3 métropoles, 6 dieux, 1000 coups bas : Cyclades est de retour
đïž Plongez dans la mer ĂgĂ©e avec Cyclades Legendary Edition : mythologie, stratĂ©gie et batailles Ă©piques. La réédition d’une lĂ©gende !
Cyclades : Mythologie, stratégie et coups de théùtre grecs

â ïž Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communautĂ©, nous tenons Ă prĂ©ciser que cet article reflĂšte notre opinion personnelle sur le jeu. Nous nâavons reçu aucune contrepartie de la part de lâĂ©diteur du jeu. Nous avons acquis et testĂ© le jeu de façon indĂ©pendante, sans lien commercial avec son Ă©diteur. Les avis prĂ©sentĂ©s ici reprĂ©sentent notre analyse honnĂȘte et impartiale du jeu, basĂ©e sur notre propre expĂ©rience.
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En bref :
- Cyclades (Legendary Edition) revisite le classique de 2009 en intégrant habilement extensions et modernisations.
- Un savant mĂ©lange d’enchĂšres divines, de contrĂŽle de territoire et de coups bas dignes des tragĂ©dies grecques.
- Le tout dans un écrin graphique rutilant, mais pas sans quelques éclairs dans le ciel bleu.
Le retour des dieux
« Je mise 10 sur Zeus ! » « 12 ! » « 15 ! » Si ces enchÚres vous parlent, préparez-vous : la nouvelle édition de Cyclades pousse le systÚme à son paroxysme.
Cyclades â les dieux de l’Olympe, leurs crĂ©atures et les hĂ©ros grecs reprennent les armes dans une version repensĂ©e d’un classique, oĂč stratĂ©gie, enchĂšres et mythologie s’entrelacent sur les flots de la mer ĂgĂ©e.
En 2009, Cyclades dĂ©barquait tel un trident dans le monde du jeu de sociĂ©tĂ© : Ă©lĂ©gant, tactique, et Ă©tonnamment interactif. Quinze ans plus tard, Cyclades revient tel un demi-dieu bien entraĂźnĂ©, fort de ses expĂ©riences passĂ©es et d’un relooking complet. Fusionnant certains Ă©lĂ©ments des extensions Hades et Titans, cette Ă©dition entend ĂȘtre dĂ©finitive : plus rapide, plus fluide, plus belle⊠mais est-elle vraiment lĂ©gendaire ? Le chant des sirĂšnes ne doit pas nous dĂ©tourner de l’analyse : place Ă une critique aussi acĂ©rĂ©e que la lance d’Achille.
Olympe 2.0 : j’indique ainsi dans chaque partie les diffĂ©rences entre Cyclades (2009) et Cyclades Legendary Edition (2025)
| ĂlĂ©ments | Ădition originale (2009) | Legendary Edition |
|---|---|---|
| EnchÚres | Linéaires, parfois poussives | Exponentielles, plus vives |
| Extensions | Séparées (HadÚs, Titans) | Fusionnées et remaniées |
| Bùtiments | Coût en or | Gratuits = jeu plus fluide |
| Monstres & Héros | Monstres éphémÚres | Monstres persistants |
| Héros | Pas de héros (Extension HadÚs) | Déplacements héroïques |
| Plateau | Fixe | Modulaire |
Divine stratégie ou simple tragédie ?
Cyclades est un jeu d’enchĂšres oĂč l’on ne se bat pas simplement pour des territoires⊠du moins pas tout de suite. Le but ultime est d’asseoir sa domination sur l’archipel des Cyclades en installant trois mĂ©tropoles rayonnantes, symboles de votre puissance. Pour cela, vous aurez besoin de l’aide des dieux, indispensable pour rĂ©aliser vos actions.

Le prix des dieux
Chaque cycle commence par la pose d’enchĂšres en drachmes sonnantes et trĂ©buchantes pour obtenir la faveur d’un dieu :
- ArÚs permet de construire des forteresses et de recruter et déplacer ses armées.
- Poséidon fait voguer les flottes et bùtit les ports.
- Athéna donne accÚs à la sagesse en embauchant des philosophes et en construisant des universités.
- Zeus propose temples, prĂȘtresses et crĂ©atures mythologiques Ă prix discount.
- Héra (exclusivité de cette édition) est une architecte polyvalente qui distribue en plus des troupes de mercenaires.
