En défaillance, l’éditeur de jeux Asyncron ferme
💔 Asyncron Games en liquidation ! Les raisons de cette fermeture et les leçons pour l’industrie du jeu de société. 📉🔍
La défaillance d’Asyncron
Vous aimez les jeux de société ? Imaginez une entreprise qui a su captiver l’imagination des joueurs et joueuses avec des titres, puissants, palpitants, passionnants, comme Fief, Mare Nostrum et la VF de Frostpunk. Oui, mais. Derrière cette réussite se cache une histoire de défis financiers et de résilience. Et il y a quelques semaines, on apprenait la terrible nouvelle que l’éditeur fermait ses portes.
Asyncron : Une passion
Asyncron, a vu le jour il y a quinze ans. Depuis, cette société a su se spécialiser dans un secteur bien particulier : la fabrication de jeux de société, avec un penchant marqué pour les (gros) jeux de stratégie et les wargames. Avec un effectif réduit, oscillant entre un et deux salariés, elle a pourtant réussi à se faire un nom grâce à des titres marquants comme Fief, Mare Nostrum et Quartermaster General.
L’essor et les défis du sociofinancement. Asyncron a été parmi les premiers à se lancer dans le financement participatif en France, une démarche qui a permis de concrétiser de nombreux projets. Le financement participatif a cette magie de transformer des rêves en réalité, mais il vient aussi avec son lot de défis. Si Quartermaster General a connu un franc succès, d’autres projets ont eu des parcours plus tumultueux. Les retards de livraison et la qualité parfois inégale du matériel ont suscité des mécontentements parmi les backers.
La route n’a pas été sans embûches. L’entreprise a dû faire face à plusieurs redressements judiciaires et, plus récemment, à une liquidation judiciaire ouverte le 2 avril. Et puis, bim, cette annonce mi-mai de la cessation de ses activités. Cette situation fait suite à plusieurs années de difficultés financières, malgré des tentatives de redressement et des plans de continuation.
La liquidation judiciaire d’Asyncron
Comme on peut le voir sur la page officielle des sociétés, Asyncron est en statut de défaillance. Pour comprendre ce qui arrive à Asyncron, il est crucial de saisir la notion de défaillance d’entreprise. Selon l’INSEE, une entreprise est considérée en défaillance lorsqu’elle ne peut plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible. En d’autres termes, lorsque la trésorerie de l’entreprise ne suffit plus à payer ses dettes. C’est une situation critique qui mène souvent à des décisions drastiques comme la liquidation judiciaire.
La liquidation judiciaire d’Asyncron, annoncée le 2 avril, a été une décision difficile mais nécessaire. Le mandataire judiciaire, déjà en charge des précédents plans de redressement, a une nouvelle fois pris les rênes pour gérer cette situation. La liquidation signifie la fin des activités de l’entreprise sous sa forme actuelle et la vente de ses actifs pour payer les créanciers.
Pour Asyncron, cette liquidation est la suite d’une longue série de tentatives pour se maintenir à flot. L’entreprise a essayé diverses stratégies, malheureusement en vain.
Les défis du financement participatif
Le financement participatif a été à la fois une bénédiction et une malédiction pour Asyncron. Si cela a permis de lancer de nombreux projets, cela a aussi exposé l’entreprise à des risques financiers importants. Les coûts imprévus, comme ceux liés à la logistique et aux taxes, ont souvent mis à mal les marges de manœuvre de l’éditeur.
La communication est un art délicat, surtout en temps de crise. Asyncron a souvent été critiqué pour sa gestion de la communication, notamment lors des retards de livraison et des problèmes de qualité. La transparence et la régularité des mises à jour sont essentielles pour maintenir la confiance des backers, mais Asyncron a parfois peiné à répondre aux attentes.
Une initiative récente qui a suscité des interrogations est la création d’une cagnotte GoFundMe pour financer les frais de port de Falling Sky: La Révolte des Gaulois contre César. Cette démarche, bien que nécessaire pour l’éditeur, a été perçue par certains comme un aveu de faiblesse et a soulevé des questions sur la gestion des coûts et la prévoyance financière.
Asyncron : Un nouvel élan ou la fin d’une époque ?
La liquidation judiciaire marque un tournant crucial. Pourra-t-on voir renaître Asyncron sous une autre forme ? Un autre nom ? Une autre société ? L’avenir est incertain, mais ce qui est sûr, c’est que la passion pour les jeux de société et les wargames continue de battre dans le cœur de ses créateurs. Et de ses fans comme nous.
