Tabriz, article banniĂšre
Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Tabriz : Quand le tapis se prend les pieds

🕌 Tabriz : une production sublime pour un jeu
 oubliable ? On dĂ©cortique pourquoi ce magnifique tapis volant reste dĂ©sespĂ©rĂ©ment au sol.


Tabriz

Tabriz

⚠ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communautĂ©, nous tenons Ă  prĂ©ciser que cet article reflĂšte notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testĂ© le jeu de façon indĂ©pendante, sans lien commercial avec son Ă©diteur. Les avis prĂ©sentĂ©s ici reprĂ©sentent notre analyse honnĂȘte et impartiale du jeu, basĂ©e sur notre propre expĂ©rience.


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L’essentiel en 3 points :

  • Une course Ă  l’optimisation fluide et rapide, portĂ©e par un matĂ©riel exceptionnel qui flatte la rĂ©tine.
  • Une mĂ©canique de « ressources contre objectifs » ultra-classique, sans innovation pour se dĂ©marquer de ses aĂźnĂ©s comme Century ou Istanbul.
  • Une interaction quasi inexistante Ă  plusieurs, mais un mode solo Ă©tonnamment excellent et tendu.

On connaĂźt tous ce moment douloureux : on dĂ©balle un jeu magnifique, on s’extasie sur le matĂ©riel, et puis
 le soufflĂ© retombe.

Quand Randy Flynn, le crĂ©ateur du phĂ©nomĂšne Cascadia, annonce un nouveau jeu, forcĂ©ment, chez Gus&Co, on dresse l’oreille. Et quand on ouvre la boĂźte de Tabriz (Ă©ditĂ© par Crafty Games et localisĂ© par Matagot) et qu’on dĂ©couvre un matĂ©riel d’une opulence rare – on parle d’un tapis de jeu en nĂ©oprĂšne, s’il vous plaĂźt ! – on commence sĂ©rieusement Ă  saliver.

Tabriz nous promet un voyage sensoriel dans les bazars persans, une course effrĂ©nĂ©e pour devenir le maĂźtre tisserand de la ville. La promesse est belle, l’Ă©crin somptueux. Mais aprĂšs plusieurs parties, une question nous taraude : le tapis n’est-il pas plus beau que le vol lui-mĂȘme ?

MalgrĂ© une fluiditĂ© indĂ©niable, Tabriz peine Ă  tisser une expĂ©rience mĂ©morable, s’emmĂȘlant les fils dans un manque d’interaction criant et un classicisme qui frĂŽle le dĂ©jĂ -vu.

Comment on tisse ? Les mécaniques du Bazar

Dans Tabriz, l’objectif est limpide : devenir le tisserand le plus prestigieux en honorant des commandes de tapis, du simple marchand jusqu’Ă  la famille royale. C’est une course. DĂšs qu’un joueur ou une joueuse complĂšte sa neuviĂšme commande ou atteint le niveau 14 sur sa piste de compĂ©tence, c’est le gong final.

Le tour de jeu est d’une simplicitĂ© remarquable. Chacun dispose de trois assistants sur le plateau. À votre tour, vous en choisissez un, vous le dĂ©placez jusqu’Ă  3 cases dans le Grand Bazar (un plateau modulable), et vous faites l’action de la case d’arrivĂ©e. C’est tout. Au suivant. Du pur placement d’ouvriers, donc.

Ces actions permettent de récupérer les matiÚres premiÚres : laine, soie, poil de chameau, teintures. Le bazar propose différents lieux :

  • Les Ă©choppes : Pour acheter les ressources. Attention, les prix et les stocks fluctuent Ă  chaque manche.
  • Les commerçants : Pour faire du troc. Vital.
  • Les ruelles et cours : Le casino du bazar. On y lance des dĂ©s pour obtenir des ressources Ă  bon compte.

Le twist thĂ©orique, c’est le dĂ©placement. Un assistant utilisĂ© devient un obstacle : une fois posĂ©, plus personne (mĂȘme vous !) ne peut traverser cette case jusqu’Ă  la fin de la manche. Il faut donc, en thĂ©orie, anticiper les blocages.

Tabriz matériel

Engine-building et montée en puissance

Le cƓur du jeu rĂ©side dans la rĂ©alisation de ces commandes. En plus des points de prestige, elles rapportent souvent un bonus permanent. C’est la composante « engine-building » de Tabriz.

Chaque commande honorĂ©e peut vous offrir une compĂ©tence : une rĂ©duction de coĂ»t, une ressource gratuite Ă  chaque tour, un dĂ©placement amĂ©lioré  On sent une vraie montĂ©e en puissance. C’est trĂšs satisfaisant de voir son moteur Ă©conomique se dĂ©velopper alors que la course s’accĂ©lĂšre.

