Trop de jeux tue le jeu ? Une industrie au bord de l’implosion
⚡ Votre pile de la honte grandit ? Avec des milliers de nouveautés par an, le monde ludique frôle l’overdose. L’enfer du décor d’un âge d’or.
Trop de jeux. Vraiment ?
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L’essentiel en 3 points :
- Le marché du jeu explose, mais cette croissance masque une instabilité systémique qui pousse des acteurs comme Ludonaute à prôner la décroissance.
- La surproduction, alimentée par Kickstarter et « l’Effet Superstar », crée une précarité économique, tout en favorisant la superficialité sur la profondeur.
- Les joueurs, tiraillés entre choix infini et fatigue, doivent réfléchir à une consommation plus consciente pour préserver la passion.
Combien de jeux avez-vous achetés cette année ? Et combien y avez-vous réellement joué ? C’est ce malaise que l’on ne peut plus ignorer.
Avouez-le. Vous regardez cette étagère Kallax qui déborde en vous demandant comment vous en êtes arrivé là. Votre « Pile de la Honte » menace de provoquer un incident diplomatique à la maison. Et pourtant, vous venez encore de craquer sur ce nouveau Kickstarter. Vous n’êtes pas seul-e.
Genève, septembre 2025. Un coup de tonnerre secoue notre petit monde. Ludonaute, un éditeur qu’on adore, annonce qu’il arrête les frais. Fini les nouveautés après 2025. La raison ? Pas une faillite, non. Un choix éthique. L’industrie est en « surchauffe ».
« Il y a aujourd’hui trop de jeux produits », affirment-ils. Ils refusent de continuer à alimenter le monstre. Ce choix radical de décroissance ludique nous force à affronter la question, pertinente, sur les lèvres de toute la communauté : le marché a-t-il atteint le point de rupture ? Vivons-nous un âge d’or créatif, ou sommes-nous en train de nous noyer dans un océan de carton ?
Une avalanche de/en carton
Parlons chiffres, même si ça donne le tournis. Jusqu’à récemment, on estimait le nombre de nouveautés annuelles autour de 5 000. Mais la réalité est bien plus vertigineuse.
Une analyse des données publiques de BoardGameGeek (BGG), la base de données mondiale de référence, révèle une croissance exponentielle qui dépasse l’entendement. En l’an 2000, BGG recensait 550 nouveaux jeux (hors extensions). En 2010, nous étions à 2 200. En 2015, l’année où nous commencions déjà à tirer la sonnette d’alarme (nous y reviendrons), nous dépassions les 5 200.
Et en 2024 ? Plus de 9 200.
La courbe parle d’elle-même :

C’est une multiplication par près de 17 en moins de 25 ans. Même la légère baisse durant la pandémie (2020-2021) n’a été qu’un bref répit avant une nouvelle accélération spectaculaire.
C’est le paradoxe de cet « âge d’or ». Jamais nous n’avons eu autant de choix, de diversité, d’innovation. Mais cette croissance spectaculaire masque une réalité bien plus sombre : le système qui soutient cette abondance est devenu fondamentalement instable.
L’enfer du décor
Ou : « L’effet Superstar » et la précarité
Le succès, dans ce marché hyper-compétitif, n’est pas partagé équitablement. Non, il n’y a pas de ruissellement. Il est concentré. C’est ce que les économistes appellent « l’Effet Superstar ».
Qu’est-ce que c’est ? Une poignée de jeux (les Wingspan, les Gloomhaven) captent toute la lumière et l’essentiel des revenus. Pendant ce temps, des milliers d’autres jeux, excellents mais moins « hypés », peinent à vendre 3 000 exemplaires.
Pour les éditeurs, c’est un casse-tête permanent. Impossible de prédire le prochain carton. Résultat ? Ils font de petits tirages initiaux pour limiter la casse. Ou ils préféreront sortir un petit jeu à 10-15 euros. Une plus petite marge, certes, ,mais pour un moindre risque financier. Et quand un jeu perce soudainement… c’est la rupture de stock immédiate. Le temps de relancer la production (3 à 9 mois), la hype est souvent retombée. C’est un cercle vicieux.
Les plus petits acteurs ne peuvent pas suivre. Les gros mangent les petits, ou les « petits » ferment boutique. Pour les auteurs et les autrices, c’est aussi la douche froide. La durée de vie commerciale d’une nouveauté est ridicule : quelques mois, et hop, aux oubliettes. Travailler dans la durée devient un luxe.
Kickstarter, moteur (infernal) de la surproduction
Il faut nommer le principal moteur de cette saturation : le financement participatif.
Kickstarter a démocratisé la création, c’est chouette. Mais en supprimant les barrières financières pour les éditeurs, il a ouvert les vannes en grand.
Le modèle a aussi fondamentalement changé notre rapport au jeu. Sur Kickstarter, c’est le joueur qui prend le risque financier, avec tout ce que cela signifie, en payant des mois, voire des années à l’avance. Le système repose entièrement sur la hype, les stretch goals, et surtout le FOMO (Fear Of Missing Out – la peur de rater quelque chose).
Cela alimente le « culte de la nouveauté », dont on parlait déjà il y a… 14 ans, où notre attention est constamment tournée vers la prochaine campagne bling-bling, plutôt que vers les jeux qui attendent sur nos étagères.
Mea culpa
Il faut crever l’abcès et faire notre autocritique. Si la machine s’emballe, ce n’est pas uniquement la faute des éditeurs ou de Kickstarter. Il y a des gens qui soufflent activement sur les braises. Et ces gens… ben… c’est nous. Les médias ludiques, les influenceurs, les critiques, et oui, Gus&Co inclus.
Nous sommes un maillon essentiel de la « hype machine ».
Dans un marché saturé, la visibilité est le nerf de la guerre. Les éditeurs comptent sur nous pour faire exister leurs jeux dans le bruit ambiant. Et nous, de notre côté, nous sommes pris dans la réalité de « l’économie de l’attention ».
Soyons honnêtes : pour générer des clics, des vues et de l’engagement, il faut parler de ce qui fait le buzz. Une preview exclusive du dernier méga-Kickstarter attire bien plus l’attention qu’une analyse fouillée d’un excellent jeu sorti il y a trois ans. C’est le « hotness », la nouveauté qui fait cliquer. C’est une relation symbiotique qui s’est transformée en cercle vicieux : les éditeurs ont besoin de nous pour exister, nous avons besoin de nouveautés pour fonctionner.
En relayant sans cesse les annonces, les campagnes, les « jeux du mois », nous sommes, collectivement, des architectes du FOMO. La pression pour couvrir l’actualité est immense. Ce rythme effréné nous pousse parfois à privilégier la rapidité sur le recul critique. La course contre la montre laisse peu de temps pour l’analyse profonde. On risque alors de contribuer activement à ce bruit permanent.
