Mémoire ’44 sur PC : Plus qu’une pâle copie
🎖️ Le jeu culte Mémoire ’44 revient sur PC en 2027. Fidélité au plateau, campagne roguelite, IA en chantier. Chic !
Article écrit par :
Loïc
Mémoire ’44 sur PC : Un second front, cette fois sur PC
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L’essentiel en 3 points :
- Slitherine publiera en 2027 une adaptation PC de Mémoire ’44 développée par Volcanite Games, sous licence Asmodee / Days of Wonder.
- Hexagones, dés, scénarios et cartes de commandement sont conservés ; la campagne solo ajoute deckbuilding, Perks et progression.
- Le projet n’en est qu’à une alpha précoce : prix, date précise, langues, configuration, boutiques et périmètre multijoueur restent à préciser.
Le premier tir de dé n’a pas encore eu lieu que Memoir ’44 a déjà ouvert un second front : celui du PC.
Slitherine, Asmodee et Days of Wonder préparent une nouvelle adaptation numérique de Mémoire ’44 pour 2027. Le système de Richard Borg reste au centre. Mais la campagne solo, nourrie au roguelite et au deckbuilding, change sérieusement la nature du projet.
Le 22 juillet 2026, pendant le showcase Slitherine Next, l’éditeur Slitherine a officialisé un accord avec Asmodee et Days of Wonder pour adapter le jeu cultissime de Richard Borg. L’édition numérique sera donc publiée par Slitherine, développée par le studio turinois Volcanite Games et vise une sortie en 2027. La seule plateforme clairement annoncée à ce stade est le PC.
Un nom célèbre, une licence solide, une fenêtre de sortie et un écran à la place du plateau. Slitherine présente le projet comme une adaptation fidèle, alors que Volcanite semble déjà construire bien davantage.
C’est toute l’histoire, en vrai. Perso, je pense que Mémoire ’44 numérique ne sera intéressant que s’il réussit deux choses à la fois : préserver une méca qui ronronne depuis plus de vingt ans et justifier l’existence d’un nouveau logiciel dans un monde où le jeu est déjà disponible sur plateau, sur Board Game Arena et, sous une forme vieillissante, dans les archives de Steam. Pas exactement une promenade de santé.
Un dino vivant, pas une relique à dépoussiérer
Publié en 2004 par Days of Wonder, Mémoire ’44 a été conçu pour commémorer le 60e anniversaire du Débarquement et de la libération de la France. Selon le communiqué relayé lors de l’annonce, le jeu s’est vendu à plus de 250 000 exemplaires.
Mais les trophées racontent moins bien la vitalité d’une licence que les tables encore occupées. Asmodee a remis la boîte en avant dans une version rafraîchie, avec nouvelles illustrations, rangement revu et figs améliorées. La Fédération Française de Mémoire ’44 continue, elle, d’afficher tournois et rencontres. Autrement dit : Slitherine ne tente pas de ranimer un nom oublié. Il arrive dans une communauté qui joue déjà, compare les scénas, discute les cartes et connaît chaque caprice des dés.
Ce que le PC doit absolument préserver
La promesse officielle est, pour l’instant, franchement rassurante : déplacements sur hexagones, jets de dés, scénas inspirés de batailles historiques et cartes de commandement restent au cœur du jeu. Les modes escarmouche et multijoueur reprennent les règles classiques.
Le génie très particulier de Mémoire ’44 ne vient pas d’une simulation exhaustive. Il vient de la friction. Vous voyez l’unité qu’il faudrait activer, l’objectif qui s’échappe, le flanc qui s’effondre… et votre main de cartes vous oblige à commander ailleurs. Le hasard n’est pas seulement dans les dés ; il est dans la capacité imparfaite à transmettre ses ordres. C’est frustrant. Et souvent drôle après coup. Sur le moment, beaucoup, beaucoup beaucoup moins (surtout quand ça vous arrive à vous).
Une adaptation réussie devra donc résister à la tentation de tout lisser. Une interface plus claire, oui. Des rappels automatiques, évidemment. Mais pas un jeu qui transforme chaque décision en tableau Excel ou qui cache la tension des cartes derrière une pluie d’effets. Le système de Richard Borg tient justement parce qu’il fait beaucoup avec peu.
Le solo, là où le projet se réveille vraiment
La vraie surprise se trouve dans la campagne solo originale. Volcanite semble vouloir mélanger la structure de Mémoire ’44 avec des idées venues des roguelites et des deckbuilders. Au départ, trois paquets de cartes de commandement seraient proposés. Les unités détruites et les victoires rapporteraient des points de réquisition, à dépenser pour ajouter des cartes, les améliorer ou retirer celles qui encombrent le deck.
Le studio prépare aussi des cartes inédites, absentes du jeu de plateau. Des objectifs optionnels donneraient des médailles, puis ces médailles permettraient de débloquer des Perks, ou Avantages. Une carte de spécialisation pourrait, par exemple, transformer une unité d’infanterie en sniper ou renforcer une pièce d’artillerie.
