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Hues and Cues, en voir de toutes les couleurs

Que le temps nous offre un ciel bleu ou grisâtre, Hues and Cues nous rappelle que la vie est haute en couleur et pleine de nuances !

Hues and Cues, une vie haute en couleur

Dans Hues and Cues, la règle est simple et s’explique en deux secondes. La règle du jeu est certes écrite en anglais, mais tout est dans le titre : une personne essaye de faire deviner une couleur en citant un ou deux indices. Hues and Clues. Teintes et indices.

Toutes les autres choisissent alors sur quelle case colorée du plateau placer leurs pions. Plus on s’approche de la bonne teinte, et plus on marque de points.

Mais ce n’est pas tout. Plus il y a de personnes qui ont posé leurs pions proches de la bonne teinte, et plus la personne qui a donné l’indice gagne de points.

Avaler des couleurs

Simple et efficace. Un décompte à la sauce Dixit avec 1, 2 ou 3 points. Mais à la place d’une illustration, on ne joue qu’avec seule couleur. Et c’est justement là que ça se corse.

Oui, parce que trouver un indice pour faire deviner une couleur, ce n’est pas si simple. Il va falloir se creuser la tête ou faire appel à des souvenirs communs. Amateurs de mots, il y a de quoi élargir son vocabulaire et y associer de la couleur.

Que diriez-vous pour faire deviner la D29 ?

T’as pris des couleurs

Enfant ou adulte, on finit par trouver un terme plus ou moins valable. On finit par se dévoiler aux autres, comme se dévoile la perception des autres !

Eh oui, on ne voit pas tous les couleurs de la même manière. Comme la vie, somme toute. La perception des couleurs serait liée à trois types de photorécepteurs dans notre rétine, appelés « cônes ».

Hues and Cues peut alors se révéler difficile, tant en matière de nuance, qu’en matière de vocabulaire. On gagne toutefois en aisance au fur et à mesure des tours de jeu.

Je ne vous cache pas que certaines parties s’écourtent car rien n’oblige à aller jusqu’au bout de la piste de score. Passé la moitié, on passe déjà un très bon moment.

Peinture, poésie ou art de la nuance. Quand le jeu nous transporte

Pour avoir un peu trop traîné dans les rayons peinture de décoration d’intérieur, il est sûr que ce jeu est un support ludique idéal pour qu’une équipe de conseillers et conseillères révise ses gammes : coquelicot, aubergine, bleu lagon, cèdre, céladon (Tiens, ça marche aussi avec la couleur de linge de maison 😉).

Ces noms nous transportent, pour peu que cela nous parle, dans l’univers picturale abstrait de Mondrian au bleu Klein, mais aussi aux paysages variés de Monet à Gauguin.

Ces nuances font appel à nos promenades dans la nature. Et nos indices pourraient se laisser porter par quelques envolées lyriques sous formes de tirades poétiques…

C’est aussi parce que le plateau de jeu propose une variété de teintes, 480 nuances toutes couleurs confondues, que notre esprit nous pousse à chercher la précision dans l’art de la nuance….

Hues and Cues, tout en nuance

La nuance, c’est justement ce qui fait que le monde n’est ni tout blanc, ni tout noir. C’est dans ces nuances que le doute s’immisce, l’incertitude.

Et c’est justement de, sur, avec, autour de cet aspect que le jeu tire toute sa saveur. Dans l’hésitation entre le D28 et le D29. Il n’y a donc point de vérité. Seulement un bal de perceptions.

Hues and Cues, comme une fenêtre sur le monde

D’apparence simplissime, sans véritable enjeu, ni prétention, Hues and Cues nous fait découvrir les nuances du monde.

Le jeu crée le doute sur nos certitudes grâce aux échanges qui virevoltent autour de la table. Le jeu se nourrit d’un riche vocabulaire, de partage d’expérience et tient bien son nom de jeu de… société !

La lumière crée l’ambiance et la sensation d’un lieu jeu, disait Le Corbusier

Et comment parler de couleurs sans parler de lumière. Car concrètement, c’est plutôt la lumière absorbée et réfléchie par des objets qui nous fait percevoir des couleurs.

La lumière joue donc un rôle important lors des parties de Hues and Cues. Le plateau est recouvert d’une pellicule brillante qui reflète la lumière d’un éclairage direct. Le plateau en devient ainsi moins lisible.

