Critique de jeu : Bretagne. Il est beau mon phare.

Bretagne. Sorti pour Essen 2015 chez les Italiens de Placentia Games, créé par Marco Pozzi et distribué en France par Atalia. Pour 2 à 4 joueurs, d’une durée de 90 à 120′ minutes. Bien frappées. On flirte plutôt avec la barre haute de la marge. Limp nous signe ici une critique du jeu. Merci à lui.

bretagne

Un grand, Bretagne ?

C’est l’histoire d’une région où quand il fait beau, on se promène avec son parapluie. Une région où on mange des quatre-quarts en entier. C’est l’histoire d’une région encerclée par la mer, qui décide alors d’en extraire le sel (d’où la mythologie « seltique », bien entendu…) pour en faire le commerce.

Et comme ils en ont de trop et ne savent pas quoi en faire, ils le mettent même dans le beurre qu’ils vendent…

C’est l’histoire d’un climat où ça barde, la seule histoire réelle où on peut croiser du Rohan, une bécassine qui ne vole pas ou encore la forêt de Brocéliande, demeure du mort Merlin.

Et ceux qui y vivent, dans ces petits villages qui résistent encore et toujours à l’oppresseur romain, vous diraient que c’est aussi la région des phares.

Et c’est donc en toute logique qu’un romain, Marco Pozzi, a décidé de lui rendre hommage en créant ce jeu éponyme dont je compte vous donner mon avis, là, maintenant, sans tourner autour du pôt, Pierre (ouais, mon œil !), sans dériver dans des délires, à vous parler du Mont St Michel ou du tonnerre de Brest, qui seraient pourtant des sujets ad hoc. Non, rien, tintin.

Bretagne, donc. Qu’en ai-je pensé ?  Déjà, le jeu est attirant. L’illustration de son couvercle de boite est plus qu’engageante, attirante même. Et si j’étais très « jeux de mots », je la qualifierais d’ « épharante », même. Mais non, ce n’est pas mon genre…

Et on est ébloui jusqu’au titre du jeu où on retrouve un phare éclairé en T (et donc, sans fantôme, ndlr). Rien à redire non plus sur le matos. Le plateau de jeu est tout particulièrement réussi.

bretagne-map

Enfin, rien à redire…

Dans la pratique, on regrettera tout de même deux choses : si  vous placez les différents éléments du jeu comme prévu et précisé dans la règle, il vous faudra avoir de petits doigts pour ne pas faire tout tomber. Certains opteront peut-être pour une pince à épiler ou des baguettes chinoises. Ils riront jaune quand ils se souviendront que les tuiles de construction des phares achevés doivent être remélangées dans leur pile respective (de quoi casser le rythme du jeu et faire un intermède « partie de Dominos »).

Bien dommage car la taille du plateau est plus petite que ce qu’on voit d’habitude. 

On aurait pu éviter cela. 

Ce choix de taille s’explique peut-être du fait qu’on doit placer de grosses tuiles tout autour du plateau de jeu. Ce qui au final prend beaucoup de place sur la table de jeu.

Bon, ça c’était pour le premier reproche au niveau du matériel dans la pratique. Le second étant qu’il n’y a pas suffisamment d’argent. Ce qui implique de devoir faire de la monnaie à répétition durant la partie. Là aussi, ça casse le rythme. Et s’il y a bien trois types de pièces (et que la règle ne précise pas si certaines ont une valeur de 5 ou de 10, par exemple) et qu’en début de partie on se demande comment ne pas souffrir au niveau des finances, le problème sera tout autre quand on avancera dans le jeu…

Tel un gimmick, tout ceci  va se répéter : du positif, mais de petits reproches qui auraient pu être évités.

Autre exemple : la règle du jeu. Ne soyez pas effrayés en la prenant en main : votre périple ne débute qu’à la page 31, et jusqu’à la 40. Bretagne est ce qu’on appelle un « gros » jeu. J’entends par-là un jeu pour gamers, un jeu où le hasard n’a peu ou pas sa place. Un jeu bien calculatoire où la première partie ne sera que découverte. Un jeu où un mauvais choix peut signifier que vous allez subir le jeu.

Je m’explique avec Bretagne : ici, il s’agit de vos cubes ouvriers, qu’il ne faudra pas bloquer sur trop de phares inachevés (alors que c’est tentant quand on découvre, puisqu’il y a un mécanisme de majorité de cubes sur les phares, justement). Pourquoi ? Parce qu’ils sont également vos points d’action : si vous n’en avez plus de disponibles, vous ne pouvez rien faire…

C’est d’ailleurs cette gestion sur le fil qui fait de ce jeu qui peut sembler accessible un vrai jeu qui ne rigole pas.

