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Finspan : Il est pas frais mon poisson ?

🐟 Entre Wingspan et Wyrmspan, Finspan se dĂ©marque par une approche Ă©purĂ©e : placez vos poissons, plongez et Ă©merveillez-vous sous l’ocĂ©an.


Finspan

Finspan

⚠ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communautĂ©, nous tenons Ă  prĂ©ciser que cet article reflĂšte notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testĂ© le jeu de façon indĂ©pendante, sans lien commercial avec son Ă©diteur. Les avis prĂ©sentĂ©s ici reprĂ©sentent notre analyse honnĂȘte et impartiale du jeu, basĂ©e sur notre propre expĂ©rience.


En bref :

  • Un Wingspan sous l’eau ? Finspan reprend l’ADN de la sĂ©rie en proposant un engine-builder plus Ă©purĂ© et centrĂ© sur la dĂ©fausse de cartes pour payer.
  • Cycle de vie marin : Ɠufs, jeunes, bancs de poissons, le tout coordonnĂ© avec des objectifs scientifiques et des plongĂ©es dans trois zones de profondeur.
  • Un opus accessible : moins complexe que Wyrmspan, Finspan allie immersion et fluiditĂ©, avec un matĂ©riel soignĂ© et un engagement Ă©co-responsable.

Fini de planer avec Wingspan ! Enfilez vos palmes et préparez-vous à plonger sous les mers : bienvenue dans Finspan.

Bienvenue dans l’univers aquatique de Finspan, le tout nouveau jeu de sociĂ©tĂ© qui nous fait plonger sous l’ocĂ©an aprĂšs nous avoir fait voler avec Wingspan et rugir avec Wyrmspan. AnnoncĂ© en dĂ©but d’annĂ©e, ce troisiĂšme opus de la sĂ©rie “span” a surpris tout le monde – on a mĂȘme cru Ă  un poisson d’avril, mais non, Finspan est bien rĂ©el.

En tant que grand fan de Wingspan, je ne pouvais qu’ĂȘtre enthousiaste : Stonemaier Games (l’éditeur de la VO) nous propose ici un engine-builder (jeu de construction de moteur) au cƓur des abysses, avec des poissons Ă  collectionner, des Ɠufs Ă  pondre et bien d’autres trucs et bidules. Est-ce que Finspan va faire des vagues dans le petit monde ludique ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui ensemble.

Les mécaniques de jeu de Finspan

Les crĂ©ateurs de Finspan (David Gordon et Michael O’Connell) ont repris la recette qui a fait le succĂšs de Wingspan tout en y ajoutant une touche ocĂ©anique (Ă  peu prĂšs) innovante. Le jeu se dĂ©roule sur quatre “semaines” de recherche sous-marine (quatre manches), durant lesquelles chaque joueur et joueuse effectue six tours par semaine, soit 24 actions au total en plaçant ses meeples plongeurs, un par tour. Contrairement Ă  Wingspan oĂč le nombre d’actions diminuait Ă  chaque manche, ici la progression est linĂ©aire, ce qui donne un rythme de partie fluide du dĂ©but Ă  la fin. Tout le monde joue le mĂȘme nombre de tours, ce qui n’Ă©tait pas toujours le cas dans Wyrmspan.

Chaque joueureuse incarne un scientifique marin qui explore trois zones de profondeur : la zone photique jusqu’à 200m, la zone dysphotique entre 200 et 1000m, et enfin la zone aphotique (ou abyssale) au-delà de 1000m. Ces zones correspondent aux habitats de vos poissons et sont au cƓur de vos actions de jeu. Finspan propose principalement deux types d’actions, trùs simples à comprendre :