Chez Gus&Co, on vit cette tension au quotidien. C’est un défi éthique permanent : comment informer sans intoxiquer ? Comment passer d’un rôle d’accélérateur à celui de curateur (éclairé), qui vous aide à trier, à réfléchir, et surtout, à ne pas tout acheter ?
Le blues des boutiques
Les boutiques spécialisées sont les grandes victimes de cette nouvelle économie. Kickstarter, en vendant directement aux joueurs et aux joueuses, les court-circuite. Elles ne peuvent souvent pas obtenir les versions « deluxe » bourrées d’exclusivités qui attirent les passionnés.
C’est une menace existentielle pour ces lieux essentiels, ces hubs communautaires où se tissent les liens sociaux de notre hobby.
Noyés sous le choix
Paradoxalement, nous aussi, joueurs, joueuses, nous souffrons de cette surabondance.
Notre temps de jeu et notre attention ne sont pas extensibles. La « pile de la honte » devient un fardeau mental. À force de sollicitations médiatiques et commerciales, on frôle l’indigestion.
Ce sentiment de fatigue n’est pas juste une impression vague ou le râle de quelques vétérans blasés. C’est une réalité massivement partagée. Dans notre sondage d’hier mené suite à l’annonce de Ludonaute, les résultats sont stupéfiants.

Hier soir à 19h33, voici les résultats obtenus sur près de 300 personnes. À la question « Le constat de Ludonaute est-il juste : y a-t-il trop de jeux qui sortent chaque année ? », vous êtes une écrasante majorité – 81.63% – à répondre : « Oui, le marché est totalement saturé et étouffant ».
C’est un véritable cri d’alarme. Si l’on ajoute les 13.27% qui pensent que c’est le prix à payer pour la diversité, cela signifie que près de 95% de la communauté reconnaît la surproduction. Seuls 5% considèrent que cette profusion est purement positive. Le message est limpide : la communauté est à bout de souffle.
Ce constat massif explique pourquoi certains habitués confessent se « noyer dans la médiocrité ». Car pour se démarquer dans ce bruit permanent, beaucoup de jeux misent sur le paraître (matériel pléthorique, figurines à gogo) plus que sur l’originalité de fond.
L’abondance crée aussi de la paralysie. On parle d’Analysis Paralysis (AP) à deux niveaux :
- Macro-AP : La paralysie face au marché. Comment choisir parmi 5 000 nouveautés ?
- Micro-AP : La paralysie à la table. Les jeux deviennent de plus en plus complexes pour tenter de se distinguer, augmentant le risque de rester figé devant ses options.
L’éléphant dans la pièce

Il faut aussi aborder le coût caché. L’industrie du jeu est une industrie manufacturière. Carton, plastique, transport mondial… Chaque jeu a une empreinte carbone. Notre fameux EcoScore que nous appliquons sur tous les jeux depuis 2019. Un jeu non joué sur une étagère est un gaspillage. D’argent, certes. Mais de ressources, aussi.
Ce constat entre en conflit direct avec la tendance à la « deluxification » poussée par Kickstarter. Les boîtes énormes remplies de plastique sont précisément les plus polluantes. Un conflit entre nos désirs de joueurs et notre conscience écologique devient inévitable.
Vers la maturité ? Le temps de la décroissance
Alors, y a-t-il vraiment trop de jeux ?
Le foisonnement actuel est signe d’une richesse créative sans précédent, mais le système qui le soutient est épuisant et instable.
La décision de Ludonaute est une prise de position éthique forte. C’est un rejet de la mentalité de croissance à tout prix. Elle suggère que l’industrie doit mûrir, passer d’une phase de croissance explosive et adolescente à une phase de curation plus réfléchie et durable.
Le « Slow Gaming » ignoré
Ce constat n’a pourtant rien de nouveau. Il est même fascinant, et un peu déprimant, de réaliser que les signaux d’alarme étaient déjà au rouge il y a… dix ans.
En janvier 2015, ici même sur Gus&Co, nous écrivions déjà, face à l’augmentation exponentielle des sorties :
« Avec autant de jeux sortis sur le marché […], on peut s’attendre à un nouveau record historique de sorties. […] finalement, avec autant de bons jeux, on « risque » d’en acheter plus. Et donc, par corollaire, d’y jouer moins souvent. »
Nous constations déjà la pression du buzz et la « dictature de l’urgence » :
« Nourris de buzz, saupoudrés de scoops et abreuvés de communiqués de presse […] Pour lutter contre la dictature de l’urgence, de la nouveauté, apanage du marché ludique en pleine effervescence, […] n’est-il pas temps de prendre son temps? De chercher autre chose que cette constante et éreintante fuite en avant? »
Il y a dix ans, nous proposions déjà une solution : le « Slow Gaming ». Un concept inspiré du Slow Food, défini comme :
« Le Slow Gaming, ou le Mieux, mais Moins : jouer plus souvent aux jeux possédés, acheter de meilleurs jeux pour éviter de les laisser prendre la poussière, et acheter moins, tout simplement, pour profiter plus. Éloge de la lenteur ludique, en somme. »
Nous concluions alors par cette adaptation de Gandhi qui disait « Vous les occidentaux, vous avez l’heure, mais vous n’avez jamais le temps » :
« Pour les jeux de société, on pourrait dire « Vous les occidentaux, vous avez beaucoup de jeux, mais vous n’avez jamais le temps de jouer souvent à tous ». »
Dix ans plus tard, la prophétie s’est réalisée, mais la frénésie n’a fait qu’empirer de manière dramatique. La question de 2015 – « 2015, l’année du Slow Gaming ? » – trouve une réponse cinglante en 2025 : NON.
Aujourd’hui, le « Slow Gaming » ou la « décroissance » ne sont plus de simples tendances charmantes, ce sont des nécessités vitales pour la santé du hobby, de l’industrie.
Adopter une mentalité de « décroissance » ne signifie pas la fin de l’innovation. Cela signifie valoriser la qualité sur la quantité. Qui prend encore le temps de jouer 30 fois au même jeu pour en explorer toutes les subtilités ?
L’âge d’or du jeu de société ressemble à un buffet à volonté gigantesque : excitant au premier abord, mais on finit vite par se demander si on ne va pas simplement exploser.
L’enjeu n’est pas de produire des milliers de jeux supplémentaires, mais d’apprendre collectivement à mieux valoriser, jouer et préserver les milliers d’excellents jeux que nous possédons déjà. Le dé est lancé, à nous de jouer. Mieux.
FAQ
Est-il vrai qu’il y a « trop » de jeux de société chaque année ?
Oui : environ 5 000 sorties/an. Un âge d’or paradoxal → diversité énorme mais surcharge, “piles de la honte” et instabilité.
Qu’est-ce qui a déclenché le débat sur la surchauffe ?
L’annonce de Ludonaute (sept. 2025) d’arrêter les nouveautés, dénonçant la surproduction et choisissant la décroissance.
Qu’est-ce que l’« Effet Superstar » et son impact ?
Quelques cartons (ex. Wingspan, Gloomhaven) captent l’attention et les ventes, laissant des milliers de jeux invisibles.