- Apollon, lui, est gratuit mais n’accorde aucune action : un dieu pour les fauchĂ©s⊠ou pour ceux qui prĂ©parent leur retour car il permet d’augmenter ses revenus.
Le systĂšme d’enchĂšres fonctionne comme un vĂ©ritable marchĂ© aux faveurs divines. Chaque joueur doit, Ă son tour, miser ses drachmes sur l’un des dieux disponibles pour obtenir ses pouvoirs spĂ©cifiques durant ce tour. Mais attention : un seul joueur peut servir un dieu Ă la fois. Si un adversaire surenchĂ©rit sur votre offrande, vous ĂȘtes aussitĂŽt dĂ©logĂ© et contraint de faire une nouvelle offre ailleurs, en dĂ©logeant souvent un autre joueur. Toute la subtilitĂ© tactique rĂ©side dans cet Ă©quilibre instable entre vos moyens financiers, vos besoins immĂ©diats (construire, recruter, attaquer), vos projets Ă long terme (accumuler des mĂ©tropoles), et la lecture du jeu adverse. Miser gros trop tĂŽt vous expose Ă une impasse Ă©conomique, mais attendre peut vous coĂ»ter un dieu essentiel pour votre stratĂ©gie. Ajoutez Ă cela les petits coups psychologiques, les enchĂšres d’intimidation ou les bluffs camouflĂ©s, et vous obtenez un systĂšme tendu oĂč l’argent devient le nerf de la guerreâŠ
Olympe 2.0 : Dans la Legendary Edition, le systĂšme d’enchĂšres reste l’Ă©pine dorsale du jeu, mais il bĂ©nĂ©ficie d’un lifting aussi subtil que bienvenu. L’Ă©chelle des enchĂšres est devenue exponentielle, obligeant Ă des choix plus tranchĂ©s et avec moins de micro-enchĂšres qui allongeaient inutilement cette phase de jeu. On en arrive mĂȘme trĂšs facilement Ă placer des offrandes en prĂ©voyant de se faire surenchĂ©rir pour faire dĂ©penser de l’argent aux adversaires. De plus, l’intĂ©gration d’Apollon en roue de secours permanente rĂ©duit la frustration des derniers joueurs obligĂ©s de subir les restes du panthĂ©on. RĂ©sultat : les enchĂšres gagnent en dynamisme, les choix sont moins prĂ©visibles, et le tempo stratĂ©gique du jeu s’en trouve revigorĂ©. L’or reste rare, les dilemmes abondent, et les batailles silencieuses pour la faveur divine n’en sont que plus piquantes. Une modernisation mesurĂ©e mais efficace, qui polit le marbre sans le fissurer.
Une fois la faveur divine acquise, chacun doit payer son offrande. Attention Ă bien vĂ©rifier le solde de son compte. En cas de dĂ©faut de paiement, les dieux sont trĂšs fĂąchĂ©s et font disparaĂźtre la moitiĂ© de votre fortune et on refait la phase d’offrande.

BĂątisseurs de gloire
Dans Cyclades, la quĂȘte de la victoire passe par l’Ă©rection de trois mĂ©tropoles â ces citĂ©s prestigieuses qui marquent votre suprĂ©matie sur les mers ĂgĂ©ennes. Pour en construire une, plusieurs voies s’offrent Ă vous, chacune exigeant des ressources, du timing⊠et parfois un peu d’aide hĂ©roĂŻque.
La mĂ©thode la plus classique consiste Ă rassembler les quatre types de bĂątiments (port, forteresse, temple et universitĂ©) â un processus progressif mais visible, qui peut vous peindre une cible sur le dos. Au passage, les bĂątiments vous confĂšrent un bonus territorial qui rend vos troupes ou vos flottes plus fortes (forteresse ou port) ou diminue le coĂ»t d’achat des crĂ©atures (temple).
Alternativement, vous pouvez sacrifier quatre philosophes recrutĂ©s grĂące Ă AthĂ©na, une mĂ©thode plus discrĂšte mais coĂ»teuse, qui demande une gestion fine de vos drachmes et de vos opportunitĂ©s d’enchĂšres.
TroisiĂšme option : conquĂ©rir une mĂ©tropole dĂ©jĂ construite chez un adversaire, pour les amateurs d’invasion bien sentie.
Enfin, il existe une quatriÚme voie, encore plus discrÚte que les philosophes, qui passe par le pouvoir sacrificiel des héros. Je vous en parle un peu plus loin.
