
Critique de jeu: Imaginarium. Banal, original
Un jeu tellement banal, mais cruellement original. Un jeu à formule, avec une formule qui fonctionne ici à merveille. Du tout grand Cathala (avec Florian)
- Date de sortie: printemps 2018 en VF
- Auteur: Bruno Cathala et Florian Sirieix
- Illustrateur: Felideus Bubastis
- Editeurs: Bombyx
- Nombre de joueurs: 2 à 5 (optimum 4)
- Age conseillé: dès 14 ans
- Durée: 90′
- Thème: rêves, steampunk
- Mécaniques principales: programmation, objectifs, combinaisons, majorité (mais ici pas une mécanique principale)
Imaginarium, de quoi ça parle ?
De rêves
De rêves à fabriquer dans une manufacture abracadabrantesque
Les illustrations sont tellement incroyables, somptueuses et originales qu’on se sent tout de suite transporté dans cet univers oniricopunk slash steamonirique
Rarement un jeu aura proposé un univers, des visuels autant téméraires et insolites (les dents pour la défausse… 😱)
Le choix de l’illustrateur ibérique Felideus Bubastis était une idée dantesque
Allez faire un tour sur son blog, vous verrez tout de suite le style, un croisement über-chatoyant entre du Terry Gilliam période Munchausen et du Steampunk
En plus d’une esthétique originale, le jeu propose des règles immersives. Ponctuées de mises en situations cohérentes et hilarantes. Et les machines
Les noms des machines sont autant loufoques qu’excentriques: la Productivette, la Copobrigandeuse, L’Embrouillette, j’en passe et des meilleures
Rien que la lecture des règles donne déjà furieusement envie de jouer à Imaginarium. Qui porte très bien son nom
Et comment on joue?
Deux phases
Une phase de prog/planif/réservation
Une phase d’action
La phase de prog permet aux joueurs et joueuses de placer leur figurine (superbe pièce en plastique lourd) devant soit une carte slash machine sur le tapis roulant soit devant une récolte de charbon
Vient ensuite la phase d’action, le cœur-même du jeu
On commence par recevoir les ressources de ses cartes-machines, puis le cas échéant on achète la carte réservée sur le tapis roulant, puis on déplace ses deux aiguilles sur son plateau perso pour réaliser deux actions: combiner des cartes, recevoir du charbon = thunes, démonter/défausser une carte/machine pour en tirer des ressources, engager des assistants en payant leur coût en charbon, etc
Une fois les six actions disponibles et le système d’aiguilles compris, ce qui ne prend pas long, les règles sont extrêmement fluides
Reste peut-être les particularités des machines et des trois assistants dispo à chaque manche qui risquent de lever quelques sourcils et demanderont de garder le nez dans les règles. On reconnaît ici l’indéniable patte de Cathala qui ne peut pas s’empêcher de truffer ses jeux de 200’000 perso aux pouvoirs particuliers qui ralentissent le jeu. Si c’est aussi le cas dans Imaginarium, ce n’est pas un gros souci au vu de son ampleur et de sa durée
Car oui, Imaginarium dure bien 90 minutes. On a clairement affaire ici à un Familial+++. Pas un jeu pour Core Gamers non plus, mais pas léger pour autant. De quoi transpirer des neurones. Un format inhabituel pour l’auteur, qui tape plutôt dans du Gateway. Il faut dire que Cathala a travaillé avec et sur le proto de Florian Sirieix, un jeu de gestion avec une roue déjà bien exigeant.
Bref. Des règles fluides, évidentes, même s’il faut quand même s’attendre à garder le nez dans les règles pour les premières parties histoire de bien saisir les pouvoirs des cartes, machines et assistants
Et comment on gagne?
Le ou la première joueuse à obtenir 20 PV met fin à la partie
On lève ensuite son écran et on grappille encore quelques maigres PV par majo de ressources (il y en a 4 différentes). Cette majo n’est pas le but premier du jeu mais permet de résoudre les égalités si plusieurs sont parvenus à acquérir 20 PV lors de la même manche
Et comment pécho du PV?
Du pur jeu à objectifs à la Scythe. Au début du jeu on tire quelques objectifs majeurs qu’on dispose sur le plateau. Ces objectifs confèrent un certain nombre de PV selon leur difficulté: disposer de six machines, totaliser 15 charbons, avoir 4 machines de prod, etc
On peut être plusieurs à les remplir, mais les « viennent-ensuite » gagnent 1 PV de moins. Une broutille, certes, mais de quoi motiver à se grouiller les fesses.
D’autant qu’il existe peu d’objectifs, et que ceux-ci rapportent peu de points, alors autant se masser!
Interaction?
Très forte
La course aux PV, bien sûr, avec le besoin d’être le ou la première à réserver une carte en début de manche, mais surtout le ou la première sur les objectifs
Et pour renforcer l’interaction, des machines « d’attaque » qui permettent de faire défausser, et de récupérer ces ressources aux autres. Un peu le principe des cartes « monopole » des Colons de Catane. Tout le monde doit défausser une certaine ressource, mais comme elles sont cachées derrière un écran, à moins d’avoir une mémoire d’éléphant et/ou de bien suivre le jeu, pas sûr que ces cartes/machine d’attaque se révèlent toujours efficaces
Imaginarium n’est pas un jeu belliqueux pour autant, ces « vols » n’ont lieu qu’une seule fois lorsque la carte est « construite », c’est tout
Donc pas un jeu de gestion froid comme on en a l’habitude
Et à combien y jouer?
