đŻ Nous avons demandĂ© aux fans de jeux de sociĂ©tĂ© ce qu’ils pensaient du langage inclusif. 73% pensent que ce n’est pas si important. đ
Langage inclusif, les réponses à notre sondage
Pour faire court et aller Ă l’essentiel, trois quarts (73%) des personnes interrogĂ©es jugent le langage inclusif dans le jeu de sociĂ©tĂ© peu importante.
Mardi passĂ© nous avons publiĂ© un article sur l’utilisation du langage inclusif dans le jeu de sociĂ©tĂ©. Dans l’article, il y avait plusieurs questions auxquelles prĂšs de 300 personnes ont rĂ©pondu. Nous avons laissĂ© les questions ouvertes pendant toute une semaine.
Voici les questions.
- Avez-vous déjà entendu parler du langage inclusif ?
- Dans quelle mesure ĂȘtes-vous d’accord avec l’utilisation du langage inclusif ?
- Utilisez-vous le langage inclusif dans votre communication quotidienne ?
- Trouvez-vous que le langage inclusif rend le texte plus difficile Ă lire ou Ă comprendre ?
- Quelles formes prĂ©fĂ©rez-vous Ă lâĂ©crit et Ă lâoral ?
- Croyez-vous que le langage inclusif aide Ă promouvoir l’Ă©galitĂ© et la diversitĂ© ?
- Quelle est votre opinion sur l’utilisation du langage inclusif dans les mĂ©dias et la publicitĂ© ?
Et voici les résultats.

On observe que l’Ă©criture inclusive est connue par la grande majoritĂ© des gens. Et pour cause, c’est un sujet trĂšs mĂ©diatisĂ© et discutĂ©, dĂ©battu ces derniĂšres annĂ©es.

Si on additionne les deux positifs, tout Ă fait d’accord et plutĂŽt d’accord, dans ce sondage, Ă peine un quart des personnes interrogĂ©es (27%) jugent le langage inclusif important ou plutĂŽt important. La grande majoritĂ©, 73%, ne le jugent pas important.

Ici, sur 355 personnes, seules 22% disent utiliser le langage inclusif, parfois ou tout le temps. LĂ aussi, la trĂšs grande majoritĂ©, 78%, disent ne pas l’utiliser. Ce qui rejoint et confirme la question prĂ©cĂ©dente.

Sur 356 participations, seules 15% trouvent que le langage inclusif ne rend pas le texte plus compliqué à lire. Les 85% restants le jugent plus compliqué. Ce pourcentage est en augmentation par rapport aux deux précédentes questions.

Ici, sur 347 participations, 68% des personnes ne pensent pas que le langage inclusif aide Ă promouvoir l’Ă©galitĂ© et la diversitĂ©. C’est un aspect intĂ©ressant, puisque le but premier, et ultime, du langage inclusif est de diversifier les usages et rĂ©duire l’utilisation du neutre masculin pour inclure, intĂ©grer le fĂ©minin. Toutefois, selon le sondage, plus de deux tiers des personnes ne trouvent pas le langage inclusif pertinent. C’est Ă©levĂ©, et surprenant.

67% des 340 participantes et participants Ă©mettent un avis dĂ©favorable quant Ă l’utilisation de l’Ă©criture inclusive dans les mĂ©dias et la publicitĂ©. Ce qui rejoint, encore une fois, la tendance de rejet dĂ©jĂ prĂ©cĂ©demment constatĂ©e.

DerniĂšre leçon : le point mĂ©dian nâa pas la cote. Seuls 12% des sondĂ©s prĂ©fĂšrent ce choix en Ă©crivant. Lâemploi de la majuscule est la plus fortement dĂ©testĂ©e, Ă 1% sur les 325.
Mais ce qui est Ă©tonnant ici, ce qu’une petite majoritĂ© n’utilisent que le masculin, ce qui contredit presque les chiffres prĂ©cĂ©dents qui affichaient des rejets plus nets. Le masculin gĂ©nĂ©rique reste toutefois la solution prĂ©fĂ©rĂ©e.