Ce systÚme multifacette pousse les joueurs à adapter leur stratégie, à surveiller les autres et à jongler avec opportunisme entre développement, attaque⊠et subtilité philosophique (tactique, en fait).
Olympe 2.0 : Dans la Legendary Edition, le cĆur du systĂšme des mĂ©tropoles change fortement : il en faudra trois au lieu de deux pour remporter la partie. Pourquoi ? Parce qu’un changement majeur bouleverse l’Ă©conomie du jeu : les bĂątiments sont dĂ©sormais gratuits dĂšs lors que vous avez remportĂ© les faveurs du dieu correspondant. Ce dĂ©tail, loin d’ĂȘtre anodin, fluidifie la montĂ©e en puissance des joueurs et accĂ©lĂšre la course Ă la mĂ©tropole. Par la mĂȘme occasion, cela rĂ©duit un peu l’intĂ©rĂȘt des stratĂ©gies entiĂšrement basĂ©es sur la conquĂȘte des bĂątiments et mĂ©tropoles adverses (ce que certains regretteront peut-ĂȘtre). TerminĂ© le dilemme du joueur qui devait choisir entre construire un port ou garder ses drachmes pour les prochaines enchĂšres : la progression est plus directe, mais aussi plus lisible⊠donc plus exposĂ©e aux convoitises. Ce rĂ©ajustement accĂ©lĂšre lĂ©gĂšrement le rythme du jeu et renforce la tension autour de la table : plus que jamais, il faudra garder un Ćil sur les ambitions urbaines de vos voisins⊠et vos flottes prĂȘtes Ă appareiller.

Monstres et compagnie
Dans Cyclades, les crĂ©atures mythologiques jouent un rĂŽle crucial : elles ne sont pas de simples figurines de folklore, mais des cartes puissantes qui viennent bousculer l’ordre Ă©tabli, et amĂšnent au passage pas mal de fun et d’incertitude stratĂ©gique dans la partie. Chacune a un rĂŽle spĂ©cifique qui est toujours appliquĂ© immĂ©diatement. La plupart sont immĂ©diatement dĂ©faussĂ©es.
Olympe 2.0 : Dans la Legendary Edition, un certain nombre d’entre elles, matĂ©rialisĂ©es sous forme de figurines (dans l’Ă©dition Ultimate) ou de tuiles en carton, peuvent rester sur la carte et s’y dĂ©placer pendant plusieurs tours, Ă condition que vous sacrifiez des prĂȘtresses pour les maintenir en activitĂ©. Certaines crĂ©atures sont particuliĂšrement puissantes et peuvent retourner complĂštement une partie. L’Hydre, le CerbĂšre et PĂ©gase sont de bons exemples. Les hĂ©ros ne sont pas oubliĂ©s. Certains comme Achille, Jason ou PenthĂ©silĂ©e sont particuliĂšrement compĂ©tents. Cela peut agacer les joueurs ayant soigneusement Ă©laborĂ© leur stratĂ©gie mais cela reste Ă mon avis dans l’esprit du jeu. Et puis les prĂȘtresses ne sont pas non plus si faciles Ă avoir. On ne pourra donc conserver sa crĂ©ature que 2 ou 3 tours en gĂ©nĂ©ral. Mais ça peut suffire Ă faire pas mal de dĂ©gĂąts.

Demi-dieux et mouvements de troupes
Contrairement aux crĂ©atures mythologiques qui apparaissent, frappent fort, puis repartent souvent rapidement dans les limbes du paquet, les hĂ©ros sont des unitĂ©s persistantes que l’on recrute comme des crĂ©atures, mais qui restent sur votre plateau jusqu’Ă leur mort (souvent glorieuse, parfois tragique). Apparus dans l’extension HadĂšs de la version d’origine, chacun(e) apporte deux pouvoirs.
Le premier, militaire, procure un avantage tactique permanent (bonus de combat, dĂ©tournement de troupes ou de flottesâŠ).
Le second est un pouvoir sacrificiel qui, sous certaines conditions, permet de grandement faciliter la construction d’une mĂ©tropole. Un pouvoir qui sait se faire discret si vos adversaires ne sont pas suffisamment attentifs et qui peut changer le cours d’une partie en Ă©tant jouĂ© au moment opportun, et crĂ©er des situations oĂč deux mĂ©tropoles peuvent ĂȘtre construites dans le mĂȘme tour.