Quel rôle joue Kickstarter ?
Il démocratise la création mais inonde le marché. Hype, stretch goals et FOMO entretiennent le culte de la nouveauté.
Comment cette situation affecte-t-elle éditeurs et auteurs ?
Tirages limités, ruptures rapides, repli sur petits jeux. Pour les auteurs, durée de vie commerciale très courte.
Pourquoi les boutiques sont-elles menacées ?
Kickstarter les court-circuite avec des versions deluxe exclusives. Elles perdent leur rôle central de découverte et de conseil.
Quel rôle jouent médias et influenceurs ?
Pris dans la course à l’attention, ils amplifient la hype et le FOMO au lieu de jouer les curateurs réfléchis.
Comment les joueurs souffrent-ils de la surabondance ?
Fardeau mental, accumulation, risque de médiocrité, paralysie décisionnelle (macro : choix du marché ; micro : complexité en partie).
Quels sont les coûts environnementaux cachés ?
Transport, plastique, carton → forte empreinte carbone, aggravée par la “deluxification”. Un jeu non joué = gaspillage de ressources.
Que signifie la “décroissance” dans le jeu de société ?
Non pas régresser, mais passer à une phase de maturité : moins de quantité, plus de qualité et de temps long.
Que peut-on faire à notre échelle ?
Moins accumuler, mieux jouer et valoriser ce qu’on possède déjà. L’enjeu : apprendre à savourer plutôt qu’à consommer.
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36 Comments
Fred de Gus&Co
Excellente analyse sur un sujet qui ne concerne pas que le secteur ludique d’ailleurs. Dans beaucoup de domaines, il en faut toujours plus, plus vite, plus souvent, et on finit par se retrouver dans une société de l’éphémère et du superficiel où l’on perd le sens premier, l’essentiel. Ici, jouer.
Je n’achète plus de jeux neufs, ou très rarement. Je mets même ces nouveautés bien choisies sur ma liste d’anniversaire ou dé Noël. J’ai le temps de les désirer, le désir de les découvrir lorsque je les déballe, le plaisir d’y jouer enfin avec mon entourage.
Sinon je privilégie l’occasion et la seconde main.
J’ai déjà une kallax qui est pleine de pépites passées auxquelles je n’ai pas encore eu le temps de jouer. C’est eux mon objectif (ne vous inquiétez pas, je. E vous oublie pas). Et je préfère rejouer à quelques titres qui m’ont plu et sont associés à de bons souvenirs avec mes proches.
Tout le reste, finalement, ce n’est que du bruit.
Morlockbob
Gus and co partie prenante du buzz, oui et non. Un des rares sites qui se permet de ne pas être d’accord avec un produit. Trop peu de journalisme ludique dans ce domaine, trop de pseudo influenceurs qui vendent leur c** pour une boite de jeu. Et un public dont la masse n’est pas curieuse. L humain en fait…
patrikcarpentier
Oui, trop de jeux tue le jeu, c’est certain.
Quand j’ai commencé ma collection, fin des années 70, je pouvais suivre sans pb le flux des créations, faire mon choix et tenter de mettre la main sur ce qui m’intéressait. Le jeu de société était une niche, « tout juste bonne pour les enfants » pensait en général le grand public.
Maintenant, c’est trop souvent noyauté par les fonds de pensions avec des demandes de rentabilité à 2 chiffres. De plus, le Covid a boosté le secteur attirant les convoitises pas très ludiques (déjà avant, il est vrai). Malheureusement, bcp de jeux sont : soit des variantes d’anciennes éditions, soit ineptes (on se demande même si qqun les a testés).
Ajoutons le fait qu’un nouveau jeu chasse un ancien jeu, il n’y a prsq plus de pérennité. C’est ainsi que des bons jeux ne sont plus réédités, remplacés par des cochonneries sans âme et/ou avec plein de pub/sponsors.
Je ne demande pas à ce qu’on revienne à une situation très antérieure durant laquelle les magazines mensuels avaient maximum entre quatre à huit nouveaux jeux à nous proposer, en tenant compte de ceux non traduits. C’était néanmoins l’époque où on pouvait prendre son temps et se focaliser correctement sur les jeux. Quand Ravensburger sortait un jeu, la plupart du temps, on pouvait s’en réjouir et bruler un cierge devant la statue de St Ludo 🙂
Tout n’est pas à jeter : dans cette profusion de jeux, il y en a des bons et des très bons, mais on garde souvent l’impression que c’est la boue qui domine.
theoristunabashedly8e0dc1f040
Mais on ne cesse de nous dire de consommer , consommer et encore consommer pour relancer l’économie. Alors après avoir acheté 3 frigos , 4 machine à laver et 15 tee-shirts (par mois) sur temu, je culpabilise toujours de ne pas avoir sauvé l’idiot du village qui nous servait de premier ministre, du coup j’accumule les jeux (que je garde sous blister pour éviter de les abimer) juste à côté des figurines funky pop, elles aussi emballées. Mais je n’ai plus de place , du coup je les range dans mes 2 frigos vides (les machines à laver c’est pas facile) et j’ai tout mis à la cave, cette dernière étant pleine à raz bord (mes 10 téléviseurs prennent trop de place), je voudrais revendre quelques jeux mais le marché de l’occasion est saturé et les prix en chute libre pour la majorité d’entre eux. Bon c’est pas tout ça mais les huissiers doivent passer ce matin, vu mes dettes astronomiques, j’ai peur d’être obligé de choisir quoi leur laisser. Tout sauf les jeux, ils sont si beau…
Cyrille
Voilà que face au mur, comme toujours, l’humanité lève la tête, les yeux agards, et constate qu’il ne sert à rien de courir… au risque de de tout détruire.
Et comme le dit Fred plus haut, cela est une constante chez nous. Toujours plus, encore et encore. Et même si pour cela on ferme les yeux sur la qualité de ce que l’on acquière (de plus en plus avec frénésie) ou l’impact de nos actions de « consumation » sur l’environnement.
