Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Dictopia, le jeu qui compte triple

Dictopia. Le jeu de lettres résistant qui dépoussière les jeux de lettres avec brio ! Ce n’est pas la taille (du mot) qui compte.


Dictopia

Après une campagne de financement sur Ulule qui a fait un carton entre novembre et décembre 2021 et une présentation au FIJ à Cannes, Dictopia sort officiellement à la vente ce printemps 2022. Pour notre plus grand plaisir !

Dictopia, un simple jeu de lettres ?

Non, pas vraiment. Pas uniquement ! Dictopia se veut aussi porteur d’un message à l’image des autres jeux engagés sortis par la maison d’édition Subverti. Je veux parler de Klimato, Révolution et le prochain et très bon Biomos, le jeu de Gricha German. Nous avons eu la chance de tester en prototype lors des soirées « OFF » du FIJ 2022, et nous avons beaucoup apprécié. Une campagne de financement Ulule devrait bientôt être lancée.

Subverti est une maison d’édition indépendante Toulousaine créée en 2018 par Yoann Brogol. Elle se veut engagée et aux valeurs écologiques. Subverti éco-fabrique ses jeux en Europe, notamment à partir de forêts gérées de façon durable.

Comme ils le précisent d’ailleurs sur leur site, chez Subverti  le jeu est un prétexte à s’impliquer, faire réfléchir, faire bouger.

Changer le monde en s’amusant

Aujourd’hui plus que jamais, les défis sociaux, politiques et environnementaux auxquels nous faisons face appellent des changements radicaux dans nos façons d’agir et de penser.

À l’affligeante dystopie proposée par les tenants d’une croissance infinie, embrassons l’espoir d’une utopie humaine, libre et enthousiaste. Réfléchissons en s’amusant, retrouvons-nous sans écran, créons librement. Bref, jouons pour un monde meilleur !

Subverti

Dictopia, leur 3ème jeu édité, ne déroge pas à la règle de l’éditeur.

Dicto quoi ?

Mais déjà, pourquoi Dictopia ?

Par référence à la dystopie.

La quoi ?

La dystopie est la définition d’un récit de fiction qui décrit un monde imaginaire, sombre, dont on ne peut s’échapper et où les citoyens sont totalement privés de leur libre arbitre. Ce genre, littéraire d’abord, a ensuite infusé dans d’autre médias, tels que les séries, la bande-dessinée ou le cinéma bien sûr.

La dystopie vise à dénoncer le paradoxe entre un monde totalitaire que se voudrait totalement dévoué au bonheur parfait des citoyens et les défauts de privation de liberté provoqué par celui-ci. La dystopie est en ce sens le miroir sombre inversé de l’utopie, la description parfaite d’une dictature sans aucune prise en compte des libertés individuelles et fondamentales. Une utopie qui virerait au cauchemar.

Ce thème est décliné dans plusieurs romans d’anticipation célèbre comme « 1984 » de George Orwell, « Le meilleur des mondes » de Aldous Huxley ou « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury. Également décliné au cinéma avec « Brazil » de Terry Gilliam, « Bienvenue à Gattaca » d’Andrew Niccol, ou encore « Blade Runner », « The Hunger Games », la saga « Matrix » ou encore les « Mad Max ». La liste est aussi longue qu’une journée sans tofu (pour mon rédac’ chef).

John Stuart Mill, philosophe et écrivain britannique, est le premier à avoir utilisé  en 1868 le terme de dystopia lors d’un discours au parlement britannique.

Dans la dystopie, le projet utopique est réalisé, tout est bien qui va bien, tout le monde est par conséquent censé être heureux. Mais non ! On se rend compte, à la souffrance du peuple, qu’il en est tout autre que le discours présenté.

Les temps sont-ils encore à l’utopie ? On pourrait en douter.

Sous bien des égards, dans notre société actuelle et avec les 100 jours passés (déjà ?) de guerre en Ukraine, notre économie affectée par une inflation galopante, notre climat qui part en sucette et les enjeux politiques de nos pays, ce terme est plutôt d’actualité. La dystopie n’est peut-être pas aussi éloignée que l’on pourrait le croire, l’espérer. Sublimée dans la fiction, elle se rappelle à notre bon souvenir et à notre vigilance dans la réalité.

Pourtant, de même qu’elle n’est de nulle part, l’utopie n’est d’aucun temps particulier. C’est sans doute pourquoi, avec sa version noire, la dystopie, elle, a toujours intéressé le cinéma.

