Critique de jeu: Riverboat. Et au milieu coule une rivière

Mécanique. Stratégique. Profond. Mais un jeu qui équivaut à la couleur beige, terne et tiède

  • Date de sortie : octobre 2017
  • Auteur : Michael Kiesling
  • Illustrateur : Klemens Franz
  • Editeur : Lookout
  • Nombre de joueurs : 2 à 4 (optimum 4)
  • Age conseillé : dès 10 ans
  • Durée : 90′
  • Mécaniques principales : draft, tuiles, placement d’ouvriers, majorité

Riverboat, de quoi ça parle?

Du fleuve Mississippi au 19e siècle (comme quoi, déjà vu avec Whistle Stop, le 19e siècle et ses avancées pionnières et industrielles américaines fascinent décidément les auteurs et éditeurs de jeux)

Les joueurs et joueuses incarnent des fermiers qui vivent près du fleuve et qui cherchent à développer leur exploitation, tout en réussissant à livrer des et vendre des produits en aval du fleuve

Pas très sexy. Ne vous attendez pas à vivre ici une aventure historique ou épique. Tout est ici mécanique

Mais

Mais les règles sont truffées de citations exquises qui viennent pimenter la lecture et l’immersion

Même si au final on ne fait qu’agencer des tuiles légumes sur son plateau perso…

Un thème plutôt collé, donc

Et un petit kudos à la prod qui a préféré évacuer toute référence à une tragique thématique historique (l’esclavage au 19e dans les Etats du Sud). Non, dans Riverboat, les meeples ne sont pas noirs ou bruns… (pas comme les pions-ouvriers dans Puerto Rico)

Et on joue comment?

Le jeu dure quatre manches

Chaque manche est composée de cinq phases

Avant chaque manche, il y a une petite phase de draft pour obtenir une carte qui conférera un bonus spécifique lors d’une phase spécifique

Les cinq phases:

Cultivation: on pioche huit cartes de la pile qui indique chacune une couleur de terrain de son plateau personnel. On retourne une carte après l’autre et on place alors l’un de ses ouvriers encore dispo sur la couleur correspondante

Plantation: on choisit une tuile fruit ou légume qu’on place sur son plateau perso sous ses ouvriers placés lors de la phase précédente. En essayant de grouper les ressources similaires pour la prochaine phase

Récolte et livraison: on prend une tuile « bateau » en défaussant le nombre d’ouvriers indiqués sur la tuile, ouvriers tous posés sur la même ressource. En réalité, ces ressources ne jouent aucun rôle, seul compte leur nombre. Cette tuile « bateau » permet de scorer des PV en fin de partie mais également de recevoir certains avantages immédiats, dont la possibilité de faire avancer son maître de port qui rapportera également des PV à la fin

Opportunité: on prend une carte « opportunité » à choix encore disponible, carte qui rapportera des bonus selon son développement lors de la phase suivante si activée par un pion « surveillant »

Décompte: chaque surveillant rapporte des PV selon s’ils sont placés près d’un puits ou d’une grange. C’est également à ce moment-là qu’on peut décider de scorer l’une ou l’autre de ses cartes « opportunité » en y plaçant l’un de ses surveillants

Une fois ces cinq phases réalisées, on recommence une nouvelle manche, pour en faire quatre en tout

Des règles qui s’expliquent assez rapidement et qui s’avèrent plutôt fluides et instinctives

Il faudra néanmoins prévoir d’avoir le nez collé aux règles les 1-2 premières parties pour comprendre toutes les tuiles et cartes « opportunité »

Et on gagne comment?

Riverboat est un pur jeu à « salade de points de victoire »

On remporte des PV pendant la partie grâce aux cartes « opportunité » pendant la phase décompte, et d’autres éléments (puits, grange)

Et en toute fin de partie, après les quatre manches, c’est festival:

Interaction?

Oh la la, encore un jeu qui va soulever une polémique

Un jeu froid, sans aucune interaction

Vraiment?

Non

Tout jeu de société compétitif (je précise, car coopératif, il l’est alors forcément) est interactif puisqu’il met aux prises des individus pour décrocher la victoire

Maintenant, il y a une bonne interaction et une mauvaise interaction

Comme il y a un bon chasseur et un mauvais chasseur (à la 3e minute)

Alors certes, l’interaction dans Riverboat est extrêmement froide. Polaire, même. Les joueurs et joueuses ont le nez collé à leur plato perso à gérer leurs tuiles, ouvriers et petite exploitation

La seule interaction directe se joue dans le draft pré-manche et dans la prise des tuiles « bateau » et des cartes « opportunité ». Et dans la majorité des agents placés à la Nouvelle-Orléans

Un jeu dénué d’interaction?

Non

Un pur jeu à l’allemande, oui

Et à combien y jouer?

Au max, à 4

C’est là que « l’interaction » sera la plus vive. Interaction entre guillemets. Encore une fois, ça se discute

Alors, Riverboat, c’est bien?

Oui, ça se laisse jouer

Pour autant qu’on apprécie les jeux froids et calculatoires. Avec un soupçon de puzzle avec les tuiles dont il faut optimiser l’agencement pour placer le plus de ressources similaires adjacentes pour décrocher alors la bonne carte « bateau »

Au final, Riverboat n’apporte rien de nouveau, et son expérience ne parvient pas à exalter. Un énième jeu allemand à l’allemande qui fait son job mais qui vient s’ajouter à une pile de sorties déjà bien fournie en 2017

Riverboat, un jeu qui équivaut à la couleur beige. Du même champ chromatique que le brun, une couleur solide et consistante, mais une teinte terne et tiède

Score

Anticipation: 4/5. Un jeu Lookout qui signe la plupart des jeux d’Uwe Rosenberg? Oh yeaaah baby. Un jeu Kiesling, qui co-signe avec Wolfgang Kramer des bombes ludiques depuis plus de dix ans? Oh yeeeah baby. Mais pas un thème de plus sexy non plus…

Pendant la partie: 3/5. Une fois que les enjeux et le scoring final ont été saisis la partie devient rapidement fluide. Ou presque. L’aspect « puzzle » du jeu à gérer l’agencement des tuiles devient un casse-tête qui pourra plaire, ou pas. Plutôt ou pas

Après la partie: 3/5. Encore un énième jeu à l’allemande. Une interaction polaire, un thème collé, une esthétique 70s et une salade de points de victoire

Final: 3/5. Critiquer un jeu est un exercice délicat. Faut-il se contenter d’analyser le jeu en soi, vu comme une production unique, et surtout ne pas le comparer aux autres? Ou le placer dans un contexte, au milieu d’autres? Si Riverboat était sorti il y a dix ans, il serait devenu une claque ludique indispensable par ses mécaniques innovantes: puzzle, ouvriers, draft. Aujourd’hui, Riverboat ressemble plus à une checklist et à un medley de mécaniques tendance. Un jeu mécanique, stratégique, profond, mais froid, tellement froid. Riverboat ne parvient pas à apporter un vent de fraîcheur. Agencement de tuiles, acquisition de contrats. Bien, mais rien de trépidant.

Et encore une dernière chose

Le jeu n’existe pour l’instant qu’en allemand (Lookout) et qu’en anglais (Mayfair). Un éditeur francophone devrait bientôt sortir du bois pour en assurer la trad

Les règles en anglais peuvent être téléchargées ici

Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert

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