Critique de jeu: Happy Pigs. Dans le cochon, tout est rond. Enfin, carré

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Happy Pigs est sorti en VF chez IELLO en mars 2016, créé par l’auteur Taïwanais Kuraki Mura. Pour 2 à 6 joueurs, d’une durée de 40 minutes. 40, on vous dit, pas une de plus! Dès 10 ans.

Happy Pigs est en fait la réédition du jeu sorti en 2013 à Taiwan. IELLO a découvert le jeu original à Essen en 2014 et c’est Biboun qui a alors retravaillé toutes les illustrations en 2015. En plaçant des cochons cubiques, clin d’œil aux sempiternels cubes des jeux de gestion. Car oui, Happy Pigs est un jeu de.

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Thème

Dans Happy Pigs on gère une ferme, un élevage de cochons. On fait des bébés cochons, on nourrit les cochons pour les faire grandir, on achète et on en vend. Oui, c’est Agricola, mais rien qu’avec des cochons. Fun. Pour autant qu’on ne soit pas (comme moi) végétalien et membre de PETA.

Mais bon, dans Happy Pigs, les cochons sont bien élevés dans de bonnes conditions éthiques et tout et tout, donc aucun souci à se faire. D’ailleurs, ils sont heureux. C’est écrit dans le titre. Non, ces cochons-là ne finiront jamais en cervelas (=une saucisse mythique suisse dont on préfère ignorer la composition exacte pour des questions évidentes de santé mentale).

Méca

Dans Happy Pigs on a le choix entre 4 actions disponibles:

  • Nourrir, et faire grandir ses cochons d’une taille (il y en a 4, de bébé à tout gros).
  • Acheter: de nouveaux cochons, de nouveaux terrains, de la nourriture améliorée…
  • Vendre ses cochons
  • Reproduction: ses pairs de cochons de taille 3 et 4 vont faire des bébés. Demandez à vos parents si vous ne savez pas comment on fait.

Chaque joueur choisit l’un de ses jetons actions qu’il place face cachée devant lui, puis tout le monde retourne le sien en même temps.

C’est tout. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

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La version chatoyante de IELLO en 2016
La version originale taïwanaise
La version originale taïwanaise de 2013. Plutôt… comment dire…
Sauf que. Vous me voyez venir. Il y a toujours un sauf que.

A chaque tour, on retourne une carte saison, avec un événement spécifique qui arrivera en fin de tour, et un nombre d’actions à disposition par action. Par exemple, en printemps on pourra nourrir 8 fois, reproduire 7, acheter 5 et vendre 6.

Chaque action devra être divisée par le nombre de joueurs qui l’ont choisie, i.e. 2 joueurs ont choisi vendre, chaque joueur pourra alors vendre 3 de ses cochons, pas plus. Le premier joueur ou le joueur suivant prend l’action supplémentaire qu’on ne peut pas partager.

Une fois que toutes les cartes saison sont sorties, c’est la fin de partie. Le joueur / fermier le plus riche l’emporte. Si on commence la partie avec avec 50 francs / euros / roupies, on finit souvent avec 300-400.

Mais Happy Pigs, c’est bien?

Oui. Mais vraiment.

C’est un gros petit jeu de gestion. Ou un petit gros jeu de gestion. Ou le contraire.

Dans une petite boîte à la couverture chafouine on pense plutôt qu’on aura affaire à un party-game avec des cochons qu’on va devoir essayer de capturer. Et non. Se cache en fait un malin jeu de guess (qu’est-ce que les autres vont jouer que je vais éviter de jouer pour obtenir les plus d’actions possibles) et de gestion (de cochons). C’est un peu la même mécanique que Fourberies chez Bombyx, en moins rutilant côté matos, ou l’inconnu Coup Royal chez CGE (pourtant de Vlaada Chvátil) mais en beaucoup plus fluide, moins chaotique et étrangement plus profond.

D’ailleurs, en parlant de Fourberies, créé par le duo Cathala et Martinez, c’est Cathala lui-même qui a proposé une règle officielle pour jouer à Happy Pigs à deux joueurs. Une règle maline qui vient épicer le jeu. Mais soyons honnêtes, c’est vraiment à 4 que le jeu prend tout son intérêt. A 2 c’est fade.

Happy Pigs est une excellente surprise de ce début d’année 2016. Mais je crains qu’il passe un peu inaperçu. Peut-être par manque de com chez un éditeur qui sort les jeux à la Kala. Ou servi par un thème et des illustrations peut-être un peu trop légères pour se démarquer et s’asseoir auprès des Hobby et Core Gamers.

