pourrez pas tout maxer. Il faudra choisir quel adulte vous voulez devenir.

Tout ça vous rappelle un dessin animé ? Vice-Versa 2, peut-être ?

L’Enfer, c’est les autres (mais le Paradis aussi)

On craint souvent le « solitaire multijoueur » dans les jeux experts. Coming of Age l’évite grâce à deux astuces :

Le bonus d’amitié : Si vous allez sur un lieu où se trouve un autre joueur, vous gagnez un bonus. Le jeu encourage à suivre ses potes (« Tu vas au ciné ? J’viens aussi ! »). C’est de l’interaction positive, rare et fun.

L’arrêt de bus : Le tempo de la manche est dicté par un bus qui avance sur le plateau. Si les joueurs et joueuses se ruent sur des actions lointaines, le temps s’accélère. Une pression constante !

Un Eurogame qui a du cœur

Coming of Age est riche. Chaque décision compte : quelle émotion booster ? Quelle amitié cultiver (ou exploiter) ? Faut-il frustrer son enfant pour atteindre un objectif à long terme ?

Ce qui est fort, c’est que tout est cohérent. On s’investit émotionnellement dans la réussite de « notre » ado. Et malgré la profondeur, le jeu reste fluide et interactif.

Coming of Age, verdict

Où se place-t-il ? Plus organique que Barcelona (qui était très géométrique), plus « lourd » que The Pursuit of Happiness (qui est plus familial). Si vous cherchez la complexité d’un Vital Lacerda avec le thème des Sims, vous êtes au bon endroit.

Pourquoi 4,5 étoiles ? C’est clairement une réussite majeure. Le jeu rate la note parfaite de peu à cause d’un risque d’Analysis Paralysis (le jeu est dense, les tours peuvent s’étirer) et d’une salade de pictos qui demande un petit « Bac+5 » lors de la première partie. Mais Coming of Age est un jeu qui laisse des souvenirs, pas seulement des scores. Et n’est-ce pas là le but ultime de toute vie, réelle ou ludique ?

On a aimé : L’harmonie parfaite entre le thème et la mécanique (les dés qui grossissent), transformer sa frustration en points de victoire (une thérapie !), et la DA pastel d’Edu Valls.

On a moins aimé : Le risque d’Analysis Paralysis (cerveaux d’ados en surchauffe) et l’iconographie qui demande un petit temps d’adaptation.

C’est plutôt pour vous si… Vous cherchez un Eurogame qui a une âme, vous aimez The Pursuit of Happiness mais le trouvez trop léger, et vous voulez rendre hommage au travail de Dani Garcia.

Ce n’est plutôt pas pour vous si… Pour vous, le jeu de société doit contenir des elfes ou des lasers, et vous faites une allergie dès qu’il faut lire plus de 3 icônes à la suite.

Coming of Age nous rappelle que dans la vie comme dans le jeu, ce n’est pas le résultat du dé qui compte, mais ce qu’on en fait. Une pépite.

Très, très bon ! À condition de kiffer les très, très gros jeux !

Note : 4.5 sur 5.

  • Label Dé Vert : Non ! Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Dani Garcia
  • Illustrations : Edu Valls
  • Édition : Ludonova
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 – 4
  • Âge conseillé : Dès 14 ans (clairement pas moins !!!)
  • Durée : 90′
  • Thème : Adolescence, vie quotidienne
  • Mécaniques principales : Gestion, dés. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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