Mais je me suis perdu en route…   Je voulais préciser que pour un jeu de ce calibre, les règles sont simples à retenir. On les digère avec une aisance étonnante. Un très bon point, surprenant.

Et c’est là qu’arrive un autre petit reproche. Ces règles manquent de précision sur de nombreux points. L’approvisionnement de Brest au début de chaque tour par exemple : doit-on ajouter chaque tour le maximum de ressources précisés ou ramener le stock jusqu’à ce maximum? En y jouant, nous n’avions plus de doute, certes, sur la réponse, mais elle manque cruellement à la règle.

Idem pour Quimper. La phase de « Fin de Tour » oublie de mentionner ces reboots. Idem pour les différentes valeurs des pièces. Je pourrais même faire mon difficile par rapport au choix des couleurs pour les phares faciles, moyennement faciles et difficiles à construire. En effet, le code couleur sélectionné est Bleu-Blanc-Rouge (belle idée que ce petit clin d’oeil) et n’est pas aussi parlant qu’un banal Jaune-Orange-Rouge, par exemple. Mais oui, je chipote, car on s’y fait très vite dans la pratique.

Comme d’habitude, je vais faire très court sur les mécanismes, vu que les règles sont accessibles sur le net. Voilà en gros ce que ça donne :

  • Selon l’ordre du tour (le premier à passer sera le premier joueur de la prochaine manche et ainsi de suite), on choisit une barge, qui donne un bonus particulier, puis on va à Quimper et on gagne des ressources par un système malin et proposant de l’interaction.
  • Ensuite, on joue une action à tour de rôle parmi trois :

– Acheter une construction avec nos ressources et la placer sur un phare en payant tout ce qui est nécessaire (matériaux supplémentaires, ingénieurs et ouvriers).

– Aller à Quimper et Brest pour y acheter/échanger cartes, ressources et ouvriers (et s’y rendre vous coûte des ouvriers).

– Passer.

Alors, c’est pas magique une explication si courte pour un jeu costaud ?

Bon, je vous raconte pas les différentes actions et les décomptes lorsqu’un phare est terminé, parce que là, c’est un peu plus long. C’est quand même le but du jeu, de les construire ces satanés phares !

Et pour coller à  la thématique du lieu, la météo va s’en mêler. Ça ne va pas être de tout repos…

On en arrive à la partie que les plus pressés se contentent de lire.

Donc, voilà, c’est dit : je pense que Bretagne est un bon jeu. Un très bon jeu même. Les petits défauts soulignés ne sont que du fait d’un éditeur qui n’en est pas encore à son vingtième jeu.

Je pense également qu’il va plaire aux joueurs. Surtout ceux qui aiment bien les jeux demandant de la rigueur. Mais c’est pour cette raison que moi, personnellement, je ne possèderais pas ce jeu dans ma ludo. Non. Pourquoi?

Eh bien, je trouve que Bretagne est un jeu avec un hasard quasi inexistant. Un puzzle, un sport cérébral comme le sont les échecs. Bref, pas assez d’aléa, une interaction qui ne suffit pas pour me provoquer le coup de coeur, une diversité des parties frôlant le zéro absolu. Bref, un jeu où les gros joueurs s’exerceront pour savoir qui a la plus grosse, un jeu où le néophyte ne pourra se méler à la course à la victoire mais révisera au moins une partie de géographie.

Un très  bon jeu pas fait pour moi. Je dois vieillir : les gros jeux ne me font plus autant vibrer que ça. Même quand ils proposent pourtant une énorme profondeur et des règles d’une épure saluable…

15 réflexions au sujet de « Critique de jeu : Bretagne. Il est beau mon phare. »

  1. Pour les pièces.. C’est marqué dessus.. 1 franc , 2 francs ou 3 francs… Ok il faut de bons yeux.. Mais LE défaut du jeu est le manque de pièces et d’ingénieurs… A part çà.. Il est très très bon pour les joueurs ‘velus’

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    1. C’est marqué dessus (mais faut le voir) et les différentes couleurs permettent de toutes façons de le deviner, mais ce n’est pas précisé dans les règles. C’est sur ce point là que je faisais ma remarque…

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  2. J’ai pas encore tout lu, mais c’est un scandale : le mt saint Michel c’est chez nous en Normandie, pas en Bretagne…
    Bon je retourne à la lecture de la critique

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  3. La valeur des pièces est marquée dessus mais c’est vrai que c’est écrit tout petit petit ! 1, 2 et 3 francs. Personnellement, en plus de ressentir de l’interaction quand il s’agit de charger les barges (on peut provoquer la pénurie d’un matériel), je trouve qu’il y en a pas mal quand on construit un étage d’un phare déjà commencé par quelqu’un d’autre… Après, certes, en termes d’interaction, ce n’est pas Hansa Teutonica…
    Pour le manque du hasard, pour moi, pour un jeu gamer, c’est plutôt un atout, bien qu’en fait je trouve qu’il y en a un tout petit peu avec la pioche des cartes qui attribuent les points… Bon, c’est aussi vrai qu’on peut les échanger au marché de Lorient, en deux actions et avec deux ouvriers!