  • Jouer une carte Poisson : Vous ajoutez un nouveau poisson Ă  votre ocĂ©an personnel (votre tableau de cartes VERTICAL, pour le coup, pour rester cohĂ©rent, au contraire de Wingspan et Wyrmspan). Pour cela, vous payez son coĂ»t en dĂ©faussant d’autres cartes de votre main – fini les jetons Nourriture Ă  collecter, ici on “sacrifie” d’autres poissons pour en jouer un plus intĂ©ressant Astucieusement, les cartes dĂ©faussĂ©es ne sont pas perdues dĂ©finitivement : elles vont dans une dĂ©fausse personnelle, un cycle qui Ă©voque la chaĂźne alimentaire marine. Il faudra donc gĂ©rer sa main de cartes avec soin : quelle carte garder, laquelle jeter pour en poser une autre ? Ce systĂšme renouvelle complĂštement la façon de payer les cartes dans la sĂ©rie Wingspan, et j’ai trouvĂ© ça brillant car trĂšs thĂ©matique – vos petits poissons “nourrissent” en quelque sorte l’arrivĂ©e des plus gros.
  • Plonger : C’est l’action inĂ©dite de Finspan. Vous envoyez un de vos meeples plongeur explorer l’une des trois zones de profondeur. ConcrĂštement, cela dĂ©clenche deux choses : d’abord le bonus du site de plongĂ©e (chaque zone a une spĂ©cialitĂ©), puis l’activation des cartes. On se sent vraiment Ă  la tĂȘte d’une expĂ©dition scientifique sous-marine, Ă  observer la faune marine et Ă  rĂ©colter des spĂ©cimens. Cette mĂ©canique de plongĂ©e rappelle le principe des habitats dans Wingspan (forĂȘt, prairie, marais) oĂč chaque action activait une rangĂ©e de pouvoirs, mais elle est ici parfaitement intĂ©grĂ©e au thĂšme marin – envoyer un plongeur, c’est plus immersif que de poser un cube Action !

La progression au fil de la partie suit d’ailleurs le cycle de vie marin : en dĂ©but de partie, on se concentre sur des petits poissons faciles Ă  jouer et sur la ponte d’Ɠufs. En milieu de partie, on commence Ă  faire Ă©clore les Ɠufs en jeunes poissons et Ă  jouer des espĂšces plus imposantes. En fin de partie, on dĂ©ploie de grands poissons aux effets puissants et on forme des bancs (regrouper plusieurs jeunes poissons) pour maximiser les points.

Cet enchaĂźnement thĂ©matique est trĂšs naturel et donne vraiment l’impression de dĂ©velopper un Ă©cosystĂšme au fil des 4 semaines. Au final, le vainqueur sera celui ou celle qui aura accumulĂ© le plus de points de victoire grĂące Ă  ses poissons jouĂ©s, aux Ɠufs pondus, aux jeunes poissons Ă©levĂ©s, aux bancs constituĂ©s, ainsi qu’aux objectifs scientifiques accomplis tout au long des semaines / manches (il existe en effet des tuiles Objectif qui rappellent les objectifs de fin de manche de Wingspan).

Finspan reste donc un jeu de collection de cartes et de combos (engine-building) dans la lignĂ©e de ses prĂ©dĂ©cesseurs, mais avec des nouveautĂ©s de gameplay marquantes : un systĂšme de coĂ»t en cartes (Ă©purant la gestion de ressources), une action de plongĂ©e multifonction, et une gestion de la vie aquatique (Ɠufs -> jeunes -> bancs) qui ajoute une couche stratĂ©gique inĂ©dite. MalgrĂ© ces ajouts, le jeu est relativement accessible, plus lĂ©ger en complexitĂ© que Wingspan lui-mĂȘme. En effet, exit les dĂ©s Ă  lancer pour la nourriture et les bonus un peu alambiquĂ©s : Finspan n’a pas de dĂ© du tout (plus besoin de relancer la mangeoire !), pas de pouvoir “entre tours” trop compliquĂ© Ă  surveiller, ni de cartes Bonus personnelles Ă  gĂ©rer.

Tout a Ă©tĂ© fait pour que les rĂšgles soient fluides et qu’on se concentre sur l’essentiel : nos poissons, les objectifs hebdomadaires, et nos pouvoirs de fin de partie. Moins de rĂšgles ne veut pas dire moins de fun, rassurez-vous !

Avant ça, un dernier mot sur l’aspect scientifique et pĂ©dagogique du jeu. Finspan suit la voie tracĂ©e par Wingspan en intĂ©grant de vĂ©ritables informations naturalistes. Les auteurs ont collaborĂ© avec des biologistes marins pour garantir la fidĂ©litĂ© scientifique : les profondeurs et espĂšces prĂ©sentĂ©es correspondent Ă  la rĂ©alitĂ© (avec par exemple des poissons abyssaux aux propriĂ©tĂ©s bioluminescentes, etc.). Chaque carte Poisson comporte des anecdotes sur son comportement et son habitat, et des icĂŽnes de traits spĂ©cifiques (bioluminescence, camouflage, Ă©lectrolocation
) qui ajoutent du gameplay tout en reflĂ©tant des caractĂ©ristiques rĂ©elles. J’adore ce souci du dĂ©tail qui permet de s’instruire en jouant.

