Jeux de plateau

Petite guide exquis à l’usage exclusif des gens qui veulent devenir mémorables et détestables à la table de jeu

Temps de lecture: 5 minutes

Comment faire pour être la personne la plus détestable, la plus antipathique, la plus désagréable, la plus odieuse et la plus mémorable à une table de jeu de société ? Suivez ce guide et on arrêtera enfin de vous inviter. Enfin ! Attention, humour. Ou pas ?

Personne n’a jamais assez d’ennemis. Entre votre directrice qui vous déteste, vos collègues qui vous haïssent et vous plantent des couteaux dans le dos (pas nécessairement littéralement), et vos amis qui vous ignorent, voici tous les conseils Gus&Co prodigués par de véritables psychologues et carrossiers pour enfin devenir le ou la joueuse la plus méprisée et méprisante à la table

Mais au fond, comment est-ce que les gens décident s’ils vous détestent ? Faites tout le contraire de ce que les gens sympathiques font, et voilààà. Vous laisserez un souvenir impérissable dans la tête des autres joueurs et joueuses

Parlez, tout le temps

Je sais que cela semble plutôt étrange, mais les personnes amicales ont tendance à être grégaires et extraverties. Mais il y a une grande différence entre sympatoche et sympatoche

Les gens sympathiques savent déjà ce qu’ils savent. Ce qu’ils apprécient, c’est savoir ce que les autres savent. Autrement dit, les gens sympathiques et aimables aiment écouter et poser des questions. Ils demandent des détails, ils se soucient de ce que vous savez, de ce que vous vivez. Les gens sympathiques, ces chacals, se soucient de ce que vous pensez et ils le prouvent en écoutant. Leurs interlocuteurs se sentent alors importants

Ne. Faites. Pas. Ça

Occupez le terrain. Parlez, tout le temps. Ne lâchez rien. Parlez de vous. De vos jeux préférés. Du dernier jeu que vous avez testé. Du dernier proto de Bruno Cathala que vous avez découvert au détour d’un couloir sombre et obscur à Essen

Plus vous parlez, et moins vous écoutez les autres, moins vous vous intéressez à eux, moins vous les considérez. Et plus vous vous montrez égoïste, égocentrique. C’est ça qu’il faut faire

Accusez les autres

En jouant, les gens font des erreurs, tout le temps : une règle mal comprise, une ressource prise de trop, de pas assez, une action impossible à effectuer, etc. Blâmez les autres, tout le temps. C’est peut-être en partie de votre responsabilité parce que vous avez oublié d’expliquer un truc, une règle, une exception. So what? C’est encore plus drôle ainsi

Accusez, dénoncez. Mieux encore, moquez-vous des autres, ridiculisez-les quand ils se trompent. Et surtout, surtout, ne prenez jamais la responsabilité lorsque les choses tournent mal. Ce n’est jamais de votre faute, jamais. Ça serait trop simple

Essayez d’impressionner les autres

Les gens sympathiques n’essaient pas d’impressionner les autres. Ils préfèrent leur laisser, leur faire de la place. Ils n’étalent pas leur ludo, leurs nouveaux jeux, leur nouvelle voiture, leur proto incroyable-tellement-il-est-génial-c-est-dingue-on-n-a-jamais-vu-un-jeu-aussi-incroyable

Faites tout le contraire

Plus vous vous la pétez et plus vous devenez détestable, méprisable. C’est ça que vous voulez

Pareil en cas de victoire. Ce qui vous arrive souvent, tout le temps, même. On dit qu’il n’y a rien de pire qu’un mauvais perdant. FAUX ! Il n’y a rien de pire qu’un mauvais gagnant, celui ou celle qui crie tout haut, tout fort ses faits d’armes, qui se réjouit de s’être montré tellement stratégique, intelligent. Quand vous gagnez, faites-le savoir, pendant longtemps. Idéalement, encore pendant une à deux heures après, voire une à deux années plus tard

Interrompez, tout le temps

Interrompre n’est pas simplement impoli. Lorsque nous interrompons quelqu’un, en réalité, nous lui disons : « Je ne vous écoute pas pour pouvoir comprendre ce que vous dites. Je vous écoute pour pouvoir décider de ce que je veux dire. Je vous écoute pour trouver le bon moment, le bon truc à placer quand je le voudrais. Et tant pis si vous n’avez pas fini votre phrase. »

Vous voulez que les gens vous détestent ? N’écoutez pas ce qu’ils ont à vous dire. Ne posez aucune question. Et à chaque fois, à chaque fois qu’ils se lancent dans une phrase, dans une anecdote de partie, dans une explication de règles, bim, interrompez-les. C’est fun. À force, vous l’espérez, ils se souviendront de vous comme un ou une malotrue malpolie. Fingers crossed (en anglais c’est plus fun que : doigts croisés. Je sais, j’ai raison)

