Rêves en carton : La promesse inaccomplie de Dreamworld
💭 Dreamworld, entre rêves et réalité. Un jeu de cartes aux mécaniques solides dont la promesse freudienne s’évapore rapidement.
Dreamworld: An Unconscious Mind Card Game, un jeu qui tourne autour des théories de Freud

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
En bref :
- Un jeu de cartes visuellement magnifique aux illustrations exceptionnelles, mais dont le thème freudien n’est qu’une façade.
- Mécanique fonctionnelle mais déconnectée de sa thématique, créant un fossé entre promesse et expérience.
- Design soigné mais expérience décevante: la beauté ne suffit pas à compenser le manque de cohérence thématique.
Au réveil d’une partie de Dreamworld, un sentiment étrange persiste : celui d’avoir admiré un magnifique tableau dont l’histoire promise s’est évanouie dès les premières cartes posées sur la table.
Bienvenue dans un cabinet de thérapeute, venez avec moi toquer à la porte de l’inconscient et des rêves les plus étranges. Dreamworld: An Unconscious Mind Card Game vous fait endosser le rôle d’adeptes des théories de Freud sur l’inconscient. Dans votre cabinet, votre objectif sera d’aider les personnes souffrantes à se remettre de leurs traumatismes psychologiques. Le thème du jeu tourne autour du symbolisme des rêves et des pistes de guérison qu’un bon thérapeute saura trouver dans leurs interprétations.
Présenté comme cela, cela peut faire peur ou, comme moi, vous sembler très intriguant. À première vue, cela invite à une aventure ludique hors du commun, intellectuelle ou du moins étrange. Désolé de mettre rapidement fin au suspense, mais malheureusement on se rend vite compte que le jeu nous a vendu du rêve. Et que la thématique n’est que de façade, malheureusement.
Un produit dérivé stratégique
Pour comprendre l’origine de « Dreamworld », il est indispensable de le replacer dans le sillage du projet principal de Fantasia Games : « Unconscious Mind : La Société du Mercredi« . Ce dernier est un jeu de plateau de style « euro », plus complexe et ambitieux , qui a bénéficié d’un financement participatif particulièrement réussi. La campagne a en effet récolté plus d’un million d’euros auprès de plus de 12 800 contributeurs , témoignant d’un engouement certain pour la proposition de l’éditeur.
Fantasia Games, bien qu’étant un éditeur relativement jeune (fondé en 2020 et basé entre Chypre et la Grèce ), a rapidement marqué les esprits avec le succès de son premier projet majeur, « Endless Winter:« . L’éditeur affiche une ambition claire : produire des jeux à la thématique riche, au gameplay prenant et à la qualité de production élevée. La gestion de « Dreamworld » s’inscrit dans cette ligne, tout comme la reprise et la relance du projet « Sweet Mess« , qui témoignent de la croissance et de la structuration de l’entreprise.
Le recours à un add-on comme « Dreamworld » s’inscrit dans les pratiques courantes et éprouvées du financement participatif dans l’industrie du jeu de société. Ces offres complémentaires permettent non seulement d’accroître le montant total collecté , mais aussi d’offrir une valeur ajoutée aux contributeurs les plus investis. Pour l’éditeur, c’est également un moyen de sonder l’intérêt du marché pour un produit dérivé ou une extension de gamme avant d’engager une production à plus grande échelle pour le circuit de distribution classique.
Un design de toute beauté mais inutile
Dreamworld: An Unconscious Mind Card Game est un jeu de cartes, et il faut reconnaître que le design est particulièrement bien réussi. Les illustrations de Vincent Dutrait, Yoma et Andrew Bosley sont sublimes et illustrent parfaitement différents rêves que vous avez eu la chance, ou la malchance, de vivre lors de vos nuits agitées. Le design de la boîte, des jetons ou des personnages montre rapidement que l’édition est de qualité.
Certes les cartes sont sublimes, mais les joueurs et joueuses ne regardent pas les illustrations ! En effet sur la carte, on regarde uniquement la valeur de la carte et le symbole Jour/Nuit qui lui est attribué. Du coup, dans votre main, vous ne regarderez que le coin en haut à gauche de vos cartes, ignorant l’illustration et donc la beauté du jeu. Le choix d’intégrer les symboles et les nombres dans l’illustration des cartes aurait pu mettre plus en avant la qualité artistique de ce jeu. Un simple jeu de cartes avec des chiffres et symboles, à l’image d’un Uno ou d’un Skyjo, aurait tout aussi bien fonctionné, car le thème raconte une histoire qui n’est que façade et qui sera vite oubliée en jouant. Dommage !