Et pour couronner le tout, l’éditeur s’est engagĂ© concrĂštement en annonçant un don de 10 000 $ Ă  des associations de protection des ocĂ©ans lors du lancement – la classe ! Finspan n’est pas juste un jeu sur la vie marine, c’est aussi un bel ambassadeur pour la sensibilisation environnementale.

🐟 Entre Wingspan et Wyrmspan, Finspan se dĂ©marque par une approche Ă©purĂ©e : placez vos poissons, plongez et Ă©merveillez-vous sous l’ocĂ©an.

Comparaison avec Wingspan et Wyrmspan

Difficile de ne pas comparer Finspan Ă  ses deux aĂźnĂ©s tant ils forment une trilogie Ă  la fois cohĂ©rente et variĂ©e. Wingspan, sorti en 2019, a Ă©tĂ© le phĂ©nomĂšne que l’on sait : un jeu de moteur accessible, poĂ©tique et malin, oĂč l’on collectionne des oiseaux et leurs Ɠufs. Wyrmspan, apparu en 2024, a pris tout le monde de court en transposant ces mĂ©caniques dans un univers de dragons fantastiques, avec une ambition clairement affichĂ©e d’ĂȘtre une â€œĂ©volution, pas une rĂ©volution” du gameplay Wingspan. Et voici que Finspan en 2025 nous emmĂšne sous la mer. Quels sont les points communs entre ces jeux, et en quoi Finspan apporte-t-il quelque chose de nouveau ? Faisons le tour.

L’ADN commun

Les trois jeux partagent un cƓur mĂ©canique commun hĂ©ritĂ© de Wingspan : ce sont des jeux de cartes Ă  effets, oĂč l’on bĂątit progressivement un moteur de ressources et de points. Dans chaque opus, on retrouve le plaisir de collectionner des espĂšces (oiseaux, dragons, poissons) avec leurs pouvoirs particuliers, de poser des Ɠufs (eh oui, mĂȘme les dragons y ont droit !), et de remplir des objectifs variables pour scorer.

Chaque jeu se joue de 1 Ă  5 personnes avec un mode solo trĂšs bien pensĂ© par l’Automa Factory (le robot simulateur d’adversaire). La durĂ©e de partie tourne autour de 1 heure. On sent vraiment que Wingspan, Wyrmspan et Finspan appartiennent Ă  la mĂȘme famille de jeux – d’ailleurs Elizabeth Hargrave, l’autrice de Wingspan, a participĂ© au dĂ©veloppement des deux suivants pour assurer cette cohĂ©rence. Elle explique que ce fut « un casse-tĂȘte trĂšs intĂ©ressant que de contribuer Ă  des jeux qui donnent l’impression d’appartenir Ă  la mĂȘme famille que Wingspan, tout en offrant une expĂ©rience de jeu diffĂ©rente ». L’objectif Ă©tait donc de crĂ©er un “span-universe” oĂč chaque titre garde l’esprit de l’original, mais avec sa propre identitĂ© ludique.

Wingspan vs Wyrmspan

Qu’a donc changĂ© Wyrmspan par rapport Ă  Wingspan ? Tout en conservant la base (3 rangĂ©es d’actions sur son plateau, cartes Ă  comboter, Ɠufs Ă  pondre), Wyrmspan a complexifiĂ© et enrichi le gameplay. Par exemple, il a introduit quatre types de ressources fantastiques Ă  la place de la simple nourriture de Wingspan : viande, lait, gemmes et or – logique pour nourrir des dragons ! Ces ressources multiples, ainsi que des piĂšces (monnaie) et toujours les Ɠufs, offrent un aspect gestion plus poussĂ©, parfois casse-tĂȘte car on jongle avec beaucoup d’élĂ©ments en mĂȘme temps.

Autre changement majeur : Wyrmspan ne vous donne plus un nombre fixe d’actions par manche via des cubes Ă  placer. À la place, les actions sont effectuĂ©es en dĂ©pensant des ressources (piĂšces et Ɠufs). Cela ouvre la possibilitĂ© de faire plus d’actions si on gĂšre bien ses ressources, et change la façon de planifier son tour. De mĂȘme, l’action “Explorer” (Ă©quivalent de l’activation de ligne) se fait en dĂ©plaçant un pion dragonologue de gauche Ă  droite sur la rangĂ©e, et non de droite Ă  gauche comme le cube dans Wingspan – un dĂ©tail qui surprend au dĂ©but les habituĂ©s. Il fallait aussi excaver des cavernes avant de pouvoir y jouer un dragon , ajoutant une Ă©tape prĂ©paratoire absente de Wingspan oĂč on peut jouer un oiseau directement.