L’Ă©crin avant l’ivresse

Il faut le dire : Tabriz est un objet magnifique. Crafty Games (et Matagot pour la VF) n’a pas lĂ©sinĂ© sur la production. Le tapis de jeu en nĂ©oprĂšne double-face donne une prĂ©sence incroyable au jeu sur la table. C’est immersif, ça attire l’Ɠil. MĂȘme si, il faut l’avouer, une fois dĂ©roulĂ©, le tapis Ă  une fĂącheuse tendance Ă  parfois
 gondoler. C’est un peu moyen. Faut-il le
 repasser avant de jouer ?

Les pions sont en bois, les dĂ©s sont customisĂ©s et gravĂ©s, et l’insert est ultra fonctionnel. Tout respire la qualitĂ©.

Au-delĂ  de l’apparence, le jeu cartonne par sa fluiditĂ©. Les tours s’enchaĂźnent sans temps mort. MĂȘme Ă  4 ou 5, l’attente est raisonnable. Le jeu dĂ©passe rarement l’heure, un format idĂ©al.

Quand le tapis s’effiloche

Si l’emballage est somptueux, le contenu, lui, laisse un goĂ»t d’inachevĂ©. Tabriz souffre de trois maux majeurs.

1. Jouer seul
 ensemble ? Le paradoxe de l’interaction

C’est le plus grand reproche : le sentiment de jouer seul, mĂȘme Ă  une table de cinq. L’interaction est rĂ©duite Ă  une course indirecte pour choper les meilleures affaires.

Certes, on peut techniquement bloquer un passage. Mais dans les faits, le mĂ©canisme de dĂ©placement est trop permissif. Avec trois assistants et des mouvements qui s’amĂ©liorent, on se croise dans le bazar sans jamais vraiment se gĂȘner. C’est du « multijoueur solitaire » pur jus.

L’ironie suprĂȘme ? Le mode solo est excellent. Vraiment. L' »IA » est robuste, maline. Elle bloque des emplacements, reprĂ©sente un vrai dĂ©fi. Le contraste est saisissant : les mĂ©canismes qui rendent le solo si tendu sont absents des parties multijoueurs.

2. Un air de déjà-vu dans les échoppes

Le second problĂšme, c’est son classicisme. Collecter des ressources pour honorer des contrats ? C’est la base de Splendor, Century: La Route des Épices, et tant, tant, tant, tant d’autres.

Face Ă  Century, Tabriz perd en Ă©lĂ©gance en ajoutant une couche de dĂ©placement qui n’apporte pas de profondeur. Face Ă  Istanbul (un autre jeu de bazar), Tabriz manque cruellement de tension et de friction.

Le jeu est solide, il tourne bien, mais il emprunte des sentiers ultra-balisĂ©s. Il n’a pas de signature forte.

3. Le triomphe de l’opportunisme

Enfin, Tabriz valorise l’opportunisme au dĂ©triment de la stratĂ©gie Ă  long terme. Comme c’est une course rapide, il est souvent plus payant de saisir toutes les occasions immĂ©diates plutĂŽt que de bĂątir un plan sur plusieurs tours.

La planification à long terme passe au second plan, car tout change trop vite. Ajoutez à cela une part de hasard (pioche des commandes, lancers de dés pour certaines ressources). Cela donne un gameplay trÚs tactique, qui pourra frustrer les amateurs de contrÎle total.

Tabriz, verdict

Ou : Un tapis moyennement volant.

Tabriz est un paradoxe. C’est un jeu façonnĂ© avec le soin d’un artisan dans sa forme, mais avec l’Ăąme d’un produit de sĂ©rie dans ses mĂ©caniques. Il est fluide, il est rapide, il est magnifique. Mais il est aussi un peu creux.

C’est un jeu agrĂ©able, un bon titre « familial-plus ». Mais le manque profond d’interaction et la nature dĂ©rivĂ©e de sa boucle de jeu l’empĂȘchent de crĂ©er les moments de tension et d’Ă©change que nous recherchons.

✅ On a aimĂ© :

  • Le matĂ©riel somptueux qui donne l’impression de dĂ©baller un trĂ©sor (ce tapis en nĂ©oprĂšne, mamma mia !).
  • La fluiditĂ© des tours : une course rapide qui ne s’Ă©ternise jamais, mĂȘme Ă  5.
  • Le mode solo, un vrai casse-tĂȘte malin. Finalement, le meilleur adversaire est en carton.
  • La montĂ©e en puissance grĂące Ă  l’engine-building, toujours aussi satisfaisante.

