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Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Evenfall : Du magique au mécanique

🧙‍♀️ Un jeu de sorcière sans sorcières qui saura séduire les adeptes de l’eurogame solide et de l’optimisation ensorcelée.


Evenfall

Evenfall

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.


Evenfall est un jeu de Stefano Di Silvio (dont c’est, semble-t-il, le premier jeu publié) illustré par Martin Mottet (qui avait déjà brossé le très beau Vampire: The Masquerade – Vendetta) et publié par l’éditeur allemand dlp games.

Il se joue de 1 à 4 (nous n’avons pas testé le mode solo) et fonctionne très bien à 2 et à 3 (à 4, on pourrait être frustré de se voir voler certaines actions de jeu communes en jouant en dernier). Pour une première partie, comptez 30 minutes par personne, hors explication des règles.

Le jeu se prend facilement en main et une fois le vocabulaire et les zones acquis, le public expert (auquel s’adresse le jeu) n’aura aucun mal à s’y retrouver.

Du (pas vraiment) magique…

Evenfall séduit dès l’ouverture de la boîte. Le matériel est agréable, les illustrations superbes. On a envie d’être dans cet univers de magie et de sorcières, de porter des chapeaux pointus, de lancer des sorts et de monter sur des balais volants en direction d’un arbre de lumière. La promesse est forte.

Hélas, ce n’est pas tout à fait ce qui va se passer dans le jeu. Le plus grand écueil d’Evenfall est bel et bien son décevant couplage thématique/mécanique. Malgré un vocabulaire évocateur, le moteur du jeu prend le dessus dès le premier tour et l’on ne reviendra jamais au monde magique que promet la boîte.

Mais n’est-ce pas là le péché capital de tout eurogame, argueront certains, dont la couche thématique n’est qu’un vernis pour rendre plus digeste un moteur logico-mathématique ? Certes, le thème finit toujours par s’étioler au profit de la matrice (notre lecture coût/bénéfice du système). Mais une thématique pertinente et bien imbriquée va toujours dans le sens d’une meilleure expérience globale – il suffit d’aller voir du côté de titres plus ambitieux (comme l’heureux Daybreak ou l’astucieux Kutna Hora : La Cité De L’argent) pour se convaincre d’une alchimie mieux réussie.

Evenfall matos

… au (bon équilibre) mécanique !

L’éditeur présente le titre comme « un jeu d’engine building à base de cartes, avec des mécaniques à la fois nouvelles et familières ». Là-dessus, pas de fausses promesses. Dans Evenfall, vous allez effectivement fabriquer votre « ferme à points » pour marquer un maximum en fin de partie, au travers d’un placement d’ouvriers classique (de deux sortes, les « Sorcières » et les « Anciens ») et d’un système de combo par association de cartes.

Au cours des trois manches de quatre phases qui rythment le jeu, les joueurs vont chacun avoir à jouer une action à leur tour (acquérir des lieux, leur associer des rituels, récolter des ressources, activer des effets, jouer des cartes, etc.) jusqu’à devoir passer, ce qui laisse une course d’une dizaine d’actions en moyenne à réaliser par manche. On a rapidement le sentiment d’avancer dans son jeu, ce qui est agréable.

L’une des mécaniques les plus appréciables est celle du dilemme revenu/scoring. Lorsque vous faites l’acquisition d’un Lieu de pouvoir (grâce à la pose d’un ouvrier dans une des trois Régions) vous le placez dans la zone supérieure de votre plateau personnel (appelée Cercle étendu). Vous pouvez, une fois par manche, activer la récolte des ressources associées à toutes les cartes de votre Cercle étendu. Mais pour marquer des points en fin de partie, il vous faudra, à un moment ou à un autre, « transférer » ces mêmes cartes dans la zone du bas (le Cercle restreint) – mais elles ne génèrent plus de ressources à cet endroit !

