Critique de jeu: Oh Capitaine! (mon capitaine)

Temps de lecture: 4 minutes

Trop de choix, un scoring trop fouillé, trop complexe pour être un jeu fun, pas assez pour être un jeu profond. Pour le tout premier jeu de la saga Luma, les Ludonaute se prennent les pieds dans le tapis

Oh Capitaine! est sorti en juin 2017 chez les Ludonaute (Colt Express), créé par Florian Sirieix (Deal, Gentlemen Collectionneurs), pour 3 à 6 joueurs, d’une durée de 20 minutes, dès 8 ans

De quoi ça parle?

Commençons par aborder le concept, novateur, disruptif, les Légendes de Luma. L’éditeur s’est engagé dans une péripétie, le Serial Game, proposer six jeux différents et indépendants se jouant dans le même univers, avec les six mêmes personnages plongés dans un récit à la découverte d’un monde fantastique. Le tout pour proposer un univers narratif, construit, riche et cohérent. Et, en prime, une fidélisation de la clientèle. Comme une série, somme toute

Le tout premier jeu, Oh Capitaine! commence quand les personnages échouent dans une grotte, sauvés par une étrange créature fantastique, un Nukha. Dans cette grotte, les joueurs / personnages vont découvrir du matos bien sûr, et là, c’est ça va être la foire d’empoigne. Qui prend quoi, qui redonne quoi au capitaine

Comment on joue ?

Oh Capitaine ! est un pur jeu de bluff et de coups tordus

A son tour, si et seulement si on possède plus de pièces que le capitaine, on peut soit

Lancer une mutinerie

Prêter allégeance au capitaine (actuel, qui change plutôt souvent)

La mutinerie permet de devenir capitaine à la place du capitaine et de lui chouraver ses cartes ainsi qu’une pièce de la réserve

L’allégeance oblige le joueur à verser une pièce au Capitaine. Une taxe. Un… racket ?

Ensuite, le joueur pioche une carte et annonce ce qu’il vient de trouver. Annonce. On ne montre pas, nuance. Bluff, on vous dit. Le capitaine peut alors soit:

Acheter la carte pour une pièce et la rajouter à sa collec’. Si et seulement si l’annonce était vraie, il peut alors utiliser le pouvoir de la carte (piquer une pièce, une carte, etc)

Laisser la carte au joueur qui est alors d’obligé d’utiliser le pouvoir de la carte. Même si c’est du flan, mais ça on ne le sait pas

Le joueur visé par le pouvoir peut alors soit :

Se laisser faire

Accuser le joueur de bluffer. Si c’est effectivement un bluff, il reçoit une pièce et le pouvoir est annulé. Sinon, le joueur visé doit subir l’action et verser une pièce au joueur actif pour s’excuser. It is Ze Laife

Donc en gros : bluff, contre-bluff, sur-bluff. Qui bluffe qui, et surtout, qui est prêt à accuser l’autre de bluff, avec toutes les conséquences encourues

Mais il y a en quand même beaucoup, beaucoup de choix et de règles possibles juste pour un jeu de bluff. Peut-être trop pour être fun

Et comment on gagne?

Quand une carte spéciale est piochée (qu’on insère en fin de pioche au hasard lors de la mise en place), la partie prend fin. Un décompte s’ensuit

Nombre pièces

Majorités d’objets

Valeurs de ses lanternes

Nombre de ses bourses

Moins ses œufs de Nukha (carte spéciale)

Bref, beaucoup d’éléments à prendre en compte. Trop ? On en reparlera plus bas

Interaction ?

Oui, très forte, puisqu’on est toujours en train de mentir et de décoder les autres

A combien y jouer ?

Oh Capitaine ! se joue de 3 à 6 joueurs. Toutes les config sont bonnes, mais c’est à 4 (voire 5) joueurs qu’on atteint l’optimum entre temps d’attente, interaction et maîtrise

Alors, Oh Capitaine ! c’est bien ?