On en oublie de savourer, de se poser, de se déconnecter de l’objet et de simplement profiter, partager…
Mais ceci étant dit, comme dans d’autres domaines, les sociétés occidentales (et comme ailleurs sur le globe, cf ci-dessous) se divisent, réagissent. Après l’euphorie collective de ces 150 dernières années, de + en + nombreuses sont les personnes qui se questionnent de l’impact de cette surproduction folle et destructrice. On parle de repenser le système, de réinventer le ou les modèles de production, du rôle de consomm’acteur-trice, de l’importance de repenser circuit court, de reimpulser le « vivre-ensemble » …
Je me souviens de mon expérience vécue au Togo il y a qq années. J’y ai vécu un an. Suffisamment pour profiter et m’imprégner. Et je me rappelle oh combien il est important de profiter, de savourer… Comme lors de ces rassemblements à l’ombre d’un flamboyant, des groupes suivaient avec attention et passion des parties de dames endiablées. Jeu bidouillé avec des capsules de soda posé à même un plateau recyclé. Ou ces duels d’awalé avec des enfants du village. Assis au sol, quelques cailloux et 10 trous creusés dans le sable…
Autres souvenirs plus anciens. Mes premières parties de jeu en famille, avec ma grand-mère. Le même paquet de 54 cartes poncé à l’usure extrême pour toutes nos parties, la même boîte de heroquest défoncée suite aux milles parties effectuées. Ou encore ce livre de JdR à la couverture blanchie, les feuilles décollées par trop de lecture mais qui nous a permis de vivre des centaines d’heure d’aventure autour de 3 bouts de papier et d’une poignée de dés…
Des moments précieux où tout était dans l’échange, le partage, les regards, des sourires et des rires. Avec presque rien…
Bref, quelques décennies ont passé. Je suis là à écrire ce message dans « ma » piece au mille jeux. Ça déborde joliment de boîtes, de BDs et de livres… des vieilleries et des nouveautés, quelques unes utilisées et d’autres non (ça a l’air bien, j’achète et j’y jouerai un jour). Des figs à peindre, des scénarios de jdr à lire, des règles de jeu à décortiquer sans même savoir quand je pourrai y jouer…
Alors voilà, j’y suis aussi. L’overdose ! Un fils de 11 ans qui me dit « papa, t’es sûr que t’en a pas trop? » Moi qui me suis mis à jouer en solo car plus le temps de trouver le temps de réunir, de partager…
Je suis un passionné, j’aime l’objet ludique tout autant que l’idée de partager une partie. Mais force est de constater que c’est too much. J’ai parfois honte comme cette pile qui me nargue et qui semble dire « mec, t’abuses grave, il te faudrait 10 vies pour goûter tout ça »
Malaise… et donc j’en suis à me dire STOP!
Même si je vis à la montagne, je me dis qu’il faut que je sorte ces jeux de leurs armoires pour leur faire prendre l’air et les partager. Un club, un bar… les gens ont besoin plus que jamais de se retrouver, de partager… il me faut agir dans ce sens. Arrêter de « consommer » du youtubeur.se, en finir de regarder des vidéos de gens qui jouent à ma place…
Sensible aux impacts des activités humaines sur l’environnement (prof de SVT oblige un peu ;), militant associatif, je me rends compte à quel point je suis moi-même un paradoxe!
Donc oui, jouer plus, acheter moins (plus). Re-découvrir, valoriser ce que lon possède, partager et/ou revendre… et éviter de plus en plus la tentation de la nouveauté vorace.
Merci Gus&co pour ces années passées à vous suivre. Vous faites partie de celles et ceux qui avancent avec un esprit critique qui fait du bien. Je vous garde avec moi…
Ceci étant dit, je vais faire une liste des jeux que j’ai envie de faire découvrir ce week-end au club de jeux du village. Tiens, un bon vieux Kingdom Builder Big Box… j’ai jamais testé certaines des extensions… c’est l’occasion, non ?
Bien à vous toutes et tous
Fred de Gus&Co
Des commentaires que ne peux qu’approuver… Et je constate avec impuissance la temporalité différente dans laquelle vit la génération actuelle. Mes enfants ados sont joueurs (normal me direz-vous, vu le père j’aurais quelque part l’impression d’avoir raté leur éducation si c’était pas le cas). Eh bien quand je ressors un jeu vieux de quelques mois en leur disant « eh ça vous dit d’en refaire une? » ils me répondent bien souvent « wah… ça date ça… ». Je regarde alors la boîte d’un air incrédule, me demandant si on parle bien de la même chose. Je crois que notre système engendre des accros à la vitesse, au changement, au toujours davantage. Vite vite, le nouveau n’a pas le temps d’être nouveau longtemps qu’il est déjà démodé. Et je veux pas faire mon vieux con en disant que c’était mieux avant, hein. Mais on pourrait pas juste se poser deux secondes et lever le pied?
Rico
Les joueurs ont bien compris la réalité. Ils achetent les bons jeux reconnus anciens (battlestar, star wars rebellion, eclipse ect) qui sont devenus introuvables sur le marché de l’occasion ou en passe de l’être. Tout simplement car ce sont des valeurs sures. Les KS et gamefound sont des coups de pokers. Si le jeu est mediocre on aura perdu de l’argent et sera compliqué a revendre et si par chance il est bon il sera introuvable. L’autre effet kisscool c’est que si on achete une daube 2 ou 3 fois sur Ks on achete plus et du coup c’est des pans de marché qui se ferment pour les editeurs qui perdront en moyens et en professionnalisme /temps de dev. Ce qui engendrera encore plus de mediocrité par la suite. Personnellement j’achete les bons jeux reconnus en vf car ils deviendront de plus en plus recherchés et j’evite au max les Ks.
Christophe P.
Je partage le même constat avec des étagères qui débordent, pour partie de belles boîtes sous blisters de jeux auxquels je jouerai…un jour quand j’aurai plus le temps où que mes enfants seront assez grands. Puis arrive une nouveauté que tout le monde semble adorer, dont les mécaniques ou le matériel me parlent et on ajoute, on fait une partie ou deux puis une autre boîte… Certaines vont ressortir plus d’une vingtaine de fois, d’autres sont rangées et on se dit qu’on y jouera plus tard. Sans parler de la place prise, de l’aspect financier, se créé un trouble, presque un sentiment de honte et d’impuissance. L’impression d’être intoxiqué et incapable de stopper cette frénésie et de revenir à un constat simple. A qui bon avoir toutes ces choses si elles ne servent pas. En même temps, le sentiment que si l’on n’achète pas, il sera trop tard et que des gens peu scrupuleux n’hésiteront pas à vendre à des prix prohibitifs, profitant de cette triste loi de l’offre et de la demande. En l’état, je privilégie de plus en plus le seconde main tout en me disant que ça ne rémunère pas les auteurs et autres acteurs. Encore une KALLAX à acheter car les piles s’accumulent sur le meuble TV… Il est temps de ralentir !
Xavier Mornard
Et surtout ce qui pose problème dans cette surproduction c’est que pour assurer d’être rentable, la plupart des éditeurs se focalisent sur ce qui marche et qui est à la mode à un niveau extrême. Par exemple aujourd’hui ce qui est à la mode c’est les jeux de plis et le « chacun dans son coin » et donc on ne trouve pratiquement plus que ce genre de jeux. Et comme en plus beaucoup de jeux ont une durée de vie très courte, impossible de se rabattre sur d’ancienne sortie sauf avoir de la chance en occasion.