Et ça serait vraiment vraiment vraiment dommage de faire l’impasse, car Happy Pigs réussit là ou beaucoup de jeux échouent, faire le grand écart entre Casu et Core. Avec Happy Pigs on a enfin un vrai titre Familial+. Voire même ++, tiens. Les Casu s’amuseront à gérer leur exploitation porcine, tandis que les Core réfléchiront à optimiser leur 2-3 prochains coups.

Si Through the Ages est au bout du spectre de complexité des jeux de gestion, Happy Pigs est en début de chaîne. Des décisions à prendre, des choix tactiques et stratégiques, rien de punitif.

Après un Via Nebula répétitif et en demi-teinte, un Quadropolis bon mais brouillon et extrêmement opportuniste, Happy Pigs est une excellente surprise de ce printemps 2016. Léger, fluide, interactif, malin, plein de rebondissements, on n’arrêtera pas d’enchaîner les parties.

Et un gros kudos pour les événements de fin de tour qui viennent rajouter des prises de décision cruciales et douloureuses!

Mais encore

Mini-conseil stratégique

Veillez à casser la routine de « nourrir-bébés-vendre », au risque de faire comme les autres et de ne jamais pouvoir bénéficier de multiples actions.

Où l’acheter?

Vous pouvez trouver Happy Pigs chez Philibert,

chez Ludibay,

chez Ludikbazar,

et si vous habitez en Suisse, chez Helvetia Games.

Extension?

Et pourquoi pas de futures extensions? Avec des nouveaux terrains, moins chers mais avec de la boue qui bloquerait certaines cases? Ou avec une autre espèce de cochons supplémentaire? Ou un système de marché évolutif à la Suburbia? Essen 2017?

Goodie

Et on vous laisse avec LE goodie le plus essentiel des jeux de société. Sans déc.

A droite, la tuile de base « faire des bébés ». A gauche, la tuile remplaçante, l’action « faire des cochonneries », version #pigporn.

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13 Comments

  1. J’ai beau être végétarienne (si si) ce jeu m’attire. Le design est sympa, et j’aime bien les jeux type Agricola. En effet, il est passé relativement inaperçu car j’ai beau m’intéresser aux jeux de plateau et faire partie d’un club, je n’en avais jamais entendu parler.

  2. Hello Gus,
    Je vous lis souvent mais interviens peu (ma première il me semble, à vérifier).

    Pour la com, elle est plutôt bien géré en boutique avec de belles PLV je trouve.
    Sinon, oui très bon jeu de gestion famille !

  3. Comment avoir les jetons goodies?
    Ptin la version jap… un peu morose et même les cochon adulte est bridé.
    Le plato de se mois offre une plaquette de jetons alternatifs. Je leur ait demandé comment s’en servir. J’attends la reponse.

    1. Pour les jetons canards alternatifs de Plato comme pour le goodie pingouins (si si çà existe mais dur à trouver) ou pour la future mini-extension vaches, poulet et moutons (dispo en fin d’année normalement), il n’y a pas de règles spécifiques. Un joueur peut choisir les cochons ou les canards ou les pingouins ou …

      1. Mais comment trouver ces goodies? Le pigporn et les pingouins…
        Et puis est ce que la boîte du jeu est suffisamment grande pour intégrer les tuiles en extra?

  4. Le #pigporn était un goodie spécial IELLO. Aucune idée comment le trouver. Peut-être en leur écrivant un trèèèèès gentil message? Ou sinon Essen 2016. Ou dans Plato.

    Oui la boîte est suffisamment grande pour accueillir toutes les pièces supplémentaires!

  5. À la demande générale, petit point goodies :
    • les tuiles Reproduction alternatives (aussi connues sous le nom de « L’Amour est dans le Pré », « Action cochonne », « Tuile coquine » ou plus simplement « Levrette ») étaient un petit bonus offert pour les premiers acheteurs à Cannes et en boutiques. Il se peut qu’on en offre sur d’autres salons où nous irons prochainement (à commencer par Toulouse, PEL et les journées IELLO à Rennes et Lyon…)
    • pareil pour les tuiles Pingouins : offertes sur les salons à venir et lors de diverses opérations (on en a fait gagner 3 dans une vidéo du vendredi, par exemple… 😉 )
    • les Canards seront en effet offerts avec le prochain numéro de Plato, qui devrait sortir dans les semaines qui viennent
    • comme l’a déjà écrit buldozebre, les Vaches, les Poules et les Moutons feront l’objet d’une mini-extension disponible en boutiques dans les mois prochains