Soyons clairs. Rarement un jeu aura été aussi beau. Il aura fallu attendre 2017 et plusieurs dizaines d’années de jeux de plateau pour enfin voir un jeu au matériel d’une qualité aussi irréprochable. Enfin, presque. Dommage que les pièces n’aient pas été en métal. Ça sera pour la version deluxe collector XXL 😉

La boîte, originale, au thermo pratique. Les illustrations. La petite bouteille avec le message. La grotte. Unique. Rare. Exceptionnel. On voit que le train 3D de Colt Express leur a donné des idées / ailes

Mais

Une fois passé l’émerveillement lié au matériel, le jeu déçoit. Il est bien trop chargé pour ce qu’il est

S’il avait été plus épuré, simplifié, streamliné, « nipponisé » (le jeu japonais étant connus pour être plus simples en terme mécaniques), Oh Capitaine ! aurait été plus abouti, plus passionnant. Plus fun, surtout. A vouloir trop charger la barque, Oh Capitaine ! rate sa cible. Dommage. Rien qu’à regarder le scoring final on comprend qu’il sera très difficile de maîtriser tous les enjeux du jeu. Compte ça puis ça et ça moins ça…

Oh Capitaine ! a voulu trop en faire. Trop de choix, un scoring trop fouillé, trop complexe pour être un jeu fun, pas assez pour être un jeu profond. Pour le tout premier jeu de la saga Luma, les Ludonaute se prennent les pieds dans le tapis. Vivement les prochains

Si vous aimez les jeux de bluff, plus simples, plus fluides, plus drôles, aussi, surtout, jetez plutôt votre dévolu sur le Poker de Cafards, un must, ou Mafia de Cuba (mais surtout évitez l’extension, indigeste !)

Mais encore

Vous voulez gagner à toutes vos parties de Oh Capitaine? Vous voulez savoir quand un joueur vous ment ou au contraire vous dit la vérité? Ne ratez pas les 10 méthodes infaillibles pour repérer quand un joueur vous bluffe

Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert,

Chez Ludikbazar,

Et chez Ludibay.

18 Comments

    1. C’est vraiment dommage, car:

      1. Florian, l’auteur, peut faire mieux (et il va faire mieux. Avec Cathala et Bombyx, tout prochainement)
      2. Les éditeurs nous ont habitués à bien mieux (Discoveries, Lewis&Clark, Colt Express bien sûr)
      3. Le matos est exceptionnel

      Trois ingrédients de luxe, pour au final un plat très moyen

      1. ça dépends comme on l’aperçoit mais chez nous il fait un carton.
        Je crois qu’il faut juste faire plusieurs parties avec des gens très ouverts pour que cela fonctionne.
        Un public très très ciblé et donc, très restreint.
        Par contre, pour la qualité éditoriale, je crois que l’arrivée de Ian depuis Colt leur a fait le plus grand bien.
        Heureusement, le prochain titre devrait remettre tout le monde d’accord.
        De mon côté je soutiens la démarche.

          1. Non

            J’avais simplement repéré que le plateau et le materiel ressemblait étrangement au jeu de Gary Kim acheté à ESSEN il y a 2 ans chez les coréens d’Happy Baobab…

      1. Comment ?! Tu ne connais pas ARGH ? 😉
        Vu ta critique sur « Oh capitaine », ça va beaucoup te plaire.
        Je n’ai pas joué à « Oh capitaine », mais ARGH est je pense plus simple.
        Il y a aussi, en plus du bluff, de la déduction.
        Il a fait un carton chez les enfants.

  1. Ce qui a l’air intéressant, c’est de sortir plusieurs jeux dans le même univers, comme une série. Bizarrement, c’est assez peu utilisé dans le domaine du jeu de société alors que tous les autres médias (cinéma, jeu vidéo, livres, …) en usent et en abusent. Pourquoi donc ? Parce qu’un jeu se rejoue plus facilement qu’un livre ou un film en offrant une expérience différente à chaque fois ? Et donc, pas besoin de le décliner ?
    Bien sur, il y a les extensions mais c’est quand même pas tout à fait la meme chose.
    Une très bonne idée donc de mon point de vue, à voir ce que ca va donner quand les 6 jeux seront sortis…

  2. En musique certains albums sont gâchés par une surproduction ou des effets pompiers.Les japonais savent en quelques cartes nous sortir des jeux de bluff , fins, minimaux , épurés et surtout digeste,ici c’est l’inverse on invente la boulimie à la française , règles ou édition on est plus dans le riche et le juste dosage ( et dieu sait que cette éditeur sait faire du riche) mais dans le gras, dans le trop , dommage le jeu souffre trop de la comparaison avec Argh qui lui a tout compris malgré un écrin plus fruste.

  3. Luma, c’est pas réellement innovateur, si ? AEG avait la même idée avec Tempest il y a des années, et maintenant avec Century Spice Road, on a une nouvelle fois ce concept d’une série de jeu… Sauf que les jeux Tempest ont l’air tellement mieux que ce jeu-là.

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