Je prend pour exemple mon cas: je cherche un jeu de construction de villes avec un terrain partagé par tous (donc avec beaucoup d’intéraction): c’est à peu près impossible à trouver actuellement, le seul que je connaît (ginkgopolis) est à peu près introuvable. J’en suis à un point que j’en ai crée un (proposé au salon octogones mais j’ai fait chou blanc pour l’instant…)
Fred de Gus&Co
Je plussoie Xavier, je trouve qu’il se passe depuis quelques temps dans le jeu de société ce que j’ai observé dans l’automobile. À savoir, une certaine frilosité à innover, au point que tous les véhicules finissent par se ressembler plus ou moins. Se démarquer et dangereux, innover c’est prendre un risque. Ne vaut-il pas mieux faire comme tout le monde et prendre sa part de marché? Au point que copier le succès du voisin, c’est une démarche plus safe (quel éditeur n’a pas sorti sa version de Skyjo? On vous voit…). Bref, plus de jeux ne veut pas dire forcément plus de créativité, dans un marché tendu et de plus en plus intéressé, les stratégies jouent davantage la sécurité, on suit les modes et tendances du moment, plus qu’on ne cherche à dénicher et peaufiner le « bébé » auquel on croit. C’est peut-être aussi le signe d’un secteur qui, amateur puis quasi « artisanal », s’est ultra professionnalisé au point d’acquérir les méthodes et les codes d’autres secteurs concurrentiels.
J’ai envie de croire que, passés ces extrêmes, on trouve enfin un équilibre plus sain.
Nono el chorizo
Tout à fait en accord avec cet article. Malheureusement, et logiquement, cette profusion de nouveaux jeux se retrouve dans les associations de jeux de société. Les membres apportant sans cesse de nouveaux jeux, il devient impossible de les maîtriser sereinement et de les approfondir. J’ai d’ailleurs quitté l’association de jeux Paloise pour cette raison.
Adrien
Au secours le malthusianisme !!! Dire qu’il y a trop de jeux, c’est comme dire qu’il y a trop d’humains sur Terre. Quand j’entends ça je fuis pour ne pas entendre la dinguerie suivante : parce que c’est drôle, les humains en trop, c’est toujours ceux des autres pays/continents/cultures…
Premièrement : trop de jeux ça reste à démontrer. On peut aussi bien supposer que la croissance du nombre de titres accompagne la croissance du marché du JS, c’est une hypothèse plus économe. Plus de joueurs, plus divers, et donc une offre plus variée. On n’observe pas d’effondrement des éditeurs : a-t-on connaissance de mises au pilon de boîtes de jeu de façon significatives ? non ? donc on peut supposer que les jeux sont vendus ? Deuxièmement : le prisme de la petite communauté des initiés : kickstarter représentent quelle part des ventes de JS dans le monde au juste ? Les bouffeurs de kallax et de pile de la honte quelle part des consommateurs ? Rien qu’en regardant le nombre d’abonnés des influenceurs JS, on comprend qu’on est sur quelque chose de ridiculement peu significatif. Puis on compare les ventes boutique/vss, JS les + vendus vs ceux qui sont chroniqués par les experts et qui remplissent les kallax, et on est convaincu qu’on parle de quelque chose qui n’existe pratiquement pas. Troisièmement : acceptons malgré tout « y a trop de jeux »… donc on fait comment ? qui décide ce qui est digne de sortir et ce qui ne l’est pas ? ou on fait confiance au marché libre et non faussé et s’il y a un problème c’est forcément le consommateur qui consomme mal ? dictature communiste ou libéralisme débridé ? on en est encore si bas intellectuellement ? On ne peut pas dénoncer dans le même élan la concentration des éditeurs et le fait que quelques gros bouffent tout le marché, et râler qu’il y a trop de monde qui sort trop de titres, c’est absolument contradictoire. Prenez les 100 + grosses ventes de l’année et imaginez que tout le reste n’a jamais existé : le meilleur des mondes ? Quatrièmement, on a un discours de collectionneur compulsif qui aimerait embrasser tout son univers d’un coup d’œil : malheureusement le monde est trop grand pour lui, même la plus haute tour du monde ne lui permet pas de tout surplomber… mince alors ! Ça fait penser aux libraires qui chialent parce qu’ils ne peuvent pas connaître tous les livres qui sortent, et encore moins les lire : crotte alors, trop de livres, trop de jeux, trop de séries netflix, quelle plaie ! Et les années 80 où on avait 3 chaînes de TV et où tout le monde regardait la même chose à la même heure le soir c’était tellement le paradis… Hého les gens, on est 8 milliards d’individus uniques sur Terre, il y a peut-être moyen qu’on vive chacun à notre façon, non ? Il n’y a pas trop de jeux, il y a trop de gens qui pensent qu’on est encore dans les 80ies et qui voudraient qu’on en reste à TF1 vs Antenne 2. Cinquièmement : si on veut VRAIMENT faire quelque chose pour l’écologie, et passant pour une économie plus saine qui rémunère correctement auteurs et illustrateurs en générant des cotisations sociales près de chez nous, on peut peut-être commencer par « ARRETER DE PRODUIRE EN CHINE » et « ACCEPTER DE PAYER LES JEUX + CHERS »! non ?
Auteur, je crée des jeux, et je compte bien publier/faire publier ceux qui fonctionnent et qui apportent du plaisir à table. Et je refuse d’avoir honte de cette minuscule ambition. Je gâche la vue ? Je gaspille quelques centaines de grammes de pâte à papier ? Dois-je laisser la place aux vieux déjà établis ? À qui je demande l’autorisation d’exister ?
davidluudo
Lol ?
Ya tellement de choses sur lesquelles je pourrai te répondre mais bon.
Pourquoi tant de véhémence ?
Comparer notre époque aux années 80 pour argumenter n’as pas de sens. Compare le comparable pour effectivement constater l’évolution.
Et oui trop de jeux, trop de séries, trop de beaucoup de chose et il n’y a plus de plaisir, on consomme désormais, on ne profite plus. Les jeunes en sont les principales victimes, De plus en plus de de sociabilisation à l’ère de la surconnection. c’est triste de voir des gens comme toi se dire bah c’est comme ça, comme si le constat était acté et qu’on devait laisser faire. Mon quotidien pro et le retour de gens me démontre le contraire chaque jour depuis 20 ans.
« …donc on fait comment ? qui décide ce qui est digne de sortir et ce qui ne l’est pas ? ou on fait confiance au marché libre et non faussé et s’il y a un problème c’est forcément le consommateur qui consomme mal ? dictature communiste ou libéralisme débridé ? on en est encore si bas intellectuellement ? »
Bah, comment te dire, oui en fait. Parce que c’est la majorité, elle ne peut pas mal consommer ? Jte fais la version ultra-courte :Les gens sont sursollicités et réfléchir ca épuise, c’est beaucoup plus facile de se dire que « bah c’est comme ça, je suis! » et se laisser guider que d’être en opposition avec la masse car on sent quelque part que cela ne nous convient pas. Car du coup on sort de la masse, de notre zone de confort et souvent on préfère être d’accord avec quelqu’un que d’être en opposition avec lui, même si ça ne nous convient pas. La différence, ça plait pas des masses.