Le cas d’Asyncron nous invite à réfléchir sur le modèle économique du sociofinancement. Si cette méthode a permis de réaliser des projets ambitieux, elle expose aussi les porteurs de projets à des risques financiers importants. La question de la prévoyance et de la gestion des imprévus reste centrale. Comment assurer une stabilité financière tout en restant fidèle à l’esprit du sociofinancement ?
Peut-être est-il temps de penser à des réformes pour protéger à la fois les créateurs et les backers. Des plateformes comme Kickstarter et Ulule pourraient mettre en place des mécanismes de soutien en cas d’imprévus, ou des garanties pour les backers. Après tout, la confiance est la clé de voûte de ce modèle.
Le financement participatif a permis à Asyncron de financer des projets ambitieux, mais il a aussi créé des attentes élevées chez les backers. Les retards et les problèmes de qualité ont miné la confiance des joueurs, rendant difficile la fidélisation de la clientèle. Une communication transparente et régulière est essentielle pour maintenir la confiance des backers. Asyncron a parfois manqué de clarté dans ses mises à jour, alimentant la frustration des joueurs.
La gestion financière : Une question cruciale
Malgré les plans de redressement successifs, Asyncron n’a pas réussi à rétablir sa santé financière. La gestion financière d’un éditeur de jeux de société est un défi complexe, et Asyncron illustre l’importance d’une bonne planification budgétaire.
La vision d’Asyncron sur la création collective de jeux a suscité des débats. La frontière entre l’édition et la création est parfois floue. L’art et l’industrie, un débat, un dilemme sans fin.
Un héritage ambivalent
La chute d’Asyncron Games laisse un héritage ambivalent dans le monde du jeu de société. D’un côté, l’éditeur a contribué à populariser des jeux historiques et des wargames, en proposant des titres ambitieux comme Fief et Frostpunk. Leur approche du financement participatif a permis de concrétiser des projets qui, autrement, auraient eu du mal à voir le jour. D’un autre côté, les retards, les controverses et la liquidation judiciaire ont terni l’image de l’éditeur et ont déçu de nombreux backers.
Et maintenant, quel avenir pour les jeux d’Asyncron ? La liquidation judiciaire pose la question du futur de ses jeux phares. On peut tout à fait imaginer que certains autres éditeurs francophones sortent du bois pour récupérer certains titres, pour continuer à les vendre, les faire vivre.
En conclusion : Une fin mélancolique (mais instructive)
La fermeture d’Asyncron Games n’est pas simplement une anecdote de plus dans l’industrie du jeu de société ; elle représente un tournant crucial qui nous pousse à réfléchir sur plusieurs aspects fondamentaux du financement participatif et de la gestion d’entreprise dans ce secteur. L’histoire d’Asyncron est une leçon riche en enseignements pour tous les acteurs de cette industrie, des auteurs, autrices, éditeurs, distributeurs, aux joueurs et joueuses.
Oui, la fin d’Asyncron Games est mélancolique, mais elle nous rappelle la réalité impitoyable de l’industrie du jeu de société. Malgré un amour indéniable pour le jeu et une vision unique, la gestion financière et les attentes peuvent rapidement transformer une passion en… cauchemar. Néanmoins, l’histoire d’Asyncron est aussi celle d’un éditeur qui a osé prendre des risques et qui a laissé une empreinte indélébile dans le monde du jeu de société.
Le financement participatif a révolutionné le monde des jeux de société en permettant à de nombreux projets ambitieux de voir le jour. Cependant, comme l’illustre la chute d’Asyncron, cette méthode comporte des risques importants. La dépendance excessive à l’égard des backers pour financer chaque étape d’un projet peut exposer une entreprise à des fluctuations imprévisibles. Les retards dans la production, les augmentations imprévues des coûts de logistique et les taxes peuvent rapidement épuiser les fonds disponibles, mettant en péril la viabilité de l’entreprise.
Pourtant, le financement participatif reste une plateforme essentielle pour les créateurs indépendants. Les réformes proposées, telles que la mise en place de mécanismes de soutien en cas d’imprévus ou des garanties pour les backers, pourraient renforcer la stabilité de ce modèle économique et protéger les intérêts de tous les parties prenantes.