L’autre avantage, non nĂ©gligeable, qu’ils apportent est de permettre de dĂ©placer vos troupes sans l’intervention d’ArĂšs. Leur coĂ»t est Ă©levĂ©, mais leur prĂ©sence continue peut en faire de vĂ©ritables moteurs de jeu et apporte une dimension tactique complĂ©mentaire tout en renforçant l’immersion thĂ©matique. Et puis franchement, qui n’a jamais rĂȘvĂ© de mener Achille ou Ulysse au combat ?
Cependant, leur utilisation, notamment celle du pouvoir sacrificiel, peut ĂȘtre un peu plus complexe Ă mettre en place que les autres stratĂ©gies. De plus, seuls deux hĂ©ros sont disponibles et ils ne sont pas remplacĂ©s tant qu’ils n’ont pas Ă©tĂ© recrutĂ©s. Enfin, ils ne peuvent ĂȘtre acquis qu’avec les faveurs d’HĂ©ra. Tout cela limite un peu leur prĂ©sence dans le jeu et ils ont Ă©tĂ© peu jouĂ©s sur les premiĂšres parties de test.
Olympe 2.0 : Dans la version de base de Cyclades, seule l’action d’ArĂšs permettait de dĂ©placer les troupes, ce qui pouvait vite se rĂ©vĂ©ler problĂ©matique pour un joueur qui ne parvenait pas, via le systĂšme d’enchĂšres, Ă accĂ©der Ă ce dieu. L’extension Titans avait solutionnĂ© ce problĂšme en proposant un dieu pour acquĂ©rir des Titans qui emmenaient en leur compagnie des troupes sans avoir les faveurs d’ArĂšs. Les HĂ©ros (issus de l’extension HadĂšs) peuvent ainsi dĂ©placer les troupes qui les accompagnent avec n’importe lequel des dieux (sauf Apollon).

La guerre selon ArĂšs
Dans Cyclades, le combat ne cherche pas la complexitĂ© mais l’efficacitĂ©. Lorsqu’un joueur remporte les faveurs d’ArĂšs (pour les batailles terrestres) ou de PosĂ©idon (pour les batailles navales) â ou d’un autre dieu si c’est un dĂ©placement hĂ©roĂŻque â, il peut dĂ©placer ses troupes, puis engager le combat s’il entre sur un territoire occupĂ©.
De mĂȘme, en ce qui concerne les zones maritimes, les dĂ©placements et les conflits entre flottes auront un impact puisque pour passer d’une Ăźle Ă l’autre, il faut toujours avoir mis en place un « pont » maritime composĂ© d’une Ă plusieurs flottes entre l’Ăźle de dĂ©part et celle d’arrivĂ©e.
Le systĂšme repose sur un affrontement en un seul jet de dĂ© par camp, auquel s’ajoute le nombre d’unitĂ©s engagĂ©es comme bonus. Le rĂ©sultat est simple : le joueur avec la valeur la plus Ă©levĂ©e remporte la bataille, inflige une perte, puis on recommence jusqu’Ă ce qu’un camp soit Ă©liminĂ© ou dĂ©cide de battre en retraite. Le hasard existe, mais reste contenu : une armĂ©e supĂ©rieure aura presque toujours l’avantage, mĂȘme si un jet chanceux peut parfois renverser un rapport de force trop serrĂ©. Ă cela s’ajoutent des cartes de crĂ©atures, des pouvoirs de hĂ©ros et/ou des bonus de bĂątiments qui peuvent influencer les combats, donnant parfois un sursaut Ă©pique Ă une offensive dĂ©sespĂ©rĂ©e. Ce systĂšme incite aussi Ă bien prĂ©parer ses attaques plutĂŽt qu’Ă foncer tĂȘte baissĂ©e. En somme, la guerre dans Cyclades est une affaire de timing, de lecture du jeu⊠et de quelques priĂšres Ă ArĂšs bien placĂ©es.

Une mer ĂgĂ©e limpide
La Legendary Edition de Cyclades modernise nettement l’aspect visuel du jeu. Les illustrations de Miguel Coimbra gagnent en clartĂ© et en dĂ©finition, tout en conservant l’esthĂ©tique antique et Ă©pique de la version de 2009. Les pictogrammes ont eux aussi Ă©tĂ© restylisĂ©s, que ce soit sur les cartes ou sur les tuiles.