Je ne me sens pas dictateur communiste, pourtant je fais mes choix pro avec mon jugement, expérience et recul et c’est mon devoir. Si je ne suis qu’une vanne sans filtre, je ne sers à rien.
Personne ne t’a dis que tu devrais avoir honte. Tu te trompes de débat. Mais ça aussi c’est dans l’air du temps. L’échange et la comm sont devenus des arts très délicats à manier. On peut difficilement échanger, on veut juste que l’autre soit d’accord sinon on prend ça comme une attaque.
Je sens que je vais déprimer lol (Le jour de mon anniv en plus ^^)
Gus
Bon anniversaire 🎂 David !
Fred de Gus&Co
Oui bon anniversaire!
Et non, j’ai pas compris non plus la comparaison entre les humains et les jeux de société, je croyais qu’il y en a un des deux qui est un produit mais je ne sais plus lequel, alors que l’autre ben, c’est Thanos qui gère, snap, tout ça 😉
Adrien, personne n’a dit je crois qu’il fallait revenir à l’époque où y avait dix sorties à tout casser dans l’année, juste qu’entre dix et des milliers, ben y a peut-être un équilibre à trouver… et c’est pas une question de règles ou de lois bien sûr (comment cela pourrait-il être le cas?), il n’y a pas à « décider » pour tout le monde, les seuls habilités à trouver le niveau de leur curseur de tempérance, ce sont les éditeurs (bravo Ludonaute, big up à vous Cédric et Anne-Cécile) et … les joueurs. J’ai failli dire consommateurs, ce qui est révélateur.
Je crois a un retour a un équilibre plus sain, et entre l’ascétisme et le consumérisme effréné, il doit bien y avoir un truc à faire. Et c’est de l’ordre de la conscience individuelle. Je n’obligerai personne à cesser de se gaver jusqu’à la nausée d’une offre tellement pléthorique qu’elle est devenue impossible à suivre. Libre à chacun. Je n’ai juste pas envie de suivre cette voie. Et je salue et respecte les décisions comme celles de Ludonaute de dire, hé, on trouve qu’y a truc qui cloche quand même. On a envie de calmer le jeu un peu. De se recentrer sur l’essentiel. De faire différemment. Juste.
davidluudo
Je me corrige.
« Les jeunes en sont les principales victimes, De plus en plus de de sociabilisation à l’ère de la surconnection. »
Vous aurez bien compris que je voulais dire : De moins en moins de sociabilisation à l’ère de la surconnection. 🙂
Baharroth
Cela fait quelques années que j’alerte que le fait que le marché du jeu de 2020-2025 reproduit le marché du jeu vidéos du début 80. Tout le monde se jette dessus, même les non initiés pour l’argent. On se moque de la surexploitation des licences Marvel/Disney mais dans le monde du jeu de société , on a pas de honte a essoré jusqu’à la moelle une licence en x déclinaison.
Résultats : on se retrouve avec des jeux « cale porte » prix de base 50 euro, quelques semaines plus tard chez Noz à 10 balles. Et plus aucune nouvelle licence de créé. Bientôt on arrivera au crack de 83, et on enterrera des boîtes de small world of Warcraft dans le desert…
davidluudo
Tellement d’accord avec tout ce qui est dit. J’ai posté longuement hier sur votre article sur Ludonaute donc je ne vais pas en remettre une (trop) grosse couche.
Juste à la fois rassuré de me dire que je ne suis pas le seul à le constater tristement depuis des années maintenant mais également profondément attristé que notre époque pervertisse nos (mes) passions à ce point.
Depuis longtemps, de par mon métier et ma formation, j’essaie d ‘intemporaliser, de préserver l’activité ludique, le qualitatif et le temps de prendre le temps de jouer dans ma ludothèque ou avec mes proches en me faisant le garde-fou contre cette fuite vers le toujours plus de conso, de nouveauté, de jouer plus vite pour découvrir encore et encore au détriment de l’aspect social, émotionnel, de la création de lien, du partage autour d’une table. Et ça concerne tous les âges.
Et ces dernières années j’ai constaté cette dérive de la part même de ceux qui sont censé avoir un certain recul professionnel auprès du public, en encourageant même ces dérives de surconsommations et reniant tout ce qui a quelques années de passé, en se disant « Bah c’est ce qu’ils veulent ! » au lieu de sensibiliser à bon escient (ce qui demande plus d’énergie. Moutonnade, absence de formation…)
Et maintenant, c’est encore plus difficile de pouvoir sensibiliser car de plus en plus en marge avec la masse, on en devient un phénomène original, un vieux réfractaire et les gens (nouvelles générations mais pas que) sont beaucoup moins dans l’écoute.
Depuis 2 ans déjà j’ai fais un gros élagage de ma ludo perso, décidé de rejouer et de valoriser tous mes jeux que je souhaite garder et mis en vente les autres. J’ai du acheter 4 nouveautés sur la 40aine de jeu achetés.
Faut pas lâcher !
Pierre
Je ne trouve pas qu’il y ait trop de jeux.
Je ne crois pas aux responsabilités des uns ou des autres quand ce qui se passe sur un marché ne nous convient pas.
L’humanité (et le libéralisme) fonctionnent comme cela. Depuis un moment, déjà.
Oui, l’offre est pléthorique.
Non, on ne peut pas tout acheter.
Et alors ? Il y a des tas d’autres marchés où le temps et l’argent ne suffisent pas pour « tout essayer ».
Après,
Le marché ludique ME semble, en effet, marquer le pas : si la production est pléthorique, les « pépites » ou « OLNI » – jeux qui sortent de l’ordinaire – me semblent de moins en moins nombreux.
C’est observable sur tous les marchés en croissance : les investisseurs affluent, la qualité n’est pas vraiment au rendez-vous. Les nouveau produits sont des clones des anciens, à une virgule près.
Bref : le monde du jeu n’a pas d’autre problème que d’avoir beaucoup d’acteurs et pas mal de moyens. Les consommateurs doivent faire le tri, qu’ils le fassent.
En ce qui me concerne, j’ai un peu plus de 100 jeux et pas de pile de la honte. Cela me semble possible de gérer mes achats avec raison sans en reporter la responsabilité sur les maisons d’édition.
Enfin, j’achète de moins en moins de jeux. Hélas !
Ce qui me ralenti :
– les prix qui augmentent, merci le monde politico-économique.
– les taxes qui augmentent, merci le monde politico-économique.
– l’intérêt de ce qui est proposé qui baisse, merci… je ne sais pas vraiment qui. sans doute encore le monde politico-économique.
Merci aux auteurs et aux éditeurs de continuer à nous faire voyager !
