Ébouriffant. Mais exigeant. Pour les nerfs
Kings’ Struggle, de quoi ça parle?
Le jeu ne se perd pas dans un thème artificiel. Il n’y en a tout juste aucun
Comme il s’agit d’un pur jeu de négociation, d’enfoirés, de pouvoir, vu les personnages, même si le thème est absent, ça fait très intrigues royales
Tiens, d’ailleurs, le jeu pourrait être rethématisé Game of Thrones, ça passerait bien

Et comment on joue?
Chaque joueur et joueuse dispose des mêmes dix cartes. Cartes qui disposent d’une valeur et d’une action spécifique
A chaque tour, un ou une joueuse active choisit l’une de ses cartes qu’elle joue face visible. Les autres en choisissent alors une que l’on pose alors face cachée devant soi. Quand tout le monde a choisit, on révèle toutes les cartes
Commence alors le bal (des enfoiré.e.s)
En commençant par le ou la joueuse active, celle-ci peut négocier avec les autres l’utilisation, ou pas, du pouvoir de sa carte: assassinat, changement de cartes, forcer quelqu’un à en changer, augmentation de la valeur d’une autre carte, etc
Tout peut se négocier, avec tout le monde, et n’importe comment: si tu fais ça, je te promets que… Ou plus simplement, en offrant quelques pièces pour faciliter la négo
Une fois que le ou la joueuse active a accepté ou refusé les négo, il ou elle peut activer son pouvoir, ou pas
On procède ensuite ainsi avec tous les joueurs et joueuses
C’est tout?
Oui mais non
A la fin du tour, quand tout le monde a joué, on procède au décompte du fin de tour
Les cartes à la valeur semblable sont tout simplement défaussées, et parmi les cartes restantes, celle à la valeur la plus élevée remporte la manche en cours et ramasse toutes les autres cartes jouées par les autres (sauf les semblables défaussées)
Ces cartes ramassées sont mises de côté et compteront pour le score final
Négo et entourloupes
D’où des négociations de ouf
Si des cartes semblables ont été jouées, on fera tout pour les virer / changer
Si des cartes à la valeur supérieure ont été jouées, on fera tout pour les virer / changer
D’où des négociations de ouf
Préparez-vous
Par exemple, un exemple

Le fou du roi peut forcer un.e autre joueur.se de choisir une carte différente. Ou pas
A son tour, celui ou celle qui a posé son fou peut négocier pour utiliser son pouvoir sur quelqu’un. Ou négocier pour ne pas le faire
Imaginons une partie à 3. En plus du fou du roi, les deux autres personnes ont joué une carte à 8 (le chevalier) et une autre à 10 (le roi), la valeur max
Le fou du roi pourra négocier avec l’un.e ou l’autre pour activer son pouvoir. S’il remporte la négo, il peut obliger la 8 à changer. Dans ce cas, le ou la joueuse peut décider de poser la 10, s’il l’a encore, pour mettre alors des bâtons dans les roues de l’autre 10. Car dans ce ca,s les deux 10 sont annulés / éliminés / défaussés
Et alors oui, le fou du roi remporte la manche. Mais ne gagne pas grand-chose, hormis sa carte qui rejoint son « butin » pour la fin de partie
Ou, la 8 peut poser une autre carte et laisser la 10 remporter la manche. Et ramasser le fou du roi dans son butin

Que serait un bon jeu d’enfoirés sans assassin… Citadelles, Mascarade, Coup, Complot, toussa…
L’assassin peut décider d’éliminer et de gagner en butin une autre carte avec le symbole royal ou marchand
L’assassin n’est pas fort, sa valeur n’est que de 3, il a alors très peu de chance de remporter la manche. Mais beaucoup de chance de remporter les négo vu son pouvoir létal qui va changer l’issue de la manche
L’assassin va pouvoir menacer les autres, ou se faire payer comme « tueur à gages » pour se débarrasser d’un personnage gênant, comme la carte la plus élevée par exemple…
Un personnage faible mais… puissant
Et comment on gagne?
On joue sept manches
A la fin des sept manches, on décompte:
Ses pièces gardées, reçues, accumulées pendant la partie, 1=1
Son « butin » de cartes ramassées à chaque manche, pour constituer des combos de cartes semblables et/ou suites
Plus on possède de cartes semblables et plus on score. Et également, plus les suites constituées sont longues et plus on score
Et non, on ne peut pas utiliser plusieurs fois la même carte pour réaliser plusieurs combos différentes
Des conditions de victoire simples, qui demanderont un effort de réflexion et d’observation intenses pour récupérer les cartes nécessaires tout au long de la partie
Mais
Vu les entourloupes qui secouent la partie, et le peu de contrôle dus aux alliances, trahisons, acceptations et refus, il devient très difficile, voire impossible de mettre la main sur les cartes recherchées pour compléter ses combos finales
Au point que ça en finit par être un peu « au petit bonheur la chance », et la grosse surprise en fin de partie lorsqu’on découvre son « butin de guerre »
Mais, comme le jeu est vraiment fun, au final, on s’en fiche un peu de réaliser un score de ouf
Kings’ Struggle est clairement plus un jeu d’ambiance que de points. Remporter une négo est déjà une réussite en soi