Olympe 2.0 : L’Ă©volution la plus notable reste cependant le plateau de jeu modulaire : constituĂ© de grandes tuiles Ă la forme biscornue mais permettant plusieurs configurations, il permet de crĂ©er une carte diffĂ©rente Ă chaque partie, selon le nombre de joueurs. Des mises en place sont suggĂ©rĂ©es en fin de livret de rĂšgles mais ne sont pas obligatoires et l’on peut composer sa propre carte sous forme de draft. Ce changement a un impact direct sur la jouabilitĂ© : les distances maritimes, les accĂšs aux territoires et les zones de conflit Ă©voluent, obligeant les joueurs Ă repenser leur stratĂ©gie d’un affrontement Ă l’autre.
De plus, les Ăźles comportent maintenant plusieurs rĂ©gions (de 1 Ă 4), ce qui autorise plus de conflits terrestres sans avoir eu besoin de mise en place d’un « pont » maritime.
Cependant, la taille de la carte, placĂ©e naturellement au centre de la table de jeu, impose de dĂ©caler sur le cĂŽtĂ© le plateau contenant les dieux, les crĂ©atures et les hĂ©ros. L’accessibilitĂ© aux cartes des crĂ©atures et des hĂ©ros, et surtout Ă la description de leurs pouvoirs, est donc plus facile pour les joueurs qui seront du « bon » cĂŽtĂ©.

Tension sur l’Olympe
Dans les Cyclades, l’ennemi n’est jamais trĂšs loin. La taille des cartes est d’ailleurs prĂ©vue pour que les protagonistes ne soient pas trop Ă©loignĂ©s et l’action est donc largement favorisĂ©e. Entre les enchĂšres tendues, les occupations d’Ăźles adverses et les crĂ©atures perturbatrices, l’interaction est permanente. Et brutale.
Les alliances sont de circonstance⊠mais durent rarement plus d’un tour. Un joueur peut vous laisser conquĂ©rir une Ăźle avant de lĂącher une crĂ©ature dessus. Le systĂšme pousse Ă observer les adversaires, Ă anticiper, Ă frapper au bon moment.
Du duel divin au chaos olympien
Pas de mode solo
C’Ă©tait un choix dĂ©libĂ©rĂ© de Bruno Cathala. Il l’a dit trĂšs clairement sur son site internet quand le jeu a Ă©tĂ© annoncĂ©. Il ne voulait pas transformer le jeu en usine Ă gaz et il aurait fallu trouver un mode permettant une expĂ©rience de jeu similaire, ce qui n’Ă©tait pas possible sur un jeu d’enchĂšre.
Duel technique et concentré
L’Ă©dition d’origine avait subi des critiques sur la configuration 2 joueurs qui n’Ă©tait plus Ă©quilibrĂ©e dĂšs qu’un joueur prenait l’avantage. La Legendary Edition propose un mode « duel » oĂč chaque joueur contrĂŽle deux citĂ©s â structurĂ© comme une partie Ă 4 en Ă©quipe. Cette configuration offre une expĂ©rience plus tendue que l’original, car la gestion de deux factions permet de mieux doser l’Ă©conomie et la stratĂ©gie. CĂŽtĂ© joueur, elle est jugĂ©e « plus technique » et « dynamique », mais elle correspond au public cible du jeu.
Ă 3, attention Ă l’effet escargot
Ă trois, seulement deux dieux sont disponibles Ă chaque enchĂšre, ce qui ralentit sensiblement le jeu (le dieu absent revient seulement au bout de trois tours). Le rythme devient parfois trĂšs lent, la liste d’actions restreinte rendant l’expĂ©rience moins fluide et frustrante pour ceux qui privilĂ©gient l’interaction.
4 à 5, Cyclades Legendary Edition au panthéon
Ce format est fortement recommandĂ© : tous les dieux sont rĂ©guliĂšrement accessibles, les enchĂšres restent tendues et les combats frĂ©quents. L’Ă©quilibre entre enchĂšres, stratĂ©gie et action y est optimal. C’est ici que le jeu rĂ©vĂšle tout son potentiel, avec des parties nerveuses et riches en retournements.