Une autre leçon cruciale tirée de l’expérience d’Asyncron est l’importance de la communication. En temps de crise, la transparence et la régularité des mises à jour sont vitales pour maintenir la confiance des backers. Les frustrations des joueurs et joueuses concernant les retards et les problèmes de qualité auraient pu être atténuées par une communication plus proactive et honnête de la part de l’éditeur. Les éditeurs de jeux de société doivent apprendre à naviguer dans ces eaux tumultueuses en gardant leurs backers informés et engagés, même lorsque les nouvelles ne sont pas bonnes.
La gestion financière s’avère être un défi de taille pour les petits éditeurs comme Asyncron. Une planification budgétaire rigoureuse et une prévoyance financière sont essentielles pour éviter les pièges qui ont conduit à la liquidation de l’entreprise. Les éditeurs doivent trouver un équilibre entre l’investissement dans la qualité des matériaux et la maîtrise des coûts pour garantir la satisfaction des sans compromettre la viabilité financière de l’entreprise.
N’empêche, entre (très nombreux) rachats, et éditeurs qui ferment, comme Asyncron, comme Holy Grail, comme Inside the Box, on peut vraiment dire l’industrie du jeu de société est chamboulée (c’est un euphémisme).
En fin de compte, la chute d’Asyncron Games est une illustration poignante des défis auxquels sont confrontés les éditeurs de jeux de société. Elle souligne l’importance d’une gestion financière solide, d’une communication efficace et d’une prévoyance rigoureuse. Cette histoire nous rappelle également la passion et la résilience nécessaires pour naviguer dans cette industrie.
Alors, la prochaine fois que vous organisez une partie de « Fief » ou que vous aidez un esclave à trouver la liberté dans « Freedom« , souvenez-vous du voyage tumultueux d’Asyncron Games et de l’héritage qu’ils ont laissé. Après tout, dans le grand jeu de la vie, chaque mouvement compte, et parfois, les meilleures leçons viennent des parties les plus difficiles.
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7 Comments
Stiphn
Bonjour Loic,
Pour compléter vos « recherches » et ajouter un peu de matière à votre article, sachez que Asyncron laisse les backers de sa campagne pour la localisation VF de Falling Sky sur le carreau ainsi que des actionnaires, que l’ex PDG de la compagnie essaye de soutirer des sous avec une cagnotte sous les radars du liquidateur, et a créé une nouvelle société dans le JV avant même que la liquidation soit prononcée…
Vorphy
Quid de Pandora ? J’ai l’impression que l’aventure va continuer avec un nouveau nom. L’asynconv24 aura lieu en juillet cette année malgré cette fermeture. Je pense que ce n’est pas tout à fait mort
Atanaheim
Étonnamment, l’asynconv 2024 est maintenue.
Peut-être est-elle gérée par une entité séparée ?
Vincent
Bonjour, les backers de Falling ne vont pas rester sur le carreau. Le jeu semble être en chemin et voilà les dernières nouvelles, arrivée à Strasbourg mi juin : https://fr.ulule.com/falling-sky/news/
Studiordl
Aucune réponse aux nombreux messages…
Faut-il encore croire au Père Noël?
Plaf98
Bonjour,
Je suis actionnaire d’Asyncron, ayant acheté des parts lors d’une levée de fonds proposée aux souscripteurs du KS de mare nostrum.
Depuis le début de l’augmentation de capital, la communication par le dirigeant a été plus qu’opaque, refusant de nous impliquer dans quoi que ce soit de la gestion de l’entreprise. Seul, il a rapidement été débordé par la charge de travail, et Asyncron en a lourdement pati.
Depuis 1 an environ, le dirigeant voyant le vent tourner a créé la société Pandora afin de diversifier son activité. Il se trouve que non seulement la société Pandora s’est développée au détriment du fonctionnement d’Asyncron, mais qu’elle a également servi de société de vente des stocks d’Asyncron au détriment de cette dernière puisque Pandora empochait les bénéfices de la vente… (Le site de vente en ligne d’Asyncron était indiqué en travaux, quand le site de Pandora vendait des jeux Asyncron…)
Vous en concluerez ce que vous voudrez, mais une partie des actionnaires s’est constituée en collectif afin de porter plainte contre le dirigeant dont la gestion a été, n’ayons pas peur des mots calamiteuse.
Amis souscripteurs de tous les KS, Ulule et autres sites de financement participatifs, voilà pourquoi (entre autre problèmes) certains d’entre vous ne recevront jamais leurs jeux…
Gus
Bonjour,
Merci pour votre retour, édifiant et… tragique.
Plus qu’à espérer maintenant que votre dernière phrase ne se réalise pas 🤞🏼