Critique de jeu: Merlin. Un jeu enchanteur?

Temps de lecture: 5 minutes

Pas une croûte, mais creux

  • Date de sortie : octobre 2017
  • Auteur : Stefan Feld et Michael Rieneck
  • Illustrateurs : Dennis Lohausen
  • Editeur : Queen Games
  • Nombre de joueurs : 2 à 4 (optimum à 4)
  • Age conseillé : dès 14 ans
  • Durée : 90 à 120 minutes
  • Thème : médiéval
  • Mécaniques principales : dés, objectifs, placement, majorité

Merlin, de quoi ça parle?

De la Légende la Table Ronde bien sûr, d’où le titre

Les joueurs et joueuses incarnent les fameux chevaliers qui essaient de monter sur le trône pour remplacer Arthur qui se barre à la retraite

OK, pourquoi pas. La Légende d’Arthur a toujours exercé une fascination sur la culture pop

Mais Merlin le jeu est un pur produit à l’allemande, dans lequel la mécanique est proéminente et le thème passe loin, loin derrière. Donc il n’est pas question ici d’aventure ou de récit mais de gestion. De dés, de cartes, de ressources

Pas une intégration riche ou immersive

Et comment on joue?

Merlin est un jeu de dés. Chaque joueur et joueuse en dispose de quatre. On les lance. On en choisit un. On place et déplace son pion sur le plateau sur une roue, une piste d’action circulaire. Selon l’arrivée du pion une action est effectuée par l’un de ses Serviteurs / marqueurs: acquisition de ressources grâce au maçon, ou porte-bouclier, mais également gain en PV

Il y a également possibilité de construire un manoir dans le domaine, un plateau séparé, et de résoudre des quêtes, des objectifs personnels piochés pour des PV

Des règles plutôt fluides, dé, déplacement, activation, mais il faudra tout de même compter 2-3 tours pour bien maîtriser les différentes actions possibles. Et pour comprendre et gérer les décomptes après chaque deux manches

Et comment on gagne?

Le jeu dure 6 manches. Chaque deux manches on procède à un décompte des points, dans lequel on va:

perdre des PV pour chaque traître non-repoussé (il faut payer un bouclier pour les virer)

gagner des PV pour la majo de manoirs sur les terrains du domaine

gagner des PV en fonction de l’influence slash pions posés sur des portions du plateau appelées Provinces

gagner des PV pour ses Serviteurs slash pion présents dans les Provinces

Et lors du décompte final, on compte encore 2-3 bricoles

Donc une grosse, grosse salade de points de victoire qui score de tous les côtés. Si les règles de jeu sont fluides et plutôt « simples » (je mets simple entre guillemets, car le jeu s’adresse quand même à des joueurs et joueuses exigeant·e·s et expérimenté·e·s), les PV possibles partent de tous les côtés

Des dés, du hasard?

Oui, forcément, les dés vont obliger un certain déplacement. Mais une ressource, la pomme, permet de modifier la valeur des dés. Et les déplacements du pion Merlin que l’on peut utiliser pendant la partie permet de se déplacer dans n’importe quel sens sur la roue

Donc un hasard certes présent mais pas omniprésent ou punitif

Interaction?

Plutôt ténue. Juste pour les luttes de majorité sur les terrains du domaine et l’influence sur les Provinces. Donc non, pas une interaction de folie

Et à combien y jouer?

Au max, à 4, pour obtenir une interaction « optimale » et ainsi accroître la tension

Alors, Merlin, ça vaut quoi?

Comme Uwe Rosenberg, chaque année à Essen Stefan Feld sort un ou deux gros jeux. Et on connaît bien l’attachement de l’auteur aux dés, la plupart de ses jeux en sont truffés (Bruges, Bora Bora, Les Châteaux de Bourgogne…). Merlin est plus « familial » que ses autres titres, presque plus « léger », mais avec plusieurs guillemets tout de même car le jeu s’avère plus profond et exigeant qu’il n’en a l’air. Besoin de ressources pour construire, conditions spéciales pour accomplir ses quêtes, majorité, etc. Beaucoup de conditions spécifiques qui finissent par alourdir et complexifier le jeu et le rendre moins familial qu’il pourrait en avoir l’air