Sortez des jeux bons et originaux, vous les vendrez.
davidluudo
J’ai oublié de vous inviter à regarder une séquence vidéo de 8mn (De 1h20mn à 1h28mn) découverte hier, très intéressante à mon sens sur l’évolution de la consommation des jeux de société dans un marché saturé avec l’hypersollicitation, l’addiction aux smartphones etc et les jeunes générations. Avec Fred Henry.
https://youtu.be/16JENNB7P4o?t=4788
Ca rejoint ce débat. 🙂
Fred de Gus&Co
Merci pour ce lien David avec Frederic Henry dont j’aime beaucoup le travail. J’ai regardé (et surtout écouté) l’extrait avec grand intérêt, cette histoire d’hyper-sollicitation propre à notre époque et de rapport au temps qui a évolué (et qui rejoint notre propos sur une certaine « éphémérisation » des choses).
davidluudo
Avec plaisir.
Oui, il y a plusieurs facteurs. nouvelles générations, hyper-sollicitation et aussi hyperconsommation, toujours plus, toujours plus vite, toujours nouveauté et les gens se laissent aspirer dans leur quotidien par ça (et c’est pareil dans tous les domaines du « loisir » et du reste). Conso = plaisir = semblant de bonheur = Ah bah non jsuis pas heureux, pourquoi donc ? = Bon bah j’achète encore de la nouveauté…. Cercle vicieux. Les joueurs et joueuses alimentent eux-mêmes cette frénésie et boulimie. Je l’observe depuis plusieurs années déjà mais ca s’accentue.
Soktine
Perso le tout Kickstarter de certains éditeurs n’est pas ma tasse de thé. Je comprend la facilité que ça engendre et la réduction de la prise de risques pour l’éditeur, mais côté joueuse je me sens un peu punie d’avoir manqué le Kickstarter. Et dernièrement j’ai tendance à passer à la trappe les générateurs de fomo quite à passer à côté d’excellentes choses.
Héphaestos
Trop de sorties… pas assez de parties ?
Je me réjouis que l’on aborde de nouveau ce problème qui devient de plus en plus énorme. Dans mon cercle de joueurs, on en débat régulièrement : trop de nouveautés, pas assez de temps, et cette fameuse *pile de la honte* qui ne cesse de grandir…
Je repense à l’époque où l’on a fait des dizaines de parties de Diplomatie, de Dune (la vieille version !) ou de Fief. Ces jeux vivaient plusieurs années autour de la table. Aujourd’hui, même les titres exceptionnels qui nous accrochent finissent relégués sur les étagères au bout de 4 mois, chassés par la “nouveauté” qu’il faut absolument essayer. Et c’est peut-être aussi une question de générations : nos ados avec qui l’on jouent de temps en temps se lassent bien plus vite que nous, éduqués comme ils le sont aux ‘shorts’ en tout genre sur les réseaux.
De mon côté, je n’achète plus (j’essaye) que 2 à 3 jeux par an, ceux dont je sais qu’ils plairont à mes enfants ou à mes amis. Et je revends les autres, plutôt que de les laisser prendre la poussière.
Mais la question ne concerne pas seulement les joueurs. Les éditeurs ont aussi une responsabilité : faire vivre le fond de catalogue, plutôt que d’inonder le marché de variations autour de mécaniques et de thèmes déjà vues. Asmodée et consorts doivent bien se rendre compte que le marché est saturé… et qu’à ce rythme, tout le monde va dans le mur.
J’adore ‘Gus and Co’, tout comme certains youtubeurs francophones dont je dévore les tests vidéos à chaque grosse sortie. Forcément, ça donne envie, le FOMO dont vous parlez ! Alors la solution est peut-être simple : vous aussi, ne publiez que 1 à 2 articles par mois maximum 😉
Tata
Article intéressant mais surprenant sur un site comme le votre qui assez souvent publie des articles flatteur sur des jeux qui n’existent pas encore et pour certains seront bientôt en financement.
Faire l’éloge de jeux non encore édité, donc en se basant sur la communication de l’éditeur me semble toujours un manque de recul.
Donc peut-être faudrait il balayer devant votre porte? Et éviter d’alimenter la course au buzz sur du vent?
Gus
Bonjour,
Vous avez amplement raison ! C’est d’ailleurs bien pour cela que nous faisons notre mea culpa dans l’article. Nous vous invitons à (re)lire le chapitre correspondant !
Belle soirée 🌙
Sdomp
Pour moi c’est un faux débat, vu par le prisme du joueur passionné et collectionneur. Celui qui va pleurer parce qu’il ne peut pas tout voir, tout jouer. Une goutte d’eau sur la planète.
Il y a des centaines de films, séries, livres, albums, sites internet qui sortent chaque jour. Est ce que l’on déprime parce que l’on arrive pas à tout voir, lire, écouter… ?
Je n’ai pas gouté tous les produits disponibles dans une grande surface. Je n’ai pas lu tous les livres dispo en librairie, je n’ai pas vu toutes les séries existantes, ni écouter tous les albums.
Est ce que je le vis mal ? Pas du tout. Je suis passé à côté de pépites ? C’est possible et alors ?
Il y a de nombreuses personnes dans le monde qui n’ont jamais vu Games of Throne, Squid Game et qui s’en portent pas plus mal.
À la limite, le problème vient davantage des éditeurs/auteurs qui n’arrivent pas à vivre de leur activité, car le marché est trop petit et la concurrence accrue.
Forcément si tu sors un jeu de niche à 120€, tu vas pas en vendre 600.000 boites. Donc à toi de voir si cela vaut le coût et le coup.
Idem si tu sors la 6000ème version du UNO… quel intérêt ? On va toujours préfère l’original au remake.
Si tu veux faire connaitre ton jeu, faut peut être sortir le jeu dans un endroit accessible au grand public, pour agrandir ton marché.
Si tu comptes que sur la boutique spécialisée du coin, qui n’est connue que par le passionné collectionneur, faut pas s’étonner de faire un bide.
Mes cousins si je leur demande de m’acheter un jeu de société, ils vont aller en grande surface ou sur Amazon. Ils savent même pas qu’il y a des boutiques spécialisées.
davidluudo
Salut,
J’aimerai répondre sur 2 points. Ce sujet est, à mon sens hyper-intéressant, mais au travers d’un écrit sur le net il est très difficile d’argumenter clairement. On peut voir ce sujet sous un tas de prismes différents, (en général, au travers de ceux que l’on affectionne) il n’y a qu’a lire tous les commentaires. : notre passion des jeux, de l’aspect social, politique, de à quel niveau de la chaine de distribution du jeu on se situe, du degré de passion. Mais le plus dur c’est de prendre du recul pour avoir une vision globale du sujet, avec ses nombreuses facettes…
« Pour moi c’est un faux débat, vu par le prisme du joueur passionné et collectionneur. »
Peut-être mais pas que. Entre ce public de passionnés, de collectionneurs compulsif qui regrettent (tu les reconnais avec leurs nombreux KS à 200€ sur Okkazeo) et le public comme tes cousins, néophyte ou pas de transmission familiale, de culture ludique, il y a aussi beaucoup du tout public joueur (parents, jeunes actifs, joueurs réguliers) qui le constate mais en même temps continue de l’alimenter consciemment ou inconsciemment.
