Critique de jeu: The Manhattan Project 2. Minutes to Midnight

Temps de lecture: 6 minutes

Six ans plus tard, Manhattan Project propose toujours de construire la bombe nucléaire et d’effectuer des essais sur fond de Guerre Froide dans les années 60. Un thème discutable pour un jeu riche, complexe et profond. Mais lent

  • Date de sortie : printemps 2018 pour la VO. Une VF n’est pas encore prévue
  • Auteur : Brandon Tibbetts
  • Illustrateurs : Clay Gardner, James Colmer
  • Editeur : Minion Games
  • Nombre de joueurs : 2 à 5 (optimum 4)
  • Age conseillé : dès 13 ans (comptez plus, vu la complexité du jeu)
  • Durée : 2 heures (voire bien plus)
  • Thème : bombe atomique (ça fait bizarre d’écrire ça comme ça…)
  • Mécaniques principales : placement d’ouvriers

The Manhattan Project 2, de quoi ça parle?

De bombe atomique. De recherche nucléaire

Le projet Manhattan était le nom de code du programme américain de recherche sur la bombe atomique entre 1942 et 1946. Qui a permis aux Américains de balancer deux bombes sur le coin de la tête des Japonais en 1945 et ainsi mettre fin à la guerre

Dans le jeu Manhattan Project 1, on était au début du projet dans les années 40. Dans le 2, le temps a avancé et on joue à présent 20 ans plus tard dans les années 60 en pleine guerre froide sur fond de course à l’armement influence sur les Pays du Tiers-Monde (le troisième monde. Ni US, ni URSS)

Un contexte d’ailleurs bien retransmis dans le jeu puisque on lutte pour contrôler le plus d’armement (sous-marin + aviation) et son influence sur le Tiers-Monde

Si le jeu n’est qu’un « simple » jeu de pose d’ouvriers pour activer des cases, le thème est bien intégré et cohérent: avancée en tech, des nukes, de l’armement, etc.

Mais

Déjà relevé lors de la sortie du premier opus en 2012, le thème du jeu n’est franchement pas très sexy: développer un armement nucléaire et lancer des tests pour scorer. La bombe atomique, c’est pas super, super fun comme thème de jeu

Elle fait certes partie du patrimoine historique mondial de ces 70 dernières années, mais elle est surtout responsable de vives tensions géopolitiques, même encore aujourd’hui en 2018 avec la Corée du Nord, Israël, Iran…, mais surtout, de centaines de milliers de morts. Alors passer sa soirée à développer son armement est discutable

Alors certes, le jeu fait l’impasse de toute diatribe moralisatrice ou éthique puisque déjà comme dans le 1, on ne s’amuse pas à lancer une bombe sur des civils, on ne fait que tester le tout, juste au cas où (ex: Mururoa jusqu’en 1996 pour la France…)

Chez nous en Suisse, la seule bombe nucléaire que nous avons, elle est Bâloise. Et il fait du tennis. Amis chauvins, bonsoir

Et comment on joue?

C’est du pur Spyrium (le « vieux » jeu d’Ystari sorti en 2013)

On place des ouvriers soit sur ses bâtiments construits, achetés, en réalité, pas besoin de ressources spécifiques pour les construire, soit sur le plateau d’ouvriers (recrutement de nouveaux ouvriers, transformation de ses ouvriers en espion, en politicien, en général, actions militaires, taxation, etc)

C’est tout?

Oui

Non

Au contraire de la très grande majorité des jeux de placement d’ouvriers, on n’active pas la case au moment de poser son ouvrier mais au moment de le retirer

En effet, à son tour on peut soit poser des ouvriers, soit tous les retirer

Et c’est lorsqu’on les retire, ordre à choix, que les cases s’activent

Malin

On passe donc une première phase à poser peu à peu, à gauche à droite, et quand vient le bon moment, pouf, on retire le tout pour reprendre ses ouvriers (sauf dans le cas de l’éducation, là il y a… transformation) et pour activer les cases

Sachant que chaque fois qu’un ou une joueuse retire ses ouvriers du plateau

Et comment on gagne?

Quand le marqueur du jeu arrive au bout, tout dépend de la longueur et de la difficulté du jeu souhaité, on a le choix entre plusieurs, le jeu s’arrête, on finit le tour en cours et procède à un dernier petit décompte

Mais les points de victoire s’acquièrent surtout au fil de la partie, pour renforcer l’aspect course à l’armement aux PV

Au début du jeu, on distribue au hasard quatre marqueurs à quatre intervalles pré-définis plus ou moins réguliers

Ces marqueurs renvoient à quatre scorings intermédiaires différents: majo, PV par bâtiment, etc

Et selon la répartition de ces quatre scorings intermédiaires, les parties seront à chaque fois différentes puisque la dynamique et les stratégies s’adapteront en fonction. Subtil

Et c’est tout?