Pour en revenir à Dictopia qui nous intéresse ici, le fil rouge est donc de prôner la liberté de pensée en renforçant l’expression et le langage à travers la diversité de notre vocabulaire :

« Dictopia questionne le pouvoir des mots en lien avec la liberté d’expression dans nos sociétés contemporaines. Un jeu pour s’amuser avec le français en le rendant plus accessible, un jeu pour débattre du sens des mots pour mieux se les approprier, un jeu prônant une (r)évolution du langage afin de construire le monde de demain ! »

Et comment on joue ?

Le jeu se joue de 1 à 7 personnes pour des parties très courtes d’environ 15 minutes. Plus précisément, en 5 manches d’1 minute 30 chacune… Bande de petits coquins, je vous ai vu calculer. 5 x 1m30 cela fait bien 7 min 30. Mais vous ne faites jamais de micro-pause, vous ?

Tout le monde reçoit 8 cartes lettres comprenant chacune 2 lettres de l’alphabet. Sur chaque lettre se trouve aléatoirement un certain nombre d’œils représentés qui vous surveillent.

Pendant la durée du chrono, vous formez un mot avec vos cartes lettres en n’utilisant qu’une lettre par carte. Le verso de la pile non utilisé vous indique le 2ème défi lié au nombre d’yeux représentés. À la fin du chrono, tout le monde compte ses points :

  • 1 point par lettre utilisée dans votre mot
  • 3 points bonus si vous avez exactement le nombre d’yeux indiqués pour cette partie

À cela vient s’ajouter les points de résistance, qui représentent des missions supplémentaires que vous allez tenter de remporter avec la création de votre mot. Par exemple : mot commençant par une voyelle, adjectif, le mot le plus long etc…

Au bout des 5 manches, le meilleur score l’emporte.

Dictopia, verdict

Dictopia, un Xème jeu de lettres ?

Oui, Dictopia est un jeu de lettres. Et oui, il va falloir convaincre les gens d’y jouer. Quand on parle de jeux de lettres, au premier abord, on doit commencer par affronter, se confronter au stress post traumatique des soirées scrabble + verveine avec mamie.

Mais si vous arrivez à leur faire faire, ne serait-ce qu’une manche, je vous garantis qu’ils recommenceront et finiront par enchainer les parties. Thérapeutique ! Non, les jeux de lettres n’ont pas dit leur dernier mot ! La preuve avec le succès époustouflant de Wordle, la preuve ici aujourd’hui avec Dictopia.

Ce qui m’a séduite ? La simplicité du jeu, sa rapidité, la liberté – bien que sous contrainte des missions – de pouvoir créer des mots variés. On se retrouve rarement bloqués et les complexes de ne pas y arriver (parce qu’on n’est pas super fort en français) tombent vite car un petit mot « malin » et subtil peut tout à fait remporter autant de points qu’un long mot qui se la raconte.

Une application avec un bande-son est par ailleurs proposée pour chronométrer les manches. Cela met la petite pression en plus qui augmente encore la tension. Sinon un simple minuteur de téléphone ou de cuisine fait tout autant l’affaire.

Dictopia est addictif, rapide, simple, efficace et accessible à un très grand nombre. Chez nous il a fait l’unanimité ado/adulte/grands-parents/chien. Oui, vous avez bien lu. Même mes grands-parents, qui ne jurent que par le Scrabble !

De plus, le packaging du jeu est sobre et classe et tient dans la poche ou un sac pour être emporté partout. Idéal pour ces vacances d’été en embuscade.

Si vous attendiez enfin l’occasion de tester la distance de vol de votre scrabble, vous pouvez y aller sans scrupule ! La relève est assurée !

Un jeu de lettres malin, subtil, addictif, qui dépoussière les jeux de lettres. En un mot :

g. r. a. n. d. i. o. s. e.

Note : 5 sur 5.

  • Auteur : Jérémy Partinico
  • Illustrateur : Yoann Brogol
  • Éditeur : Subverti
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 7 (tourne bien à toutes les configurations. Même en solo)
  • Âge conseillé : Dès 10 ans (voire plus tôt en mode découverte des mots pour les enfants)
  • Durée : 15 minutes
  • Thème : Dystopie
  • Mécaniques principales : Lettres

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Article écrit par Aline, membre de la Team Gus&Co. Elle travaille dans le domaine social. Elle est tombée toute petite dans la marmite du jeu sous toutes ses formes (plateau, jeux vidéo, escape room, murder). Écrire sur le blog lui permet de découvrir de nouveaux jeux et partager de vrais coups de cœur.

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