Tout le jeu consiste ensuite à dispatcher habilement ses cartes Personnages (chacune composée de deux zones d’effets, dont il faut choisir l’une ou l’autre) et Rituels à combiner aux lieux que vous avez acquis. Ce principe d’association multiple des cartes offre une belle rejouabilité, renforcée par un mode symétrique ou asymétrique (selon le côté des plateaux Clan que l’on utilise).

Le vrai combat et le faux combat

Le moteur tourne très bien et le flow est plutôt agréable, à mesure que les bonus et combos se mettent en place, et ce dès la première manche. Défausser des cartes vous permet d’acquérir quelques ressources d’appoint toujours utiles, mais il faudra être vigilant à la gestion de vos ressources globales (ouvriers ET consommables), leur épuisement signifiant grosso modo la fin de votre tour.

La troisième manche du jeu (après la phase de revenu et d’action, et avant la phase d’entretien) est appelée « Phase de combat ». Mais ici pas de lancer de sortilège ni de coup de baguette magique : il se joue en réalité un affrontement de majorité sur les plateaux Régions. C’est là que l’on envoie ses ouvriers récolter des actions spéciales et des lieux à mettre dans son Cercle étendu. Les vainqueurs de cette majorité (modifiable par la consommation d’une autre ressource du jeu, le mana) remportent bonus et récompenses, tout en vous laissant le goût amer de ne pas avoir vu l’ombre d’un « combat ».

Evenfall, verdict

Sans affirmer non plus qu’Evenfall vaut absolument le détour, le titre se laissera jouer avec plaisir. La découverte progressive des possibilités de combo vous donnera envie de rejouer quelques parties afin de mieux optimiser vos coups et, une fois bien en main, le jeu pourra se jouer en moins d’une heure. Sorcières, à vos baguettes (bien cuites) !

On a aimé :

  • Moteur mécanique plutôt agréable à jouer et une belle variété de choix possibles
  • Tour de jeu (relativement) rapide
  • Le dilemme revenus/scoring
  • Un livret de règles bien écrit (merci !)

On a moins aimé :

  • Le thème magique qui s’évapore plus vite qu’une potion mal bouchée
  • Redondance de cartes (même illustration pour des personnages différents…) qui casse l’immersion
  • Une phase « combat » très déceptive
  • Le plateau de scoring (à dizaine et unité) et de mana (en zigzag), fastidieux à utiliser. Éditeur, tu peux mieux faire !

C’est plutôt pour vous si…

  • Vous aimez les eurogames qui font chauffer les méninges plus qu’un chaudron sur le feu
  • Vous êtes fan d’optimisation et votre animal totem est la calculatrice
  • Vous pensez que la magie, c’est bien, mais que les maths, c’est mieux
  • Vous rêvez secrètement de gérer une entreprise de sorcellerie cotée en bourse

Ce n’est plutôt pas pour vous si…

  • Vous espériez vraiment pouvoir transformer vos adversaires en crapauds
  • Le mot « optimisation » vous donne des boutons comme une allergie à la mandragore
  • Vous préférez les jeux où la thématique est plus présente qu’un fantôme à Poudlard
  • Votre patience pour les plateaux de score alambiqués est aussi courte que la mèche d’un Lutin de Cornouailles

Pas mal !

Note : 3.5 sur 5.

  • Label Dé Vert : Non ! Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Stefano Di Silvio
  • Illustrations : Martin Mottet
  • Édition : Matagot
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (top à 2-3)
  • Âge conseillé : Dès 14 ans (bonne estimation)
  • Durée : 90 minutes
  • Thème : Nature, animaux, fantastique
  • Mécaniques principales : Gestion, Engine Building. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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5 Comments

  • Guillaume Delemarle

    Est-ce qu’il y a des règles de propriété intellectuelle qui vous interdisent de publier des photos du matériel ? Parce que je lis que les illustrations sont superbes, mais vous n’en montrez pas une seule dans votre article. C’est dommage tout de même.