Et là, on ne parle plus d’un copier-coller de la boîte physique. On parle d’une interprétation. Le plateau fournit le langage tactique ; le jeu vidéo ajoute une trajectoire, des choix persistants et cette petite question qui fait fonctionner les bons deckbuilders : est-ce que j’améliore ce qui marche déjà, ou est-ce que je retire enfin cette carte (toute pourrie) qui me ralentit depuis trois missions ?
C’est probablement l’ajout décisif. Mémoire ’44 a toujours été excellent à deux, dans un duel court où chaque camp hérite d’une situation bancale. Une campagne peut donner un sens à la durée : spécialiser ses forces, accepter un détour pour un objectif secondaire, construire un deck, puis vivre avec les conséquences. Le numérique ne remplace pas le plateau ; il lui greffe une mémoire de long terme.
Ce que l’écran peut gagner. Et ce qu’il risque de perdre
Le PC a des avantages très terre à terre. La mise en place devient instantanée. Les règles spéciales peuvent s’afficher au bon moment. Les lignes de vue, les modificateurs et les conditions de victoire sont vérifiés sans débat de fin de soirée. On relance une partie sans remettre 144 figs dans les zips. C’est pas dingue, mais c’est précisément le genre de confort qui fait qu’un jeu sort plus souvent.
Il y a aussi l’IA, le matchmaking, les sauvegardes et la possibilité d’enchaîner des scénarios sans bloquer une table pendant trois jours. Pour les joueuses et joueurs isolés, le solo ne sera pas un bonus : ce sera la porte d’entrée.
En échange, on perd quelque chose. Les petites figurines, la carte que l’adversaire abat avec un sourire trop vicieux, le dé qui roule beaucoup trop longtemps avant de choisir la mauvaise face. Alors oui, un ordi peut accélérer la mise en place ; il imite moins bien le silence autour de la table quand une attaque supposée imparable produit exactement zéro résultat.
Le meilleur scénario serait donc une cohabitation nette : modes classiques pour celles et ceux qui veulent retrouver le jeu, campagne séparée pour celles et ceux qui veulent le voir muter. Si Volcanite mélange tout, la lisibilité risque de souffrir. S’il cloisonne intelligemment les expériences, le projet peut parler aux vétérans comme aux nouveaux venus.
Mémoire ’44 a déjà vécu deux vies numériques
Cette adaptation ne part pas d’une page blanche. Mémoire ’44 Online est sorti en 2011 avec un modèle fondé sur des lingots virtuels. Les ventes de cette monnaie ont cessé en novembre 2022 et la fin du service avait été programmée pour avril 2023, au moment où une adaptation officielle arrivait sur Board Game Arena.
BGA propose Mémoire ’44 dans le navigateur depuis novembre 2022, à deux, sans téléchargement. La plateforme a déjà enregistré des centaines de milliers de parties. Elle répond donc très bien au besoin « je veux jouer aux règles de base en ligne ».
Le futur jeu de Slitherine doit offrir autre chose : une présentation moderne, un vrai solo, une campagne persistante, une IA convaincante et, peut-être, des outils communautaires. C’est aussi pour cela que le mot « remplacement » serait prématuré. L’annonce ne dit pas que cette version chasse BGA. Elle dit qu’elle veut occuper un autre terrain.
Le communiqué de ce 22 juillet évoque l’arrivée de Mémoire ’44 dans le catalogue Steam de Slitherine, mais rien de plus pour l’instant.
La liste des inconnues est encore bien remplie
Prix, date précise, langues, config minimale, sauvegardes cloud, jeu en local, multijoueur asynchrone, cross-play, prise en charge de Mac ou des consoles : rien de tout cela n’a été détaillé publiquement. Même le modèle commercial reste ouvert. Jeu freemium, premium unique ? Éditions ? Extensions ? On peut imaginer beaucoup de choses. On ne peut encore en confirmer presque aucune.
Le nombre de scénarios demande lui aussi un peu de sang-froid. 24 ? 22 ? Le risque principal reste plus simple : trop en faire. Mémoire ’44 fonctionne parce qu’il est un wargame d’initiation nerveux, pas une salade mêlée de sous-systèmes. Une campagne riche peut lui donner une nouvelle profondeur. Une accumulation de bonus, monnaies et effets peut aussi étouffer ce qui rend le jeu immédiatement compréhensible et accessible. Et plaisant. Tout dépendra du dosage.
Et il y a l’IA. Les cartes de commandement imposent des choix imparfaits ; une bonne intelligence artificielle doit comprendre non seulement ce qu’elle peut activer, mais aussi ce qu’elle doit préserver, menacer ou abandonner. C’est un chantier moins visible qu’une animation d’explosion. Et probablement beaucoup plus important.
Verdict ? Prometteur, mais encore loin du test
Ce vendredi 24 juillet, notre position tient donc en trois mots : curiosité, prudence, impatience. Si Volcanite garde les ajouts numériques à leur juste place, Slitherine peut construire un pont rare entre wargame d’initiation et campagne tactique moderne. Si la surcouche prend toute la place, Mémoire ’44 risque de se retrouver coincé sous son propre équipement.
Rendez-vous en 2027. D’ici là, gardez les dés à portée de main : eux, au moins, n’ont jamais eu besoin d’une config minimale. Et en attendant, vous pouvez vous rabattre sur la version polaire du jeu, en mode Star Wars.
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