En ouvrant la boîte et après avoir passé 27 minutes à dépuncher tout le matériel (sans thermo 🤬), on comprend vite à quel sauce on va être mangé. Du pur Feld. Qui s’est acoquiné sur ce coup-ci avec Michael Rieneck, un autre auteur allemand à succès (Les Piliers de la Terre)

Merlin n’est de loin pas le meilleur jeu de l’auteur. Beaucoup d’actions disponibles, beaucoup de PV de tous les côtés. Comme s’il ne fallait surtout pas trop frustrer le joueur et lui donner une certaine impression d’avancer. Et même si le hasard peut être quelque peu maîtrisé, on reste quand même trop dépendant des tirages et de cette foutue piste d’action concentrique

Et pourquoi, mais pourquoi ne pas proposer un thermo dans la boîte de jeu? Il y a tellement de matériel que ça en devient du gros n’importe quoi (cf photo)

Si vous aimez les jeux de gestion fluides et riches avec une utilisation des dés originale, convoitez plutôt les Rajas du Gange, beaucoup plus fun, même si pas de Stefan Feld mais du couple Brand

Moi, tu comprends, c’est politique. Je suis contre le thermo et je préfère avoir un gros bordel dans mes boîtes de jeu

Score

Anticipation: 4/5. 5/5 parce que Feld. Mais moins parce que Queen Games, qui depuis quelques années nous sort de vilaines bouses

Pendant la partie: 3/5. Même si les règles sont fluides, on passe sa partie à faire un peu n’importe quoi au petit bonheur la chance, à poursuivre n’importe quelle stratégie, juste parce que. De toute façon, on score des PV de tous les côtés chaque deux manches

Après la partie: 2/5. Une méchante impression de « tout ça pour ça ». Beaucoup de matériel, beaucoup d’actions. Voilà

Score final: 3/5. Pas un mauvais jeu, mais de loin pas un jeu essentiel ou indispensable. Pas une croûte, mais creux. Merlin, pas un jeu enchanteur

Et encore une toute dernière chose

Merlin propose une variante, un module supplémentaire qui vient enrichir le jeu, la Faveur du Roi. Un nouveau plateau fait son apparition, une extension. Quand un ou une joueuse joue et accomplit une quête, elle peut désormais soit toucher les PV soit obtenir une des action correspondante sur l’extension

Ce module vient complexifier le jeu et rajouter des choix cruciaux et une couche stratégique supplémentaire. Intéressant pour des joueurs et joueuses qui aiment vraiment se triturer les neurones

Merlin est un jeu de gestion dans l’univers des Légendes de la Table Ronde. Un pur jeu à l’allemande polaire au thème plutôt peu intégré. Quels sont les trois meilleurs de jeux de société sur le même thème?

Les Chevaliers de la Table Ronde, le coopératif culte de Bruno Cathala et Serge Laget dans lequel les chevaliers doivent accomplir, et réussir plusieurs quêtes ensemble pour gagner, ou perdre ensemble contre le jeu. Cultissime, même s’il a pris depuis un sacré coup de vieux

The Resistance: Avalon. The Resistance, ce Loups-Garous-Like sorti en 2009 qui a bien réussi à secouer et innover Thiercelieux, en gardant tout le monde à la table jusqu’à la fin. Trois ans plus tard, c’est The Resistance: Avalon qui est sorti. Une adaptation Table Ronde, avec Merlin qui joue la « petite-fille » de Thiercelieux et s’il se fait capter à la fin de la partie la victoire est offerte aux « méchants » / agents de Mordred. Bluff, mensonges, tchatche et manigouilles. Le meilleur Resistance

Stuffed Fables. OK je triche. Le jeu ne parle pas du tout des Chevaliers de la Table Ronde. Mais il place quand même des chevaliers, ou presque, des peluches plongées dans des quêtes épiques et narratives. Vraiment fun. Avec une VF en approche

Vous pouvez trouver Merlin chez Philibert,

Chez Ludibay

Et chez Ludikbazar

 

1 Comment

Laisser un commentaire