Critique de jeu : Manhattan Project

Temps de lecture: 4 minutes

Présentation

Manhattan Project (MP) est sorti au premier trimestre 2012 chez une petite maison d’édition américaine, Minion Games, et créé par Brandon Tibbetts.

MP est jeu de plateau pour 2 à 5 joueurs, d’une durée de 90 à 120′, à partir de 13 ans.

Les règles sont en anglais, mais pas compliquées non plus, et le matériel de jeu ne contient aucun texte.

Thème

Rarement thème de jeu aura été plus… délicat et sensible. Dans MP, comme son nom l’indique, il est question de développer une bombe atomique. Oui, une bombe atomique, qui donnera des points de victoire selon sa puissance une fois lancée… Pour faire plein de dégâts.

Rappelons que le projet Manhattan a véritablement existé aux US, entre 1942 et 1946, et que les deux bombes atomiques qui ont frappé le Japon en août 1945 en sont le résultat.

Donc oui, le thème est quelque peu… sensible, surtout que les deux bombes ont fait plusieurs centaines de milliers de morts, et encore plus de blessés. Et le sujet n’est pas clôt, puisque l’Iran (et la Corée du Nord) sont actuellement également en plein Projet Manhattan, mais de manière confidentielle. Pas glop.

Mais bon, hormis un thème discutable, le thème est parfaitement cohérent et bien intégré au jeu, puisque ses ouvriers, ingénieurs & scientifiques passent la partie à aller extraire de l’uranium (yellow cake), rechercher de nouvelles bombes et se débarrasser de la flotte aérienne ennemie. Le tout est bien pensé et cohérent et l’on se sent véritablement en plein développement nucléaire.

Concluons en disant que ce thème est extrêmement original, pour une fois que les joueurs ne sont pas plongés en pleine Antiquité / Moyen-Age / science-fiction / donjon.

Matériel

Le matériel est simple : cartes, plateau, ouvriers en carton, etc.

Toutefois, les illustrations sont originales, très bd, et surtout très colorées.

Pour râler un brin, on pourrait regretter l’aspect spartiate des plateaux personnels, fins et ternes. Mais bon, je râle, le matériel est somme toute agréable, même si pas tonitruant.

Par contre, point très positif, les pictogrammes / symboles sont extrêmement clairs, ce qui fluidifie et facilite le jeu, inutile de passer la partie le nez dans les règles pour décoder l’iconographie. Un très bon point, bravo à l’éditeur !

Mécanique

Du placement d’ouvriers. Voilà, tout est dit.

A son tour, un joueur peut soit retirer tous ses ouvriers des emplacements, et son tour s’interrompt, soit il place un ouvrier sur le plateau central et ensuite autant qu’il le désire sur son propre plateau qui peut comporter des bâtiments précédemment acquis. Donc oui, du placement d’ouvriers, comme Agricola, Stone Age, Caylus, Egizia, etc. Le « etc. » est capital ici puisqu’il y a aujourd’hui vraiment pléthores de jeux pareils. Et qui dit pléthores, dit saturation?

Sauf que, si le placement d’ouvriers est la mécanique principale, il faudra rapidement parvenir à créer des combinaisons pour optimiser son tour : extraction d’uranium, enrichissement d’uranium, fabrication de plutonium, etc. Puisqu’à son tour on peut poser autant d’ouvriers que l’on désire, on aura tout intérêt à développer des combos dévastateurs.

Comme Stone Age et Agricola, en début de partie les joueurs ne disposent pas de tous leurs ouvriers, il faudra donc les engager, sachant que les ouvriers sont repartis en trois spécialisations, nécessaires à certaines tâches.

Bref, la mécanique est au final hyper claire, fluide et simple, d’autant que le matériel, et les pictogrammes, sont limpides, ce qui favorise un apprentissage rapide du jeu.