En rĂ©sumĂ©, Wyrmspan demandait plus de rĂ©flexion : gĂ©rer un rĂ©seau de cavernes et un trĂ©sor de ressources en plus de son moteur de cartes. Cette montĂ©e en complexitĂ© a plu Ă  de nombreux joueurs aguerris, d’autant que Wyrmspan offrait un contenu Ă©norme (183 cartes de dragon diffĂ©rentes, contre 170 oiseaux dans Wingspan de base) garantissant une grande rejouabilitĂ©. Perso j’adore les dragons, mais j’ai entendu des retours trouvant les illustrations de Wyrmspan un peu trop chargĂ©es et les noms des dragons un peu farfelus, ce qui empĂȘchait parfois de s’attacher autant qu’aux oiseaux rĂ©els de Wingspan. Question de goĂ»t ! Quoi qu’il en soit, Wyrmspan a dĂ©montrĂ© que l’univers Wingspan pouvait s’étendre avec succĂšs vers du plus gros jeu, plus gamer, tout en restant fidĂšle Ă  l’ñme de la sĂ©rie.

Wingspan vs Finspan

Et oĂč se situe donc Finspan dans cette Ă©volution ? À ma surprise, Finspan est loin d’ĂȘtre le plus complexe des trois – au contraire, il se positionne comme un Wingspan plus simple et Ă©purĂ© sur certains aspects. On l’a vu, Finspan Ă©limine les dĂ©s et les cartes bonus privĂ©es, et simplifie les coĂ»ts en utilisant les cartes elles-mĂȘmes. Cela signifie moins de rĂšgles exceptionnelles Ă  retenir (Wingspan avait les relances de dĂ©s, les pouvoirs roses “entre tours”, les bonus de fin de partie
 que Finspan n’a plus). Finspan est donc potentiellement plus accessible Ă  un public familial ou occasionnel, tout en conservant la profondeur de dĂ©cision immĂ©diate.

En fait, Finspan vous fait rĂ©flĂ©chir au prĂ©sent plus qu’à long terme : chaque tour, vous optimisez vos cartes en main et vos plongĂ©es pour les 2-3 prochains tours, sans avoir Ă  anticiper dix enchaĂźnements de combos plus tard. Wingspan incite Ă  planifier trĂšs en avance des moteurs qui se cumulent, alors que Finspan garde votre attention sur des synergies de court terme et des objectifs immĂ©diats, ce qui le rend plus facile Ă  maĂźtriser.

Par ailleurs, Finspan introduit ses propres nouveautĂ©s qui le distinguent de Wingspan : la gestion Ɠufs → jeunes → bancs apporte une sorte de mini-moteur interne (on peut dĂ©cider de garder des Ɠufs non-Ă©clos pour des points ou de les faire Ă©clore puis regrouper, selon les opportunitĂ©s), et les sites de plongĂ©e thĂ©matiques changent un peu le feeling par rapport aux habitats de Wingspan. Enfin, le fait de payer les cartes en en dĂ©faussant d’autres modifie totalement la dynamique de pioche : dans Wingspan, on manquait souvent de nourriture pour jouer nos oiseaux; ici, on manque plutĂŽt de cartes en main !

Mais la bonne nouvelle, c’est que Finspan facilite l’acquisition de cartes. Jouer des cartes et en piocher est bien plus facile dans Finspan, ce qui Ă©vite le dĂ©marrage poussif qu’on ressentait parfois dans Wingspan. Au final, selon moi, Finspan est diffĂ©rent de Wingspan par ses mĂ©canismes (coĂ»t en cartes, rythme plus constant, combos moins explosifs) tout en en conservant l’essence (collectionner des bestioles, faire des combos, pondre des Ɠufs et marquer des points).

Wyrmspan vs Finspan

Ces deux-lĂ  sont frĂšres et pourtant presque opposĂ©s dans leur approche ! Wyrmspan a choisi la voie de la complexification et de la surenchĂšre thĂ©matique (dragons lĂ©gendaires, multiples ressources, artefacts magiques peut-ĂȘtre ?), tandis que Finspan revient Ă  un thĂšme naturaliste proche de Wingspan et opte pour la simplification intelligente de certains systĂšmes. Ainsi, Finspan n’a pas repris le systĂšme d’actions payantes en piĂšces de Wyrmspan, il a plutĂŽt inventĂ© sa propre façon de fluidifier le jeu (le paiement en cartes et la suppression de certains Ă©lĂ©ments superflus de Wingspan).

