Libertalia, premières impressions

Dans le cadre du Bar à Jeux de Genève du 9 juin 2012, nous avons reçu en exclu le proto de Libertalia par Marabunta, le studio de développement affilié à Asmodée.

Voici nos premières impressions.

Notez bien que ces impressions ne doivent en aucun cas être considérées comme une critique ni comme un avis définitif, puisque l’exemplaire que nous avons eu la chance d’avoir, bien que largement avancé, n’était pas dans sa forme finale.

Extra

Les règles peuvent être téléchargées ici (7 Mo)

Thème

Dans Libertalia, les joueurs incarnent des pirates sur un bateau et participant à des campagnes de piratage (logique) pour s’emparer de butins divers et variés, le but étant de devenir le pirate / joueur le plus riche en fin de partie. Même si on ne sent pas immergé dans une « réalité pirate » comme un Fortunes de Mer par exemple, les illustrations font quand même rêver. Le thème n’est pas forcément ni très fort ni très intégré, mais ce n’est ici pas un gros souci.

Il faut croire que l’auteur du jeu, l’italien Paolo Mori, apprécie beaucoup les thèmes marins, après son Vasco de Gama (un jeu de placement d’ouvriers pour affréter des galions et parcourir les mers) et son Borneo (gestion de ressources exotiques).

Matériel

Encore une fois, nous n’avons eu que le proto en test, donc il est difficile de juger du matériel, mais les illustrations, certainement finales, sont juste somptueuses. Les pirates sont superbes, presque photo-réalistes.

Le matériel : 30 cartes semblables par joueur, un bateau en guise de plateau commun pour y placer les cartes, une piste des scores, des doublons, des pièces de butin et un plateau personnel avec un rappel des valeurs en points. Le tout est fonctionnel, l’iconographie et les textes sont clairs et précis, ça se passe de longues explications puisque tout est indiqué.

La piste des scores paraissait un peu terne et plate, en opposition au déluge coloré et chatoyant des cartes et autre matériel. Quelques illustrations par-ci par-là pourrait la rendre plus intégrée (je dis ça, je dis rien, mais je l’ai quand même dit).

Dernier mot sur le matériel, pour peu que l’on y prenne garde, chaque carte est ornée d’un petit texte fluet, presque caché, tout en bas à gauche, qui met en scène le personnage et alimente sa personnalité, le tout sur un ton cocasse et enjoué. On adoooore!

Libertalia au Bar à Jeux du 9.6.12

Mécanique

Les joueurs possèdent chacun 30 cartes de pirates semblables. On joue 3 manches (appelées campagnes). Au début de la première manche, un joueur tire au hasard 9 cartes (6 dans les deux manches suivantes), et annonce ensuite son tirage aux autres joueurs qui prennent les mêmes cartes de leur deck personnel. Tous les joueurs jouent donc tous avec la même main la première manche. La première manche uniquement, car chaque manche n’est constituée que de 6 tours, il restera donc 3 cartes non-jouées en fin de manche. D’où le tirage de 6 nouvelles cartes, qui viendront compléter sa main à 9 cartes. Chaque joueur aura alors 3 cartes différentes, pas jouées précédemment, et ainsi de suite pour la 3e et dernière manche.

Un tour se compose de la manière suivante : chaque joueur choisit une carte qu’il place face cachée devant lui, et quand tous en auront choisie une, on les révèle. Chaque carte présente 3 aspects fondamentaux: une valeur de force, une valeur de départage d’égalité et un pouvoir / action. Les cartes sont ensuite classées sur le bateau, un plateau commun, par ordre de valeur de force. Puis s’ensuit l’activation des pouvoirs par ordre croissant, du plus « faible » au plus « fort ». On redescend ensuite par ordre décroissant pour le choix du butin, puisque à chaque tour, on a à disposition une sélection de butin, il y en a autant qu’il y a de joueurs. Tous les butins sont tirés en début de manche, donc on voit très bien ce qu’il y aura à se partager à chaque tour, ce qui permet bien évidemment de gérer sa main et devoir faire preuve de stratégie.