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    1. Oui, c’est marqué sur les pièces mais ça se voit pas beaucoup. Et je me répète, mais c’est surtout l’absence de la précision dans les règles qui est regrettable. après, même malgré ça, il y a pénurie pendant la partie.

      Totalement d’accord sur les barges. D’ailleurs, je précise dans l’article qu’il y a de l’interaction sur cette phase là. Pour les étages de phares, c’est finalement bien moins vrai selon moi, car nous avons là un faux jeu de majorité si j’ose dire. En effet, normalement, on joue au moins trois ouvriers sur son phare, histoire de s’assurer la majo, de pouvoir jouer une carte et d’aller sur un port. Prendre la maj à un autre joueur est très rare, à moins de construire un niveau 3 sur un niveau 1. Du coup, idem pour les cartes : ça reste assez anecdotique, car c’est quasi tjs que le joueur majoritaire qui en jouera (nous avons un ratio de cartes jouées « deux fois » par partie sur un phare où le joueur était non majoritaire).

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  4. Tout à fait d’accord sur l’imprecision des règles. J’ai dû replonger dans les règles lors des 3 premiers tours pour des points de détail. Une aide de jeu plus claire aurait été appréciable. La règle ne met pas non plus en avant des points importants : par exemple, pour comptabiliser les phares, ca aurait été bien de mettre en gras ou en titre qu’on parle de phare achevé. C’est écrit, mais pas très lisible … Et je me pose toujours la question : quand il faut rajouter 1F sur les phares inachevé sans ingénieur sur ce tour, est-ce pour tous les phares inachevés, même ceux pas encore commencé ?

    En dehors de ça, c’est effectivement un jeu avec une bonne courbe d’apprentissage, à ne pas sortir pour la pause de midi, c’est c’est sur 🙂

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    1. Pour les pièces sur les phares.. J’ai posé la question et l’auteur m’a répondu :

      On ajoute une pièce même si le phare n’est pas commencé du tout. Et on ajoute une pièce de plus à chaque tour tant qu’il n’y a pas d’ingénieur dessus. En gros un phare que personne ne touche avant quelques tours rapportera au 1er joueur s’y attaquant.

      Idem pour Quimper.. On doit bien vider Quimper avec de ré-approvisionner.

      Donc 2 défauts : Des points de règles pas clairs et du matériel en trop faible quantité… Mais tout çà s’efface devant la profondeur d’un aussi bon jeu..

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    2. Vu qu’ils disent « sur chaque phare sans ingénieur » et qu’on vire ts les ingénieurs à chaque fin de manche, il semble logique que les pièces se mettent sur tout phare, même entamé, qui n’a reçu aucune construction cette manche-ci.
      Par contre, il me faudrait vérifier, mais je ne sais pas s’il est précisé quand on comptabilise un phare précisément : en fin de manche (et c’est la bonne réponse, puisqu’ils disent de les faire selon un ordre précis) ou dès qu’un phare est achevé.

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  5. Je viens de faire une partie à 4. De manière générale on a bien aimé mais ce qui a clairement plombé la partie, c’est le matériel. Entre les tuiles Construction qu’on finit par retirer du plateau car ça se casse la g***** en les effleurant, et l’argent qui manque cruellement (on a fini avec des dés de 20 par joueur pour comptabiliser tout ça). Est-ce possible de réclamer auprès de l’auteur des jetons Argent supplémentaires ? On est en 2015, c’est quand même dommage de voir ça. Ce n’est pas 2 ou 3 planches de pièces qui aurait changé la donne.

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    1. Vu que nous n’avons pas manqué de ressources, nous avons utilisé les jetons x5 des ressources pour les pièces. Et pour les tuiles, la prochaine fois, nous ferons probablement des tas (pas empilés) extérieur au plateau. C’est ce que je conseille de faire…

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  6. Et voilà : une nouvelle règle rédigée avec les pieds : Extension abyss. Trois leaders vous donnent droit à un jeton permettant de réserver des cartes ou lieux. Mais voilà : ils ne disent pas quand vous pouvez ou devez le faire : à votre tour (quand vous voulez, au début de votre tour), n’importe quand, dès que vous le recevez…

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