Le rĂ©sultat, c’est que Finspan est beaucoup plus facile Ă  prendre en main que Wyrmspan, et mĂȘme un peu plus facile que Wingspan. HonnĂȘtement, selon moi, il est bien plus aisĂ© de convaincre des proches de jouer Ă  Finspan, car il paraĂźt plus digest et moins intimidant que Wyrmspan, tout en Ă©tant riche et fun.

Niveau thĂšme, celles et ceux qui Ă©taient un peu dĂ©routĂ©s par les dragons imaginaires seront ravis de retrouver de vraies espĂšces dans Finspan, avec des illustrations et des faits rĂ©els. Si on est un peu refroidi par l’aspect fantasy de Wyrmspan, on apprĂ©ciera l’idĂ©e de jouer avec des animaux marins. Cela ne veut pas dire que Wyrmspan est Ă  oublier : il offre une expĂ©rience plus « gamer » que Finspan, et beaucoup continueront Ă  y jouer pour relever ce dĂ©fi plus corsĂ©.

En fait, on peut imaginer que la gamme Wingspan propose dĂ©sormais trois niveaux de jeu : Finspan le plus familial/fluide, Wingspan au milieu, et Wyrmspan le plus complexe. Trois jeux cousins, trois expĂ©riences diffĂ©rentes, Ă  choisir selon l’humeur et le public !

Pour résumer ces comparaisons, voici un petit tableau récapitulatif des caractéristiques des trois jeux de la série :

AspectWingspan (2019)Wyrmspan (2024)Finspan (2025)
ThÚmeOiseaux du monde (réel, nature)Dragons et cavernes (fantastique)Faune aquatique (réel, océan)
Auteurs et autricesElizabeth HargraveConnie Vogelmann (dĂ©veloppement E. Hargrave)David Gordon & Michael O’Connell (dĂ©veloppement E. Hargrave)
Mécaniques de baseEngine-building, gestion de ressources (nourriture), dés + cartesEngine-building ++ : multiples ressources (viande, gemmes
), dépenses de piÚces pour agir, préparation de cavernesEngine-building épuré : paiement en cartes (cycle alimentaire), actions de plongée sur 3 zones, focus court terme
ComplexitĂ©Moyenne (rĂšgles accessibles, combos possibles)ÉlevĂ©e (plus de paramĂštres Ă  gĂ©rer, stratĂ©gie plus pointue)IntermĂ©diaire (rĂšgles simplifiĂ©es mais choix tactiques variĂ©s)
IllustrationsRéalistes, oiseaux peints à la main (Natalia Rojas et al.)Fantastiques, dragons hauts en couleur (C. Campardou)Réalistes, vie marine détaillée (A.M. Martínez, C. Martínez, M. Schumacher)
MatĂ©riel notableƒufs pastel en plastique, mangeoire-dĂ©s, plateau joueur 3 habitatsƒufs pailletĂ©s, ressources variĂ©es (pions viande, or
), plateau 3 rangĂ©es + pion explorateurƒufs orange (jetons carton, ou pack deluxe “Ɠufs squishy”), plateaux OcĂ©an individuels, meeples plongeurs
SoloOui (Automa)Oui (Automa)Oui (Automa « Nautoma »)

On le voit, Finspan se distingue autant par son thĂšme aquatique que par son approche mĂ©canique allĂ©gĂ©e mais astucieuse. Il ne remplace pas ses prĂ©dĂ©cesseurs – il les complĂšte. D’ailleurs, Jamey Stegmaier (le patron de Stonemaier Games) a assurĂ© qu’il n’y avait pas d’autres projets en “-span” prĂ©vus pour le moment, l’éditeur souhaitant maintenant se concentrer sur ces trois jeux (oiseaux, dragons, poissons). La boucle est bouclĂ©e
 du moins pour l’instant, car on ne serait pas contre un Catspan ou un Dinospan (lĂ  je dis BANCO !) un jour, juste pour le dĂ©lire 😄.

Et le verdict gĂ©nĂ©ral ? Pour l’instant, Finspan semble mettre tout le monde d’accord Ă  la rĂ©daction. Notre Ă©quipe a clairement soulignĂ© qu’il se dĂ©marque avec brio et intelligence. Finspan justifie son existence avec des systĂšmes allĂ©gĂ©s et une prĂ©sentation unique. Il fait le taf, et il le fait bien ! Perso, je dois reconnaĂźtre que je n’ai pas boudĂ© mon plaisir. Si on devait Ă©tablir un classement, je dirais : JOKER ! Je pense que tout dĂ©pend du type de joueurs et de joueuses et de l’attente.