Libertalia au Bar à Jeux du 9.6.12

Interaction

L’interaction est plutôt modérée. Certains personnages et butins permettent de s’en prendre aux autres pirates, mais ce n’est pas quelque chose que l’on peut véritablement décider à son tour, tout dépend de l’agencement des pirates. Le seul choix interactif à effectuer, c’est lorsque un butin « sabre » est tiré qui permet de défausser un pirate parmi l’un de ses deux voisins. Mais dans le choix de son pirate joué, on doit bien évidemment tenir compte de ce que les autres joueurs vont poser, donc il est important de prêter attention à leur jeu et ne pas jouer dans son coin.

Conclusion

Libertalia s’inscrit véritablement dans l’article que nous avions publié il y a quelques mois, la révélation flagrante. Pris dans une déferlante d’informations, Twitter, FB, TV, etc, et de nouveautés ludiques effrénées, les joueurs réclament de plus en plus une expérience ludique flagrante, immédiate, de pouvoir cerner, comprendre et apprécier un jeu à la première partie, au risque de passer à autre chose si ce n’est pas le cas. Avec Libertalia, pour en apprécier véritablement toute sa saveur, il faut y rejouer.

A la première partie, on ne saisit pas tout de suite tous les tenants et aboutissements du jeu. On pense avoir affaire à un simple jeu de guess, i.e. de devoir deviner ce que les autres joueurs vont jouer pour pouvoir adapter sa stratégie, alors que cet aspect est, au final, plutôt léger. Il est évidemment préférable de deviner juste, mais ce n’est de loin pas l’élément essentiel, le cœur ludique du jeu.

Après plusieurs parties, une fois que les actions des pirates seront bien maîtrisées, on commencera à pouvoir pleinement les exploiter et déjouer le jeu des adversaires tout en échafaudant des stratégies « diaboliques ». Car oui, dans Libertalia, il faut préparer toute sa manche, la tactique est moins importante que la stratégie (rapidement, pour clarifier les choses : tactique = gagner une bataille en opérant des choix optimaux sur le vif =>;; vision à court terme, on est dans la réaction / stratégie : gagner la guerre en préparant ses prochains tours, vision à long terme, on est dans la pro-action).

Libertalia pourrait presque paraître un peu fade si l’on se contente de jouer pirate après pirate pour optimiser son tour, alors qu’il est « vital » de bien gérer sa main tout au long de la manche, même partie, sachant qu’on ne jouera que 6 cartes sur 9, et que 3 resteront en main pour les prochaines manches. Libertalia prendra par conséquent toute son ampleur et gagnera en intérêt lorsque toutes les cartes, 30, seront connues, ce qui conféra alors à sa partie une vision d’ensemble et des opportunités stratégiques fortes.

La durée de vie du jeu est inouïe, puisque on ne joue qu’avec 9+6+6=21 cartes sur 30, ce qui donne des combinaisons à chaque fois différentes, sans même parler de la disposition des butins qui rajoute en variété.

Libertalia peut se jouer entre 2 à 6 joueurs, mais c’est véritablement à 4 que le jeu prendra toute sa saveur. A 2-3, il est un peu fade (bon, OK, ce mot est peut-être un peu fort), et à 6 il deviendra chaotique et presque long lors du choix de carte. Cela ne veut pas dire que le jeu est mauvais à 2 ou à 6, mais une partie à 4 joueurs sera l’optimum.

Bref, Libertalia est un très très bon jeu. A qui s’adresse-t-il ? Pour y avoir joué avec différents publics, gamers, famille, jeunes, je peux assurer qu’il a été apprécié partout, chaque public y a trouvé son compte. Sa fluidité, les multiples retournements de situation selon la configuration de pirates joués, sa simplicité apparente, font de Libertalia un grand jeu.

Seul gros gros souci du jeu, soyons honnêtes, il faut à présent attendre le mois de septembre (si tout va bien) pour qu’il soit disponible. Et je ne suis PAS patient!

Libertalia sera assurément un gros succès à sa sortie! Et non, je ne suis pas payé par Marabunta, le studio de développement, ou Asmodée, l’éditeur / distributeur, pour leur faire de la pub. Cette critique est neutre et objective, comme toujours sur Gus&Co. Non mais.

Ce que j’ai aimé

Le thème, les pirates, toujours attrayant (l’aspect liberté, hors-la-loi, embruns de la mer des Caraïbes, tout ça)

La fluidité du jeu: son tour se résume à choisir une carte, et voilà

L’apparente simplicité des règles du jeu

Un jeu multi-public

Les multiples retournements de situation qui enrichissent la partie

Un jeu qui prend de l’ampleur plus on y joue, et pas le contraire.