Le nombre de parent que j’ai pu voir pousser leur gamins de 5 ans à emprunter à chaque fois un jeu nouveau et pas celui que le gamin adore et auquel il veut rejouer, pensant qu’il va grandir plus vite… T’imagine pas. Les stéréotypes ont la dent très dure, même si en 20 ans notre rapport au jeu à grandement évoluer heureusement
C’est comme pour la nourriture, tout le monde sait que 95% de la bouffe en supermarché est néfaste voire très néfaste pour la santé et pourtant ils continuent d’acheter les même saloperies en faisant fi de leur propre esprit critique, le dernier gout, le dernier truc visuellement attirant, même si ils savent…
C’est la nature humaine, on constate, on se plaint mais on laisse faire comme si c’était irrémédiable et on reproche aux autres, c’est jamais de la notre. On est monté dans le train et on se laisse conduire, plus facile, moins d’énergie et on se déresponsabilise.
« Si tu veux faire connaitre ton jeu, faut peut être sortir le jeu dans un endroit accessible au grand public, pour agrandir ton marché. »
Dans les ludothèques (yen a beaucoup en France) et festivals c’est un très bon indicateur du type de jeu « consommé » et pourquoi, par le public (par habitude, parce que nouveauté etc.) Beaucoup d’auteurs viennent faire tester leurs jeux en ludo et dans les festivals. Et le bouche à oreille est très bon. Mais il faut être bien conseillé et pas juste par un vendeur de boutique pas formé au jeu mais à la conso. « A c’est bien c’est le dernier qui vient de sortir, tout le monde en parle. »
Plus les joueurs s’aguerrissent dans leur rapport au jeu et plus ils font preuve de discernement dans ce qu’il leur est proposé. Ils passent de consommateurs passifs à acteur du marché. Mais le temps du gap entre les 2 suffit à alimenter cette machine infernale de l’hyperconsommation. 🙂
Oups encore un pavé 🙂 Désolé, ce sujet est tellement…
Herzen
Merci beaucoup pour votre article. Je vais depuis trois ans au Festival des Jeux à Cannes mais j’ai décidé pour la première fois de ne pas y retourner.
J’ai réalisé que ce loisir, qui m’a porté depuis 10 ans, par lequel j’ai rencontré mes deux compagnes, et pour lequel j’ai consacré du temps bénévole en créant une asso de jeux, devenait étouffant. Je n’arrivais plus à suivre les nouveautés, les boîtes prenaient la poussière après un seul test, et je n’arrivais plus à retrouver ce plaisir de juste revenir à un jeu aimé, parce qu’il y avait tant de nouveautés qui attendaient. Résultat : j’ai saturé.
Depuis, j’essaye de n’acheter qu’un ou deux jeux par an. Je vais finir mes jeux Legacy, et j’ai repris le jeu de rôle, qui connaît lui aussi une forte production, mais qui a l’avantage de placer au sein de ses communautés l’acte de création très haut, plutôt que juste la consommation de nouveautés. Cela me correspond mieux.
Cette saturation a failli me faire perdre l’amour d’un loisir que j’apprécie tant, le jeu de société : j’espère donc que le slow gaming va prendre, pour sauver cette industrie d’elle-même. Ce constat vaut évidemment pour toutes les industries culturelles, qui vont être exposées à un nouveau problème : la surproduction de contenus avec l’IA. Raison de plus pour que les humains privilégient la décroissance, pour ne pas être mélangés avec le marché commercial qui sera abreuvé d’une IA qui pille le travail des artistes et pousse au licenciement des créatifs, tout ça pour une production conforme au marché, mais sans originalité créative. Socialisme ou barbarie : à nous aussi de choisir !
davidluudo
Je te comprends et te rejoins à 1000%
J’ai saturé ya 3 ans, ça m’a fait quitté mon métier de coeur jusqu’à ya peu. 1 an d’abstinence complet lol
Et l’IA… En participant à une table ronde à Ludinord cette année sur les différents métiers du monde du jeu, l’éditeur reconnaissait utiliser depuis peu l’IA pour les tests en arguant que ca leur faisait gagner un temps considérable pour finaliser leur jeu.
Bon aller promis je ne spamm plus 😉
Buzzy
Vous voulez acheter moins de jeux… vous souhaitez continuer à jouer à des jeux anciens mais aussi à des nouveautés… vous souhaitez jouer avec de nouveaux joueurs…
Alors inscrivez-vous dans une ludothèque !
On joue sur place, on en emprunte, plus de pile de la honte.
Il y en à sûrement une près de chez vous. Si ce n’est pas le cas, alors il faut la créer (allez voir votre maire, c’est bientôt les élections il sera content d’avoir un nouveau projet à mettre dans son programme).
Le plus important c’est de jouer, pas de posséder.
Gus
https://gusandco.net/2021/08/31/ludotheques-jeux-decouverte/ 😉
Maxime
Excellent article, lucide et complet. Je m’en servirai de lien de référence sur le sujet 🙂 Il est intéressant de voir comment le secteur du jeu est sorti de sa niche pour rejoindre la société de consommation globale avec ses problématiques (surproduction, décroissance…) et en imitant les autres acteurs (concentrations par de grands groupes…) ; signe qu’il est en train d’atteindre sa maturité pour le meilleur et pour le pire.
Florian
ca fait 2/3 ans que j’ai pas mal dis stop. bon, ca va aussi avec le fait que j’ai moins l’occasion de jouer malheuresement 🙁
et que mon meuble a jeux deborde aussi… dur de revendre des jeux de nos jours aussi.
Mais j’ai aucune idée des nouveautés. Bien longtemps que j’ai rien acheté neuf : soit c’Est jeu usagé soit echange soit oui ca m’arrive d’acheter neuf mais c’est dans des ventes d’entrepot.. donc ce ne sont pas des jeux récents non plus et surtout a bien moindre prix.
Je pense qu’on a le meme sentiment dans d’Autres industries.. genre les séries TV. c’Est les generations 2000 et + malheuresement.
Pour rester dans le marché ludique, je joue principalement sur bga (a defaut de jouer en physique).. et on voit l’effet aussi: bien trop de jeux (plus de 1000!!) avec des sorties constantes de truc dont j’ai jamais entendu parler. Et la plupart sont vite oubliés et se retrouve avec moins de 50 joueurs en mode arena…
davidluudo
Salut,
Je te conseille le site Okkazeo, tu peux facilement y revendre tes jeux.
En 1an 1/2 j’ai revendu une trentaine de jeux, ce qui m’a permis d’en racheter d’autres en gardant mon budget à l’équilibre.
Au plaisir sur BGA 🙂
Amadeus
Jean de La Fontaine (1621-1695…) commençait sa célèbre fable « L’avare qui a perdu son trésor « par: « L’usage seulement fait la possession.Je demande à ces gens de qui la passion Est d’entasser toujours, mettre somme sur somme »(jeu sur jeu?),Quel avantage ils ont que n’ait pas un autre homme ». Et je suis mal placé pour le citer. Salutations.