Non

On score également pour ses essais nucléaires, entre 1 et 7 quand on active le lieu correspondant et qu’on « paie » / utilise / défausse ses « nukes »

Donc des PV constants + intermédiaires. Simple. Mais complexe pour y arriver

Il y a du hasard?

Non, aucun. Très peu, à vrai dire, juste dans le tas de cartes de sous-marin, entre vrais sous-marins et « decoy », et juste au tout début dans le placement et distribution des quatre décomptes

Sinon, aucun hasard, tout est visible, tout est plannifiable

Et comptez au final très peu d’Analysis-Paralysis, puisqu’à son tour on ne dispose que de maximum deux actions de pose d’ouvriers, à moins qu’on décide de les retirer, et dans ce cas son tour se conclut rapidement

A combien y jouer?

A 4, le must

A 2, c’est plat, même si on adapte le jeu

A 3, la tension est moindre

A 5, le jeu est indigeste. Trop long, mais surtout, beaucoup trop lent entre deux tours

Interaction?

Oui, Très, très, très forte. C’est même déconcertant de prime abord pour un jeu de pose d’ouvriers

On ne joue pas seulement sur son plateau perso à développer son arsenal, on passe également sa partie à placer des éléments chez les autres: espion pour activer leurs bâtiments (et contre-espionnage, du coup), bombardiers et sous-marins qui viennent s’immiscer dans les eaux territoriales ou l’espace aérien ennemi, et influence des Pays du Tiers-Monde

Et tout ça, sans compter les décomptes intermédiaires, hautement interactifs

Alors, The Manhattan Project 2, c’est bien? Critique

Oui, le jeu est vraiment riche, vraiment bien, avec une mécanique épurée et ripolinée. Je place mes ouvriers, je le retire. A la Spyrium, à la Tzolkin.

Mais un jeu très complexe, à ne pas mettre entre toutes les mains

Beaucoup de possibilités, entre actions d’ouvriers et bâtiments, mais surtout, énormément de facteurs à gérer en même temps pour autant qu’on cherche à gagner. On peut jouer à développer sa nation tout seul dans son coin, un peu à la Through the Ages, à enrichir de l’uranium dans ses réacteurs pour ensuite tester les bombes et scorer dans son coin, mais c’est véritablement en rentrant dans le lard des autres qu’on va pouvoir scorer régulièrement lors des décomptes intermédiaires

Le jeu présente une telle amplitude de choix qu’une seule partie ne suffira pas pour en saisir tous les tenants et aboutissements. Il faudra bien compter 2-3 parties pour commencer à en saisir toutes les possibilités stratégiques. Un jeu à la forte courbe de progression

Et encore une fois, pour relancer le débat entamé en… 2013, peut-on jouer avec n’importe quel thème?

Alors, The Manhattan Project 2, c’est mieux que

The Manhattan Project 1 ?

Non

Car le 2 est beaucoup, beaucoup plus dense et complexe. Trop, même

C’est vraiment un 2. Plus long, et surtout, beaucoup plus profond avec beaucoup plus de choix

Le 2 reprend les mêmes thèmes et environ les mêmes mécaniques que le 1

Environ, car dans le 1, on pouvait poser autant d’ouvriers qu’on le désirait sur ses bâtiments, alors que dans le 2 on ne dispose que deux actions « placement » par tour

Le 1 offrait une expérience intéressante et cohérente autour de la course à l’armement nucléaire. Dans le 2, il y a beaucoup trop d’options, certes cohérentes et presque historiques, mais qui finissent par alourdir le jeu

Score:

Anticipation: 5/5: Un Projet Manhattan 2? Venu de nulle part? Mais ouiiiiii. Le 1 était déjà tellement bien!!! Même si au thème…

Pendant la partie: 4/5. Un jeu aux mécaniques épurées (je pose, et j’active quand je retire) d’une immense richesse et profondeur

Après la partie: 3/5. Les parties sont longues, très longues. Et finissent pas s’éterniser. Le jeu mériterait d’être plus court, plus tendu, plus ramassé. On en refait une? Oui, pour essayer d’autres stratégies. Mais pas tout de suite

Score: un solide 4/5. Un bon jeu, à l’interaction très élevée, au thème fort et cohérent (mais discutable), mais un jeu très complexe, intense et long. Et surtout, indigeste à 5

Et encore une dernière chose

Une VF n’est pas encore prévue. Il faut préciser que si le matériel n’a aucun texte, les règles, elles, sont vraiment très denses. Pour y jouer, mieux vaudra bien maîtriser la langue anglaise

Le 1 a été traduit en 2014 par Marabunta, un studio d’Asmodée fermé quelques temps plus tard. La VF du 1 n’existe donc plus (ou en occas quelque part)

Vous pouvez consulter les règles de MP2 ici

Vous pouvez trouver Manhattan Project 2 chez Philibert

Et vous pouvez également trouver le 1, également en VO, aussi chez Philibert

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