Devoir faire preuve de stratégie, rare dans un univers ludique actuel qui se situe plutôt dans la tactique

Les illustrations somptueuses (pour l’instant)

Ce que j’ai moins aimé

Un analysis-paralysis (ralentissement, voire blocage) pouvant être entraîné lors du choix de la carte par certains joueurs (tout dépend destypes de joueurs bien sûr)

Une piste des scores terne (mais je pinaille)

Tous les différents decks à devoir gérer, qui rendent le tout parfois un peu confus : main, deck de départ, défausse de la manche, défausse générale. Attention à ne pas se tromper, et ça peut arriver.

Le plus gros point négatif du jeu : qu’il ne soit PAS disponible avant plusieurs mois !!!!!!!!!!!!!!! L’attente va être longue.

4 Comments

  1. Bonjour
    Ce qui m’enchantais dans Libertalia, outre le fait que le créateur de Vasco de Gama commette cette oeuvre, c’était le thème que j’imaginais fort… Apparemment ce ne serait pas le cas.
    Pourriez vous comparer ce jeu à un autre afin que je me fasse réellement une idée sur l’intérêt d’une création athématique, j’avoue que malgré tout, votre compte rendu plus qu’enjoué me fait douter 😉

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  2. Merci pour votre commentaire et question.

    Pour y répondre, je serai obligé de vous en poser une autre. Quel jeu de plateau présente un thème fort, cohérent et bien intégré ? Car au final, dans le monde du jeu tout y est symbolisé : cubes en bois pour représenter des ressources, cartes pour des personnages ou actions, plateau en carton, etc. Le jeu de société n’est PAS le jeu de rôle, dans lequel le thème est fort, immersif et prépondérant. Tiens, ça me donne une idée / envie pour un article ça !

    Le thème de Libertalia est sexy, certes: pirateries et esbroufe. Mais encore une fois, on ne fait que jouer des cartes de personnages, on ne se sent pas littéralement transporté comme dans un FdM, les Demeures de l’Epouvante ou un Sherlock Holmes DC (qui sont de très rares jeux à réussir cette expérience).

    Maintenant, si c’est un critère pour ignorer le jeu, je pense que le hobby du jeu de plateau n’est pas des plus adapté ;-). Le jeu est bon, très bon, mais il ne faut pas lui chercher un aspect immersif.

    Le thème est un aspect important d’un jeu, certes, que nous nous devons de relever dans nos critiques, mais soyons honnêtes, à moins d’un thème vraiment imbécile, cela ne nous a jamais empêcher de découvrir / acheter / jouer à un jeu, surtout s’il est bon.

    Prenez 7 Wonders ou Dominion, qui vous font poser n’importe quelle carte pour construire n’importe quoi. On repassera côté cohérence du thème. Et pourtant, ces deux jeux sont juste excellents! Comme quoi.

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  3. Merci de votre réponse.
    Je suis d’accord sur le ‘tout’ thématique qui n’est pas raisonnable d’envisager dans un jeu de plateau par contre le plaquer pour le mécanisme me semble dommage.
    En effet même en citant 7 wonders, je lui trouve un thème « civilisation » assez présent, pas mal de joueurs se laissant prendre au jeu, le thème disparaissant au fur et à mesure de l’implication des joueurs sur des parties de plus en plus pointues.
    Je trouve par exemple ‘Vasco de Gama’ thématique, on a vraiment envie d’aller cherche nos marins et capitaines pour parvenir à réussir nos missions grâce aux personnages influents de l’époque.
    Celui qui me vient à l’esprit lorsque je parle de jeu de société thématique ultra fidèle est Fief : un vrai bonheur, la règle s’adaptant même aux situations de l’époque en cours de partie.
    A contrario, j’abhorre tous les jeux tactiques me faisant mourir d’ennui 😉
    Du coup je ne sais pas si Libertalia respecte à minima l’esprit (car on peut peut être alors « parler d’esprit ») de la piraterie, il me semble tout de même que oui.
    Je sens mon envie grandir a chaque ligne !

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    1. Riche réponse, merci Serval.

      Nous pourrons discuter thème de jeu dans un prochain article 😉

      Je viens de rajouter à l’article les règles du jeu à télécharger.

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