    Tout ce qu’il nous reste devrait en plus de cela être disponible sur notre prochaine site Internet, qui se fait un peu attendre mais qu’on espère inaugurer d’ici la fin de l’année. 😉

    Dans tous les cas, inutile de nous écrire, on a arrêté d’envoyer des goodies par la poste le jour où on a commencé à recevoir 10 demandes par semaine… 😛

    Have fun! 🙂

  6. Bonjour Gus, et merci pour cette critique argumentée, comme pour les précédentes, d’ailleurs.
    Je viens régulièrement les lire, d’autant que l’opinion qu’elles expriment est souvent un peu différente de celles que je peux lire par ailleurs.
    Je ne suis donc pas déçu en lisant cette critique ; pas un mot chez toi sur une répétitivité que j’ai plus d’une fois vue évoquée, alors que tu es un des plus fervents critiques de celle de Via Nebula.
    J’ai trois parties de ce dernier au compteur, toutes très agréables. A vrai dire, c’est sans doute ma nouveauté préférée de 2016 pour l’instant, tant je me sens impliqué du début à la fin, pendant mon tour comme pendant celui des autres. Bon, je suis loin d’avoir tout essayé 😉 Qu’est-ce qui rend Happy Pigs à ton goût moins répétitif ? Et qu’est-ce qui fait que la marge de progression est plus importante selon toi ? Le fait de commencer à connaître les possibles événements de fin de tour ?

    1. Merci Eric pour ton chaleureux message.

      Happy Pigs est en effet moins répétitif pour plusieurs raisons:

      Les saisons changent à chaque fois les décisions à prendre à chaque tour. Le nombre d’actions, d’une part, mais plutôt minimes, et SURTOUT, l’action spéciale de fin de tour, qui peut être vraiment juteuse. Donc ça te pousse à constamment revoir et recalculer ta stratégie. La répétition : nourrir-bébé-vente s’en trouve du coup toute chamboulée. Et ça, ça change grandement la routine que tu peux retrouver parfois dans d’autres jeux (Via Nebula, SOL).

      Et évidemment, selon les décisions des autres joueurs, tout change grandement, tu ne peux pas jouer tout seul dans ton coin. Connaître les possibles événements n’est pas vraiment possible puisque tu retires 2 cartes par saison, donc difficile de vraiment tout prévoir. Mais en effet, je trouve qu’il y a une plus grande courbe de prog que d’autres jeux. Après, on n’est pas dans un TtA non plus! Happy Pigs est un excellent Gateway, mais pas que. Non, vraiment pas que.

      Pour être honnête avec toi Eric, mais je crois que tu l’auras compris en lisant ma critique, je suis très mitigé avec les Familial+. Très peu ne parviennent à faire le grand écart et ratent souvent leur cible. Soit trop légers soit au contraire trop pas légers (oui, c’est du français approximatif).

      Happy Pigs est un titre qui peut plaire autant à des Casu qu’à des Core. Même si encore une fois, ce n’est toujours pas du TtA!

      Heureux de te compter parmi nos fidèles lecteurs Eric!

  7. J’ai fait 2-3 partie d’happy pigs et j’ai trouver le jeu sympa mais sans +, premièrement j’ai beaucoup de mal avec les illustrations enfantine.
    On lit souvent çà et là que le joueur peut faire abstraction et s’intéresser à la mécanique, certe sur certains jeux j’ y arrive mais happy pigs non.

    en regardant les illustrations du jeu originel, je préfére largement celui-ci; par contre je comprend que Iello ait voulu changer pour le rendre plus accessible mais je trouve qu’ils sont un peu trop extrême dans leur graphisme et tournent trop avec les mêmes illustrateurs Bibou, mafayon & consorts.

    bref à essayer avant un éventuel achat.

    1. Julien, je te rejoins pour les illustrations très « enfantines » qui pourraient « décourager » les joueurs plus exigeants, plus connaisseurs.

      Clair que s’il y avait eu Coimbra aux platines et un thème moins pastoral neuneu et plus belliqueux, épique, antique, on aurait tenu ici un carton ludique conséquent et plus corsé. C’était le parti pris éditorial de IELLO qui vise le Familal+ avant tout.

      Mais le jeu mérite qu’on passe par-dessus ses à priori pudibonds.

      Perso, je préfère un Happy Pigs au thème décomplexé qu’un Fourberies à la même méca mais en beaucoup plus poussif, chaotique et étrangement beaucoup moins drôle.

      Merci pour ton retour de parties Julien!

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