La mécanique de vos esprits
Comment joue-t-on les apprentis thérapeutes dans Dreamworld ? Au début d’un tour, chaque joueur choisit une carte et la révèle simultanément. Le choix de la carte se fait en fonction de la demande du patient. Chacun d’entre eux demande une couleur de carte particulière et un symbole prioritaire, jour ou nuit. Ensuite, vous disposez les cartes par ordre numérique, un peu comme dans le 6 qui prend. La différence entre le numéro de votre carte et celui de la suivante définit le nombre de jetons de traitement que vous pouvez obtenir : plus l’écart est grand, mieux c’est pour vous.
Le choix des cartes est assez stratégique, car toutes les demandes de la partie sont visibles dès le début. Il faut donc anticiper et parier sur les cartes que peuvent jouer vos adversaires en fonction de ce qui est déjà sorti et ce qui sera demandé par la suite. La gestion de notre main en fonction du jeu propose un équilibre intéressant entre stratégie et opportunisme. Il ne sera pas évident de dominer chaque manche du jeu. La course aux points de victoire est bien réelle et pleine de suspense. Ces points vont vous permettre de retourner des cœurs de différentes valeurs représentant les traitements. Si vous êtes le premier à retourner l’ensemble de vos jetons traitements, vous avez fait preuve de la plus grande efficacité. Vous êtes donc le vrai adepte de Freud et de ses théories.
En quête de sensation
Autour de la table, le jeu est rapidement pris en main. Même si on n’optimise pas ses premiers tours de jeux, la mécanique se comprend rapidement et on rentre instinctivement dans la mécanique, nous faisant vite oublier le design. Dès la fin de la première partie, on ressent que la thématique freudienne n’est qu’un bel habillage d’un gameplay aux engrenages précis, sans réel rapport avec la thématique annoncée. Si l’on reste curieux de vouloir optimiser notre gestion pour chercher à gagner plus rapidement, ce qui demeure le plus c’est l’incompréhension de se retrouver face à des choix thématiques fastidieux.
Comme mes partenaires de jeu, j’ai eu du mal à accrocher et à vouloir insister sur ce jeu. Principalement car son ramage ne se rapporte pas à son plumage. Comme quoi pour réussir un beau jeu, il ne suffit pas de mettre de belles illustrations sur une mécanique de jeu bien huilée.
Dreamworld: An Unconscious Mind Card Game, verdict
Dreamworld: An Unconscious Mind Card Game est un jeu de carte bien édité, illustré avec brio et dont la mécanique fonctionne très bien. Pourtant le résultat est décevant, car le thème prometteur n’est qu’un habillage esthétique. La recette d’un jeu n’est pas seulement dans chacun de ses éléments, mais aussi dans le lien thématique qui unit et donne de la consistance à l’expérience ludique.
Malgré de nombreux points positifs, ce jeu ne m’a donc pas convaincu. Je pense que le jeu intéressera plus des joueurs réguliers qu’un public familial. J’estime que ceux qui trouveront l’envie de creuser la profondeur du gameplay en enchaînant les parties réussiront à en tirer le meilleur. J’ai peut-être simplement imaginé ou attendu de ce jeu une promesse qui ne m’avait jamais été faite.
On a aimé :
- Les illustrations époustouflantes qui nous feraient presque encadrer les cartes plutôt que d’y jouer
- Une mécanique bien huilée qui offre une certaine profondeur stratégique
- Le matériel de qualité qui prouve qu’on peut soigner le support sans soigner le fond, comme un patient qui viendrait en thérapie juste pour le confort du divan
On a moins aimé :
- La déconnexion flagrante entre le thème et la mécanique, comme un rêve dont on ne se souvient plus au réveil
- L’impression que Freud aurait probablement interprété cette trahison thématique comme un complexe d’infériorité ludique
- L’obligation de se concentrer sur des chiffres et symboles quand on voudrait admirer ces magnifiques illustrations
C’est plutôt pour vous si…
- Vous êtes collectionneur de beaux objets ludiques et que vous appréciez l’esthétique avant tout
- Vous aimez les mécaniques bien rodées et que la thématique est secondaire dans votre plaisir de jeu
- Vous êtes un admirateur de Vincent Dutrait qui possède une étagère dédiée à ses illustrations
Ce n’est plutôt pas pour vous si…
- Vous attendez qu’un jeu sur Freud vous fasse vraiment explorer les méandres de l’inconscient
- Vous considérez l’immersion thématique comme essentielle à votre plaisir ludique
- Vous êtes psychanalyste et risquez de faire une crise d’angoisse devant tant d’opportunités manquées
Au final, Dreamworld est comme un beau rêve dont on se réveille frustré : visuellement mémorable mais dont le sens nous échappe, nous laissant avec l’impression qu’il aurait pu être tellement plus profond s’il avait osé plonger véritablement dans l’inconscient du jeu.

Bof bof, pas convaincu.
- Date de sortie : Fin 2024
- Langue : Anglaise
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 2 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 2 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : C. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Label Dé Vert : Non ! Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
- Création : Jonny Pac
- Illustrations : Andrew Bosley, Vincent Dutrait, Yoma
- Édition : Fantasia Games
- Nombre de joueurs et joueuses : 1 – 4
- Âge conseillé : Dès 12 ans
- Durée : 20-30 minutes
- Thème : Thérapie Freudienne
- Mécaniques principales : Programmation, Course. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
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One Comment
Gael
Votre conclusion est très proche de celle qu’on pourrait faire sur le grand frère Unconscious Mind : Emballage magnifique mais jeu et mécaniques pas passionnants…