Plaignez-vous, constamment

Un lancer de dé qui ne vous convient pas ? Un tirage de cartes tout moisi ? Un tour « raté » qui ne vous fait pas atteindre la victoire ? Si quelque chose ne va pas, prenez du temps, beaucoup de temps à vous plaindre. Surtout, n’en perdez pas à améliorer la situation. Jouez (c’est le cas de le dire) la victime. Le jeu est vraiment nul, il est mal équilibré, il est trop chaotique, il est trop ci, il est trop ça. C’est vraiment trop injuste. Caliméro, c’est vous.

Gémissez, ronchonnez, râlez. Idéalement, le plus longtemps possible pendant la partie

Micro-managez, sans arrêt

On déteste tous les patrons, les (petits) chefs qui micro-managent : ne mettez pas de tongues au boulot, ne buvez pas (de l’eau, je précise) au travail. Les gens qui micro-managent les autres ont décidé que leurs objectifs, leurs opinions étaient plus importants que ceux des autres. Ne demandez surtout pas à quelqu’un d’autre quoi faire, comment vous pouvez les aider à faire ce qu’ils veulent. Imposez-leur votre avis, vos stratégies. Le mieux ? Jouez à un jeu coopératif et à chaque fois, incarnez le King-Speaker

Critiquez les autres

Peut-être que vous êtes plus intelligent. Peut-être que vous êtes plus expérimenté. Peut-être que vous avez une meilleure connaissance du monde du jeu de société

Cela vous rend donc plus intelligent, plus perspicace, plus unique, en un mot, plus mieux bien (OK ça fait trois, et ce n’est même pas du la france)

Vous n’êtes pas comme tout le monde. Vous êtes mieux. Vous êtes. Point barre

Passez votre temps de partie à critiquer les autres, à les juger pour telle ou telle action. Ils ont fait ça, sérieux ? C’est troooooop nul. En fait, l’équation est plutôt simple. Plus vous critiquez les autres, plus vous les rabaissez (après tout, ils le méritent) et plus, à force, ils vous détesteront. Pari gagné 🎉

Prenez votre temps, tout le temps

L’Analysis-Paralysis, ça vous connaît. À chaque fois que c’est à vous de jouer, prenez votre temps. Réfléchissez longtemps, très longtemps. Acheter, construire ce bâtiment plutôt qu’un autre ? Non attendez, plutôt celui-ci. Ou celui-là ? Votre phrase préférée : « attendez encore un petit peu, j’ai bientôt fini »

Plus vous faites patienter les autres et plus ils perdront patience et plus ils finiront par vous détester, au bout d’un (loooooooong) moment

Soyez sur votre téléphone, sans arrêt

Gardez votre portable pendant toute la partie. Évitez de regarder les autres, d’avoir un contact visuel avec eux, restez les yeux rivés sur votre écran. Quand quelqu’un est sur son portable en société, ce qu’il signifie, en réalité, c’est que ce qu’il se passe sur son téléphone est mille fois plus important que… vous

Pour enfin devenir détestable, le portable devient sans conteste l’outil essentiel. Même si aujourd’hui tout le monde en a un, même si aujourd’hui tout le monde le consulte entre 200 et 300 fois par jour (😱), le faire pendant une partie de jeu de société est élémentaire. À n’en pas douter, cela agacera les autres, et surtout, quand ça sera votre tour, vous serez obligé de demander ce qui s’est passé avant, ce que vous devez faire parce que vous n’aurez pas suivi

Et vous savez quoi ? Mieux encore. Dès la partie achevée, reprenez aussitôt et immédiatement votre portable pour y checker des trucs, des machins : Twitter, FB, Insta, Tik Tok… Ça vous donnera ainsi une bonne raison pour ne pas aider les autres à ranger le jeu

Trichez, les autres ne le verront pas

Si ce guide de trucs à faire pour vous faire détester ne suffit pas encore pour devenir le joueur, la joueuse la plus insupportable à la table, il vous reste encore une arme de détestation massive, la triche

Raflez une ressource supplémentaire, piocher deux cartes au lieu d’une, tapez dans la banque. Et surtout, assurez-vous de le faire de manière subtile. Votre but : qu’une ou deux personnes max s’en rendent à peu près compte, mais pas vraiment et pas tout le temps non plus. Discret, mais pas trop. Vous verrez, c’est efficace

Qu’est-ce qu’on a oublié ? Quels sont vos trucs et astuces éprouvés pour vous faire détester à la table ?

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