Parmi les options possibles, les rĂ©sultats optent plus volontiers pour le doublet (joueur et joueuse) ou l’utilisation d’une langue Ă©picĂšne plus neutre (les personnes qui jouent).
Conclusion du sondage
Avec plus de 300 participations par question, on constate que lâemploi du langage inclusif dans l’industrie du jeu de sociĂ©tĂ© est rejetĂ©, refusĂ©.
L’analyse des rĂ©sultats de ce sondage sur le langage inclusif peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e selon plusieurs axes principaux : la connaissance du sujet, l’importance perçue, l’usage, la lisibilitĂ©, la promotion de l’Ă©galitĂ© et de la diversitĂ©, et les prĂ©fĂ©rences en termes de formes Ă©crites et orales.
đ Connaissance du sujet : La plupart des rĂ©pondantes et des rĂ©pondants sont familiers avec le langage inclusif. Cela dĂ©montre une sensibilisation assez forte de la population Ă cette thĂ©matique, probablement due Ă une couverture mĂ©diatique consĂ©quente.
đĄ Importance perçue : Lâopinion dominante est que le langage inclusif nâest pas important, avec 73% des rĂ©pondants exprimant cette opinion. Cela indique que, malgrĂ© la familiaritĂ© avec le sujet, la majoritĂ© des personnes ne considĂšrent pas son application comme une prioritĂ©.
đŹ Usage : 78% des rĂ©pondants nâutilisent pas le langage inclusif dans leur communication quotidienne. Câest cohĂ©rent avec lâopinion exprimĂ©e sur lâimportance du sujet. Ce pourrait ĂȘtre une indication que les gens sont rĂ©ticents Ă changer leurs habitudes de langage, ou bien quâils ne voient pas de bĂ©nĂ©fice concret Ă le faire.
đ LisibilitĂ© : Une large majoritĂ© (85%) considĂšre que lâusage du langage inclusif rend les textes plus difficiles Ă lire. Ce facteur peut Ă©galement expliquer une partie de la rĂ©sistance Ă son adoption.
đ Promotion de lâĂ©galitĂ© et de la diversitĂ© : 68% des personnes interrogĂ©es ne croient pas que le langage inclusif contribue Ă promouvoir lâĂ©galitĂ© et la diversitĂ©. Cela suggĂšre que lâobjectif principal du langage inclusif nâest pas perçu comme Ă©tant atteint par une majoritĂ© des rĂ©pondants.
â PrĂ©fĂ©rences en termes de formes Ă©crites et orales : La majoritĂ© des rĂ©pondants prĂ©fĂšrent utiliser le masculin gĂ©nĂ©rique. Les formes inclusives les plus acceptĂ©es semblent ĂȘtre le doublet (joueur et joueuse) et lâutilisation dâune langue Ă©picĂšne plus neutre (les personnes qui jouent). Le point mĂ©dian et la majuscule sont fortement rejetĂ©s, ce qui pourrait ĂȘtre dĂ» Ă des difficultĂ©s de comprĂ©hension ou de lecture.
Globalement, ces rĂ©sultats suggĂšrent qu’il existe une grande rĂ©sistance Ă l’adoption du langage inclusif parmi les rĂ©pondantes et les rĂ©pondants, pour des raisons variĂ©es allant de la difficultĂ© de lecture Ă un scepticisme quant Ă son efficacitĂ© pour promouvoir l’Ă©galitĂ© et la diversitĂ©.
Ouvertures & manquements du sondage
Pour rendre l’analyse plus complĂšte, il serait toutefois utile et pertinent d’inclure certains Ă©lĂ©ments additionnels qui manquent actuellement. Ces Ă©lĂ©ments sont :
đ Analyse dĂ©mographique : Il serait utile de savoir qui sont les personnes qui ont rĂ©pondu au sondage. Quel est leur Ăąge, leur sexe, leur niveau d’Ă©ducation, leur profession, leur origine culturelle, etc. ? Ces informations peuvent donner un aperçu des facteurs qui influencent leurs attitudes et comportements vis-Ă -vis du langage inclusif.