à 6 il faut choisir équipe ou chaos
Le jeu bascule en mode par Ă©quipes (2 vs 2 vs 2). L’expĂ©rience coopĂ©rative entre coĂ©quipiers est apprĂ©ciĂ©e, mais le plateau devient naturellement congestionnĂ©, les temps morts s’allongent et l’ordre de jeu en Ă©quipe augmente la complexitĂ© organisationnelle. En plus, pas forcĂ©ment Ă©vident de discuter discrĂštement stratĂ©gie derriĂšre le paravent.
Cyclades Legendary Edition, verdict
Avec Cyclades : Legendary Edition, Bruno Cathala et Ludovic Maublanc offrent une relecture brillante d’un classique du jeu de stratĂ©gie. Plus fluide, plus tendu, et bien plus gĂ©nĂ©reux dans son matĂ©riel, le jeu modernise ses fondations sans les renier. L’ajout des hĂ©ros, la modularitĂ© du plateau et la nervositĂ© des enchĂšres renforcent la richesse des parties, tout en maintenant une lisibilitĂ© Ă©tonnante.
L’immersion visuelle est spectaculaire, et les mĂ©caniques s’enchaĂźnent avec une Ă©lĂ©gance digne d’un stratĂšge grec. Toutefois, quelques ombres planent sur l’Olympe : certaines configurations diluent la tension, et l’Ă©quilibrage de certaines crĂ©atures ou hĂ©ros peut heurter les stratĂšges les plus pointilleux.
Mais dans l’ensemble, cette Ă©dition lĂ©gendaire mĂ©rite bien son titre : un grand jeu Ă©pique, exigeant et somptueux, Ă la hauteur des dieux qu’il invoque.
On a aimé
- Cette Legendary Edition modernise Cyclades sans trahir son essence, avec une refonte fluide et mieux huilée que jamais.
- Les enchĂšres, plus tranchantes qu’une lame spartiate
- Matériel olympien : matériel et illustrations de grande qualité
- Les Ăźles de l’Archipel renaissent Ă chaque partie grĂące au plateau modulaire, offrant des configurations variĂ©es et un renouvellement constant.
- Une interaction souvent tendue et immersive comme le choc d’une lance et d’un trident.
On a moins aimé
- Quand les dieux sont trop nombreux, les mortels hĂ©sitent : Ă certains nombres de joueurs, la tension stratĂ©gique se dilue, notamment Ă six et Ă trois oĂč l’attente et le chaos peuvent Ă©clipser la planification.
- Des créatures mythiques⊠parfois trop légendaires : certaines créatures et héros (Pégase, Hydre, Penthésilée) peuvent déséquilibrer les parties.
- La mer ĂgĂ©e dĂ©borde un peu : lâemprise imposante du matĂ©riel sur la table peut gĂȘner la visibilitĂ©, surtout pour les joueurs mal positionnĂ©s autour du plateau.
C’est pour vous siâŠ
- Vous aimez vos stratĂ©gies aussi aiguisĂ©es que la lance d’AthĂ©na.
- L’interaction directe Ă coups de tridents bien placĂ©s ne vous effraie pas.
- Vous appréciez les plateaux modulaires et les parties qui ne se ressemblent pas.
- Votre table de jeux peut accueillir un banquet des dieux.
- Vous rĂȘvez d’aligner CrĂ©sus, Achille et une hydre sur le mĂȘme champ de bataille (et sans que ça paraisse bizarre).
Ce n’est pas pour vous siâŠ
- Les coups bas vous donnent des sueurs froides dignes d’un oracle en transe.
- Vous prĂ©fĂ©rez les mĂ©caniques tranquilles oĂč tout le monde gagne Ă la fin.
- L’alĂ©atoire vous pĂ©trifie plus que la chevelure de MĂ©duse.
- Vous voulez une partie de 30 minutes : ici, mĂȘme les dieux prennent leur temps.
Laissez-vous prendre par le chant des sirĂšnes
Cyclades : Legendary Edition rĂ©ussit le pari dĂ©licat de moderniser un classique sans en trahir l’esprit. Le cĆur du jeu â ses enchĂšres tendues et ses affrontements pour la domination des Cyclades â reste intact, mais gagne en fluiditĂ©. Le matĂ©riel Ă©lĂ©gant et le plateau modulaire enrichissent l’expĂ©rience et l’immersion. Certes, quelques ombres planent encore sur l’Ă©quilibrage de certaines crĂ©atures ou hĂ©ros, et certaines configurations diluent la tension. Mais dans l’ensemble, cette refonte convainc par sa clartĂ© et sa tension constante. Ă la fois accessible aux initiĂ©s et gratifiante pour les stratĂšges aguerris, elle s’impose comme une version dĂ©finitive.