❌ On a moins aimĂ© :

  • L’interaction si faible qu’on pourrait jouer par e-mail sans que ça change grand-chose.
  • Le sentiment de dĂ©jĂ -vu : on a l’impression d’avoir dĂ©jĂ  tissĂ© ce tapis cent fois ailleurs (et souvent en mieux).
  • La phase de rĂ©approvisionnement du marchĂ© en fin de manche, aussi passionnante que de regarder de la laine sĂ©cher.
  • Le triomphe de l’opportunisme sur la stratĂ©gie : votre cerveau peut rester en mode veille prolongĂ©e.

👉 C’est plutît pour vous si


  • Vous cherchez un jeu de gestion « familial-plus » fluide, rapide et magnifique.
  • Vous ĂȘtes un fanatique du mode solo et cherchez un dĂ©fi robuste et intelligent.
  • L’optimisation solitaire ne vous dĂ©range pas, tant que le matĂ©riel est beau.

đŸš« Ce n’est plutĂŽt pas pour vous si


  • L’interaction est votre carburant ludique. Ici, c’est la panne sĂšche.
  • Vous possĂ©dez dĂ©jĂ  Century ou Istanbul et cherchez de la nouveautĂ©.
  • Vous voulez un jeu stratĂ©gique profond oĂč vous pouvez (vraiment) bloquer vos adversaires.

Au final, Tabriz est un bel objet qui offre une expérience confortable, mais le confort mÚne rarement à la passion.

Sympathique.

Note : 3 sur 5.

  • Label DĂ© Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label DĂ© Vert, c’est ici.
  • CrĂ©ation : Randy Flynn
  • Illustrations : Syd Fini
  • Édition : Matagot
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 Ă  5 (tourne bien Ă  toutes les configurations)
  • Âge conseillĂ© : dĂšs 10 ans (bonne estimation)
  • DurĂ©e : 45 minutes
  • ThĂšme : Moyen-orient, tapis
  • MĂ©caniques principales : Placement d’ouvriers. Pour en savoir plus sur les diffĂ©rentes mĂ©caniques de jeux, c’est ici.

FAQ

Qu’est-ce que Tabriz et quelle est sa proposition principale ?
Un jeu de tisserands dans un bazar persan, course fluide d’optimisation avec un matĂ©riel somptueux (tapis nĂ©oprĂšne).

Quelles sont les mécaniques principales ?
Placement d’ouvriers : rĂ©colte de ressources, troc, dĂ©s de hasard. Objectif : complĂ©ter des commandes de tapis pour prestige et bonus (engine building).

Qu’est-ce qui distingue Tabriz en termes de matĂ©riel ?
Production premium : tapis néoprÚne double-face, pions bois, dés gravés, insert pratique. Immersif et visuellement superbe.

Quels sont les principaux défauts ?
Interaction quasi nulle, mécaniques classiques déjà vues, jeu plus opportuniste que stratégique.

Comment est perçu le mode solo ?
Excellent : IA solide, parties tendues, paradoxalement plus engageant que le multijoueur.

Est-ce un jeu stratégique ou tactique ?
PlutÎt tactique : opportunisme immédiat prime sur planification à long terme.

À quel type de public est-il destinĂ© ?
Parfait pour amateurs de jeux familiaux-plus fluides, beaux et solitaires exigeants. Moins adapté aux joueurs cherchant interaction ou nouveauté forte.

Quelles sont les conclusions du verdict ?
Un jeu beau et agrĂ©able mais sans profondeur ni tension. Un “tapis moyennement volant” : confortable mais pas passionnant.


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3 Comments

  • patrikcarpentier

    La preuve qu’un bel emballage n’est pas synonyme de rĂ©ussite, comme dans bien des domaines.
    L’important, c’est ce qu’il y a dans la boĂźte (pub Buitoni) 😀
    Parfois, avec une légÚre modification des rÚgles, le jeu prend alors son envol.
    Merci pour cette nouvelle analyse de jeu !

  • Timeofgames

    Votre conclusion me fait penser au jeu « After Us » qui est vraiment insipide Ă  plusieurs : un pur solo-multi sans aucune interaction oĂč tout le monde joue en mĂȘme temps pour rĂ©soudre son petit puzzle (alors que c’est un jeu de course
).
    Par contre, en solo, « After Us » est trop bien avec une « IA » trĂšs difficile Ă  battre : y a plus d’interactions en solo qu’à plusieurs, c’est un comble !!

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