đ€ Motivations et obstacles : Les raisons pour lesquelles les gens n’adoptent pas ou n’apprĂ©cient pas le langage inclusif ne sont pas clairement indiquĂ©es. Sont-ils prĂ©occupĂ©s par la confusion grammaticale, la perturbation de la tradition linguistique, une perception de l’inutilitĂ©, ou autres raisons ? Il serait intĂ©ressant de creuser davantage ces points.
đ Analyse qualitative des rĂ©ponses : Si des commentaires ouverts Ă©taient autorisĂ©s dans le sondage, leur analyse pourrait aider Ă comprendre plus en dĂ©tail les sentiments et les attitudes des personnes interrogĂ©es.
Et maintenant ?
Ce mini-sondage pourrait mener Ă d’autres ouvertures :
đ Suivre l’Ă©volution des attitudes : Refaire le sondage Ă intervalles rĂ©guliers pour suivre l’Ă©volution des attitudes et de l’usage du langage inclusif dans la population Ă©tudiĂ©e.
đ Recherche supplĂ©mentaire : Mener des recherches supplĂ©mentaires pour approfondir la comprĂ©hension des attitudes envers le langage inclusif, en particulier en explorant les motivations et les obstacles Ă son adoption. Il serait Ă©galement utile d’Ă©tudier les prĂ©fĂ©rences pour diffĂ©rentes formes de langage inclusif, en particulier celles qui n’ont pas Ă©tĂ© abordĂ©es dans le sondage original.
En ajoutant ces Ă©lĂ©ments Ă l’analyse, nous pourrions obtenir une image plus complĂšte et nuancĂ©e des attitudes envers le langage inclusif parmi la population Ă©tudiĂ©e.
Comparaison avec d’autres Ă©tudes
Comment nos rĂ©sultats se comparent-ils Ă d’autres Ă©tudes similaires, que ce soit au niveau local, national ou international ? Cela peut nous donner une perspective plus large et permettrait de voir si les attitudes envers le langage inclusif changent au fil du temps.
Et pendant ce temps, en Suisse
Lundi passĂ© 22 mai, le groupe de mĂ©dias suisse Tamedia a publiĂ© les rĂ©sultats d’une analyse sur l’Ă©criture inclusive en Suisse. Voici l’article en PDF.
Cette nouvelle analyse fournit des informations supplémentaires qui ajoutent une couche de complexité à notre compréhension du langage inclusif en Suisse. Voici les principaux points de comparaison et les différences par rapport à la premiÚre analyse :
đ DiffĂ©rences rĂ©gionales : Cette analyse introduit une distinction importante entre les rĂ©gions linguistiques de la Suisse. On observe que les personnes de langue maternelle allemande et italienne sont plus enclines Ă utiliser le langage inclusif que les francophones. Cela pourrait reflĂ©ter des diffĂ©rences culturelles, Ă©ducatives ou politiques entre ces rĂ©gions.
đ„ DiffĂ©rences de genre : Il est Ă©galement notĂ© que les femmes sont plus susceptibles de trouver le langage inclusif important que les hommes, ce qui pourrait reflĂ©ter le fait que les femmes sont plus directement concernĂ©es par les questions d’Ă©galitĂ© de genre.
đ DiffĂ©rences d’Ăąge et d’Ă©ducation : Les jeunes et les universitaires sont Ă©galement plus enclins Ă soutenir le langage inclusif, ce qui pourrait suggĂ©rer que l’Ă©ducation et l’exposition Ă diverses perspectives peuvent influencer les attitudes envers le langage inclusif.
đ Perception vs. pratique : Alors que la premiĂšre analyse se concentrait principalement sur la perception du langage inclusif, cette analyse examine Ă©galement son utilisation pratique. Il est intĂ©ressant de noter que bien que beaucoup de gens ne jugent pas le langage inclusif important, beaucoup semblent quand mĂȘme l’utiliser dans une certaine mesure, mĂȘme s’ils ne s’en rendent pas compte.
đ Importance du contexte : Cette analyse souligne Ă©galement que l’acceptation du langage inclusif peut varier en fonction du contexte. Par exemple, il est plus acceptĂ© dans la vie publique et au travail que dans la sphĂšre privĂ©e.