    • Gus

      Bonjour Guillaume,

      Nous vous remercions sincèrement pour votre message et pour l’attention que vous portez à nos articles. Votre remarque concernant l’absence de photos dans notre article, dans NOS ARTICLES, souvent, est tout à fait pertinente et nous apprécions que vous ayez pris le temps de nous en faire part.

      Vous soulevez un point important : en effet, les illustrations du jeu sont superbes et méritent d’être mises en valeur pour ce jeu (et pour d’autres, parfois). L’absence de photos n’est pas due à des restrictions de propriété intellectuelle, mais plutôt à notre approche éditoriale.

      Nous avons la conviction que la qualité visuelle est primordiale pour rendre justice à la beauté des jeux que nous présentons. Prendre des photos de jeux de société qui capturent fidèlement leur esthétique est un véritable art, nécessitant du matériel adapté, des compétences techniques et un œil artistique.

      Plutôt que de publier des photos médiocres ou moyennes qui ne feraient pas honneur au jeu et à ses magnifiques illustrations, nous préférons parfois nous abstenir. Et publier les photos officielles fournies par les éditeurs que vous pouvez apprécier dans nos articles. Notre objectif est de maintenir un standard élevé dans notre contenu visuel, pareil avec le contenu éditorial (on fait de notre mieux, nous ne sommes qu’un modeste blog bénévole de passionné.e.s) en accord avec la qualité de nos articles.

      Nous apprécions grandement votre feedback, car il nous aide à réfléchir sur nos pratiques et à envisager des moyens d’enrichir l’expérience de lecture de nos articles.

      Encore merci pour votre contribution à l’amélioration de notre blog.

      Cordialement,
      Votre équipe de Gus & Co

  • Alexandre PASQUIER

    Jeu acquis récemment. Testé uniquement en solo.
    J’aime beaucoup les illustrations et les mécaniques de combo de cartes.

    Effectivement le thème s’efface un peu mais reste présent grâce aux termes, aux illustrations, à la notion de sorcières et d’anciens qui ne se placent pas au même endroit, et aux effets des cartes.

    J’ai très envie de le tester à plusieurs 😉

  • Maxime Salanon

    Article très intéressant, comme d’habitude, et j’en profite pour vous féliciter plus largement pour votre contenu éditorial de haute qualité dans le fond et dans la forme, jusque dans l’écriture, ce qui est à saluer de nos jours.
    Ce test d’Evenfall m’a beaucoup intéressé, et notamment sous l’angle avec lequel vous l’avez traité, avec le lien thématique/mécanique. Je pense que j’aurais ressenti la même frustration en voyant que le thème était « plaqué », comme souvent. La thématique est pour moi très importante, ainsi que le graphisme, pour une bonne immersion.

    Je vous souhaite une bonne continuation et de belles parties.

    Ludiquement,
    Maxime, auteur de ARS MAGNA
    (un jeu qui cherche justement à lier sa thématique fouillée à son gameplay)
    http://www.grand-oeuvre-alchimique.com

    • Gus

      Maxime,

      Wow ! Votre message nous touche énormément. Merci du fond du cœur pour ces mots chaleureux sur notre travail. Ça nous booste vraiment ! Ce n’est pas toujours facile-facile depuis 2007, surtout en tant que structure et média bénévole, mais des messages comme le vôtre nous redonnent du coeur à l’ouvrage !

      On est ravis que notre (enfin, celle de Romain, notre chroniqueur) approche sur Evenfall vous ait parlé. Votre point de vue sur l’importance du thème et du graphisme est totalement en phase avec le nôtre.

      ARS MAGNA a l’air chouette ! On adore l’idée de lier si étroitement thème et gameplay.

      Merci encore pour ce super retour. C’est ce genre d’échange qui nous motive à continuer.

      Belles parties à vous aussi !

      Votre équipe de Gus & Co

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