Interaction

On a beaucoup reproché le manque d’interaction « chaude » ou active dans les jeux de placement. On passe souvent sa partie à bloquer ses adversaires, mais sans réelle tension interactive.

Dans MP, l’interaction est directe puisqu’on peut s’attaquer parmi. Ses avions de chasse diminuent la flotte aérienne ennemie, et ses bombardiers permettent d’infliger des dommages à leurs bâtiments, donc de freiner leur progression. Bien pensé !

Sauf que, hormis freiner ses adversaires, ces attaques ne confèrent aucun autre avantage, et équivaut également à freiner sa propre progression. Donc au final, pas sûr que l’on utilise souvent cette manœuvre, à moins de favoriser des parties plus interactives et méchantes.

Il existe toutefois dans MP une autre forme d’interaction délicieuse, l’espionnage. Pour peu que vous utilisiez l’emplacement « espionnage » sur le plateau central, vous pouvez vous installer sur les bâtiments adverses, et donc les parasiter. A ma dernière partie, Coco n’avait construit que 3 bâtiments à elle, et elle passait sa partie à « parasiter » ceux des autres. Tellement Coco. Et elle a fini par gagner.

Conclusion

MP est un bon jeu, voire même un très bon jeu.

Certes, ni le matériel ni la mécanique ne sont ahurissantes, mais le tout fonctionne extrêmement bien, et la fluidité des parties rendent le jeu appréciable. Et la recherche des combinaisons optimales donnent furieusement envie de rejouer. La preuve ultime.

Si la boîte indique 120 minutes de jeu, on peut compter un poil moins, mais au vu de la fluidité, le temps passe vite et l’on ne s’ennuie pas.

Attention toutefois, à 5 joueurs cela risque de ralentir quelque peu le jeu, le préférer à 3-4 (4 optimum).

Une extension est sortie en même temps que le jeu, il s’agit de quelques petites cartes, des pays précis qui confèrent aux joueurs des compétences spécifiques. L’extension aurait aisément pu figurer dans la boîte de base.

Erratum

Il est indiqué dans la mise en place du jeu qu’il faut placer les 6 bâtiments de départ sur le marché des bâtiments, verso rouge, alors qu’il n’y en a que 4 !!! Erreur d’impression.

Prendre alors en supplément les deux universités nécessitant le moins d’ouvriers pour les activer.

Ce que j’ai beaucoup apprécié

Un très bon jeu

La fluidité et la (relative) simplicité du jeu (ce n’est pas un Cocktail Games non plus…)

La tension de la course

La simplicité des pictogrammes

Le thème, über-original

Les illustrations, colorées (je suis fier de moi, vous avez remarqué, pour une fois je n’ai pas utilisé le mot « chatoyant »)

L’espionnage, savoureuse manœuvre

Ce que j’ai moins apprécié

Une mécanique aussi originale qu’une planche à repasser dans un pressing

Un thème sensible. Mais à quand un jeu de plateau sur l’Holocauste ?

Une interaction proposée (les bombardements) peu convaincante. Plutôt du « tir au pigeon ».

Des parties à 5 à déconseiller (surtout si vos partenaires de jeu sont du genre lents.)

Extra

Le site de critique ludique Vin d’Jeu a réalisé une excellente aide de jeu / traduction des règles, à télécharger sur leur site ici. Merci à eux !

L’histoire du (vrai) Projet Manhattan sur WP.

3 Comments

  1. Environ un an après le test, la note est elle toujours la même ? ressortez vous toujours le jeu ?
    je compte le prendre avec l’extension second stage (4 mini extensions) + nations 1.

    1. Oui, la note est toujours la même, même si nous ne ressortons pas souvent le jeu. Il faut dire qu’on n’a malheureusement pas souvent le temps de revenir sur les « vieux » jeux pour essayer les nouveaux. Ce qui ne veut pas dire que les « vieux » sont dépassés et inintéressants.

      Votre commentaire me donne du coup furieusement envie de me refaire une partie de MP.

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