đŹ InterprĂ©tations des expertes et des experts : La nouvelle analyse fournit des interprĂ©tations des rĂ©sultats de la part des experts en linguistique et en psycholinguistique, ce qui aide Ă Ă©clairer les rĂ©sultats et Ă proposer des pistes pour de futures recherches ou initiatives.
Comparaison (est raison)
C’est intĂ©ressant de comparer ces deux sondages, le nĂŽtre et celui de Tamedia, car ils abordent tous deux le sujet du langage inclusif, mais dans des contextes lĂ©gĂšrement diffĂ©rents â l’un est plus gĂ©nĂ©ral et basĂ© sur la population suisse, tandis que l’autre est spĂ©cifiquement axĂ© sur l’utilisation du langage inclusif dans le jeu de sociĂ©tĂ©.
đ Connaissance du langage inclusif : Les deux sondages montrent que la majoritĂ© des rĂ©pondants ont entendu parler du langage inclusif, ce qui indique une sensibilisation gĂ©nĂ©rale Ă ce sujet.
đĄ Importance du langage inclusif : Dans les deux sondages, une minoritĂ© de rĂ©pondants considĂšre le langage inclusif comme important. Cela pourrait reflĂ©ter une certaine rĂ©sistance ou un manque d’enthousiasme pour l’utilisation du langage inclusif dans la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral.
đŹ Utilisation du langage inclusif : Il y a une corrĂ©lation entre l’importance accordĂ©e au langage inclusif et son utilisation effective. Dans les deux sondages, ceux qui jugent le langage inclusif important sont Ă©galement plus susceptibles de l’utiliser.
đ ComprĂ©hension du langage inclusif : Un point intĂ©ressant est que dans le sondage sur le jeu de sociĂ©tĂ©, une majoritĂ© Ă©crasante de rĂ©pondants (85%) trouve que le langage inclusif rend le texte plus difficile Ă lire ou Ă comprendre. Cela pourrait indiquer un besoin de formation ou d’Ă©ducation pour amĂ©liorer la comprĂ©hension du langage inclusif.
đ Impact sur l’Ă©galitĂ© et la diversitĂ© : Dans le sondage sur le jeu de sociĂ©tĂ©, une majoritĂ© de rĂ©pondants ne pense pas que le langage inclusif favorise l’Ă©galitĂ© et la diversitĂ©. Cela contraste avec les points de vue des experts en linguistique et en psycholinguistique exprimĂ©s dans le premier sondage.
â PrĂ©fĂ©rences d’Ă©criture : Dans les deux sondages, l’utilisation du point mĂ©dian est trĂšs faible, ce qui indique une prĂ©fĂ©rence gĂ©nĂ©rale pour les autres formes de langage inclusif, comme le doublet ou l’utilisation de termes neutres.
Ces comparaisons suggĂšrent qu’il y a des dĂ©fis communs Ă surmonter pour promouvoir l’acceptation et l’utilisation du langage inclusif, notamment le besoin d’amĂ©liorer la comprĂ©hension du langage inclusif et de montrer plus clairement son impact sur l’Ă©galitĂ© et la diversitĂ©. Pour autant que ce soit une dĂ©marche recherchĂ©eâŠ
Langage inclusif et éditeurs de jeux
Pour creuser la question, nous avons contactĂ© une trentaine d’Ă©diteurs francophones et germanophones. Pourquoi ces deux langues ? Parce qu’au contraire de l’anglais, une langue plus neutre et gĂ©nĂ©rique qui emploie le mot « gamer » ou « player », le français et l’allemand font la diffĂ©rence de genre, avec « joueur » et « joueuse » et « spieler » et « spielerin ».
Voici les questions que nous leur avons soumises :
- Question 1: Quelle importance accordez-vous au langage inclusif dans le développement de vos jeux de société ?
- Question 2: Le cas échéant, pouvez-vous partager des exemples spécifiques de la maniÚre dont vous avez intégré le langage inclusif dans la conception et les rÚgles de vos jeux ?