Un voyage sous-marin somptueux

Une DA qui fait plonger

Comme Wingspan et Wyrmspan, Finspan bĂ©nĂ©ficie d’un aspect visuel sublime. La boĂźte donne le ton avec son poisson volant argentĂ© sur fond d’ocĂ©an bleu – de quoi attirer l’Ɠil des amoureux des mondes marins. L’équipe artistique (Ana MarĂ­a MartĂ­nez, Catalina MartĂ­nez et Mesa Schumacher) a rĂ©alisĂ© un travail de ouf sur les 125 cartes de poissons, qui sont de vĂ©ritables Ɠuvres d’art dĂ©taillĂ©e.

Chaque illustration est non seulement belle Ă  regarder, mais elle s’accompagne d’un petit texte instructif sur l’espĂšce, ce qui enrichit l’expĂ©rience de jeu autant visuellement que culturellement. Perso, j’imagine dĂ©jĂ  passer de longues minutes Ă  admirer chaque carte, tout comme je le faisais avec les oiseaux de Wingspan, tant la beautĂ© de la nature y est bien retranscrite.

Finspan photo

Des picto pratiques

L’iconographie sur les cartes, bien que dense, est claire une fois qu’on en a compris la signification. Les symboles (soleil pour la zone de surface, oeuf pour la ponte, etc.) s’intùgrent discrùtement aux illustrations sans surcharger. À noter que Finspan a fait le choix audacieux d’avoir trùs peu de texte explicatif sur les cartes de jeu (pour faciliter la localisation multilingue) : tout passe par des icînes et un code de couleurs. Cela peut sembler technique de prime abord, mais le livret et les aides fournies rendent le tout trùs abordable.

Sur la table, le jeu en jette : le mini-micro plateau principal est en fait un plateau d’objectifs (pour placer les tuiles Objectifs hebdomadaires), chaque joueur et joueuses ayant son propre plateau OcĂ©an personnel. Vertical, encore une fois. Ces plateaux individuels reprĂ©sentent les trois zones de profondeur, avec de superbes dĂ©gradĂ©s de bleu. Les cartes Poisson viennent s’y positionner, crĂ©ant petit Ă  petit votre Ă©cosystĂšme marin colorĂ©.

Un matos nature

En termes de matĂ©riel, Stonemaier Games sait y faire : la qualitĂ© est au rendez-vous. Les cartes sont au format habituel (et seront sleevables facilement pour les maniaques des protĂšge-cartes). Les jetons ƒuf et Jeune poisson sont en carton Ă©pais – de couleur orange pour les Ɠufs, ce qui tranche un peu avec le reste du matĂ©riel plutĂŽt dans les bleus/verts (certains trouvent que ça dĂ©note, mais bon nombre de poissons pondent des Ɠufs orangĂ©s, c’est thĂ©matique !

Les jetons “Banc” de poissons (pour reprĂ©senter un banc formĂ©) ont une forme rectangulaire et une teinte diffĂ©rente, faciles Ă  identifier. Chaque joueur et joueuse dispose de 6 meeples Plongeur d’une couleur unique, mignons comme tout (or, rose, etc.). L’ergonomie a Ă©tĂ© bien pensĂ©e : les plateaux individuels comportent des emplacements clairs pour poser les Ɠufs, les jeunes, etc., et un rappel des actions possibles. Un carnet de score est inclus pour comptabiliser poissons, Ɠufs, jeunes, bancs et objectifs en fin de partie.

CĂŽtĂ© fabrication, soulignons que Finspan est produit avec des matĂ©riaux certifiĂ©s FSC, garantissant une gestion responsable des forĂȘts pour tout le papier et le carton utilisĂ©. Stonemaier continue donc ses efforts Ă©co-responsables, ce qui fait toujours plaisir. L’éditeur propose Ă©galement, comme souvent, un pack d’accessoires deluxe optionnel pour les fans : on pourra se procurer sĂ©parĂ©ment un pack avec des jetons en bois et mĂȘme des Ɠufs “squishy” (comprenez : de faux Ɠufs de poisson en matiĂšre souple, probablement trĂšs fun Ă  tripoter. Ce n’est pas indispensable pour jouer, mais les collectionneurs de belles Ă©ditions apprĂ©cieront de pouvoir pimper leur jeu avec ces composants amĂ©liorĂ©s.