Quant à la lumière artificielle, selon sa propre teinte, elle peut rendre gênante la lecture des nuances. Une attention à l’éclairage est plus que conseillée pour ce jeu.

C’est un aspect peu évoqué dans le milieu du jeu de société. Quel éclairage utiliser, et pour quel jeu. Dans Hues and Cues, il devient prépondérant.

La vie en rose

Si les conditions sont réunies, Hues and Cues prend des airs de jeu d’ambiance. Un jeu qui prend toute sa superbe avec son public. Un jeu qui se joue jusqu’à dix.

Et plus on est de fous, plus les places sur le plateau sont chères. Une seule personne peut occuper une case. Il faut donc faire preuve de rapidité pour positionner son pion au risque de se faire piquer la place.

On révèle ensuite les coordonnées de la réponse : D29… Touché ! Puis selon le résultat, on grimpote, ou pas, sur la piste de score.

Et la matière dans tout ça !

Toujours plus concrètement, pour parler du matériel du jeu, là aussi, le jeu allie simplicité et efficacité. Le plateau représente une « palette » de couleurs à coté de laquelle se joint une piste de score aux tons gris.

Chaque personne possède trois « cônes » en bois, pour 10, ça fait donc 30 cônes dans la boîte : un set de marqueurs de point, les deux autres permettent de se positionner à chacun des deux indices.

Les cartes ont l’avantage de proposer un choix parmi 4 teintes à faire deviner, ce qui évite d’être bloqué en cas de manque d‘inspiration. Malin. Les coordonnées indiquées dessous assurent la validation de la réponse sans contestation.

Je ne peux pas t’encadrer

Et enfin, le cadre de score : 4 lamelles de cartons qui forme un cadre à positionner autour de la couleur en jeu. Un rappel des points selon l’emplacement de notre cône est inscrit sur les bordures : 1 point en bordure extérieure du cadre ou 2 points en bordure intérieure.

La personne ayant visé juste obtient 3 points. Un cadre qui ne paye pas de mine et qui aurait tendance à se démonter rapidement, un petit point de colle résolvant le problème rapidement.

Mais c’est un élément qui suscite le suspens. Pas de réponse directe que chacun va chercher sur le plateau. La personne qui fait deviner la couleur vient poser le cadre sous le regard attentif des autres, avec cette petite incertitude lancinante : « Oui, je vais être au milieu !! Ah non, juste à côté ! ».

Ce cadre qui reste en place quelques minutes, le temps du décompte des points, permet aussi aux rêveurs ou aux dissipés d’avoir accès à la réponse de manière visuelle, sans avoir à faire répéter la réponse. Bien vu.

Le bleu est une couleur chaude

Un seul regret sur le plateau : le manque de nuances pour la couleur bleu.

Un aspect qui risque de faire des déçus, sachant que le bleu est statistiquement majoritaire dans le choix de préférence de couleur.

Est-ce une difficulté graphique du nuancier ? Un équilibre de la mécanique de jeu ? Aurait-on tendance à se diriger plus souvent vers ces teintes ? Ou simplement parce que le bleu est simplement la couleur la moins présente dans la nature ? Coucou l’oiseau jardinier satiné.

Et par conséquent, y aurait-il moins d’indices possibles ? Je n’en connais pas la véritable raison. Une aspect regrettable.

Hues and Cues, verdict

Hues and Cues est un bon jeu d’ambiance entre amis, en famille, intergénérationnel. Qui, selon les publics réunis autour de la table, peut être aussi fun que subtilement poétique.

Il nous amène à retrouver, en toute simplicité, les couleurs de notre monde, de notre quotidien.

Un autre regret, que le jeu sorti en 2020 et qui a connu un beau buzz de l’autre côté de l’Atlantique n’a jamais été traduit en français. Alors que la règle ne tient que sur quelques lignes. Hues and Cues est malheureusement difficile à trouver par chez-nous.

Facile à sortir pour un peu de légèreté, d’imagination !

Note : 4 sur 5.

Et pour en savoir un peu plus sur la dénomination des couleurs :

Et pour en savoir plus sur l’oiseau jardinier satiné :

  • Auteur : Scott Brady
  • Éditeur : The OP GAMES
  • Nombre de joueurs et joueuses : 3 à 10 (plus on est nombreux et plus la rapidité est un élément important du jeu)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (plus jeune selon le vocabulaire de l’enfant)
  • Durée : 30′ par partie environ
  • Thème : Couleurs
  • Mécaniques principales : Communication, association, déduction

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