- Question 3: Le cas Ă©chĂ©ant, quels sont les dĂ©fis que vous avez rencontrĂ©s lors de l’implĂ©mentation du langage inclusif dans vos jeux et comment les avez-vous surmontĂ©s ?
- Question 4: Comment rĂ©agissent vos clients Ă l’usage du langage inclusif (ou pas) dans vos jeux ? Avez-vous reçu des retours positifs ou nĂ©gatifs ?
- Question 5: Comment voyez-vous l’avenir du langage inclusif dans l’industrie du jeu de sociĂ©tĂ© ? Pensez-vous qu’il y aura une augmentation de son utilisation
Quelles fut les rĂ©ponses ? D’abord, un constat. Sur la trentaine d’Ă©diteurs contactĂ©s, seule une dizaine d’entre eux a rĂ©pondu Ă nos sollicitations. Par manque de temps ? D’intĂ©rĂȘt ? Ou la question est jugĂ©e trop dĂ©licate, trop sensible ?
Sur les Ă©diteurs qui ont eu l’amabilitĂ© de rĂ©pondre, cinq ont clairement admis ne pas s’intĂ©resser Ă la question, en tout cas pas au point d’inclure le langage inclusif dans leurs jeux.
Ainsi, un Ă©diteur nous a avouĂ© : « Il se trouve que, reconnaissons-le, nous ne sommes pas vraiment de bons Ă©lĂšves concernant le langage inclusif dans nos rĂšgles et textes « ingame »⊠En cela, nous n’aurons pas de quoi rĂ©pondre Ă tes questions, au-delĂ des reproches qui nous ont Ă©tĂ© formulĂ©s sporadiquement. » Un autre a rĂ©pondu ainsi : « pas sĂ»r quâon soit le bon interlocuteur parce que je ne suis pas du tout en phase avec cette mouvance ».
Catch up Games

Le sympathique éditeur lyonnais Catch Up Games (After Us) a lui eu la gentillesse de nous répondre en détail :
Question 1 : Quelle importance accordez-vous au langage inclusif dans le développement de vos jeux de société ?
On pense que câest important dans les jeux comme partout ailleurs, et on tente de lâinclure de plus en plus dans notre rĂ©flexion, mĂȘme sâil faut aussi prendre en compte dâautres contraintes, notamment de lisibilitĂ©, de clartĂ© et parfois tout simplement de place. Câest valable Ă©galement pour nos textes de communication, qu’on prend soin Ă rĂ©diger de façon inclusive.
Question 2 : Le cas échéant, pouvez-vous partager des exemples spécifiques de la maniÚre dont vous avez intégré le langage inclusif dans la conception et les rÚgles de vos jeux ?
On a Ă©crit lâintĂ©gralitĂ© des rĂšgles dâAfter Us, en utilisant des doublets (le joueur ou la joueuse, il ou elle, etc.).
Question 3 : Le cas Ă©chĂ©ant, quels sont les dĂ©fis que vous avez rencontrĂ©s lors de l’implĂ©mentation du langage inclusif dans vos jeux et comment les avez-vous surmontĂ©s ?
On a le contre-exemple des rĂšgles de Faraway, notre prochain jeu, quâon nâa pas rĂ©ussi Ă rendre suffisamment claires en inclusif. Les formules Ă©taient trop lourdes, ce qui nuisait Ă lâensemble. On a donc dĂ©cidĂ© de rester sur le masculin pour ce jeu, en espĂ©rant pouvoir faire mieux sur les prochains.
Question 4 : Comment rĂ©agissent vos clients Ă l’usage du langage inclusif (ou pas) dans vos jeux ? Avez-vous reçu des retours positifs ou nĂ©gatifs ?
On a pas eu de retours pour le moment, ni sur After Us, ni sur notre communication, ni sur les autres jeux.
Question 5 : Comment voyez-vous l’avenir du langage inclusif dans l’industrie du jeu de sociĂ©tĂ© ? Pensez-vous qu’il y aura une augmentation de son utilisation, et comment votre entreprise prĂ©voit-elle de s’adapter Ă ces changements ?
Ăa dĂ©pendra clairement de lâĂ©volution dans la langue en gĂ©nĂ©ral, mais on espĂšre que de plus en plus dâĂ©diteurs sây mettront.