Les Ɠufs “squishy”du pack Deluxe

Finspan, verdict

Avec tout ce qu’il propose, Finspan s’annonce comme un titre solide de 2025 pour nous, les passionnĂ©s de jeux de sociĂ©tĂ© et de nature. Ses mĂ©caniques intelligentes, son thĂšme original et immersif, ses illustrations Ă  couper le souffle et son engagement Ă©colo en font bien plus qu’un simple “Wingspan sous l’eau” : c’est un jeu Ă  part entiĂšre, qui pourrait bien devenir un classique aux cĂŽtĂ©s de ses illustres prĂ©dĂ©cesseurs.

Oui, mais. Attention toutefois à trois écueils que nous avons relevés :

Une interaction polaire, un défaut récurrent ?

Comme pour Wingspan et Wyrmspan, Finspan se concentre avant tout sur la construction de son propre moteur. On joue dans son coin, et l’interaction directe se limite surtout aux objectifs communs et Ă  la compĂ©tition pour certaines cartes disponibles. RĂ©sultat : si vous cherchez de la confrontation ou des mĂ©canismes qui vous incitent Ă  “gĂȘner” vos adversaires, vous risquez d’ĂȘtre déçu. Dans Finspan, chacun peaufine sa stratĂ©gie de plongĂ©e, pond ses Ɠufs, et active ses combos dans un confort assez solitaire. La “polaire” d’interaction signifie qu’elle peut sembler “froide” et cloisonnĂ©e pour celles et ceux qui aiment plus de tension. Alors oui, certes, les tuiles objectifs du plateau B ajoutent 3 points pour la personne qui a obtenu le plus de points pour cet objectif de cette manche, mais au final c’est presque cosmĂ©tique.

Tout ceci reste dans la continuitĂ© logique de la sĂ©rie “-span” : un certain plaisir contemplatif, couplĂ© Ă  la course au meilleur score, mais guĂšre plus. Alors oui, parfois l’activation de certaines cartes adverses permet d’obtenir un truc par-ci, un bidule par-lĂ , mais tout ceci semble bien artificiel et avoir Ă©tĂ© fait pour empĂȘcher les gens de quitter la table hors de leur tour (pour aller faire la vaisselle, par exemple).

Pourquoi il vaut mieux oublier d’y jouer à 5

Autre bĂ©mol : Finspan supporte thĂ©oriquement jusqu’à cinq personnes, mais OUBLIEZ ! Le rythme s’alourdit trop au-delĂ  de trois ou quatre. Les tours s’enchaĂźnent moins vite, surtout si les participants rĂ©flĂ©chissent longtemps. Sans parler de l’action Plonger qui peut dĂ©clencher une ribambelle d’effets et d’actions plus la partie avance.

Cette attente entre vos actions peut briser l’immersion (c’est le cas de le dire) et rendre la partie laborieuse. On pourrait mĂȘme aller jusqu’à dĂ©conseiller d’y jouer Ă  4, considĂ©rant que l’expĂ©rience optimale se situe Ă  2, oĂč l’on profite pleinement de la fluiditĂ© du moteur, sans subir d’interminables temps morts. Ainsi, si vous aviez l’intention de sortir Finspan Ă  5 pour une soirĂ©e animĂ©e, mieux vaut opter pour un autre jeu plus dynamique : ici, la sĂ©rĂ©nitĂ© aquatique peut vite se muer en impression de “nage en eau stagnante”.

Un jeu différent
 mais (presque) pareil

Bien que Finspan introduise des nouveautĂ©s sympathiques (la PlongĂ©e, le cycle Ɠufs → jeunes → bancs, et le paiement par dĂ©fausse), non, Finspan ne rĂ©volutionne pas la formule. Oui, Finspan a sa propre identitĂ©, mais ça reste toutefois du -span. Si vous connaissiez dĂ©jĂ  Wingspan, vous vous sentirez ici en terrain (aquatique) presque connu, avec un “habillage” marin et quelques mĂ©caniques adaptĂ©es.

Certains diront que c’est “un stand-alone lĂ©ger et original”, d’autres y verront “un simple re-skin sous l’eau”. Le ressenti dĂ©pendra donc de vos attentes : vous cherchiez du renouveau ? Ou plutĂŽt la mĂȘme recette enrichie de nouvelles saveurs ? Dans tous les cas, le feeling gĂ©nĂ©ral reste proche de celui de la sĂ©rie “-span”, avec ses forces et ses limites habituelles.