Un jeu qui n’usurpe pas son nom lĂ©gendaire⊠et qui mĂ©rite largement une place au panthĂ©on ludique moderne. Cyclades Legendary Edition, c’est comme inviter l’Olympe Ă dĂźner : grandiose, chaotique, inoubliable⊠et vous n’ĂȘtes jamais sĂ»r de qui paiera l’addition en drachmes !
TrĂšs bon !

- Date de sortie : 2025
- Langue : Française
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 4 sur 5. Pour en savoir plus sur lâITHEM dans les jeux de sociĂ©tĂ©, câest ici.
- IGUS : 5 sur 5. Pour en savoir plus sur lâIGUS dans les jeux de sociĂ©tĂ©, câest ici.
- EcoScore : D. Si vous voulez en savoir plus sur lâEcoScore dans les jeux de sociĂ©tĂ©, câest ici

- Label DĂ© Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label DĂ© Vert, câest ici.
- Création : Bruno Cathala et Ludovic Maublanc
- Illustrations : Miguel Coimbra
- Ădition : Open Sesame Games / Studio H
- Nombre de joueurs et joueuses : 2 Ă 6
- Ăge conseillĂ© : 13+
- DurĂ©e : 60 â 90 minutes (plutĂŽt 2 Ă 3h !)
- ThĂšme : Mythologie grecque
- MĂ©caniques principales : EnchĂšres par expulsion, Objectif commun, ContrĂŽle de territoires, DĂ©s, Affrontement. Pour en savoir plus sur les diffĂ©rentes mĂ©caniques de jeux, câest ici.
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2 Comments
Sam D
MĂȘme pas un petit mot sur la controverse sur l’avantage du premier joueur ?
Jean-CĂŽme
Bonsoir Sam D,
Merci pour votre commentaire.
C’est vrai que cette controverse a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e Ă plusieurs reprises sur les forums quand le jeu est sorti. Certains joueurs trouvent que si le premier joueur, tirĂ© au hasard, a un accĂšs Ă Ares, il peut prendre dĂšs le premier tour un avantage significatif en dĂ©plaçant ses troupes pour conquĂ©rir des territoires supplĂ©mentaires (et donc des cornes d’abondance) et pouvoir ainsi acquĂ©rir plus de pouvoir sur les enchĂšres au tour suivant, et ainsi de suite, gĂ©nĂ©rant un effet « boule de neige ».
Ce n’est pas faux…mais ce n’est pas tout Ă fait vrai. D’abord parce que Cyclades est un jeu de stratĂ©gie d’enchĂšres avant mĂȘme d’ĂȘtre un jeu de stratĂ©gie militaire. Et qu’il y plusieurs moyens de contrecarrer un adversaire qui prendrait l’ascendant sur la partie :
– le forcer Ă dĂ©penser son pactole en le poussant Ă surenchĂ©rir sur un dieu dont il a cruellement besoin.
– nĂ©gocier avec les autres pour conclure une alliance temporaire contre le leader sur les enchĂšres ou sur le terrain.
– lui couper la route avec PosĂ©idon pour l’empĂȘcher de s’Ă©tendre ou un Kraken bien placĂ©.
– Il y a bien d’autres moyens de gagner qu’avec le militaire (philosophes, pouvoir sacrificiel des hĂ©ros, bĂątiments,…)
En tout cas, sur les parties que nous avons faites dans diffĂ©rentes configurations, nous n’avons pas ressenti ce dĂ©sĂ©quilibre du premier joueur. Il y en a d’autres qui sont Ă©voquĂ©s dans l’article, notamment sur certaines crĂ©atures.
Mais au final, que ce soient les retournements de situation créés par un hĂ©ros ou une crĂ©ature, ou l’obligation de s’allier contre un adversaire qui prend trop d’avance, tout cela Ă mon sens gĂ©nĂšre de l’interaction et de l’amusement, ce qui est bien ce que l’on cherche avec ce type de jeu. Si on souhaite un titre de stratĂ©gie militaire plus Ă©quilibrĂ© et plus dĂ©veloppĂ© il y a bien d’autres titres.