On pense que lâĂ©galitĂ© hommes-femmes et la lutte contre les clichĂ©s de genre sont une cause importante, et on fera notre possible pour les prendre en compte dans nos textes (comme on le fait dĂ©jĂ pour nos illustrations), mais on nâest sans doute pas non plus les mieux placĂ©s pour ĂȘtre avant-gardistes sur ce combat. On espĂšre que des nouvelles conventions sâimposeront petit Ă petit et on sera heureux de les appliquer, et dâici lĂ , on fera notre possible.
Cocktail Games

L’Ă©diteur versaillais Cocktail Games (Trio), bien connus pour ses jeux grand public et accessible a lui aussi eu la gentillesse de nous rĂ©pondre sur le sujet.
Question 1 : Quelle importance accordez-vous au langage inclusif dans le développement de vos jeux de société ?
Pour le moment, nous nâavons pas/peu mis en place le langage inclusif dans nos rĂšgles. Nous prenons cependant, dans les exemples de nos rĂšgles de jeux, des noms de joueurs genrĂ©s au fĂ©minin (tel que dans lâextension Grozilla pour Happy City, Super Mega Lucky Box, oĂč les seuls prĂ©noms utilisĂ©s sont fĂ©minins). De mĂȘme que le genre, nous prĂȘtons attention Ă la connotation des prĂ©noms des joueurs donnĂ©s dans tous nos exemples : nous essayons ainsi d’avoir la paritĂ© dans le fĂ©minin et le masculin mais Ă©galement pour des prĂ©noms internationaux et gĂ©nĂ©rationnels. Par exemple : Martine, Yanis, Juliette, Hadrien⊠L’inclusivitĂ© n’est en effet pas qu’une histoire de genre.
Cependant, par habitude et pour ne pas risquer de perdre la personne qui lit les rĂšgles, nous utilisons encore le mot « le joueur ». En effet, voulant rendre nos jeux accessibles au plus grand nombre, nous restons dans une dynamique de facilitation, et mĂȘme si lâinclusivitĂ© nous tient Ă cĆur, il nâest pas vraiment Ă©vident de sortir des formulations usuelles pour le grand public. En outre, les jeux de la gamme Cocktail Games Ă©tant testĂ©s auprĂšs du grand public avant Ă©dition et commercialisation, le langage inclusif utilisant le pronom IEL n’a pas Ă©tĂ© concluant lors de ces tests. Cependant, nous faisons bouger nos curseurs pour favoriser lâinclusion petit Ă petit.
Question 2 : Le cas échéant, pouvez-vous partager des exemples spécifiques de la maniÚre dont vous avez intégré le langage inclusif dans la conception et les rÚgles de vos jeux ?
En plus des exemples donnĂ©s Ă la question 1, nous aimerions ajouter que malgrĂ© la non-utilisation de l’Ă©criture inclusive sur les pronoms, les adjectifs avec les points mĂ©dians « e·e·s » par exemple, nous nous efforçons au maximum d’utiliser des Ă©lĂ©ments Ă©picĂšnes (dĂ©jĂ qualifiĂ©s ainsi dans l’Ă©criture inclusive). Notamment, dĂšs le premier jeu TOP TEN, nous avons mis beaucoup d’efforts dans la formulation de nos thĂšmes et si nous pouvions Ă©viter un adjectif genrĂ© comme « belle » par exemple, et mettre Ă la place « magnifique » ou « superbe », nous faisions le choix d’ĂȘtre le plus inclusif possible.
Question 3 : Le cas Ă©chĂ©ant, quels sont les dĂ©fis que vous avez rencontrĂ©s lors de l’implĂ©mentation du langage inclusif dans vos jeux et comment les avez-vous surmontĂ©s ?
La rĂ©ponse que je vais vous donner nâest pas tout Ă fait celle demandĂ©e, mais un gros dĂ©fi que notre Ă©quipe a su relever, a Ă©tĂ© pour la crĂ©ation de Top Ten 18 +. Il aurait Ă©tĂ© facile de faire un Ă©niĂšme jeu surfant sur les blagues racistes, homophobes, transphobes, sexistes et autres⊠tels le florilĂšge de jeux associĂ©s Ă la thĂ©matique 18+, or il nous tenait Ă cĆur que personne ne se sente Ă©vincĂ© par ce jeu.