De mon cĂŽtĂ©, malgrĂ© ces quelques Ă©cueils, vous l’aurez compris, j’ai Ă©tĂ© conquis par cette belle dĂ©couverte et je suis impatient d’y rejouer pour tenter d’autres stratĂ©gies. Alors non, clairement, Finspan n’a pas Ă©tĂ© la mĂȘme claque que Wyrmspan. Finspan est un trĂšs, trĂšs bon jeu. Mais pas nĂ©cessairement un incontournable de 2025. Est-ce Ă  dire que le soufflĂ© commence Ă  retomber ? Qu’il y a une « -spanfatigue » qui commence Ă  s’installer ? Je ne pense pas, non. Si vous avez aimĂ© Wingspan ou Wyrmspan, ou que le monde marin vous fascine, je ne peux que vous conseiller d’y jeter un Ɠil une palme. La communautĂ© est dĂ©jĂ  en Ă©bullition – certains rĂȘvent mĂȘme dĂ©jĂ  Ă  des extensions ajoutant des baleines ou des crustacĂ©s dans le jeu !

Qui sait ce que l’avenir nous rĂ©serve dans l’ocĂ©an de Finspan
 En attendant, prĂ©parez vos masques et vos tubas ludiques, et rendez-vous au fond des ocĂ©ans pour vivre cette aventure bleue pleine de vies et de stratĂ©gies. Bonnes bulles !

On a aimé :

  • La thĂ©matique sous-marine rĂ©aliste et ses illustrations splendides.
  • L’absence de dĂ©s, remplacĂ©s par un systĂšme de paiement en cartes trĂšs thĂ©matique.
  • Le cycle Ɠufs → jeunes → bancs, original et facile Ă  prendre en main.
  • Le « marché » personnel de cartes, pour changer d’un marchĂ© « traditionnel » qui dĂ©file trop, trop vite.
  • L’engagement Ă©colo et pĂ©dagogique autour de la faune marine.

On a moins aimé :

  • L’interaction relativement faible, chacun gĂšre son Ă©cosystĂšme dans son coin.
  • Les parties Ă  cinq, trop longues : on finit par se sentir comme un poisson rouge dans un bocal.

C’est plutît pour vous si


  • Vous aimez Wingspan mais rĂȘviez d’un thĂšme marin.
  • Vous cherchez un engine-builder fluide et accessible, parfait en duo ou trio.
  • Vous apprĂ©ciez la dimension pĂ©dagogique et le soin apportĂ© Ă  la direction artistique.

Ce n’est plutît pas pour vous si


  • Vous prĂ©fĂ©rez les jeux de confrontation directe ou de grande interaction.
  • Vous espĂ©riez un jeu plus complexe dans la lignĂ©e de Wyrmspan.
  • Vous dĂ©testez attendre votre tour Ă  4 ou 5.

Plongez dans Finspan : Ă  dĂ©faut de trouver la citĂ© d’Atlantis, vous pourriez bien dĂ©crocher le meilleur score sous l’ocĂ©an

TrĂšs, trĂšs bon.

Note : 4.5 sur 5.

  • Label DĂ© Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label DĂ© Vert, c’est ici.
  • CrĂ©ation : David Gordon, Michael O’Connell
  • Illustrations : Ana Maria Martinez Jaramillo, Catalina Martinez, Mesa Schumacher
  • Édition : Matagot
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 Ă  5 (meilleur Ă  1-3)
  • Âge conseillĂ© : DĂšs 10 ans (bonne estimation)
  • DurĂ©e : 60 minutes (17x plus Ă  5 😜)
  • ThĂšme : Nature, poissons
  • MĂ©caniques principales : Engine-building, cartes, collection, placement d’ouvriers de plongeurs. Pour en savoir plus sur les diffĂ©rentes mĂ©caniques de jeux, c’est ici.

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3 Comments

  • Raidden

    J’ai lu que le jeu Ă©tait presque un multi-solo tant les cartes qui donnent des bonus aux autres sont rares.
    On peut dire ce que l’on veut, une licence, ça se travaille et se porte dans le temps et c’est ce qui est fait avec brio.
    J’attends pour ma part la Frangipan l’an prochain.

    • Gus

      Oui c’est trĂšs juste ! C’est exactement ce que relĂšve notre chroniqueur. À 4-5 le jeu devient indigeste, surtout en 2e partie de
 partie quand on possĂšde plusieurs / beaucoup de cartes et que toutes s’activent lors d’une plongĂ©e. Les autres peuvent tranquillement se lancer une petite partie de Twilight Imperium en attendant 😛

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