A 2-3, le plateau subit quelques adaptations. Moins d’objectifs, par exemple. Et à deux, on utilise un système de joueur neutre. Enfin, pas vraiment non plus. Un saboteur. Qui vient mettre des bâtons dans les roues de l’autre. Ce qui complexifie inutilement le jeu. Pas glop
A 5, le jeu connaît quelques lenteurs et longeurs
C’est vraiment à 4 que le jeu prend toute sa saveur, le rapport optimal entre tension, interaction et durée
Alors, Imaginarium, c’est bien? Critique
Terriblement
Le thème, l’esthétique du jeu lui confèrent un aspect unique
Les mécaniques et le système de la roue / aiguilles sont savoureuses. Pareil pour le système de combinaison de cartes
Une forte interaction
Beaucoup de choix cruciaux, douloureux à opérer. Réserver cette carte/machine, plus coûteuse? Combiner, ou pas? Démonter, pour obtenir des ressources et libérer une place, très limitées?
Même si le jeu est une énième course aux objectifs, vu très/trop souvent, Scythe, Otys, mâtiné de gestion de ressources, un jeu à formule, donc, dans Imaginarium la formule fonctionne vraiment bien. Tellement banal, cruellement original
Fluide, nerveux, riche. Rarement 90 minutes auront passé aussi vite
Score:
Anticipation: 3/5. Entre un Bruno Cathala qui sort des jeux à la kala et qui ne sont pas tous bons, un auteur qui mise plus sur la quantité que la qualité, et Florian Sirieix qui a déçu avec son précédent Oh Capitaine, pas super, super motivé. Mais. En tombant en hiver 2017 sur la courageuse couv, l’anticipation montait
Pendant la partie: 5/5. Du pur plaisir ludique. Gestion, planification, interaction. Du très, très bon jeu de plateau
Après la partie: 5/5. On remet ça? Avec une terrible envie d’essayer d’autres stratégies et d’autres machines
Score final: 5/5. Un solide 5/5. C’est pas plus compliqué que ça. L’année 2018 commence sur les chapeaux de roue. Et kudos Bombyx d’avoir exploré une esthétique aussi courageuse et hors-norme. Après leurs multi-couv d’Abyss, Bombyx étend à nouveau ses ailes avec cet Imaginarium cocasse et détonnant
Et encore une dernière chose
Les règles sont dispo ici. Lisez-les juste pour vous imprégner de l’univers insolite
Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert,
Et chez Jeu du Bazar
Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop ici


8 Comments
Salem
Merci pour cet article qui donne envie. D’habitude j’évite les jeux Cathala parce qu’ils ne me correspondent jamais, mais il ne faut jamais dire jamais, et si tu compares ce jeu à Scythe ça sent bon. Par contre ton ressenti à 2 joueurs refroidit un peu. A tester avant d’acheter 🙂
stanley
j’ai le jeu, mais pas encore testé… ce soir qui sait !!!
j’aime beaucoup le « lien » entre cet article (couverture de la boite) et l’article du 26/02 sur les jeux du 18e et 19e ou l’image de l’éléphant… la place de l’éléphant dans l’imaginaire ? à transposer également avec la machine de Nantes 🙂
Django
Perso j’ai une sensation de moindre rejouabilité.
Gus
Merci pour votre intervention Stef,
Qu’est-ce qui vous fait dire ça?
Django
J’sais pas vraiment, comme je dis c’est juste une sensation… Le jeu m’a pas plus emballé que ça (même si j’ai surkiffé les graphismes, les noms des machines) mais j’ai le sentiment que je pourrais vite me lasser. L’impression qu’il n’y a pas 36 stratégies différentes à adopter…. Pour le coup pas vraiment d’élément factuel pour argumenter. En gros le jeu est sympa comme ça, un soir vite fait bien fait, mais je ne l’achèterai pas.
Gus
Merci Stef pour votre réponse
krusty
Je ne sais pas si on peut dire « du tout grand Cathala » quand on sait que le jeu à été proposé à la colaboration par F Siriex à B.Cathal alors qu’il était dans sa version finale , enfin presque. Et j’ai l’impression que c’est le cas de ce type de partenariat le petit auteur s’offre un nom de grand pour être édité par une grande maison.
Vincent Giot
Pour ma part j’ai le jeu, et je trouve qu’il est extraordinairement bien pensé. Oui c’est certain que les premières parties sont longues car on se perd un peu dans l’ensemble. Mais plus on y joue, au plus on souhaite recommencer. Les stratégies sont multiples : combinaison d’assistants, priorité charbonium, jouer avec 0 charbonium, jouer sans se soucier des objectifs et scorer avec les points à acheter ou en détruisant les machines,…
Pour ma part j’attends l’extension avec impatience. J’espère qu’elle apportera de bonnes nouvelles choses !