LâĂ©quipe Cocktail Games a donc travaillĂ© sur la rĂ©daction des thĂ©matiques qui se veulent neutres. En effet, les thĂ©matiques sont au maximum Ă©crites de façon Ă pouvoir ĂȘtre lues quelque soit son genre. NĂ©anmoins, pour les quelques thĂšmes qui nĂ©cessitaient un genre spĂ©cifique, lâĂ©quipe de Cocktail Games a travaillĂ© pour que chaque carte genrĂ©e fĂ©minine ait son pendant masculin et inversement.
Ainsi, les participants peuvent inventer les rĂ©ponses quâils souhaitent, en jouant sur le type dâhumour autorisĂ© et/ou validĂ© par le groupe, tout en ayant des thĂ©matiques qui nâĂ©vincent aucun des joueurs.
Question 4 : Comment rĂ©agissent vos clients Ă l’usage du langage inclusif (ou pas) dans vos jeux ? Avez-vous reçu des retours positifs ou nĂ©gatifs ?
Cette réponse est toujours par rapport à Top Ten 18 + :
Lors des présentations du jeu en festival, les retours sont positifs et les participants ne se rendent pas forcément compte du travail rédactionnel fait sur ce jeu.
Pour autant, des joueurs faisant partie de minoritĂ©s nous ont fait des retours trĂšs positifs sur ce jeu, Ă©tant donnĂ© quâils ne sont pas la cible, une Ă©niĂšme fois, de « blagues » oppressives.
De la mĂȘme maniĂšre, lorsque lâon explique le travail de fond rĂ©alisĂ© sur ce jeu, les joueurs ne portent plus le mĂȘme regard dessus.
Ce travail est notre part de contribution à ce petit déplacement de curseurs qui permettra, dans un futur proche, le langage inclusif pour les jeux destinés au grand public.
Un changement se fait toujours un petit pas aprĂšs lâautre, et, suivant lâendroit oĂč lâon se positionne, le pas ne peut pas ĂȘtre le mĂȘme. Nous avons dĂ©cidĂ© de faire des jeux qui soient accessibles au plus grand nombre, il nous faut donc attendre que le langage inclusif arrive Ă plus grande Ă©chelle pour pouvoir vraiment lâutiliser de façon plus rĂ©currente, mais cela ne nous empĂȘche pas de faire chaque petit changement que l’on estime possible.
Question 5 : Comment voyez-vous l’avenir du langage inclusif dans l’industrie du jeu de sociĂ©tĂ© ? Pensez-vous qu’il y aura une augmentation de son utilisation, et comment votre entreprise prĂ©voit-elle de s’adapter Ă ces changements ?
Lâentreprise du jeu de sociĂ©tĂ©, est comme les autres entreprises : elle suit lâĂ©volution sociĂ©tale. Le jeu de sociĂ©tĂ© est un petit monde bienveillant dans lequel, je pense, le langage inclusif sera plus facilement et plus rapidement utilisĂ© que dans dâautres secteurs. Il sera donc logique que le langage inclusif devienne dans un futur proche la norme dans lâĂ©criture des rĂšgles de jeux.
Et encore une chose
Pour poursuivre, et creuser sur le sujet, je vous conseille l’excellent Les Couilles sur la Table, qui dĂ©bat sur la question :
2007. Wahou ! Nous avons de la peine Ă croire que cela fait depuis 2007 que nous sommes derriĂšre lâĂ©cran Ă Ă©crire sur ce blog que nous aimons tant ! Cela nâaurait pas Ă©tĂ© possible sans votre fidĂ©litĂ©.
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Article Ă©crit par Gus. RĂ©dacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne Ă lâĂcole supĂ©rieure de bande dessinĂ©e et dâillustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.
Que pensez-vous de ces rĂ©sultats ? Est-ce qu’ils vous surprennent ?