Interaction?
Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, Kings’ Struggle est évalué à 5 sur 5. Au max
Pourquoi 5 sur 5?
Parce que dans Kings’ Struggle, l’interaction est « extrême ». Qui me propose quoi pour que j’active, ou pas, mon pouvoir, et sur qui?
Et là, ça part en sucette 🍭

A combien y jouer?
On peut jouer à Kings’ Struggle de 3 à 6
Mais c’est du flan
A 3, le jeu n’a aucun intérêt. Aucune interaction, aucune négociation, aucune tension. Autant s’amuser à négocier avec son chat, ça sera plus fun
A 5, ou pire, à 6, les manches sont interminables. Les négociations et argumentations durent des siècles et s’enlisent. Et on finit pas s’ennuyer sec. A 5-6, le jeu devient long et pénible
C’est vraiment à 4 que Kings’ Struggle s’apprécie à donf
Alors, Kings’ Struggle, c’est bien? Critique
Un très bon jeu
Un très bon jeu d’enfoirés
👍🏽 Gros point positif du jeu: ses illustrations, superbes
👎🏽 Gros point négatif: ses règles, inutilement touffues et denses pour bien cadrer toutes les situations de négociation. Du coup, les règles en deviennent vraiment relou
C’est un Love Letter survitaminé, sans bluff et avec (beaucoup, beaucoup, beaucoup) des coups de p… Je te paie ça pour que tu utilises ton pouvoir contre cette joueuse pour que du coup je remporte la manche
Un jeu à ne pas jouer avec n’importe qui pour ne pas se quitter fâché.e.s
Alors, Kings’ Struggle, faut-il y jouer?
Oui
Non
Oui
Tout dépend avec qui
Surtout, n’y jouez pas en couple. Pour deux raisons: petit un, parce que si vous passez votre partie à manigouiller contre votre partenaire, vous risquez bien de finir par dormir comme une moto. Sur la béquille (merci Julien pour cette croustillante expression vaudoise)
Petit deux, parce que certaines alliances « naturelles » entre couples risquent de déséquilibrer la partie. Nous contre eux, parce qu’on s’aime
Score:
Anticipation: 5/5: Un jeu de négociation et d’enfoirés avec les illustrations de Weberson Santiago, à la Love Letter slash Citadelles? Mais ouiiiiii
Pendant la partie: 4/5. Les tours peuvent devenir très, très longs, mais qu’est-ce qu’on s’amuse à manigouiller sec
Après la partie: 3/5. Pour jouer à Kings’ Struggle il faut avoir les reins et les nerfs solides. Et savoir garder son calme. Pas sûr qu’on n’y retourne souvent, tellement l’ambiance à la table peut devenir hostile et hargneuse
Score: 4/5. Alliances, trahisons, scoring touffu, un jeu ébouriffant mais exigeant… pour les nerfs. A éviter en couple / avec des ami.e.s mauvais.ses perdant.e.s / soupe au lait. Un excellent jeu pour entraîner ses compétences de négociation. Jouez à Kings’ Struggle 2-3 fois, et sur votre lancée, courez demander une augmentation à votre patron.ne. Vous verrez, après une partie de Kings’ Struggle, piece of cake
Et encore une chose
Une VF n’est pas encore prévue, et pas sûre qu’elle ne se fasse
En l’état, il y a beaucoup, beaucoup de texte. Sur les 10 cartes, texte qu’il faut comprendre pour bien les jouer, et dans les règles, extrêmement compactes
Si vous craquez, assurez-vous de bien maîtriser la langue pour profiter du jeu
Et encore une dernière chose
Vous appréciez les jeux d’enfoirés? Nous en avons dressé à l’époque un petit topo et quelques propositions ici
Comme autre gros jeu d’enfoirés sorti cette année, l’un des meilleurs jeux de 2018, c’est Rising Sun. La critique complète à découvrir ici
Sinon, pour gagner à TOUS les jeux d’enfoirés, demandez au Donald. Il a quelques conseils pour vous

Vous pouvez consulter les règles de Kings’ Struggle en anglais ici
Vous pouvez trouver Kings’ Struggle chez Philibert ici
- Date de sortie : novembre 2018
- Langue: anglais
- Auteur : Robert Burke
- Illustrateur : Weberson Santiago, le même illustrateur brésilien que pour l’Auberge Sanglante
- Éditeur : Wizkids
- Nombre de joueurs : 3-6 (optimum: 4)
- Age conseillé : dès 14 ans (mais vraiment)
- Durée : 30′ (comptez le double, voire le triple avec une équipe loquace ou dure en affaires)
- Thème : cour du roi
- Mécaniques principales : négociation
